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Enfants de rue en Afrique

De
221 pages
Le phénomène des enfants vivant dans la rue est un problème mondial préoccupant. On assiste à une forte tendance à l'enracinement du nombre d'enfants dans la rue. Une sous-culture de la rue impose aux enfants une autre vision du monde, conduisant à une attitude de négation à l'égard de certaines valeurs sociales et à une sorte de valorisation exacerbée de leur personnalité "pervertie". Comment appréhender ces constructions identitaires, ces stratégies de survie, cette sorte d'adaptation secondaire chez les enfants de la rue ?
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ENFANTS DE RUE EN AFRIQUE Le cas du Burkina Faso

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions Mar FAYE, Presse privée écrite en Afrique francophone, Enjeux démocratiques, 2008. Charlotte MWAMINI NAFlSA, La femme commerçante en Afrique et l'éducation des enfants. Le cas de la RDC, 2008. Antoine TSHlTUNGU KONGOLO, La présence belge dans les lettres congolaises, 2008. Bellarmin MOUTSINGA, Les orthographes de l'oralité: poétique du roman gabonais, 2008. Pierre Kamé BOUOPDA, Les émeutes du Renouveau, 2008. Pius NGANDU Nkashama, Itinéraires et trajectoires: du discours littéraire à l'anthropologie, 2008. René-Pierre ANOUMA, Aux origines de la nation ivoirienne 1893-1960, Vol. Ill: Nationalisme africain et décolonisation française 1945-1960, 2008. Pierre KAMBA, Violence politique au Congo-Kinshasa, 2008. Hygin Didace AMBOULOU, Le notaire et le service public, 2008. Fatimata MOUNKAILA, Anthologie de la littérature orale songhay-zarma. Saveurs sahéliennes, 4 tomes, 2008. Jean-Baptiste Paluku NDAVARO, La communication et l'exercice de la démocratie en Afrique, 2008. Amadou OUEDRAOGO, Rites et allégories de l'initiation. Visions africaines et caribéennes de la totalité, 2008. Régine LEVRAT, Le coton en Afrique Occidentale et Centrale avant 1950, 2008. Ismaïla Madior FALL, Le pouvoir exécutif dans le constitutionna/isme des Etats d'Afrique, 2008. Charlotte FONTAN, Développer les filières vivrières en Afrique de l'Ouest. L'exemple du riz en Guinée, 2008. Oumar Sivory DOUMBOUY A, Les ONG féminines en Guinée. Instrument au service de la promotion féminine, 2008. Oumar Sivory DOUMBOUY A, La situation sociale des femmes en Guinée. De la période précoloniale jusqu'à nos jours, 2008. Godwin TETE, Père de la nation togolaise, 2008.

N aba Jérémie W ANGRE et Alkassoum

MAIGA

ENFANTS DE RUE EN AFRIQUE Le cas du Burkina Faso

Préface de Orner Chouinard

L'HARMA TIAN

@L.HARMATIAN. 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@Wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06890-2 EAN : 9782296068902

DEDICACE Ce travail est dédié à tous les enfants vivant dans la rue, aux enfants victimes de traite, aux Associations et ONGs travaillant avec ces groupes cibles. Puisse ce travail servir de tremplin de réflexion dans la recherche de meilleures solutions aux problématiques de cette enfance difficile.

REMERCIEMENTS Ce travail n'aurait pas vu le jour sans le soutien multiforme que nous avons bénéficié à travers des amis qui ont lu et apporté de précieuses appréciations sur nos manuscrits. Nous savons tout particulièrement gré à Séverin WANGRE, Jacob y ARABA TIOULA, Sociologues, à Léonard SAVADOGO et Maurice SOME, Inspecteurs d'Education Spécialisée. Nous tenons tout spécialement à remercier tous ceux qui nous ont accompagnés lors de la conception de l'ouvrage, en nous apportant leurs suggestions, leur assistance et leurs critiques. Nous citons Orner CHOUINARD Sociologue et Enseignant-chercheur à l'Université de Moncton au Canada, D. Zibdilla MAIGA, Enseignant à l'Ecole Nationale des Enseignants du Primaire au Burkina Faso. Nos familles ont été d'un soutien constant et permanent. Qu'elles trouvent ici, l'expression de notre parfaite reconnaissance.

PREFACE Le livre intitulé: Enfants de rue en Afrique. Le cas du Burkina Faso de Naba Jérémie W ANGRE et Alkassoum MAIGA nous convie au cœur d'un objet d'étude qui embrasse l'ensemble de la planète soit la migration des populations des territoires ruraux vers les territoires urbains. En 2008 nous sommes maintenant au tournant où, sur la planète Terre, il y a plus de personnes qui vivent dans les villes que dans les territoires ruraux. Cependant, la migration touche de façon plus aiguë les pays en développement. Le phénomène migratoire des campagnes vers les villes dans les pays en développement se caractérise particulièrement par l'exclusion sociale des plus démunis, la pauvreté et surtout le travail des enfants voire les enfants vivant dans la rue. Le travail des enfants et celui des enfants de la rue sont d'une telle importance que l'UNESCO s'en est vu confiée la responsabilité à la Conférence de Jomtien en 1990 (p.6) où on déclarait que: «l'éducation est indispensable si l'on veut aider ces enfants à sortir du cycle infernal que constitue la pauvreté, la survie dans la rue ou le travail de servitude et l'ignorance» (p.5). Qui plus est, en 1992, l'UNESCO en collaboration avec l'UNICEF a mis en œuvre un programme

d'éducation en faveur de ces enfants « pour répondre
au souhait de la communauté internationale matière d'éducation pour tous» (p.6). 11 en

Dans le contexte de la ville de Ouagadougou au Burkina Faso, l'ouvrage de W ANGRE et MAIGA vient documenter le phénomène des enfants vivant dans la rue avec une grande rigueur méthodologique. Par la clarté et la précision de l'ouvrage, les auteurs nous convient à l'objectif de recherche qui est de «comprendre et/ou justifier l'émergence du phénomène d'enracinement des enfants dans la rue ».

La justification de la méthodologie retenue est exemplaire par la triangulation du choix des groupes à l'étude en ce sens qu'on y retrouve tant la justification des étapes de la pré-enquête que les motifs du choix des trois groupes interviewés soit: i) la population cible des enfants suivis en milieu ouvert; ii) le groupe témoins des enfants hébergés en centre d'accueil; iii) les personnes ressources tels les agents sociaux qui connaissent le problème. Également, les auteurs précisent clairement les quatre zones retenues de la ville de Ouagadougou ainsi que la distribution du nombre de personnes interrogées selon les trois groupes. Là aussi la triangulation des outils de recherche est très bien justifiée et s'appuie sur le guide d'entretien, le focus group, le récit de vie et l'observation directe.

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L'étude qui veut «appréhender les déterminants sociaux et structurels qui sous-tendent les problématiques de l'enracinement des enfants vivant dans la rue» est développée en quatre chapitres distincts et complémentaires: de la communauté à la rue, à l'enfant en situation de rue d'une part et de la systématisation d'un mode de vie de la rue au cadre institutionnel de prise en charge des enfants de la rue d'autre part. Enfin, l'étude de W ANGRE et MAIGA dégage que le phénomène des enfants vivant dans la rue est causé, entre autres, par un environnement familial et communautaire déstructuré, des relations sociales instables, la paupérisation des populations et par un univers institutionnel désordonné au niveau de la prise en charge de cette catégorie d'enfants. Alors que l'on constate que les catégories des plus pauvres et les enfants s'entassent dans les villes de la Terre, une des réponses est probablement à chercher dans une «gestion et une conservation des écosystèmes basée sur les communautés» tel qu'expérimentée dans le cadre d'une collaboration entre l'Université de Ouagadougou au Burkina Faso et l'Université de Moncton au Canada. En effet, on remarque tant dans les pays comme le Canada qu'au Burkina Faso en Afrique de l'Ouest que la migration des populations vers les villes est souvent causée par 13

la dégradation ou l'épuisement des forêts, la détérioration de la ressource halieutique, l'expropriation des terres, l'appauvrissement des sols et la détérioration de l'accès à l'eau. Cette dernière, dans le cas du Burkina Faso, est accélérée par la réduction de la pluviométrie exacerbée par le phénomène des changements climatiques dont les pays riches sont principalement responsables.
Nous devons donc profiter de l'année 2008, déclarée année de la Planète Terre par l'Organisation des Nations Unis, pour s'assurer de moyens appropriés pour réduire les inégalités entre riches et pauvres et aussi pour nous mobiliser afin d'adopter des mesures en vue de modifier nos comportements déviants de pays riches pour réduire considérablement notre empreinte écologique qui cause le réchauffement global entraînant famine et migration ailleurs sur le globe. Donc il faut agir localement, en engageant les communautés des pays développés en vue d'un développement viable et durable de la planète, tout en assistant les collectivités locales dans les pays en développement. Le livre des auteurs W ANGRE et MAIGA, nous amène à regarder la question des enfants vivant dans la rue dans le contexte des inégalités sociales, voire de sous l'angle de l'équité

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sociale, de la justice sociale et de la responsabilité sociale.
Comme le souligne les auteurs Lester R. Brown dans la 3è édition de son livre Plan B 3.0 (2008) et Mohan Munasinghe, vice président du GIEC dans Making Development more Sustainable (2007), détenteur du prix Nobel de la Paix, l'engagement planétaire en vue d'un développement durable est un véritable enjeu de civilisation. C'est par cette conscience sociale planétaire que nous allons préparer les populations d'ici et d'ailleurs à affronter de pair inégalité sociale et exclusion sociale vécues de façon aigue par les enfants vi vant dans la rue ainsi que les événements extrêmes de sécheresse causés par les changements climatiques dans une perspective d'ouverture, d'entraide, de partage et de résilience sociale. Orner Chouinard, Ph.D., Université de Moncton.

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LISTE DES ABREVIATIONS AEMO : Action Educative en Milieu Ouvert ANERSER: Association Nationale pour l'Education et la Réinsertion Sociale des Enfants de la Rue CDE : Convention relative aux Droits de l'Enfant CESF: Centre Formation d'Education Spécialisée et de

CRBF: Croix-Rouge du Burkina Faso DPEA: Direction de la Protection de l'Enfant et de l'Adolescent ECPD : Enfants en Circonstances Particulièrement Difficiles EDR: Enfants des Rues INSD: Institut National de la Statistique et de la Démographie INSEE: Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

MACO: Maison d'Arrêt Ouagadougou

et de Correction

de

MAS SN : Ministère de l'Action Sociale et de la Solidarité Nationale MEADO: Orodara Maison de l'Enfance André Dupont de

MSF : Médecins Sans Frontière OIT: Organisation Internationale du Travail ONG : Organisation Non Gouvernementale ONU: Organisation des Nations Unies Projet EDR: Projet Enfants des Rues SP-P AN/Enfance: Secrétariat Permanent du Plan d'Action National pour l'Enfance UNICEF: Fonds des Nations Unies pour l'Enfance

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INTRODUCTION L'explosion de la modernité, la disparité entre villes et campagnes et la pauvreté ont fait de l'époque actuelle celle de tous les paradoxes. En ce début du xxtme siècle, le sort des jeunes en général et celui des jeunes en situation difficile, constitue une préoccupation quasi universelle. Le phénomène «jeunes de la rue » constitue une menace aussi bien pour les pays du Sud que ceux du Nord. Selon Martin MONESTIER 1, le nombre des enfants de la rue est estimé par l'ONU et l'UNICEF à environ cent (100) millions dans le monde, dont la moitié dans le seul continent Sud Américain, vingt cinq (25 ) à trente (30) millions en Asie et autant en Afrique et en Europe Orientale. Les pays en développement sont davantage confrontés à ce problème dans un contexte de crises multiformes. Après plus d'un quart de siècle d'indépendance, les pays africains en général et ceux de l'Afrique subsaharienne en particulier sont confrontés à des difficultés nombreuses et multiples. Face à la crise éducationnelle et sociale, l'émergence de nouveaux besoins et l'effritement des valeurs, les pays africains doivent faire face de plus en plus à une désorganisation de la structure sociale.
IM.MONASTIER: Les enfants esclaves. L'enfer au quotidien de 300 millions d'enfants. Editions le cherche midi. Paris France, 1998.

La croissance accélérée de la population urbaine africaine avec un taux de 4,7% en 1990-2001 et l'exode rural qui touche principalement les jeunes font que plus de la moitié de cette population urbaine est constituée par des jeunes de moins de dix huit (18) ans. L'encadrement de cette frange de la population confrontée à des problèmes d'ordre économique, social, culturel et identitaire pose des problèmes aux pays africains. En plus du chômage, de la déscolarisation, de la pauvreté et de l'analphabétisme dont ils sont victimes, les jeunes sont confrontés aux phénomènes de la marginalisation et de l'exploitation qui semblent constituer aujourd'hui des préoccupations majeures des pays subsahariens. Le Burkina Faso ne fait pas exception à la règle et vit le problème de manière de plus en plus aiguë compte tenu de l'importance de sa population juvénile. Ainsi, une enquête réalisée en mai 2002 par le Ministère de l'Action Sociale et de la Solidarité Nationale (MASSN) et l'UNICEF montre bien l'ampleur du phénomène des enfants en difficulté. Selon cette enquête menée dans les quarante neuf (49) communes de plein exercice du Burkina Faso, les enfants et jeunes vivant dans la ruez et y dormant
2 Le terme« enfants ou jeunes de la rue» renvoie à une expression générale qui regroupe l'ensemble des enfants d'une tranche d'âge comprise entre 6 et 18 ans passant tout ou une partie de leur journée dans la rue. Ce sont des enfants qui sont 20

sont estimés à deux mille cent quarante six (2146) dont cinq cent vingt cinq (525) pour la ville de Ouagadougou contre quatre vingt et un (81) en 1990. Selon la même source, deux mille quatre vingt dix (2090) d'entre eux seraient des garçons et cinquante six (56) seraient des filles d'un âge compris entre sept (7) et vingt un (21) ans. On note que parmi le nombre total d'enfants et de jeunes identifiés, quarante quatre virgule quatre pour cent (44,04%) serait issu de l'école coranique3. Jusque là perçu comme un problème qui touche uniquement les garçons, le phénomène présente aujourd'hui des facettes féminines car il touche également les filles même si cela se passe à des proportions

en rupture totale ou quasi totale avec leur famille et leur groupe d'appartenance, connaissant une présence permanente dans la rue. Ils dorment dans des abris de fortune qu'offre la ville (immeubles ou bâtiments non achevés, auvents de magasins, ponts, hangars...) ou dans des espaces ouverts en plein air si les conditions climatiques le permettent. Ce sont les enfants pour lesquels la rue est devenue la demeure habituelle et la source principale de moyens de survie. Certains d'entre eux rentrent régulièrement en famille, mais marquent toujours leur présence régulière dans la rue. Pour ces jeunes, l'accoutumance et la dépendance à cet environnement sont tributaires de l'assiduité de sa fréquentation et de la coercition du mode de vie qu'ils y construisent. 3 Enquête réalisée par le MASSN avec l'appui de l'UNICEF et les associations dans les 49 communes du Burkina Faso, mai 2002.

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moindres (56, soit 2,61 %) par rapport à celui des garçons (2090; soit 97,39%). Avec le contexte de l'urbanisation galopante, l'impuissance de la famille en tant que «matrice symbolique sociale »4, des systèmes de valeurs, les contingences socio et macro-économiques marquées par la fin d'un Etat Providence, le phénomène des enfants vivants dans la rue se complexifie et prend l'allure d'une forme de « reproduction sociale ». Face à l'évolution du phénomène ainsi que ses nombreuses conséquences, les pouvoirs publics du Burkina se sont dotés de moyens juridiques et structurels dont la mission est de protéger et rééduquer les jeunes délinquants ou en danger moral. A côté de l'action des pouvoirs publics, interviennent d'autres acteurs tels que les Associations et Organisations Non Gouvernementales (ONG) à travers un encadrement en système ouvert, semi-ouvert ou fermé. Un recensement effectué par le Secrétariat Permanent du Plan d'Action National pour l'Enfance (SPPAN/Enfance) en 2000 a dénombré cinquante cinq (55) structures. Dans la ville de Ouagadougou elles sont environ une vingtaine à œuvrer en faveur des enfants de la rue. De ces structures, il y a celles qui
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A.GRENN (1995): La causalité psychique entre nature et

culture, Paris, O. Jacob p. 119. 22