Essai des droits et des devoirs de la famille et de l

Essai des droits et des devoirs de la famille et de l'État

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Français
580 pages

Description

Commençons, par les Grecs, l’historique de la question.

« Il s’en faut de beaucoup, dit M. Fustel de Coulanges, que l’éducation fût libre chez les Grecs. Il n’y avait rien au contraire où l’Etat tînt tant à être maître.

« A Sparte, le père n’avait aucun droit sur l’éducation de son enfant. La loi lui paraît avoir été moins rigoureuse à Athènes ; encore la cité faisait-elle en sorte que l’éducation fût commune sous des maîtres choisis par elle.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 08 janvier 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346031498
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Langue Français

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Joseph Crozat
Essai des droits et des devoirs de la famille et de l'État
En matière d'enseignement et d'éducation - Ouvrage augmenté d'une étude complémentaire sur les droits et les devoirs de l'Église en la même matière
AVANT-PROPOS
L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUESavait mis au concours pour le prix duBaron STASSART(année 1882) la question suivante : DES DROITS ET DES DEVOIRS DE LA FAMILLE ET DE L’ÉTAT
EN MATIÈRE D’ENSEIGNEMENT ET D’ÉDUCATION L’Ouvrage que nous avons l’honneur d’offrir ici au public, est un des sept manuscrits qui ont été présentés au concours et un des trois q ui se sont partagés le prix proposé. (N° 6) Nous devons cependant signaler les améliorations co nsidérables que nous y avons introduites, en soumettant à une refonte générale l e texte primitif de notre travail. Le Mémoire que nous avons envoyé au Secrétariat de l’Institut, se composait de plus de 800 pages ; nous en avons condensé. la mati ère en moins de 500. Pressé par le temps, nous n’avions pu n’y pas laiss er des lacunes et des points obscurs ; nous avons éclairci les uns et comblé les autres. Enfin, nous y avons ajouté une Etude complémentaire sur
LES DROITS ET LES DEVOIRS DE L’EGLISE EN LA MÊME MATIÈRE
Avons-nous besoin de dire pourquoi?Est-il possible, quand il s’agit d’enseignement et d’éducation, lorsqu’il est question des Droits e t des Devoirs de la Famille et de l’Etat sur ce terrain, de ne pas traiter de la mission et des prérogatives que, de son côté, l’Eglise y prétend ? C’est la Religion qui a toujou rs et partout présidé à la formation intellectuelle et morale des jeunes générations. C’ est l’Eglise qui a été seule en Europe, pendant près de quinze cents ans, la grande institutrice de l’enfance et de la jeunesse et la maîtresse souveraine des intelligenc es. Et, quoi qu’on en dise, elle ne prétend déchoir ni aujourd’hui ni demain de sa souv eraineté doctrinale et du rôle intellectuel qu’elle a rempli dans le passé. Malgré toute l’opposition qu’elle rencontre, elle garde et elle gardera sa place dans des centai nes de millions d’âmes. Comment, dès lors, ne pas tenir compte du poids immense dont elle pèse sur les destinées des individus et des peuples ? Est-ce que la guerre mêm e qui lui est faite, n’oblige pas d’étudier ce qu’elle est et d’examiner avec soin le s fondements de ses prétentions ? Du reste, impossible de scruter un peu profondément la constitution naturelle de l’humanité sans se heurter à des problèmes qui n’on t point en elle leur nécessaire solution. Non, il n’est pas plus possible de trouve r dans la nature humaine le couronnement qu’elle appelle par toutes les voix de son intelligence et de son cœur,
qu’il ne l’est de trouver dans le calcul des quanti tés finies la solution des difficultés qui relèvent du calcul infinitésimal. Par conséquent, d e même que dans l’étude des dimensions, le mathématicien, s’il ne veut rien lai sser à s’expliquer, est obligé de s’élever à la conception de l’infiniment grand et d e l’infiniment petit, ainsi, quand il s’agit des âmes humaines, le philosophe chrétien qu i veut avoir le dernier mot à leur grandeur et de leurs destinées, est obligé de s’éle ver jusqu’à l’étude de la société intellectuelle qu’elles doivent former dans la véri té et par la vérité, sous le gouvernement doctrinal de Dieu même. Telle est la r aison pour laquelle, au sujet du concours proposé par l’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES,nous avons cru bon d’ajouter une Etude complémentaire su r l’Eglise et sur sa mission en matière d’enseignement et d’éducation. Nous espéron s que personne ne le trouvera mauvais et que la plupart de nos lecteurs nous saur ont gré de n’avoir pas laissé dans l’ombre un si vaste et si intéressant côté de notre sujet. Sans cette Etude, il ne peut pas y avoir de travail complet en cette matière.
INTRODUCTION
De l’Importance de cette question et de l’opportunité de son étude
I
Il n’est personne qui, instruit des préoccupations de l’opinion et quelque peu exercé à regarder au fond des choses, n’entrevoit de prime abord l’importance des problèmes que couvre ce titre et l’opportunité qu’il y a à en faire l’objet d’une étude approfondie. Quand il s’agit de droits et de devoirs, n’est ce p as tout ce qu’il y a ici bas de plus grand en soi et de plus cher au cœur humain qui est en cause ? Les hommes ne s’occupent jamais d’un pareil sujet qu’avec le plus vif intérêt et les solutions qu’ils donnent à de semblables questions, ont toujours les plus graves conséquences pour l’humanité. Mais, d’abord, qu’est-ce que le droit ? — le devoir ? A ces premières questions, les hommes déjà ne s’ent endent plus. S’il fallait en croire A. Comte, il faudrait dire que « la notion d u droit doit disparaître du domaine politique, comme la notion de cause du domaine phil osophique. » Suivant cette théorie, nous n’aurions point à chercher quels sont les droits et les devoirs de la famille, de l’Etat et de l’Eglise relativement à la formation intellectuelle et morale de l’enfant, nous n’aurions qu’à chercher quelle est l a force respective que possèdent ces trois sociétés pour faire prévaloir leurs volontés. La question serait dès lors très simple et sa solution très facile. Telle était bien la pen sée de Feuerbach quand il disait : 1 « Que la volonté de l’homme soit faite ! » Or la volonté de l’homme s’accomplit quand elle est la plus forte. Bentham n’entend guère le droit autrement. » Pesez, dit-il, les peines et les plaisirs, et selon que les bassins de la balance inclineront de l’un ou de l’autre côté, la question du tort et du droit devra être décidée. » « Si une pareille maxime venait à triompher dans le monde, s’écrie Mgr Freppel, l’idée du droit serait absorbée dans l’idée de 2 l’intérêt » Mais comme l’intérêt ne peut être réalisé que par l a force, le système du publiciste anglais revient à la théorie de l’Ecole hégélienne. « Le droit, dit Schopenhauer, n’est 3 que la mesure de la puissance de chacun. » 4 5 Ainsi parlent, pour le fond, Ihering et Max Stirner . D’après cette doctrine, il, ne faudrait pas traiter des choses humaines d’une autre façon que des choses physiques. Darwin a également faussé la notion du Droit pour l a plier aux exigences de l’évolutionisme.as devant l’espècele combat pour la vie, l’individu ne compte p  Dans pour laquelle il doit vivre et à laquelle il doit ê tre sacrifié. « Ce qui frappe tout d’abord l’esprit, dit M.E. Caro, dans cette tentative systématique pour appliquer les lois de l’histoire naturelle aux rapports et aux phénomènes sociaux, c’est le sacrifice du droit individuel au droit soc ial qui n’est autre que l’intérêt spécifique. » « Pour nous, je dirai pour les hommes de toute écol e, de tout parti, de toute race (en dehors des systèmes) il y a une garantie inviolable de la personne humaine qui s’appelle le droit et ce droit est sacré, parce que ce n’est pas une convention humaine 6 qui l’établit et parce que une autre convention n’e n peut rien enlever . »
Il ne faut donc pas dire avec le Code Justinien : « le droit c’est ce qui est commandé »Jus est id quod jussum est. Tout ce qui est commandé n’est point en effet d’obligation, car les volontés humaines ne so nt point assez élevées pour être la source des droits qui leur sont propres ; trop souv ent du reste elles se mettent en 7 opposition avec le droit, en s’éloignant du vrai, d u juste et du bien. L’intérêt bien entendu constitue-t-il le droit au s ens propre du mot ? Non, l’intérêt bien entendu, c’est toujours le sacrifice d’un inté rêt inférieur et passager au triomphé d’un intérêt durable et supérieur. Or, l’intérêt, quel qu’il soit, peut bien être l’ob jet du droit, mais il n’est pas le droit lui-même. L’intérêt d’ailleurs n’est l’objet du droit q ue lorsqu’il est conforme à la raison, voulu par la raison. Enfin la force peut servir le droit, elle peut égal ement l’opprimer. Elle n’est donc pas davantage le droit. La force, c’est la puissance av eugle qui appartient à la nature physique d’un être intelligent ou non ; le droit c’ est, au contraire, la puissance rationnelle qui appartient à la nature morale de l’ être intelligent. Pour comprendre le droit, en effet, il faut s’éleve r non seulement au dessus de la nature matérielle, mais encore au dessus de la spir ituelle, en tant qu’être physique ; car les esprits n’ont pas le droit rationnel de fai re tout ce qu’ils ont le pouvoir physique d’accomplir. Même dans les esprits, le pouvoir phys ique n’est point identique au droit proprement dit, l’un peut être plus ou moins grand que l’autre. En Dieu seul, pouvoir et 8 droit sont une seule et même chose. A parler exactement et avec précision, le droit, c’ est le pouvoir moral que la raison attribue et que le Créateur a conféré à l’être inte lligent, comme lui étant dû et lui appartenant un vertu de son principe, de sa nature et de sa fin. Comme la force est le pouvoir physique de l’être physique, le droit, c’es t le pouvoir rationnel de l’être 9 raisonnable. 10 Ce pouvoir peut-il être douteux en l’homme ? Non, dès lors que l’homme est un être intelligent, il se connaît, il se possède, il est maître de lui-même et de sa destinée. Il faut donc qu’il ait tout le pouvoir dont il a be soin pour disposer de soi, parcourir ou non sa carrière et atteindre ou non sa fin. Si sa n ature physique a le pouvoir physique d’accomplir sa destinée, il faut, parce qu’il est r aisonnable, qu’il ait le pouvoir rationnel de faire tout ce qui est nécessaire pour parvenir a u terme de son existence. Nier cela, c’est nier la raison même, et, dès lors, s’interdire de raisonner pour combattre la réalité de ce pouvoir. Le droit a pour corrélatif le devoir. L’un suppose l’autre. La notion de celui-ci confirme l’idée de celui-là. Si, en effet, le droit, c’est ce qui est dû à l’être intelligent d’après l’ordre de la raison, le devoir, c’est ce que, d’après le même ordre et l a même lumière, se doit l’être intelligent soit à lui-même soit aux êtres de son e spèce. L’homme ne s’étant pas fait lui-même, ne peut être complètement et absolument maître de soi. Il y a du reste dans sa nature intel lectuelle une telle grandeur qu’il n’est pas lui même personnellement assez élevé pour avoir le droit d’en disposer complètement et absolument. Il s’en suit que l’homm e a des droits qu’il n’est pas maître de sacrifier et qu’il a envers lui-même des devoirs dont il ne peut se dispenser. Mais tous les hommes sont égaux ; les droits des un s sont par là même le fondement des devoirs des autres, et réciproquement , les devoirs de ceux-ci sont la 11 garantie des droits de ceux-là. Ainsi droits et devoirs, pouvoirs et charges sont d es termes corrélatifs dont l’un implique essentiellement l’autre.
II
L’homme n’a donc pas des droits pour le plaisir d’a voir des droits, ni des devoirs pour la peine de les accomplir. La raison fondamentale et essentielle de tous les d roits et de tous les devoirs, ce sont les fins mêmes pour lesquelles Dieu a créé l’h omme. Etant imparfaits, et étant cependant créés pour acquérir la perfection qui nou s manque en nous servant de celle que nous avons, nous possédons le droit de jouir de s biens qui sont en nos mains et celui de poursuivre la conquête des biens qui nous sont réservés. « Le bien de tout 12 être, dit saint Thomas, c’est d’atteindre sa fin ; son mal, c’est de s’en écarter. » Par conséquent les droits et les devoirs de l’homme, qu i ne peuvent être que pour le bien de l’homme, ne peuvent être non plus que pour l’acc omplissement de sa fin. C’est par la même raison que Domat explique, sous l e nom de lois, les droits et les devoirs.... « Les lois de l’homme, dit-il, ne sont autres choses que les règles de sa conduite et.... cette conduite n’est autre chose qu e les démarches de l’homme vers sa fin. Pour découvrir donc les premiers fondements de s lois de l’homme, il faut connaître quelle est sa fin, parce que sa destination à cette fin, sera la première règle de la voie et des démarches qui le conduisent et, par conséque nt, sa première loi est le 13 fondement de toutes les autres. » Aussi tous les droits et les devoirs sont pour réal iser les destinées qui sont assignées à l’homme en raison de sa nature et de so n principe. Voit-on maintenant l’importance capitale, suprême d es droits et des devoirs ? Cette importance ne peut s’estimer que par la considérati on des destinées mêmes pour la réalisation desquelles les uns ont été imposés et l es autres conférés à l’homme. Quelles sont donc ces destinées ? La destinée essentielle de la vie organique dans l’ homme, c’est de se reproduire exactement dans des êtres qui ressemblent à leur principe. La destinée essentielle de la vie raisonnable, c’es t sa conservation et sa perfection dans le bonheur infini du ciel. Toutes les autres tins sont accidentelles et sont s ubordonnées à celles-là. Nous n’avons pas à nous préoccuper ici de la destin ée éternelle de l’âme. « Que 14 sert à l’homme de gagner l’univers, a dit Jésus-Chr ist, s’il vient à perdre son âme. » 15 Au fond, « il n’y a qu’une seule chose de nécessair e », ajoutait-il ailleurs, c’est le salut éternel. Ce que nous avons à montrer, c’est l’importance cap itale de la fin terrestre de l’homme. Cette fin, c’est sa perfection organique s uprême ; c’est pour elle que tout en lui est fait. Comme organisme, l’homme ne peut se c onsoler de la mort qui l’attend, qu’en se reposant dans la pensée qu’il revivra parf aitement en ses enfants. Aussi pas de besoin plus violent dans son cœur que celui de s e reproduire pleinement tout entier par la génération d’abord, et ensuite, par la nourr iture, l’enseignement et l’éducation de ses enfants. Peut-on contester l’intérêt que les enfants eux-mêm es ont à être convenablement nourris, instruits et élevés ? L’Etat n’est pas sans avoir aussi d’immenses intérê ts dans la reproduction normale de ses membres. Car si ceux-ci mouraient sans trans mettre à personne l’héritage de leur double vie physique et morale, l’Etat périrait par le fait même, tout entier. S’ils ne se reproduisaient pas intégralement selon toutes le s lois de l’humanité, ils ne produiraient pas les êtres achevés dont l’Etat doit se composer pour être digne de l’homme.
Enfin, qui ne voit combien l’Église qui est la soci été des âmes dans le temps et, audelà du temps, dans l’éternité, est profondément intéressée à la parfaite formation des hommes ? Si, en effet, les hommes ne sont pas f ormés avec soin dans la vérité et la vertu, ils lui demeurent étrangers, ou bien, son t ses ennemis ; ils ignorent ou ils rejettent le moyen nécessaire sans lequel il n’y a pas de salut et ils périssent. Faite pour les sauver en se les incorporant, l’Égli se périt elle-même avec et dans les membres dont elle doit se composer et qui lui manqu ent ou se retournent contre elle.
III
Voit-on dès lors l’importance souveraine de l’ensei gnement et de l’éducation dans la formation d’un homme ? Le travail de la génération ne produit qu’un germe. La parturition ne met au jour qu’un enfant. Or, qu’est -ce qu’un enfant ? « Fannius, dit Cicéron, c’est une chose difficile que de louer un enfant ; car un enfant n’est pas une 16 chose à louer, ce n’est qu’une espérance. » L’enfant n’est encore, en effet, qu’un ensemble de germes qui attendent de la nourriture, de l’enseignement et de l’éducation tou t ce qui leur manque pour se développer, atteindre leur perfection et leurs fins particulières. Sans doute l’enseignement et l’éducation ne créent dans l’enfant ni substance ni faculté nouvelle, mais ils créent les développement s et la puissance des organes et des facultés dont la génération a produit les germe s. « Instituer l’homme, dit M. Laurentie, c’est le for mer, c’est presque le créer, car l’homme arrive si frèle à la vie qu’il faut l’affer mir, le diriger, le façonner, le faire en un 17 mot par l’instruction et l’éducation . » « L’éducation, s’écrie Mgr. Dupanloup, quelles nobl es idées, quelle forte action les étymologies expriment ici ! C’est presque tirer du néant, c’est presque créer ; c’est au moins tirer du sommeil et de l’engourdissement les facultés endormies ; c’est donner 18 la vie, le mouvement et l’action à l’existence enco re imparfaite. » « Quand un être parfait, dit Kant, en aura élevé un autre, on saura quelles sont les 19 limites du pouvoir de l’éducation. » « On pourrait tellement préparer l’éducation de l’h omme, dit Joubert, que tous ses 20 préjugés seraient des vérités et tous ses sentiments des vertus. » e Disons encore avec M de Genlis : « Une bonne éducation nous rend capabl e de 21 tout ce qu’il y a de bon, de beau et de grand. » Avec M. Curel : « L’éducation peut donner aux bons instincts de notre âme assez d’empi re pour dominer nos mauvaises inclinations ». Les pères, les mères, les institute urs, écrit aussi le Dr. Courtin peuvent, par l’éducation, créer dans leur postérité naissant e, les vertus, les talents que les 22 familles réclament dans leurs enfants. » Rien de moins irrécusable ; parla génération, l’hom me ne produit qu’un animal incapable de vivre de ses propres forces ; c’est pa r l’enseignement et par l’éducation qu’il produit proprement un homme semblable à lui-m ême, un homme capable de 23 remplir toutes ses destinées. En effet, n’est-ce pas par son instruction et son éducation que l’homme vaut à peu près tout ce qu’il vaut au triple point de vue physique, intellectuel et moral. On pourrait en con clure que l’enseignement et l’éducation valent ce que vaut l’homme élevé à sa p lus haute dignité et puissance. On ne peut certes nier qu’ils ne valent ce que valent ses destinées célestes et terrestres, car qu’un homme ait le pouvoir, ou non, d’atteindre ses fins temporelles et éternelles, cela ne dépend, pour la plupart du temps, que de l’ enseignement et de l’éducation qu’il a reçus.
C’est ce qu’ont reconnu et proclamé tous les penseu rs et tous les hommes de sens 24 et d’expérience . « Sachez qu’il m’est né un fils, écrivait Philipp e, roi de Macédoine, à Aristote. Je ne rends pas tant grâces aux Dieux d u bonheur de l’avoir que du bonheur de l’avoir pendant que vous vivez. Car j’es père qu’instruit et élevé par vous, il 25 ne sera point indigne de nous et qu’il sera à la ha uteur d’un aussi grand royaume . » Pour Alexandre, il n’hésitait pas à dire qu’il ne d evait pas moins à Aristote qu’à 26 Philippe, car celui-ci lui avait donné de vivre et celui-là de bien vivre . « Que personne, dit Platon, ne mette son applicatio n à ramasser des richesses pour ses enfants, en vue de les laisser plus riches. Cel a n’est bon ni pour eux, ni pour la patrie. La meilleure fortune est celle qui n’expose pas les jeunes gens à la flatterie et qui suffit aux besoins de la vie. Ce n’est donc pas beaucoup d’or, mais beaucoup de 27 28 vertu qu’il faut laisser aux enfants . » Sénèque tient le même langage . « Un père, dit Cicéron, ne peut laisser de lui-même un monument plus glorieux qu’en laissant un fils qui soit l’image fidèle de s es mœurs, de sa vertu, de sa 29 constance, de sa piété et de son génie . » Mais l’enseignement et l’éducation n’ont pas moins d’importance pour l’Etat que pour les familles. Platon fait de la bonne éducation des enfants le fo ndement et comme le séminaire 30 de sa république . Aristote oblige la cité de donner tous ses soins à la bonne éducation de la jeunesse 31 sous peine de périr . 32 Xénophon n’a pas un autre sentiment . « Il n’y a pas dans un Etat, dit Cicéron, de minist ère plus salutaire et plus important que de bien instruire et de bien élever la jeunesse , surtout, lorsque, par suite des temps et des mœurs, elle est tellement licencieuse qu’il faut la réprimer et la contenir 33 par toutes espèces de moyens . » Ecoutons Juvénal : « On te doit de la reconnaissanc e, dit-il à un père, pour avoir donné un citoyen à la patrie et à la nation, pourvu que tu t’appliques à le rendre utile à son pays, utile aux champs, propre à traiter des af faires de la paix et de la guerre, car les connaissances et les mœurs dans lesquelles tu l e formeras sont de la plus haute 34 importance . » C’est ce qu’avait compris Henri IV, comme le prouve le règlement qu’il donna autrefois à l’Université. « La félicité des royaume s et des peuples et surtout d’un Etat 35 chrétien dépend de l’éducation de la jeunesse . On connaît la parole tant de fois citée de Leibnitz : « J’ai toujours pensé qu’on réformerait le genre humain, si l’on réformait l’éd ucation de la jeunesse. La bonne éducation de la jeunesse, c’est le fondeme nt de la félicité humaine. » « Derrière l’éducation, a dit aussi Kant, est caché le mystère du perfectionnement et du bonheur de l’humanité. « En effet, dit Mgr. Dupanloup, c’est l’éducation q ui, par l’influence décisive qu’elle exerce sur l’enfant et sur la famille, éléments pri mitifs de toute société, fait les mœurs domestiques, inspire les vertus sociales et prépare des miracles inespérés de restauration sociale, morale et religieuse. C’est l ’éducation qui fait la grandeur des peuples et maintient leur splendeur, qui prévient l eur décadence et, au besoin les 36 relève de leur chute . » Cependant, pour faire des enfants de Dieu et pour u nir les intelligences dans la vérité, l’enseignement et l’éducation sont encore e n quelque sorte plus nécessaires que pour former des hommes et des citoyens. Sans do ute, la grâce, pour procréer des enfants de Dieu, ne contribue pas moins que la natu re pour produire des hommes.