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Essai sur les données immédiates de la conscience - Chapitre 2

De
223 pages
Les penseurs, jusqu’ici, n’ont fait que concevoir le temps ; il faut désormais le vivre : tel semble être le mot d’ordre de Bergson dans le chapitre 2 de l’Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), son premier ouvrage, où il entend « saisir la durée pure ».
Notre manière ordinaire de représenter le temps est empreinte de concepts issus des mathématiques et de la physique : partant de ce constat, Bergson entame dans ce chapitre, qui est aussi une porte d’entrée à l’ensemble de sa philosophie, une réflexion sur les nombres, les horloges, les mouvements et leurs vitesses, et souligne l’impossibilité de penser adéquatement le temps par ces biais. À la représentation déformée que nous avons forgée du temps, il oppose le temps vécu de la conscience humaine, qui est le seul réel, et qu’il nous invite à ressaisir par l’introspection.
Illustration : Virginie Berthemet © Flammarion
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Essai sur les données immédiates de la conscience
CHAPITRE 2
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BERGSON
Essai sur les données immédiates de la conscience
CHAPITRE 2
PRÉSENTATION NOTES DOSSIER CHRONOLOGIE BIBLIOGRAPHIE par Raphaël Ehrsam
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2013 ISBN : 9782081289642
P r é s e n t a t i o n
Acteur majeur de la scène intellectuelle au début du e XXsiècle, prix Nobel de littérature en 1927 pour l’ensemble de son œuvre, professeur au Collège de France où le ToutParis se pressait pour assister à ses cours, Bergson fut l’un des plus grands philosophes français. Né le 18 octobre 1859 d’un père d’origine polonaise, musicien et compositeur, et d’une mère anglaise, il se dis tingua très tôt par une scolarité exceptionnelle. Après avoir obtenu, à dixhuit ans, le premier prix au concours général de mathématiques, il fut admis, l’année suivante, à l’École normale supérieure, où il devint notamment le condisciple de Jean Jaurès et d’Émile Durkheim. À cette époque, l’enseignement philosophique était dominé par le positivisme et le kantisme. Jules Lachelier, l’inspecteur général dédicataire de l’Essai sur les données immédiates de la conscience, et Émile Boutroux, dont Bergson suivit les cours à l’École normale supérieure, s’appliquaient tous deux à perpétuer en France l’héritage du philosophe de Königsberg. Le mathématicien et philosophe Cournot, de même que les disciples d’Auguste Comte, valorisaient quant à eux l’approche scientifique des problèmes en philo sophie. C’est en réaction aux conceptions du temps issues Extrait de la publication
II
E s s a i s u r l e s d o n n é e s i m m é d i a t e s
1 de ces courants que Bergson formula au cours de ses années de formation une notion appelée à devenir le centre névralgique de sa pensée : la durée. Par la suite, il dira même que toute son œuvre a résulté de l’effort pour 2 « penser en durée ». Or le chapitreIIde l’Essai sur les données immédiates de la conscience, qui fut tout à la fois la thèse de Bergson et son premier ouvrage, constitue le lieu de naissance de cette notion.
I. SITUATION DE LESSAI SUR LES DONNÉES IMMÉDIATES DE LA CONSCIENCE
1. LA QUESTION DU TEMPS EN PHILOSOPHIE Afin de saisir l’apport spécifique de Bergson à la philo sophie du temps, il convient d’abord de mettre en évi dence les grandes lignes du champ problématique au sein duquel s’inscrit le chapitreIIde l’Essai. Lorsque l’on réfléchit à nos expériences et représenta tions du temps, deux directions se présentent. D’un côté, nous appréhendons le temps par le biais des mesures que scandent les montres, les horloges, les agendas et les calendriers. Il nous semble alors que nous vivonsdansle temps, que celuici forme uncadreau sein duquel nous naissons et vieillissons avant de disparaître. Nous asso cions le temps à l’évolution physique de l’univers, aux dates des événements historiques et à la chronologie de notre vie personnelle. Le temps nous apparaît comme un aspect du monde, existant hors de nous et qui subsisterait
1. Voir Dossier,infra, p. 127130 et 132134. 2. Voir Dossier,infra, p. 153154.
P r é s e n t a t i o n
III
aussi bien sans nous. D’un autre côté, pourtant, nous avons du temps une expérience plus intime. Il paraît sou vent nous manquer pour nos projets ; il s’étire quand nous sommes en proie à l’attente, à l’ennui ou à la mélan colie ; il nous semble s’accélérer ou se contracter lorsque nos activités nous procurent un plaisir vif. La fugacité des instants, l’impossibilité de retrouver certains moments passés et la représentation de nos actions futures se trouvent ainsi étroitement associées à des états affectifs – joie, frustration, nostalgie, impatience, etc. Le temps nous apparaît à cet égard comme un aspect de notre vie intérieure, modulé en fonction de nos dispositions et de nos attitudes ; il nous paraît êtreen nousplutôt qu’hors de nous, temps de la conscience plutôt que temps du monde. En conséquence, la réflexion philosophique sur le temps s’est partagée depuis l’Antiquité selon deux lignes d’analyse, qui font directement écho à ces deux possibili tés d’appréhension du temps. Platon et Aristote pro posent chacun une conception du temps selon laquelle celuici serait indépendant de la conscience humaine et lié aux changements du monde. Saint Augustin, lui, met en œuvre la première défense radicale de l’idée selon laquelle le temps n’existe que pour et par la conscience humaine. Dans leTimée, Platon aborde la question du temps à l’occasion d’un mythe sur l’origine du monde. Le Démiurge, dieu artisan du cosmos, est chargé d’y intro duire ordre, beauté et harmonie. Il choisit donc de forger « une image mobile de l’éternité ; et, tandis qu’il met le ciel en ordre, il fabrique de l’éternité […] une certaine image […] progressant suivant le nombre, cellelà même Extrait de la publication
IV
E s s a i s u r l e s d o n n é e s i m m é d i a t e s
1 que précisément nous appelons “le temps” ». Timée fait remarquer à Socrate que les principales divisions du temps (les jours et les années) répondent au mouvement des astres : les jours correspondent au lever et au coucher du soleil, les années correspondent au retour des saisons. Le temps est nommé « image de l’éternité » parce que son existence et celle du monde sont indissociables ; il progresse « suivant le nombre » parce que l’on compte en lui des intervalles réguliers en se référant aux astres. Aristote prolonge dans saPhysiquecette approche plato nicienne en soutenant que le temps est un aspect nom 2 brable des mouvements physiques . Cosmogonies philosophiques et représentations du temps en astrono mie convergent. En réaction à cette occultation de l’importance du temps vécu, saint Augustin fait valoir dans lesConfes sionsune thèse radicalement opposée. Ceux qui rat tachent le temps au devenir du monde et prétendent le mesurer uniquement suivant le mouvement des astres deviennent incapables de comprendre son mode d’exis tence original. En effet, le passé n’est plus, le futur n’est pas encore, et le présent est à peine qu’il n’est plus. En omettant de souligner que seule une conscience vivante et agissante, capable de mémoire et d’anticipation, peut tenir ensemble les trois dimensions du temps (passé, pré sent et futur), les Anciens ont réduit sans s’en aperce voir le temps à un pur nonêtre. Le temps pour Augustin n’est pas quelque chose du mouvement, mais quelque
1. Platon,Timée, 37d, trad. L. Brisson, GFFlammarion, 1992, p. 127. 2. Voir le texte d’Aristote reproduit dans notre Dossier,infra, p. 126127.
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