Et maintenant, Monsieur le Président ?

Et maintenant, Monsieur le Président ?

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Livres
96 pages

Description

Fort de son élection à la présidence de la République, Emmanuel Macron promet une révolution : un « renouveau démocratique », une Europe « réenchantée », un travail « libéré », la fin de l’état d’urgence, l’égalité des chances.
Une révolution ? Vraiment ?
À distance des fastes de la communication présidentielle, André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, décortique dans ce petit livre les dix principaux axes du projet d’Emmanuel Macron, et l’interpelle.
Quelle est la teneur du grand renouvellement promis ? Que se cachet-il sous le vernis de l’expertise, de la révolution technologique et de la compétitivité ? Et si, dans la France et l’Europe des inégalités et de la domination financière, la révolution prônée par le Président visait à ce que « tout change pour que rien ne change » ?
Ancré dans son territoire, auteur de propositions de loi élaborées avec les citoyens, un député lance le débat et propose, à l’opposé de la confiscation des pouvoirs dans les mains d’un seul, de mettre la démocratie en marche.


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Date de parution 31 août 2017
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EAN13 9782708251090
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Conception couverture et maquette : Valérie Lagarde
Tous droits réservés © Les Éditions de l'Atelier/Éditions Ouvrières, Ivry-sur-Seine, 2017 www.editionsatelier.com www.twitter.com/ateliereditions www.facebook.com/ateliereditions
Imprimé en France / Printed in France ISBN 978-2-7082-5109-0
Introduction
Sommaire
1. – Un renouveau démocratique ?
2. – Un nouveau modèle de croissance ?
3. – Libérer le travail ?
4. – Réenchanter l'Europe ?
5. – Un modèle social plus protecteur ?
6. – Une politique des territoires ?
7. – Les mêmes chances pour tous ?
8. – Rendre la France plus compétitive ?
9. – La crise financière est derrière nous ?
10. – Un État qui assure la sécurité des citoyens ?
Introduction
Quel beau fleuve tranquille que le destin du nouvea u président de la République ! Depuis son entrée officielle « en politique », fin août 2014, le récit de l'homme providentiel s'écrit, jour après jour, accompagné d 'une mise en scène savamment orchestrée. Sur sa vie, sur les conditions de son a ccession au pouvoir, sur ses grandes ambitions, on s'ébahit, on disserte, on spé cule. Mais parmi ces milliers de commentaires, bien peu dévoilent les fondements de son projet, les cohérences idéologiques qu'il contient, les liens qui existent entre chaque mesure. Inutile de se demander pourquoi : la construction du mythe présid entiel est à l'œuvre ! Et, en ce début de mandat, cette construction tient lieu de s eul horizon politique visible médiatiquement. En somme, essayer coûte que coûte d e consolider les digues protectrices d'un régime présidentiel à bout de sou ffle, que l'on veut sauver et renforcer par une dimension monarchique inédite. Cependant, faire diversion ne peut longtemps tenir lieu de seule ligne directrice. Aussi, rien ne serait pire que de sombrer dans le c ommentaire des commentaires et la superficialité, voire de se complaire dans une riposte se limitant à des coups d'éclat médiatiques. L'élection du président de la Républiq ue et de sa majorité écrasante à l'Assemblée nationale ne doit pas fermer le débat e t la vie politique pendant cinq années. Bien au contraire, nous devons tout mettre en œuvre pour faire émerger les sujets de vie et les enjeux d'avenir qui ont été oc cultés le temps des élections. « Descendre du monde des idées dans le monde réel, passer du langage à la vie », écrivait Karl Marx dansL'idéologie allemande{1}. Le constat est en effet sans appel : nous sortons d 'une longue séquence électorale qui n'a pas permis d'aller au fond des choses. Et d 'abord au cœur des dits et non-dits du nouveau président de la République. La stratégie marketing imposée par le candidat Emmanuel Macron a fait écran : d'un côté l a construction d'un récit personnel prônant le renouvellement politique, de l 'autre la présentation de mesures sectorielles ciblant des électorats précis et mobil isables dans les conditions très spécifiques de la présidentielle. Force est de constater que cette stratégie a été él ectoralement efficace. Mais son succès s'est en fait construit sur un socle de dépo litisation : en focalisant l'attention électorale sur une personnalisation à outrance du p ouvoir, non sans conséquences démocratiques délétères, les débats de fond sur les grands enjeux planétaires, européens et français ont été laissés en suspens. Dans la continuité de cette dynamique électoraliste , la nomination des deux gouvernements successifs a donné le ton de la visio n présidentielle de la démocratie française. Celle d'institutions dirigées par des ex perts, pour l'essentiel issus de grandes entreprises, du secteur financier ou de gra ndes écoles... et par conséquent loin, très loin, de l'image du renouveau démocratiq ue entretenue médiatiquement. Une sorte debis repetitaunetout ce qui a plongé l'Europe et la France dans  de consanguinité idéologique, où la visée néolibérale d'une société tout entière mobilisée dans une compétition réglée par la loi du marché supplante par défaut la défense du bien commun dans la conduite du pouvoir. C'est sur ce constat que se fonde l'écriture de cet ouvrage. Sur l'impérieuse nécessité d'une vitalité et d'une continuité démocr atiques indispensables pour notre pays, en ne considérant pas l'élection comme une fi n du débat mais, au contraire,
comme une nécessité d'ouvrir ce qui n'a pas pu l'êt re en période électorale. Mon attachement personnel très fort au rôle du Parlemen t, comme relais des luttes sociales et des combats progressistes qui ont façon né la gauche et notre pays, me pousse aujourd'hui à interpeller le président de la République sur les grands choix qui sont dans « les tuyaux du pouvoir ». Car n'est-ce p as d'abord la première fonction d'un député que de travailler les lois dans la clarté avant de les voter ? Et n'est-ce pas le président de la République qui devrait être le g arant de ce fonctionnement démocratique des assemblées, plutôt que de s'ériger d'emblée en maître législatif suprême comme il l'a fait en convoquant le Parlemen t en Congrès ? J'ai choisi dix sujets d'interpellation parmi les n ombreux thèmes qui auraient pu être abordés dans cet ouvrage. J'ai commencé en essayant de révéler la réalité de ce qui a constitué la promotion du « grand renouvellement » sous le vocable du renouveau démocratique. Car c'est une des clés de voûte de l' ensemble du projet politique du président de la République et de sa majorité. Aussi ai-je voulu faire œuvre de « grand dévoilement ». En montrant ce que cache la promotio n d'un nouveau modèle de croissance assis sur les mêmes fondamentaux économi ques et financiers que ceux des quinquennats précédents. En démasquant l'arbitr aire social d'une supposée « libération » du travail. En dévoilant les enjeux d'une Europe laissée aux appétits des plus forts. En pointant les dessous d'un modèle social qui se voudrait plus protecteur. En rejetant l'hypocrisie d'une politiqu e des territoires aux moyens rabotés. En sortant l'enjeu éducatif et culturel d'un nouvea u sens commun construit autour de la seule « égalité des chances ». En démystifiant c ette nouvelle pensée magique de la « compétitivité ». En dénonçant l'omission volon taire du besoin de régulation financière. En revenant aux questions de fond qui m inent notre politique internationale. Avec cet ouvrage, j'espère ainsi contribuer utileme nt à défaire une illusion. Celle d'une France dont le seul horizon serait la grande compétition mondiale au service de la finance. L'illusion d'une modernité victorieuse dont les conséquences pour la vie quotidienne n'ont pas pu être sereinement mesurées dans une campagne scandée par une communication portant non sur le contenu de s projets mais sur la personne du candidat Macron et corsetée par les mécanismes d 'une Ve République renforcée dans ses dérives monarchiques. L'avantage, si j'ose dire, est que, désormais, nous en venons aux faits. Aux choix qui sont progressive ment présentés aux Français et mis en chantier au Parlement. Des choix jusque-là c ouverts par les oripeaux du « ni gauche ni droite », comme s'il ne fallait plus choi sir « son côté de la barricade ». Mais des choix qui sont purement, implacablement, ceux d e la pensée néolibérale. Pour pouvoir reconstruire dans la durée une gauche de progrès, forte par ses convergences, forte par sa capacité à agir pour le bien commun, il n'est sans doute pas inutile de commencer par faire acte de résistan ce aux vieilles recettes du néolibéralisme qui entendent se faire passer pour n ouvelles, éclairées par une expertise de sachants n'appelant aucun débat. « Il faut que tout change pour que rien ne change » : la célèbre formule tirée duGuépard de l'écrivain Giuseppe Tomasi di Lampedusa{2} trouve aujourd'hui toute sa force dans le programm e politique du nouveau président de la République. Sans doute même est-elle trop faible au regard des régressions annoncées par ce qu'il faut bien ap peler une guerre sociale. Une guerre sociale pour imposer un programme : celui de s milieux d'affaires. Et si nous commencions par le démontrer en ouvrant le débat et en formulant des propositions qui montrent que d'autres possibles so lidaires et émancipateurs peuvent être construits ?
1 Un renouveau démocratique ?
Le « renouveau démocratique » était l'un des pivots du projet du candidat Emmanuel Macron. C'est l'un des six chantiers qu'il exposait dans le cadre de son programme{3}. Mais ses propositions permettent-elles vraiment d e redonner du souffle à la démocratie ? Sa jeunesse, le fait qu'il soit entré dans l'arène du monde politique très peu de temps avant son élection{4}, qu'il n'ait jamais été détenteur d'un mandat élec tif et qu'il ait créé de toutes pièces son propre mouvement pour se lancer dans la bataille de la présidentielle lui ont conféré une légitimité jugée incontestable pour incarner ce renouveau. Lors des élections présidentielles, la g rande majorité des Français a de fait exprimé son envie d'un renouvellement de la cl asse politique. Sous des formes différentes, d'autres candidats – dont le parcours ne symbolisait pas ce renouveau – ont préconisé ce dégagisme, avec des accents plus p opulistes. Ainsi, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont rec ueilli au premier tour plus de 60 % des suffrages{5}. Emmanuel Macron l'affirmait dans son programme : « Nos représentants nous ressemblent trop peu... La France est en effet peup lée pour une bonne moitié de femmes, pour un bon quart de jeunes, pour un cinqui ème de Français d'origine étrangère plus ou moins lointaine... Or ces visages , cette diversité, ces parcours différents, nous ne les retrouvons pas sur les banc s du Parlement. » Notons que dans sa description de la France, le candidat s'en tient à des caractéristiques d'âge, de sexe ou d'origine des représentants, sans jamais me ntionner la catégorie socioprofessionnelle comme critère essentiel du ren ouvellement. Et pour cause... Le choix de ses candidats aux élections législatives a confirmé ce parti pris : près de la moitié sont des novices en politique, la parité est respectée, la moyenne d'âge est en dessous de 50 ans, mais... on compte un nombre quas i insignifiant d'ouvriers ou d'employés. Comme le relève l'anthropologue Jonatha n Chibois : « Ces candidatures sont à l'image d'Emmanuel Macron. Il y a bien un re nouvellement, au sens où les candidats n'ont pas fait de politique auparavant, m ais ce n'est pas un renouvellement en termes de classes sociales {6}. » Le président de la République n'a, semble-t-il, pas voulu entendre les aspirations des classes popu laires à voir leurs intérêts portés au sein de l'Hémicycle {7}. Comment incarner le « renouveau démocratique » qu and l'endogamie qui sévit au sommet de l'État est aussi flagrante{8} ? Du reste, envisager le renouveau démocratique par l e seul prisme du renouvellement des femmes et des hommes politiques ne saurait être suffisant. Emmanuel Macron ne s'y risque d'ailleurs pas. Aussi intègre-t-il dans ce chantier du « renouveau démocratique » la question primordiale de la moralisation de la vie politique. Même si je trouve injuste que le comportement indigne de certains élus jette l'opprobre sur l'ensemble de la classe politique, j 'estime nécessaire de continuer sur la voie ouverte lors du précédent quinquennat vers plus d'éthique et de transparence dans la vie publique. Mais il importe que cette voi e salutaire ne s'arrête pas aux portes des Palais Bourbon et du Luxembourg. Les min istres doivent également être concernés pour mettre fin, au plus haut sommet de l 'État, aux conflits d'intérêts. Le premier gouvernement de ce quinquennat a ainsi mis en exergue ces risques de
conflits sérieux {9}. Plus largement, les membres des cabinets ministér iels, tout comme ceux de la haute fonction publique, ne devrai ent pas faire l'objet de soupçons de conflits d'intérêts avec le privé {10}. Pour cela, il suffit, notamment, d'interdire le pantouflage{11}. Le dernier point saillant du projet macronien pour rénover la démocratie est d'augmenter les pouvoirs de contrôle du Parlement {12}. Or cela ne se fait pas sans contrepartie : le président fraîchement élu entend réduire de manière considérable le pouvoir législatif au profit du pouvoir exécutif {13}. Sous couvert de rapidité et donc d'efficacité, le gouvernement s'empare, de fait, sa ns aucune légitimité, du pouvoir législatif. La réduction du temps législatif, accol ée à la limitation du droit d'amendement, vise à retirer au Parlement le pouvoi r de débattre en profondeur des textes de loi. La systématisation des ordonnances, voire la perspective d'un vote de la loi directement en commission {14} sont en phase avec une forme de radicalisation autoritaire du néolibéralisme à laquelle nous assis tons un peu partout en Europe. De surcroît, la volonté de réduire d'un tiers le nombr e de députés à l'Assemblée {15}, mesure profondément populiste, participe d'une stra tégie de confiscation du pouvoir : il s'agit de disposer d'un minimum de représentants du peuple, avec, à la marge, la mise en scène d'oppositions superficielles qui vien nent nourrir dans l'opinion l'idée d'impuissance et d'inutilité de toute assemblée dém ocratique. C'est tout bonnement incompatible avec une démocratie réelle – qui se do it de garantir l'équilibre des pouvoirs. Le renouveau démocratique est, j'en suis convaincu, une absolue nécessité. Mais il exige des mesures ambitieuses et non des correction s à la marge qui s'ajusteraient au fil des scandales ou du degré d'indignation des citoyens révélé au gré des sondages. Redonner du souffle à notre démocratie, c 'est lui redonner tout son sens. La première des réformes à mener est donc de permet tre une véritable représentativité des élus. C'est pourquoi il est in dispensable que les députés soient élus à la proportionnelle intégrale et pas simpleme nt selon une dose de proportionnelle. Ce mode de scrutin est le seul à m ême d'assurer une fidèle représentation des choix des électeurs, ce qui n'ex clut pas de s'interroger sur le découpage éventuel du territoire en plusieurs circo nscriptions pour maintenir un lien de proximité avec les citoyens. Par ailleurs, pour permettre une représentation juste des citoyens au sein de l'Assemblée nationale, il e st de la responsabilité des partis et des mouvements de désigner leurs candidats en fonct ion de la réalité sociologique de notre pays. La représentation nationale ne peut con tinuer à être en tel décalage avec la société française. La responsabilité incombe ess entiellement aux partis politiques et, pour qu'ils prennent leurs responsabilités, il faut les y aider en instaurant un véritable statut de l'élu. Ce...