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Ethnicité et citoyenneté

De
179 pages
L'ambition de la théorie de l'ethnicité de John Rex, inspirée par Max Weber, est de comprendre les identités et les conflits qui traversent les sociétés libérales, et assujettissent certains groupes à une citoyenneté de seconde classe. Les seuls préjugés racistes ne suffisent pas à expliquer les discriminations, il faut remonter jusqu'au moment où se sont constitués les empires coloniaux, pour comprendre la relation entre identités et citoyenneté. L'ethnicité est une entité complexe et un outil pour les minorités discriminées pour accéder aux pleins droits du citoyen.u
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ETHNICITÉ ET CITOYENNETÉ

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non fmalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un telTain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Déjà parus
Hervé MARCHAL, Le petit monde les gardiens-concierges. Un métier au cœur de la vie HLM, 2006. Philippe VITALE, La sociologie et son enseignement. Curricula, théories et recherches, 2006. Denis LA MACRE, L'art d'habiter un grand ensemble HLM, 2006. Bernard ENJOLRAS, Conventions et institutions. Essai de théorie sociale, 2006. P.-A. TURCOTTE et J. REMY (Sous la dir.), Médiations et compromis. Institutions religieuses et symboliques sociales, 2006. Raymond CURIE, Interculturalité et citoyenneté à l'épreuve de la globalisation, 2006. Michel PERRIER, La construction des légitimités professionnelles dans la formation des travailleurs sociaux, 2006. Jean-Pierre DURAND et Marie-Christine LE FLOCH, La question du consentement au travail, 2005. Brigitte GIRARD-HAINZ, Rêves de ville. Récits d'une vie associative de quartier, 2005. Norbert ALTER, La bureautique dans l'entreprise, 2005. Raoul NKUITCROU NKOUATCHET, Les ouvrières du fastfood, 2005. Sébastien FROIN, Flux tendus et solidarité technique, 2005. Roland GUILLON, Les avatars d'une pensée dirigeante, le cas du parti socialiste, 2005.

JohnREX

ETHNICITÉ ET CITOYENNETÉ
La sociologie des sociétés multiculturelles

Textes sélectionnés, traduits de l'anglais (GB) et introduits par Christophe Bertossi

Préface de Michel Wieviorka

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia

L'Harmattan

Burkina Faso

Kënyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

www.1ibrairieharmattan.com Harmattan 1 @wanadoo.fr diffusion. harmattan @wanadoo.fr (Ç)-L'Harmattan, ISBN: 2006

2-296-00416-4

EAN : 9782296004160

Note du traducteur

Quatre textes composent le corps de ce volume consacré à la sociologie des sociétés multiculturelles complexes dans lesquelles se pose aujourd'hui la question de «l'intégration» des populations issues de l'immigration et de la place des minorités ethniques dans la citoyenneté des Etats européens notamment. Le premier texte, «The fundamentals of the theory of ethnicity», a été publié en 2002 dans l'ouvrage dirigé par Sinisa Malesevic et Marc Haugaard (Making Sense of Collectivity: Ethnicity, Nationalism and Globalisation, Londres, Pluto Press). Le deuxième texte, «A working paradigm for race relations research» a paru dans la revue Ethnic and Racial Studies (vol. 4-1) en janvier 1981. Le troisième texte, «Race, ethnicity and class in different political and intellectual conjunctures », est extrait du livre publié en 2002 et dirigé par Steve Fenton et Harriet Bradley, Ethnicity and Economy: «Race and Class» Revisited, Basingstoke, Palgrave- Macmillan. Enfin, le quatrième est un texte inédit de 1993. Le lecteur ne sera pas surpris de trouver certaines répétitions d'un chapitre à l'autre: il nous a paru en effet important d'organiser l'ouvrage de manière à permettre au lecteur francophone, qui découvrira là un auteur méconnu dans les débats français, de pénétrer dans la logique et la cohérence du

paradigme général que John Rex a offert à la théorie sociologique des relations ethniques. Enfin, la responsabilité des titres des chapitres comme de celui de l'ouvrage nous incombe entièrement.

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Remerciements

Ce projet a pris forme lorsque, jeune chercheur post-doctorant Marie Curie à l'Université de Warwick, en Grande-Bretagne, j'arrivai en janvier 2001 au Centre for Research in Ethnic Relations dirigé par Danièle Joly. La rencontre avec John Rex coïncida pour moi avec la découverte d'une nouvelle dimension du débat sur les questions d'ethnicité et de citoyenneté, quand le débat français restait hermétique à ce qui était discuté outre-manche. Alors que John Rex avait - depuis longtemps déjà - été traduit en allemand, chinois, espagnol, japonais, malais et roumain, il ne l'avait pas été en français. Je songeai alors à entreprendre une traduction de certains de ses textes. Cette entreprise n'aurait pas été possible sans l'enthousiasme de John Rex lui-même. Il est sans doute peu commun qu'un auteur soit remercié dans son propre livre par le traducteur. Cela s'impose pourtant ici. Je tiens enfin à remercier tous ceux qui ont lu le manuscrit et m'ont donné les conseils précieux pour mener à bien ce projet. Je remercie tout particulièrement Michel Wieviorka, Julian Kassum, Khadija Mohsen-Finan, Danièle Joly et Eric Darras.

Ch. B.

Préface
par Michel Wieviorka
*

Il fut un temps où les intellectuels français pouvaient se croire le centre du monde et il en subsiste une suffisance qui revêt vite, aujourd'hui, l'allure d'une ignorance toute provinciale de ce qui se dit et s'écrit en d'autres langues que la nôtre. Pour la recherche en sciences sociales, la conséquence est alors la marginalisation par rapport aux grands débats contemporains. C'est ainsi qu'en dehors de quelques spécialistes, les chercheurs, les enseignants, les étudiants ne connaissent pas même le nom de John Rex - dont l' œuvre est ailleurs largement connue, débattue et appréciée, en particulier s'il s'agit de ses thèmes de prédilection que sont le racisme et l'ethnicité. Il convient donc de saluer I'heureuse initiative de Christophe Bertossi, qui a intelligemment sélectionné quatre textes de John Rex et les a traduit en direction d'un public francophone qui pourra ainsi découvrir la pensée et le travail de cet important sociologue. Né en Afrique du Sud, et vivant près de Birmingham - le visiteur le croise encore fréquemment dans les locaux du centre de recherches qu'il a longtemps dirigé, le CRER, à l'Université de Warwick - John Rex a bien connu l'Apartheid, pour ensuite, au Royaume-Uni, se montrer constamment sensible aux conditions d'existence des immigrés
* Michel Wieviorka est directeur du Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (CADIS) à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris ).

qui peuplent ce pays. Rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'il ait été une des hautes figures de débats politiques autant que scientifiques, portant sur le racisme, dont il a pu voir les dégâts aussi bien dans son pays natal que dans la société où il vit. Tout au long des années 1960, 1970, 1980 et 1990, ces débats ont été enfiévrés, polémiques, et il faut d'abord souligner la force de caractère de John Rex qui ne s'est jamais laissé emporter par les passions idéologiques. Dans un contexte où la sociologie fonctionnaliste était encore en bien des lieux dominante (années 60), puis tout au moins florissante (années 70), mais où en même temps diverses variantes du marxisme pouvaient par ailleurs occuper le haut du pavé, John Rex a développé un travail et une pensée qui, sans concessions, lui permettaient néanmoins d'occuper une place centrale, incontournable, dans bien des débats. Il s'est toujours référé à Max Weber, qui fut une des sources d'inspiration de Talcott Parsons, tout en combattant énergiquement les constructions de ce dernier et son fonctionnalisme, hymne à l'image d'une société intégrée autour de ses normes et de ses valeurs; et il a fait de Karl Marx un usage abondant, sans pour autant se constituer en marxiste d'un type ou d'un autre. Mobilisant l'apport d'illustres prédécesseurs, empruntant à Weber comme à Marx, John Rex a construit une œuvre personnelle en véritable sociologue, capable de combiner élaboration conceptuelle et travail empirique. Dans son parcours, l'enquête occupe une place non négligeable. Elle est pour lui l'outil permettant de valider, de nuancer, voire de rejeter des hypothèses formulées antérieurement, de les mettre et les remettre en chantier: il ne propose jamais une théorie dans laquelle il faudrait ensuite faire entre les faits quels qu'ils soient. Dans les discussions auxquelles il a participé, et qui ont pu être suscitées par ses propres publications, John Rex apparaît toujours comme un intellectuel exigeant. Il n'a pas cédé un pouce face à la violence idéologique qu'ont tenté de faire régner certains marxistes des années 70 ; il a débattu avec eux, 12

point par point, ne lâchant rien mais sachant reconnaître leur apport éventuel ou admettre des points de convergence. De ses analyses qui remontent jusqu'aux années 60, de ce travail où la comparaison internationale tient sa place, de cette participation à des échanges qui ont vu intervenir des chercheurs du monde entier, pouvons-nous encore aujourd'hui faire notre miel? La réponse est oui, assurément. L'apport de John Rex, même si les catégories ou le vocabulaire paraissent un peu datés, a consisté à ne jamais accepter de réduire le social à ses seules dimensions économiques ou à la production industrielle, sans pour autant négliger ces aspects, et à souligner les dimensions culturelles de l'action, sans pour autant les autonomiser entièrement, comme si l'on pouvait les dissocier complètement de la vie sociale. On le constate en particulier dès qu'il s'agit du racisme, un phénomène dont il montre les liens qu'il entretient avec la question sociale comme avec l'ethnicité, et dont il suggère en même temps qu'il présente des caractéristiques propres.

Bien plus et mieux que d'autres - et bien plus tôt -, John Rex a
montré comment la sociologie peut et doit elle-même se «globaliser» (même si ce n'est pas son vocabulaire). Il ajoué un rôle pionnier, planétaire (et pas seulement «international ») en particulier en participant de manière décisive aux travaux de l'Unesco pour penser le racisme et le faire reculer. Il a aussi joué un rôle important au sein de sa propre société, au Royaume Uni - ses analyses du logement des immigrés, notamment, ont alimenté de vives discussions et pesé sur les politiques locales (Binningham) et nationales. John Rex n'est pas pour autant un militant politique, et encore moins un intellectuel organique; c'est un esprit libre, mais qui considère, il le revendique, que la sociologie doit apporter un éclairage utile aux acteurs politiques. J'ai insisté, dans ces quelques lignes, bien trop brèves assurément, sur les thèmes principaux de John Rex, ceux qui ont fait que j'ai eu la chance de le croiser et de le pratiquer personnellement. Mais il ne faudrait pas en déduire que son 13

travail est enfermé dans une ou deux spécialités; il ne faudrait pas en faire un expert des seules questions du racisme ou de l'ethnicité. Tout au contraire, le lecteur qui va maintenant entrer dans ce livre va découvrir un homme d'idées générales qui aime la théorie et les grands débats, et qui ne fuit en aucune façon la réflexion conceptuelle; un sociologue, aussi, ouvert à l'histoire et à l'anthropologie. Peut-être percevra-t-il également au passage les qualités d'animateur de John Rex, qui a su faire du CRER, à la tête duquel lui a succédé Danièle Joly, l'espace intellectuel stimulant, accueillant et vivant qu'il est aujourd'hui encore. Nous sommes quelques-uns en France à avoir pu en bénéficier, Didier Lapeyronnie pourrait en témoigner: il est grand temps de faire découvrir John Rex au lectorat francophone.

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Introduction
par Christophe Bertossi*

« I am a South African of the fifth generation. My family were probably of mixed race but passed as White» 1 : il y a dans ces quelques mots de John Rex sur lui-même beaucoup de ce que le sociologue britannique d'origine sud-africaine a développé par la suite dans le cadre d'une théorie sociologique des relations ethniques. Or, il existe souvent un lien étroit entre les thèmes de recherche que les professionnels des sciences sociales entreprennent et leurs propres parcours biographiques. John Rex n'y fait pas exception: né en Afrique du Sud en 1925, il partira pour s'installer en Grande-Bretagne en 1949. C'est dans cet itinéraire que naîtra sa théorie sociologique. «Mon travail, écrit-il, a été influencé par le fait que mes ouvrages furent écrits dans des contextes politiques où, sans jamais abandonner ma position de sociologue universitaire, je fus soucieux d'aborder ce qui m'apparaissait comme des situations d'injustices sociales. Cela fut particulièrement vrai de ce que j'écrivis sur le système de suprématie raciale dans

* Christophe Bertossi est chargé de recherche à I'lfri, où il dirige le programme « Imllligration et citoyenneté », et chercheur associé au Centre for Research in Ethnic Relations (CRER) de l'Université de Warwick (Gran de-Bretagne). 1 «Je suis un Sud-Africain de la cinquième génération. Ma famille était

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métisse

l11ais passa

COlnme blanche.

»

mon Afrique du Sud natale et sur la discrimination en Grande-Bretagne» (p. 137)2.

raciale (...)

Rex découvre la sociologie à l'université alors qu'il est encore en Afrique du Sud. Lorsqu'il prend pied dans les débats de la sociologie britannique, il y découvre une approche positiviste dominante qu'il contestera rapidement, notamment celle enseignée par David Glass à la London School of Economics et entièrement dédiée aux recherches quantitatives. Cette approche qui se présente d'ailleurs comme marxiste, Rex la refuse à partir de l'expérience qu'il a d'une société sudafricaine particulièrement conflictuelle: comment rendre compte des conflits entre différents groupes quand la sociologie descriptive les dilue dans de vastes catégories statistiques? De simples données chiffrées, par exemple sur les inégalités d'opportunité, ne parvenaient pas, selon Rex, à rendre compte de l'implication de ces inégalités sur le développement du conflit entre les différents groupes sociaux. L'œuvre de Rex s'est ainsi construite en opposition au positivisme quantitatif du moment. Son entreprise sociologique s'est également élaborée contre le fonctionnalisme qui dominait dans les années 1960 à partir des travaux de Talcott Parsons et Robert Merton. Là encore, une sociologie fondée en théorie sur l'intégration de sociétés à partir de valeurs dominantes ne répondait pas à ce que Rex pensait être au cœur des situations de suprématie raciale sudafricaine ou des discriminations raciales dans le contexte britannique. Ces deux courants dominants se retrouvaient chez un auteur comme Percy Cohen, compatriote de Rex, qui, dans son Modern Social Theory (1968), se définissait lui-même comme un sociologue positiviste et fonctionnaliste. Ces modèles théoriques n'étaient pourtant pas généralisables. Il fallait donc travailler à une alternative.
2 Les numéros de pages indiqués entre parenthèses renvoient aux pages du présent volulne d'où proviennent les extraits cités. 16

Publié en 1961, le premier livre de John Rex s'intitule Key Problems of Sociological Theory. Là, contre le positivisme, Rex met l'accent sur le Verstehen, la sociologie compréhensive de Max Weber. Par contraste avec le fonctionnalisme, il développe une théorie du conflit inspirée de certaines conceptualisations empruntées à la sociologie de Karl Marx. L'un des développements de la sociologie qu'il épouse alors, notamment dans son enseignement à l'université de Durhamdont il fonde le département de sociologie en 1964, avant de fonder, en 1970, celui de l'université de Warwick - est l'étude des luttes de classe. Autrement dit, Rex trouve dans la sociologie marxiste des éléments de réponse tout en insistant sur le fait que Max Weber avait lui aussi développé une approche du conflit à partir de la notion de classe. Weber avait en effet décrit ces «situations de classe» qui émergeaient d'une distribution différentielle de biens sur un marché, y compris de biens domestiques - et pas uniquement de la propriété industrielle du conflit de classe marxiste. Cela n'allait toutefois pas sans difficulté. Rex avait soutenu le mouvement de libération sud-africain et organisé des meetings en Grande-Bretagne pour des leaders africains tels que Tom Mboya, Kenneth Kaunda et Joshua Nkomo. Or, ces mouvements n'impliquaient pas seulement la classe. Rex était marqué par un Aimé Cesaire qui, quittant le Parti communiste français, avait souligné que l' objectif principal de la libération du peuple de Martinique n'était pas la libération du prolétariat français. Les idées de Franz Fanon - que Rex rencontra par la suite au Ghana -l'influencèrent également. Lorsque le Comité des experts sur les questions du racisme et de la race fut mis en place par l'Unesco à la fin des années 1960, Rex y participa. Il avait déjà travaillé sur les relations ethniques dans la ville de Binningham. Mais il restait frappé par le silence de la sociologie sur ces questions. Dans la mesure où ces sujets posaient des problèmes politiques particulièrement importants - notamment en lien avec l'augmentation rapide à la même époque de l'immigration

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