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Etre Yezidi réfugié en France

De
174 pages
Les Yézidis constituent un groupe ethnique et religieux minoritaire du Caucase du Sud où ils ont parfois fait l'objet de persécutions. Certains, pour cette raison, ont fait une demande d'asile en France et cet ouvrage vise à faire découvrir cette communauté mal connue, voire "invisible" bien que présente sur le territoire national. L'analyse d'entretiens menés par l'auteur avec cinq membres de la communauté, révèle la perception qu'a chacun de son identité culturelle et du processus d'acculturation.
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Être Yézidi réfugié en France Philippe GUENET
L’expérience de la migration confronte les individus à des situations qui
bouleversent leurs références culturelles.
Dans un processus d’acculturation qui conduit à des remaniements
identitaires, chaque individu opère des choix et adopte une stratégie dictée
par la façon dont il envisage son intégration dans la société d’accueil. Ceci
n’est pas sans conséquences sur ses relations avec les autres membres de sa Être Y ézidicommunauté d’origine.
Les Yézidis accueillis en France dans le cadre d’une demande d’asile
éprouvent ces bouleversements. Ils constituent un groupe ethnique et réfugié
religieux minoritaire dans les pays du Caucase du Sud où ils font parfois
l’objet de persécutions, ce qui amène certains à venir se réfugier en Europe
de l’Ouest. en France
L’auteur nous fait découvrir la culture de cette communauté mal connue,
voire « invisible », bien que présente sur le territoire national. L’analyse
des entretiens qu’il a menés avec cinq d’entre eux révèle la perception Identité culturelle et stratégies identitaires d’une minorité invisiblequ’a chacun de son identité culturelle et les mutations qu’opère en lui le
processus d’acculturation. Elle met en évidence les tensions qui surgissent
dans une communauté où chacun à sa manière tente de préserver son
identité culturelle tout en s’intégrant à la société française.
Issu d’un mémoire universitaire dans le champ de l’approche interculturelle
en travail social (DESU Paris 8), cet ouvrage intéressera les différents
acteurs sociaux qui accompagnent et soutiennent des personnes en
situation de migration. Il plaide en faveur d’une posture professionnelle
visant à se décentrer de son propre cadre de référence culturel pour se
mettre à l’écoute du cadre de référence de la personne accompagnée et
soutenir ainsi le processus que celle-ci doit mettre en œuvre pour redéfi nir
son identité culturelle et trouver sa place dans la société qui l’accueille.
Philippe GUENET est éducateur spécialisé, formé aux approches systémique
et interculturelle en travail social, ainsi qu’ à l’ ingénierie sociale urbaine. Il est
actuellement chef de service éducatif au sein d’une association de protection de
l’enfance en Seine Maritime.
ISBN : 978-2-343-04463-7
17 €
Être Yézidi réfugié en France Philippe GUENET






Être Yézidi réfugié en France
Identité culturelle et stratégies identitaires
d’une minorité invisible























Philippe GUENET




Être Yézidi réfugié en France
Identité culturelle et stratégies identitaires
d’une minorité invisible







































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04463-7
EAN : 9782343044637
REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier tout particulièrement :
- les membres de la communauté yézidie qui ont accepté
de me rencontrer, avec beaucoup de gentillesse et de
générosité, pour me présenter leur culture et me faire
part de leur itinéraire personnel, donnant ainsi matière à
ma réflexion ;
- l’équipe du Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile
qui m’a accueilli chaleureusement et m’a fait partager
son expérience d’accompagnement de ce public
spécifique, au cours d’un stage riche en rencontres
humaines ;
- Estelle AMY DE LA BRETEQUE qui a fait preuve
d’une grande disponibilité pour me faire partager son
expérience d’anthropologue et sa connaissance des
Yézidis d’Arménie auprès de qui elle a fait de
nombreux séjours d’étude ;
- Sandrine ALEXIE qui m’a reçu à l’Institut Kurde de
Paris pour me donner de précieuses indications
bibliographiques ;
- Christine BEHAGUE, Josiane GUENET, Corinne
GUENET et Lucie GUENET qui ont donné de leur
temps pour m’aider à réaliser la transcription des
entretiens ;
- Florence LEVASSEUR qui a effectué une relecture
minutieuse de mon travail dont elle a contribué à
améliorer la forme ;
- Annamaria LAMMEL, maître de conférences à
l’université Paris 8, qui a accueilli le résultat de mon
travail avec enthousiasme et a contribué à sa
publication.









SOMMAIRE

INTRODUCTION ................................................................................ 9
1- IDENTITÉ CULTURELLE ET STRATÉGIES IDENTITAIRES 13
1.1 LA NOTION DE CULTURE .......................................................... 13
1.2 ENCULTURATION ET ACCULTURATION ..................................... 15
1.3 L’IDENTITÉ CULTURELLE ......................................................... 21
1.4 LES STRATÉGIES IDENTITAIRES ................................................ 26
2- LES YÉZIDIS : UNE COMMUNAUTÉ MAL CONNUE ........... 33
2.1 ORIGINES ET AFFILIATIONS RELIGIEUSES ................................. 35
2.2 RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE ................................................. 37
2.3 CROYANCES ............................................................................. 39
2.4 ORGANISATION SOCIALE .......................................................... 41
2.5 SYSTÈME DE PARENTÉ ET ORGANISATION FAMILIALE .............. 45
2.6 PRATIQUES RELIGIEUSES ET TRADITIONS ................................. 48
2.7 L’EXIL ET L’IDENTITÉ YÉZIDIE ................................................ 54
3- ÊTRE YÉZIDI : DU CAUCASE A LA FRANCE ........................ 57
3.1 ÊTRE YÉZIDI DANS LE CAUCASE .............................................. 57
3.2 ÊTRE YÉZIDI RÉFUGIÉ EN FRANCE ........................................... 77
4- PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE DE L’ENQUÊTE .. 85
4.1 PROBLÉMATIQUE ..................................................................... 85
4.2 MÉTHODOLOGIE ........ 86
5- RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE .................................................... 93
5.1 L’EXPRESSION D’UNE IDENTITÉ ............................................... 93
5.2 LA FUITE ENCORE ET TOUJOURS ............................................. 120
5.3 S’INTÉGRER POUR AVANCER SOCIALEMENT ........................... 127
6- DISCUSSION .............................................................................. 141
CONCLUSION ................................................................................ 157
BIBLIOGRAPHIE .......................... 165






INTRODUCTION

Le travail de recherche que nous allons présenter a trouvé son
origine dans les rencontres que nous avons effectuées au cours
1d’un stage au sein d’un Centre d’Accueil pour Demandeurs
d’Asile situé dans une ville moyenne de l’ouest de la France. Il
s’agit d’une petite structure accueillant seize familles dans des
appartements disséminés sur l’ensemble du territoire de la ville.
À la faveur de ce stage, nous nous sommes immergé pendant
vingt jours dans le quotidien de l’équipe de travailleurs sociaux
chargée de les accompagner. Nous avons ainsi pu rencontrer
bon nombre des personnes accueillies et participer à leur prise
en charge, ce qui nous a permis de mieux appréhender les
difficultés auxquelles elles étaient confrontées du fait de leur
statut de demandeurs d’asile. Compte tenu de la formation dans
laquelle ce stage s’inscrivait, nous nous sommes intéressé à la
culture d’origine des personnes accueillies en cherchant à
distinguer dans quelle mesure celle-ci devait être prise en
considération dans l’accompagnement mis en œuvre.

Nous avons pu observer que les familles alors accueillies au
sein de cette structure étaient en majorité originaires des pays
2d’Europe de l’Est et plus particulièrement du Caucase du Sud :
six familles étaient de nationalité arménienne et trois familles
de nationalité géorgienne. Parmi ces familles, trois d’entre elles
se présentaient comme faisant partie de la communauté yézidie,
cette appartenance communautaire étant la cause des
persécutions dont elles disaient avoir été victimes dans leur

1 Ce travail de recherche a été réalisé dans le cadre du Diplôme d’Etudes
Supérieures d’Université : « Approches Interculturelles dans le Travail
Social » dispensé par l’Université Paris 8.
2 Le Caucase du Sud est composé de la Géorgie, de l’Arménie et de
l’Azerbaïdjan.

9
pays d’origine, ce qui justifiait leur demande d’asile. Les autres
familles issues de ces pays invoquaient généralement pour leur
part des persécutions pour des raisons d’ordre politique.

Ce constat peut être rapproché de celui fait à l’échelon national
3par l’OFPRA , qui atteste dans ses deux derniers rapports
d’activité (2011 et 2012) que les demandes d’asile géorgiennes
et arméniennes s’appuient essentiellement sur des motifs
ethniques ou politiques. Pour ce qui est de la Géorgie, les motifs
ethniques concernent environ 40 % des demandes (30 % de
Yézidis et 10 % d’Ossètes, d’Abkhazes et de rares Arméniens).
« Tous ces demandeurs invoquent leurs origines et les
discriminations dont ils font l’objet ainsi que le racket dont ils
4sont victimes de la part des policiers » . Pour ce qui est de
l’Arménie, les motifs ethniques concernent principalement des
Azéris. Le rapport 2012 précise néanmoins par ailleurs qu’on
« enregistre aussi quelques demandes de personnes
appartenant à des minorités religieuses : yézidis, témoins de
5Jéhova, évangélistes » . On peut noter que dans ce rapport, les
Yézidis apparaissent tantôt comme minorité ethnique, tantôt
comme minorité religieuse.

Dans le cadre de ce travail nous souhaitons nous intéresser plus
particulièrement à la problématique spécifique des demandeurs
d’asile ayant fait l’objet de persécutions pour des raisons
d’appartenance à un groupe ethnique minoritaire stigmatisé
dans leur pays d’origine. Pour ce faire, nous nous proposons
d’étudier la situation des personnes issues de la communauté
yézidie, cette dernière apparaissant comme mal connue alors
qu’elle représente un nombre non négligeable de réfugiés
6accueillis régulièrement sur le territoire français .

3 Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides.
4
Rapport d’Activité 2012 de l’OFPRA, p. 30.
5 Ibid, p. 30.
6 Les statistiques ethniques étant interdites en France, il n’est toutefois pas
possible d’avoir des données chiffrées à ce sujet.

10

C’est d’ailleurs le fait que la communauté yézidie soit
quasiment invisible aux yeux de la population française qui a en
premier lieu retenu notre attention. Cette situation nous amène
en effet à nous interroger sur la capacité de cette communauté à
maintenir son identité culturelle dans un tel contexte.

Aussi souhaitons-nous étudier comment cette identité peut
évoluer dans le processus d’exil qui amène les membres de la
communauté à passer d’un pays où leur appartenance identitaire
rencontre une forte hostilité, à un pays où elle n’est pas connue
et donc a priori pas reconnue. Ce faisant, nous souhaiterions
tenter de déterminer les stratégies identitaires que ces personnes
ont pu mettre en œuvre pour affronter la stigmatisation dont
elles ont fait l’objet dans leur pays d’origine et comment ces
stratégies ont évolué durant le temps de leur demande d’asile et
depuis qu’elles ont obtenu le statut de réfugié.

Cette problématique nous amènera dans un premier temps à
clarifier d’un point de vue théorique les concepts d’identité
culturelle et de stratégie identitaire en les reliant à la notion
d’acculturation, qui comme nous le verrons, apparaît comme
centrale afin d’aborder le phénomène que nous envisageons
d’étudier (chapitre 1).

Nous nous attacherons ensuite à présenter les éléments
constitutifs de la culture des Yézidis au travers de ce qui en est
dit dans la littérature de langue française. Ceci nous conduira à
faire une synthèse de différents travaux portant sur les
caractéristiques de cette communauté dans ses multiples lieux
d’implantation. Nous nous attarderons plus particulièrement sur
les observations les plus récentes concernant les membres de
cette communauté résidant dans les pays du Caucase du Sud
(chapitre 2).


11
Nous tenterons ensuite de comprendre ce qui motive leur départ
de ces pays pour venir s’installer en France dans le cadre d’une
demande d’asile. Pour ce faire, nous décrirons le contexte
politique et social dans lequel ces départs s’inscrivent, en
restituant notamment les informations apportées par différents
rapports à propos de la place donnée aux membres de cette
communauté dans leurs pays d’origine. Nous prolongerons cette
présentation en apportant quelques éléments d’information sur
la situation des Yézidis réfugiés en France, sachant toutefois
qu’il n’existe que très peu de données à ce sujet (chapitre 3).

Nous pourrons alors présenter la méthodologie et les résultats
de notre propre travail d’enquête, réalisé à partir d’entretiens
auprès de personnes venues en France dans le cadre d’une
7demande d’asile et ayant obtenu le statut de réfugié . Nous
rendrons compte de la façon dont ceux-ci définissent leur
identité culturelle, en distinguant les éléments auxquels ils sont
attachés et ceux dont ils souhaitent se détacher. Ceci nous
permettra d’identifier les évolutions en cours et les éventuels
points de tension. Nous nous attacherons ensuite à rendre
compte de leurs expériences vécues en tant que membres de la
communauté yézidie lorsqu’ils vivaient dans leur pays d’origine
et depuis qu’ils sont installés en France (chapitre 4 et 5).

Nous discuterons enfin les résultats de notre enquête, en
déterminant les éléments de réponse apportés à notre
problématique et les pistes d’approfondissement auxquelles ce
travail pourrait donner lieu (chapitre 6).


7 Nous verrons que certaines des personnes rencontrées n’ont pas obtenu ce
statut, mais qu’elles ont vu leur situation se régulariser à partir d’autres
dispositions légales. Nous présentons de façon plus précise le profil de nos
interlocuteurs dans le chapitre consacré à la méthodologie de l’enquête
(chapitre 4, p. 87-90).

12

1 IDENTITÉ CULTURELLE ET STRATÉGIES AIRES

1.1 LA NOTION DE CULTURE

La notion de culture est polysémique. Elle recouvre de
nombreuses significations selon le domaine auquel elle est
appliquée. Il est donc difficile d’en donner une définition
générale. Nous pouvons toutefois observer aujourd’hui deux
grandes conceptions de cette notion. Le terme de culture peut
être utilisé pour évoquer la connaissance, on parle ainsi de
culture générale, de culture littéraire, artistique, scientifique…
Il s’agit là d’une conception restreinte de la notion de culture
que nous pouvons appeler la « culture savante ». Nous nous
attacherons, ici à une définition plus large de cette notion, celle
qui en est donnée par l’anthropologie et qui sera reprise et
adaptée ensuite par les différentes disciplines des sciences
humaines, au gré des multiples courants de pensée qui les ont
traversées.

8Selon les ouvrages que nous avons consultés , la première
définition scientifique de cette notion daterait de 1878 et
reviendrait à l’anthropologue anglais Edward B. TYLOR.
Celui-ci a défini la culture comme « ce tout complexe qui
comprend la connaissance, les croyances, l’art, la morale, le
droit, les coutumes et les autres capacités ou habitudes
9acquises par l’homme en tant que membre d’une société » .

8 CUCHE Denys, La notion de culture dans les sciences sociales, 2010.
HEINE Audrey, LICATA Laurent, Introduction à la psychologie
interculturelle, 2012.
9 TYLOR Edward B. La civilisation primitive, 1878, cité par HEINE Audrey
et LICATA Laurent, op cit, p. 49.

13
Dans cette définition l’auteur énumère les différents domaines
de la culture (dont fait d’ailleurs partie la « culture savante »
que nous avons évoquée précédemment). Il met l’accent sur le
caractère acquis de celle-ci dans le cadre de relations au sein
d’une communauté. Cette définition considère la culture en
opposition à la nature. La culture étant ce qui fonde l’homme
capable d’apprentissages, contrairement à l’animal entièrement
régi par les instincts.

Nous ne reprendrons pas ici les différentes définitions que cette
notion a connues par la suite et qui rendent compte de
l’évolution de la façon dont elle a été appréhendée dans le cadre
des courants théoriques qui se sont confrontés et/ou succédés au
sein des sciences humaines (culturalistes, fonctionnalistes,
10structuralistes, interactionnistes…) .
Nous nous limiterons à citer la définition donnée en 1952 par
Alfred L. KROEBER et Clyde K. KLUKHOM, qui semble
tenir lieu de référence pour de nombreux chercheurs actuels,
notamment dans les champs de la psychologie et de la
psychologie-sociale interculturelles. Selon ces auteurs : « la
culture consiste en des modèles, explicites ou implicites,
d’idées, et leur incarnation dans les institutions, les pratiques,
les artefacts, dérivés et sélectionnés par l’histoire ; les modèles
culturels peuvent, d’une part, être considérés comme les
produits de l’action et, d’autre part, comme conditionnant les
11éléments d’une nouvelle action » .
Comme le soulignent Audrey HEINE et Laurent LICATA
(2012), cette définition met en évidence plusieurs aspects
essentiels pour appréhender ce que recouvre ce concept : les
éléments implicites et explicites de la culture, son ancrage

10 Une revue des différentes approches théoriques de la notion de culture en
sociologie et en anthropologie est présentée dans l’ouvrage de HEINE Audrey
et LICATA Laurent, op cit, p. 50-52.
11 KROEBER Alfred L. et KLUKHOM Clyde K., Culture : a critical rewiew
of concepts and définitions, 1952, cité par HEINE Audrey et LICATA Laurent
(2012), op cit, p. 54.

14
historique et son caractère évolutif, les éléments subjectifs et
objectifs, et enfin la constitution mutuelle de la culture et du
psychisme.

Dans le prolongement de cette définition, Carmel CAMILLERI
(1989) note l’importance de considérer la culture comme un
« modèle », c’est-à-dire une forme qui se concrétise dans une
logique, par exemple la « logique patriarcale », qui doit être
identifiée par le repérage de certaines constantes traduisant une
cohérence d’ensemble des différents éléments observés : « ainsi
pour la logique patriarcale, la hiérarchisation des sexes au
profit de l’homme, avec la multitude de ses conséquences dans
ses rapports avec la femme, le prima de la lignée masculine,
généralement le souci de l’intégrité de cette lignée, qui influe
fortement sur la représentation de l’honneur, l’échelle des âges,
12avec divers effets sur la hiérarchie du pouvoir, etc. » . Ce
modèle constitue un cadre de référence pour les individus d’une
culture donnée, il leur apporte un système global
d’interprétation du monde et structure leurs comportements,
leurs modalités de relations au sein du groupe. La culture
contribue donc à structurer le fonctionnement des groupes
humains, mais aussi le psychisme des individus, même si ce
dernier repose par ailleurs sur un certain nombre de constantes
universelles.

1.2 ENCULTURATION ET ACCULTURATION

On appelle « enculturation » l’ensemble des processus
conduisant à l’appropriation par l’individu de la culture de son
groupe. L’enculturation est un aspect du processus plus général
de « socialisation » par lequel l’individu est mis en relation avec
l’ensemble des significations collectives de ce groupe, y
compris celles extérieures au patrimoine culturel.

12 CAMILLERI Carmel, Le choc des cultures, 1989, p. 23.

15

Toutefois, comme le souligne Carmel CAMILLERI (1989), si
le sujet humain s’approprie les significations collectives de son
groupe, il ne saurait être « modelé comme un objet » par la
socialisation et l’enculturation, sinon il ne pourrait jamais
prendre ses distances par rapport à l’une et à l’autre, ce qui est
la caractéristique de base du sujet, « or, si nous étions objet au
départ nous ne pourrions jamais devenir sujet ». L’auteur, note
que « le processus de la socialisation s’effectue à travers des
échanges relationnels actifs, au cours desquels des propositions
passent de l’agent socialisateur au sujet socialisé. L’illusion de
modelage vient de ce que l’enfant se comporte comme un
similiobjet dans la mesure où il a peu de moyens de résister à ces
propositions » au point que « le processus propositionnel
démarre comme processus d’influence ». Mais lorsque ces
moyens seront acquis par la suite, « sa nature propositionnelle
ne fait que s’accuser, au point que l’individu pourra prendre un
rôle actif par rapport à sa socialisation et son enculturation ».
L’auteur précise que ces processus se poursuivent tout au long
de l’existence, leur évolution dépendant de facteurs divers, et
tout particulièrement « de la confirmation ou infirmation
ultérieure des propositions socialisatrices initiales par
13l’environnement du sujet » .

Notons par ailleurs que ce rapport de l’individu à la culture
permet également de comprendre comment les cultures
ellesmêmes peuvent évoluer. En effet comme le souligne Denys
CUCHE (2010), si l’individu, « en fonction de son histoire
personnelle, qui produit une psychologie singulière,
réinterprète sa culture d’une façon particulière ; la somme et
l’interaction de toutes les réinterprétations individuelles font
14évoluer la culture » . Ainsi donc, si comme nous l’avons dit

13
Ibid, pp. 28-29.
14 CUCHE Denys (2010), op cit, p. 45. Dans cette partie de son ouvrage,
l’auteur examine les leçons qui peuvent être tirées de l’anthropologie
culturelle américaine et notamment des travaux de Margaret Mead.

16