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Étretat - Son origine, ses légendes, ses villas et leurs habitants

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361 pages

L’ORTHOGRAPHE d’Étretat, l’étymologie de son nom et son origine ont été très contestées.

D’anciennes chartes, des rôles de l’Échiquier et des bulles des papes que l’on peut voir dans les Archives de la Seine-Inférieure, orthographient Estrutat. Dugdales, et M. Léchaudé d’Anisy, l’un, dans son Monasticum anglicanum, l’autre, dans ses Rôles normands sous les rois d’Angleterre, disent Estrutart. Innocent III, dans une bulle publiée en 1203, à l’abbaye de Montivilliers, met Estretat.

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E. Parmentier

Étretat

Son origine, ses légendes, ses villas et leurs habitants

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VUE GÉNERALE D’ÉTRETAT.

AVANT-PROPOS

DEPUIS plusieurs années que je vais passer la belle saison à Étretat, j’entends dire autour de moi que ce pays si charmant, si pittoresque et si recherché par les malades, les amateurs de bains de mer et les admirateurs des magnificences dont la nature l’a gratifié, n’a pas été décrit d’une façon compléte, et que son histoire ancienne et moderne, avec tout ce qui s’y rattache d’intéressant et d’amusant n’a pas été renfermée en un seul ouvrage dont les touristes peuvent se munir aisément.

L’année dernière, notamment, un groupe de propriétaires m’assurait du plaisir qu’éprouveraient tous ceux qui viennent se prélasser sur la plage, dans un doux farniente, ou faire des excursions dans les admirables falaises, à avoir dans leur bibliothèque de poche, un ouvrage facile à emporter, qui les entretiendrait aussi bien du passé d’Étretat que de son présent, et leur servirait, en même temps que de passe-temps, de guide récréatif.

J’ai pensé qu’il y avait là, en effet, une lacune à combler, et croyant être agréable, tant aux excursionnistes qu’aux propriétaires, je me suis mis à l’œuvre, dès mon retour à Paris.

J’ai réuni, non sans avoir à vaincre de grandes difficultés, tous les documents que j’ai pu trouver sur l’origine de ce pays, sur sa progression, sur son assainissement, sur ses promenades, sur ses légendes, sur ses villas, enfin sur tout ce qui lui a acquis la renommée dont il jouit à si juste titre.

Ainsi qu’on le verra, je ne me suis pas attaché à une forme méthodique qui aurait peut-être amené la monotonie ; j’ai relaté très simplement les faits, le mieux que cela m’a été possïble, et dans un ordre chronologique, avec l’espoir que cet ouvrage sera favorablement accueilli.

E.P.

CHAPITRE PREMIER

L’Orthographe du nom d’Étretat

L’ORTHOGRAPHE d’Étretat, l’étymologie de son nom et son origine ont été très contestées.

D’anciennes chartes, des rôles de l’Échiquier et des bulles des papes que l’on peut voir dans les Archives de la Seine-Inférieure, orthographient Estrutat. Dugdales, et M. Léchaudé d’Anisy, l’un, dans son Monasticum anglicanum, l’autre, dans ses Rôles normands sous les rois d’Angleterre, disent Estrutart. Innocent III, dans une bulle publiée en 1203, à l’abbaye de Montivilliers, met Estretat. Puis, un cartulaire de Fécamp du XIIIe siècle et un cartulaire du Valasse du XVIe siècle écrivent, l’un, Estrutart, Estrudard, Estructat, Estrutat, l’autre Eustretat et Estrutat.

Dans les Grands rôles de l’Échiquie de Normandie, publiés par notre Société des Antiquaires, on lit Strutat et Strutard.

Lucas Jean, dans son Spéculum nauticum, imprimé en 1583 à Leyde, écrit le nom à la façon hollandaise.

Il définit la position géographique d’Étretat de cette façon : Distat diepa milliariis septem ad occidentem est que promontorium fluxu et refluxu gaudens. Ulterius occurritSTRUSARDA angulus a qua ad promontorium SEQUANA, ad austro africum navigatur.

La carte de cet ouvrage marque entre Fécamp et Hable-neuf(le Havre de Grâce) le nom de Strunsaert.

Dans des temps moins reculés, il existe aussi différentes appellations d’Étretat.

En 1628, Gérard Mercator, fait imprimer à Amsterdam son Atlas, où il écrit Estrefal, ou Estretal.

En 1631, Tessier, ingénieur du Roy, le repète de même dans ses Plans et Profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France, ensemble les cartes générales de chascune province etc....

En 1666, Guillaume Brasscov, sieur de Beauplan, sur sa Carte générale de Normandie ; en 1669, Bouton et Delacroix, sur leur Carte du gouvernement des ville et citadelle du Hâvre de Grâce, dédiée à M. de Saint-Aignan ; et, en 1766, Denos sur sa Carte de gouvernement général de la Normandie, écrivent également Estretal.

Ce non d’Estretal paraît être le plus vrai. Il est écrit aux archives de Fécamp et beaucoup d’habitants du littoral le prononcent encore ainsi.

Les géographes François Ranchin, dans sa Description de l’Europe, qu’il publia en 1643, a écrit Estrelot Salomon Rogers, vers le milieu du XVIIe siècle, dans sa Description du paiis de Caux ; Guillaume Blaen, vers, 1630, dans son Normandie Ducatus ; Sanson d’Abbeville, en 1650 et 1667, dans sa Carte du gouvernement de Normandie ; Jaillet, en 1669, dans ses Cartes du duché de Normandie ; et, enfin, Nolin, en 1694, ont écrit aussi Estretot, dénomination qu’on ne rencontre pas ailleurs que chez ces géographes.

A partir de 1700, les géographes écrivent en général Estretat.

Frémont de Dieppe, en 1714, dans sa Carte particulière du diocèse de Rouen, carte revue en 1785 par Dezauche ; Belin en 1766 dans sa Carte réduite de la Manche, dressée par ordre du ministre Choiseul ; Delisle, en 1716 et Duperrier en 1780, dans les cartes de Normandie, tous disent Estretat.

A partir de 1790, où se fit la division départementale, on écrivit Etretat.

Les Côtes de France, recueil hydrographique publié en 1792, d’après les plans levés, en 1776, par MM. La couldre de la Bretonnière et Méchain, pour le service des vaisseaux de la République, et les Essais de Noël de la Mounière, publiés en 1795, sont, peut-être, les premiers ouvrages sérieux qui consacrent cette orthographe d’une manière définitive.

La signification de ces mots Estretot, Estretat ou Estretal viendrait, suivant M. Guilmeth et le bénédictin Duplessis, de West, Wester ou Vistre (couchant) et de tot (hameau), donc Hameau du Couchant.

Suivant l’abbé Cochet, Étretat pourrait signifier, le bout de la voie ou le marché de la voie, strata talus.

L’abbé Cochet explique ainsi son interprétation : « Le mot latin strata signifiant « voie pierrée » a été traduit généralement en français par étré, Étréville, strata villa, Étrécauchie, strata calceia, Étrépagny, stratæpagus, le bourg de la voie, Étreham, stratæ hammus, le hameau de la voie, locus in via regia positus, dit Adrien Valois. »

L’abbé Cochet dit ensuite que « tal pourrait signifier tout à la fois marché ou extrémité. » Il ajoute : Court « de Gébelin tire du celtique tal, le verbe étaler et les étaux des bouchers. Du mot tal signifiant extrémité, on fait venir le mot talon, extrémité du corps humain. »

CHAPITRE II

La voie romaine. — Les murailles. — Les fouilles

D’ANVILLE, dans sa Notice sur l’ancienne Gaule avait soupçonné qu’une voie romaine avait existé au bord de la mer, de Lillebonne à Vistretat, et il supposait qu’elle était une station et un port du temps des Romains.

Cette voie est mentionnée dans plusieurs chartes.

L’abbé Cochet a démontré son existence dans un Mémoire sur les voies romaines de l’arrondissement du Havre, inséré dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie.

Guillaume Delisle, en 1716, dans sa Carte de Normandie retrace cette voie de Lillebonne à Étretat.

La carte des Duché et gouvernement de Normandie dressée sur les mémoires les plus nouveaux, éditée à Paris, en 1767, par Crespy, et celle donnée par Duperrier en 1780, — Carte de Normandie — marquent également cette même voie.

Elle est encore très reconnaissable au Marché-aux Raies, près Gerville, à la chaussée de Bréauté et à celle de Bretteville, quoique l’agriculture ait opéré de grandes et nombreuses destructions, du côté des Loges, de Bordeaux et de Bretteville.

Les habitants la saluent, même aujourd’hui, du nom de Chemin de César.

Dans de vieux contrats on l’appelle la Chaussée de la reine Brunehaut, en souvenir de cette reine mérovingienne qui a fait réparer tant de voies romaines dans les provinces du Nord.

Autrefois, l’antique pays des Calètes était protégé dans ses vallées par de hautes murailles et, sur ses côtés, par des rochers gigantesques.

Ces barrages ont été arasés ; mais on ne peut dire l’époque de cet arasement.

On ne peut non plus préciser si ces maçonneries sont dues aux Romains, ou si elles appartiennent au temps de Charlemagne.

Quoiqu’il en soit, ces travaux de défense ont été signalés.

D’abord par Lamotte qui dit dans ses Antiquités d’Harfleur que la Lézarde était barrée par une muraille de 1900 pieds de longueur.

Les murs qui closent le vallon de Bruneval portent toujours la dénomination de Forts.

Dans le quartier des Corderies et du Batifol, à Fécamp, on voit encore de grosses murailles.

Saint-Valery a conservé ses murs et ses tours jusqu’en 1825, et le nom de cette vieille chaîne de murailles s’est perpétué par l’appellation de la Rue des Remparts.

Dieppe était muré dans la vallée entière. D’après les chartes de Cueilloir, ces murailles étaient beaucoup plus épaisses au XIIe siècle.

A Durdent, les moines de Fécamp avaient barré la vallée.

A Veules, à Yport, à Belleville-sur-Mer et à Criel, les ruines que l’on voit encore à l’embouchure de l’Yère sont mentionnées dans les traditions.

Ces murailles, qui servaient de barrages à nos vallées maritimes, étaient autrefois nanties, de distance en distance, de tours rondes.

Au Havre, c’étaient, à l’entrée du port, les tours de Vidame et de François Ier.

Saint-Valery et Fécamp en avaient de semblables.

Il y a une quarantaine d’années, Harfleur laissait voir les fondements de sa vieille Tour des galères ; et, en soulevant quelque peu les galets des Bouches-de-l’Yère, on peut encore reconnaître les bases de tours circulaires ayant existé sous Louis XIV.

La plage de Dieppe a ses trois tours bâties en 1744, pour asseoir les batteries.

Étretat montre aussi sa vieille tour ronde, jadis couronnée d’une plate-forme, et qui a sa base mu-raillée dans les galets.

Cassini indique des ruines à l’embouchure du vallon d’Étretat.

Dans ses Remarques sur la ville du Havre de Grâce, François Biot dit que l’on « croyait que la mer avait tout ruiné à Étretat, parceque lorsqu’elle est retirée, on voit les vestiges de plusieurs maisons qui étaient sur la plage ».

En 1817, après une effroyable tempête qui détruisit la Batterie de gauche, l’abbé Cochet a vu d’énormes carrés de maçonnerie ayant une grande ressemblance avec ceux dont parle l’abbé Biot en 1669.

Il est probable que le souvenir en est resté aussi dans le pays, puisque l’on appelle ce quartier Les Boulevards, ce qui, dans l’esprit de ces gens, signifie d’antiques bouleversements.

Il serait possible que quelques unes de ces ruines remontassent au temps des Romains, puisque, en 1823, lorsqu’on perça les Retranchements pour asseoir l’écluse du canal, on trouva huit médailles impériales en bronze qui furent envoyées au président du tribunal civil du Havre par M. Legros, juge de paix, et qui, depuis, passèrent au Musée départemental.

On a fait souvent à Étretat des découvertes d’objets d’art et de construction. Presque tous les habitants ont dans leur mémoire le souvenir de la trouvaille d’un débris de vieille construction, d’un vase, ou d’un squelette, le tout remontant à l’antiquité.

Depuis soixante ou soixante-dix ans les trouvailles se sont multipliées.

En 1835, l’on a extrait du fond du puits de Blanquet des tuiles et des vases romains, des cuillères, des clochettes et des médailles en bronze.

Un marin, Jérôme Houillier, trouva, en 1834, un broc en bronze appuyé sur trois pieds et ayant un goulot terminé par une tête de serpent.

On peut voir ce broc au Musée départemental de Rouen.

Mais les débris romains les plus remarquables furent trouvés, lors de la construction du nouveau cimetière, en 1830. C’étaient des pavages, des murs qui paraissaient appartenir à une villa.

En 1835, à l’aide d’une allocation de M. Dupont-Delporte, préfet de la Seine-Inférieure, et sous le patronage, de MM. Achille Deville et Emmanuel Gaillard, M. l’abbé Cochet, commença, dans l’enceinte du presbytère, une fouille qui eut du succès, mais qu’il ne put achever qu’en 1842. « J’ai mis, dit-il, à découvert deux grandes salles dont la partie antérieureavait disparu depuis longtemps. L’une avait été, autrefois, pavée en mosaïque, l’autre avait conservé son pavage en pierres de liais. Les dalles blanches reposaient sur trois couches de ciment superposées et combinées suivant le système antique. Les murs en moellon de petitappareil étaient recouverts d’un crépi colorié dont les peintures avaient conservé toute leur vivacité. La baseintérieure était munie d’un bourrelet en ciment rouge,comme dans les maisons romaines de Lillebonne, deRouen et d’autres anciennes villes.

Au fond de la salle pavée en pierres de liais, était unesuperbe baignoire ou baptistère lambrissé de haut en bas de beaux dallages. Un canal était pratiqué pour l’écoulement des eaux. L’eau devait y être conduite par un tuyau en plomb dont en retrouvait les traces au milieudes charbons et des cendres. En avant du baptistère étaitune petite pièce pavée avec beaucoup de soin. C’était uneespèce de parquet de pierre, au milieu duquel figuraitune rose octogone entourée de seize petits pavés taillés encarré et en losange. C’était sur ce parquet que l’on faisaitles menus détails de toilette et de propreté. Cette économied’appartements démontre assez qu’il s’agit de bains particuliers et non de bains publics.

Dans ces fouilles se sont rencontrés des débris de fresque, des épingles en os, du verre et plusieurs médailles de bronze d’Adrien, de Trajan, de Vespasien,véritables RESTES DES ANS ET DES BARBARES, comme ditBossuet.

L’histoire de cette villa romaine serait incomplète, si nous ne signalions la découverte d’un aqueduc long deprès de 3 kilomètres qui amenait ici les eaux du fond du PETIT VAL.

Ce canal, aperçu pour la première fois en 1813 dansles labours de la Côte-du-Mont, fut détruit à diversesreprises, de 1825 à 1851, par les sieurs Hauville, Lassade, Vallin et Aubry dont il traversait les terres. Je l’aiexploré en 1851 et 1852 et je l’ai suivi presque sans interruption sur un espace de 2,000 mètres. En plusieursendroits il est parfaitement conservé, comme dans lesterres de M. l’abbé Tirel, occupées en 1853 par le nommé Gilles, facteur de la poste et télégraphe.

La profondeur du canal pouvait être de 25 centimètres, la largeur de 30 centimètres. Je lui ai reconnu,à peu près, la même capacité que l’on trouve entre Acquigny et Louviers, ce qui supposerait à Étretat et à Louviers une importance égale au temps des Césars.

L’aqueduc d’Étretat amenait les eaux à la villa romainedont les débris remplirent l’enclos du presbytère et alimentait le balnéaire que nous avons exploré en1842 ; mais ce qui n’est pas connu, c’est sa source. On suppose que la prise d’eau avait lieu à Vévigne ou sous Benouville, à une source aujourd’hui disparue. »

Mais il y a d’autres choses, plus intéressantes qu’une villa romaine, qui ont été trouvées dans les fouilles d’Étretat.

Ainsi, l’on y a découvert un cimetière franc du Ve au Xe siècle.

Tout autour de l’édifice gallo-romain et sur les ruines mêmes, on a rencontré, dans le jardin du presbytère, et fort loin au dehors, un champ de repos mérovingien et carlovingien qui occupait le bas de la Côte-du-Monl.

En 1799 et en 1800, on avait déjà extrait des ossements, en creusant pour élever la Batterie de droite.

En 1807, l’ingénieur Le Boulanger apprit qu’un habitant de ce village avait trouvé, en faisant les fondations de sa maison, un tombeau renfermant une épée et quelques morceaux de cuivre. L’épée était tombée en ruines. « J’achetai pour peu de choses, dit-il, les morceaux de cuivre, je les ai apportés à Rouen ; ils présentent peu d’intérêt ; ils sont brodés légèrement et de mauvais goût. L’épée était courte et large de quatre doigts. »

Peu de temps après, tandis que l’on bâtissait une autre maison, des ouvriers rencontrèrent un squelette aux quatre coins duquel étaient des boules de cuivre ; puis en 1822, un sieur Fréval trouva un autre squelette qui avait à ses côtés un large sabre en fer, semblable à celui dépeint par M. Le Boulanger, et à d’autres trouvés par M. d’Echerny.

En 1830 et en 1835, on enleva de dessus le pavage romain plusieurs squelettes ayant dans les jambes des vases dont on ne pouvait nier l’origine.

En 1842, en faisant un sondage, vers l’orient de la villa, on recueillit un petit cercueil de pierre renfermant le corps d’un enfant de dix à douze ans.

La pierre de ce sarcophage appartenait à la nature de celle du pays et l’on supposa même qu’elle provenait du Banc à cuves qui sert de base à la Porte d’amont, où, d’après les traditions, l’on aurait, pris les pierres de l’église, et d’où l’on aurait extrait toutes les auges et les dalles du village.

Au même moment, on déterra une vingtaine de squelettes dont quelques-uns étaient décapités.

Avec ces corps se trouvaient des vases, des armes et des ornements.

En 1850 et 1851, M. d’Echerny a trouvé des vases portant des incrustations mérovingiennes, et trois sabres en fer coupant d’un seul côté, avec des boucles de fer et des clous de cuivre.

Ces métaux témoignent de la pauvreté séculaire des habitants d’Étretat, et la présence de ces armes prouve que, dans ces temps barbares où l’homme vivait armé et où l’on ne croyait reposer en paix qu’en compagnie de son armure, cette vallée était gardée.

CHAPITRE III

Les dignités au moyen âge

AU moyen âge, plusieurs abbayes possédèrent du terrain, des masures ou des revenus à Étretat.

Ces donations devaient remonter à la première race de nos rois ; car la charte de restitution des biens de Saint-Wandrille, délivrée par Richard II, mentionne une donation à ce monastère.

Elle consistait non seulement en terre, mais encore en une franche nef, par tous les ports de la Normandie, pour toutes espèces de pêches.

Une bulle du pape Innocent III, datée de 1203, nous apprend que les comtes de Caux ou les ducs de Normandie avaient disposé, en faveur de Montivilliers, du dixième de la prévôté d’Étretat.

Richard-Coeur-de-Lion confirmait au XIIe siècle, que trois masures avaient été données à Étretat par Guillaume Martel, le prêtre Simon et Martel de Bénouville.

Raoul d’Ymouville, en 1218, donnait au même monastère une masure à Étretat. Cette donation fut approuvée par Guillaume Martel, fils de Jean Martel d’Annouville1. Ce Guillaume Martel donna, en outre, une autre masure. Peut-être est-ce cette dernière que Raoul Vaspail de Kerlande avouait, en 1238, tenir des moines du Valasse.

La même année, le chevalier Pierre de Recuchon ajouta trente sols de rente à Étretat, et Roger Davy, en 1272, léguait une masure dans la rue de Mer qui, on le voit, existait dès le XIIIe siècle et qui est restée toujours la principale rue d’Étretat. Elle porte aujourd’hui, le nom de rue Alphonse Karr.

L’abbaye qui possédait le plus de terres et le plus de droits à Étretat et qui, à cause de cela, se considérait comme suzeraine du pays, c’est celle de Fécamp. On pense que cette souveraineté remontait aux premiers âges normands ou même aux époques mérovingiennes ; car la seigneurie d’Étretat, la chapelle de Saint-Valery et l’enclos presbytérial étaient, de toute antiquité, le domaine de l’abbaye de Fécamp.