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Etude critique de la loi psychophysique de Fechner

De
336 pages
Joseph Delboeuf (1831-1896), savant belge pluridisciplinaire, entreprend dans cet ouvrage de reformuler mathématiquement la loi psychophysique de Fechner (1801-1887), relative à l'étude scientifique des sensations. Le thème est à l'époque très couru et très controversé, puisque, quelques années plus tard, un autre savant, Hering (1834-1918), en donne sa propre théorie, elle aussi critique. Le texte se situe donc à la croisée de ces trois conceptions d'un même phénomène, et s'adresse par là-même à un public déjà initié.
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ÉTUDE CRITIQUE DE LA LOI PSYCHOPHYSIQUE DE FECHNER

www.librairieharmattan.com
harmattan 1@wanadoo. fr

diffusion.harmattan@wanadoo.fr ~L'Hannattan,2006 ISBN: 2-296-00872-0 EAN : 9782296008724

Joseph DELBOEUF

ÉTUDE CRITIQUE DE LA LOI PSYCHOPHYSIQUE DE FECHNER

Introduction de Serge NICOLAS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm.; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - ROC

75005 Paris

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions Th. RIBOT, L'hérédité psychologique (1873), 2005. Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion et de ses applications (1886), 2005. H. TAINE, De l'intelligence (1870, 2 volumes), 2005. P. A. TISSIÉ, Les aliénés voyageurs (1886), 2005. Th. RIBOT, La psychologie des sentiments (1896), 2005. Abbé FARIA, De la cause du sommeil lucide (1819), 2005. W. PREYER, L'âme de l'enfant (1882), 2005. Morton PRINCE, La dissociation d'une personnalité (1906),2005. J. G. SPURZHEIM, Observations sur la phrénologie (1818), 2005. F. A. MESMER, Précis historique relatif au magnétisme (1781),2005. A. BINET, L'âme et le corps (1905), 2005. Pierre JANET, L'automatisme psychologique (1889), 2005. W. WUNDT, Principes de psychologie physiologique (1880, 2 v.), 2005. S. NICOLAS & B. ANDRIEU (Eds.), La mesure de l'intelligence, 2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 1, vol I) (1903), 2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 2, vol I) (1903),2005. F. RAYMOND & P. JANET, Obsessions et psychasthénie (vol II) (1903), 2005. Théodore FLOURNOY, Métaphysique et psychologie (1890), 2005. Théodule RIBOT, La vie inconsciente (1914), 2005. A. BINET & Ch. FÉRÉ, Le magnétisme animal (1887), 2006. P. J. G. CABANIS, Rapports du physique et du moral (1802, 2 v.), 2006. P. PINEL, L'aliénation mentale ou la manie (1800), 2006. J. P. F. DELEUZE, Défense du magnétisme animal (1818),2006. A. BAIN, Les sens et l'intelligence (1855), 2006. A. BAIN, Les émotions et la volonté (1859), 2006. Pierre JANET, L'amnésie psychologique, 2006 J. G. SPURZHEIM, Observations sur la foIie (1818), 2006. Charles BONNET, Essai de philosophie (1755),2006. Pierre JANET, Philosophie et psychologie (1896), 2006.

INTRODUCTION

DE L'ÉDITEUR

La psychophysique en France et l'influence des travaux de Joseph Delboeuf1

La question de la mesure des sensations avait déjà été entrevue par des savants français du XVIIIe siècle (Bouguer) et du commencement du XIXe (Delezenne) (cf. Nicolas, 2001 b) ; mais ce fut un Allemand, Ernst-Heinrich Weber (1795-1878), qui, par des recherches étendues (Weber, 1834, 1846), prépara un travail d'ensemble et qui formula le premier une loi à laquelle Gustav-Theodor Fechner (1801-1887) a donné le nom de son inventeur (Fechner, 1960). Selon cette loi « tout accroissement constant de la sensation correspond à un accroissement d'excitation constamment proportionnel à celle-ci », ou en termes plus mathématiques « pour que la sensation croisse en progression arithmétique, il faut que l'excitation croisse suivant une progression géométrique». Le mérite de Fechner (1860) est d'avoir coordonné les travaux de ses devanciers, de les avoir complétés par ses propres recherches et d'avoir formulé la loi mathématique qui régit la sensation et l'excitation. En France, l'introduction de la psychophysique est contemporaine des premiers travaux du savant belge Joseph Delboeuf (1873, 1876) que nous présenterons dans un premier temps. Mais la popularisation des doctrines de Fechner est surtout à mettre au crédit du philosophe et psychologue français Théodule Ribot (1874, 1879) dont les écrits furent le point de départ en France de la critique ultérieure des écrits de Fechner. Nous terminerons cette introduction en présentant la thèse de Marcel Foucault (1901) qui marque une date importante pour cette première période de l'histoire de la psychophysique française.
1 Cette introduction est adaptée d'un article publié dans une revue italienne: Nicolas, S. (2001). Les débuts de la psychophysique en France. Teorie & Modelli : Rivista di Storia & Metodologia della Psicologia, 6, 5-28.

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I - JOSEPH DELBOEUF ET LES ÉTUDES PSYCHOPHYSIQUES Le mathématicien, philosophe, philologue et psychologue belge Joseph Delboeuf (1831-1896) (pour une note biographique: Nicolas, 2000) est surtout connu aujourd'hui en psychologie expérimentale par l'illusion optico-géométrique qui porte son nom (cf. Nicolas, 1995b), les cercles concentriques de Delboeuf (1865a, 1865b), comme s'il n'avait guère fourni d'autres travaux ou, tout au moins, comme si c'était là sa contribution essentielle à la psychologie. Or, l'œuvre de Delboeuf dans ce domaine est beaucoup plus étendue, puisqu'il fut au XIXe siècle un des plus importants personnages de la psychologie scientifique. Son nom a été associé aux fondateurs de cette science tels Weber, Fechner, Helmholtz, Hering, etc. Mais comment ce mathématicien et philosophe de formation en est-il venu à s'intéresser à cette nouvel1e science? En décembre 1863 Delboeuf fut désigné par un arrêté royal à occuper la chaire de philosophie de l'Université de Gand laissée vacante par la mort de son titulaire. En qualité de professeur extraordinaire il dut enseigner la philosophie à la faculté des humanités et la psychologie à l'École Normale des Sciences. Dans le cadre de la préparation de ses cours au début de l'année 1864, Delboeuf prit connaissance du récent livre de Wundt Menschen und Thierseele (Wundt, 1863) qui présentait la contribution de Fechner (1860) à la question des rapports de l'âme et du corps. La lecture de ces deux ouvrages lui imprima une nouvelle direction de recherche: la psychophysique ou psychologie naturelle. Pour Delboeuf (1876b, p. 24) : "Le problème capital de la psychologie, ou pour elnployer un mot nouveau, mais qui pour nous a un sens scientifique très précis, de la psychophysique, sera de rechercher les rapports de l'â,ne et du corps". Ses premiers travaux expérimentaux en psychologie exécutés pendant l'année 1864 concernèrent d'abord la question de l'origine des jugements conscients sur la forme, la position, etc., des objets avec l'étude des illusions d'optique (Delboeuf, 1865a, 1865b) sur lesquelles il eut des vues novatrices (Nicolas, 1995b). Ce n'est qu'ensuite qu'il s'intéressera à la loi psychophysique. Ainsi, les deux années (1865 -1866) qui suivirent ses études sur les illusions, Delboeuf décida de développer des recherches dans le champ de la psychophysique fechnerienne. Ces travaux l'ont conduit à rédiger deux très importants mémoires dans ce domaine (Delboeuf, 1873, 1876a) et quelques articles (cf., Delboeuf, 1877, 1878) publiés dans la "Revue Philosophique de la France et de l'Étranger" où il VI

défendit avec originalité la partie fondamentale de l'œuvre de Fechner, à savoir la loi logarithmique (pour une compilation de ses travaux en psychophysique publiés chez un éditeur français: Delboeuf, 1883a, 1883b).
Une première étude de psychophysique sensorielle (1873)

Si Delboeuf fut d'abord séduit par la loi logarithmique de Fechner (1860) dont il avait lu l'ouvrage en 1864 une première fois et à nouveau en 1865, il ne tarda pas à la critiquer. Voici ce qu'il a écrit à ce propos (Delboeuf, 1877, p. 241) : "J'avais été frappé de certaines contradictions, de certaines anomalies, de certaines absurdités lnêlne que présentait la loi logarithmique. Déterminé surtout par la théorie qui se corroborait de certains faits d'observation journalière, je fis subir à la forlnule de Fechner deux corrections à mes yeux Ùnportan tes, l'une au point de vue mathématique et physique, l'autre au point de vue physiologique. L'une et l'autre corrections firent l'objet d'expériences nOlnbreuses qui en établirent la légitÙnité". Ce travail fit l'objet d'un premier mémoire intitulé: "Etude psychophysique. Recherches théoriques et expérimentales sur la mesure des sensations et spécialelnent des sensations de lumière et de fatigue" (Delboeuf, 1873) qui fut présenté le 4 mai 1872 à l'Académie Royale de Belgique et inséré dans les Mélnoires de cette même Académie en 1873 suite aux rapports très positifs rédigés par 1. Plateau (1872bc) et Th. Schwann (1872). Les premières recherches expérimentales de Delboeuf dans le domaine de la psychophysique sensorielle ont été réalisées à l'Université de Gand dans le courant des années 1865 et 1866 mais ne furent publiées que beaucoup plus tardivement dans le mémoire cité ci-dessus (Delboeuf, 1873). Ce retard de publication s'explique par le changement qui s'est alors produit dans la carrière universitaire de Joseph Delboeuf. En effet, à la fin de l'année 1866, il saisit l'opportunité qui lui était offerte d'occuper une chaire de philologie dans son ancienne Université de Liège. Il dut ainsi, dans un premier temps, abandonner complètement la rédaction de ses travaux en psychophysique qu i auraient pu, sans cette circonstance, voir le jour en 1867 ou 1868. Il ne les reprit que quelques années plus tard sans avoir eu l'opportunité de les compléter comme il l'aurait effectivement souhaité à cause de circonstances techniques qui l'en ont empêché. VII

Dans la partie théorique de son travail (Delboeuf, 1873, pp. 2749), Delboeuf commence dès les premières pages par critiquer la formule logarithmique de Fechner selon laquelle les sensations croissent proportionnellement aux logarithmes des excitants (notons seulement ici que l'excitant est la cause extérieure agissante, c'est-à-dire la différence entre deux forces externes p et p'), d'où il vient: S = K log (p'-p), ou si l'on veut S = K log I (1)

où S représente la sensation, I l'intensité physique ou l'excitation et K une constante. Il critique d'abord cette formule au point de vue mathématique car elle lui paraît inacceptable. Il fait remarquer que pour certaines valeurs de l, la valeur S devient négative, que pour une excitation I = 0, la valeur S devient égale à l'infini négatif, ce qui conduit, selon lui, à des absurdités. Il montre, comme d'ailleurs l'avaient soulignés Fechner (1860) lui-même et Helmholtz (1866), qu'en certains cas elle est en défaut. Ainsi, la formule: S = K log I donne, pour la différence de deux sensations S et S', l'équation: S - S' = K log III', c'est-à-dire que la différence de deux sensations devrait rester constante lorsque le rapport des excitations reste constant. Or, pour les sensations lumineuses, ceci n'est vrai qu'entre certaines limites. Pour prendre un exemple concret, l'opposition entre les teintes sombres et les teintes claires d'une gravure se conserve dans des limites assez larges d'éclairage; mais si l'éclairage est trop faible, on ne distingue plus rien et, pareillement, s'il est trop éclatant, on est ébloui. Un moyen de parer à une partie de ces inconvénients fut pour Delboeuf d'ajouter à l'excitation extérieure, l'excitation physiologique des organes. La modification ainsi proposée par Delboeuf à la formule de Fechner consista dans l'introduction d'une valeur c, représentant l'état d'excitation propre et subjective de l'organe des sens, due à des causes internes en dehors de toute excitation extérieure (pour une vue analogue et semble-t-il formulée de manière indépendante: cf., Helmholtz, 1866). Cette valeur c vint s'ajouter à la valeur p'-p, égale à l, de l'excitation extérieure et la formule devint:

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S = K log (I+c)/c

(2)

Cette simple addition faisait disparaître pour Delboeuf en grande partie, sinon toutes, les difficultés mathématiques et expliquait la fausseté de la loi dans les limites inférieures et de plus ses irrégularités dans les limites moyennes. S'occupant ensuite de la loi aux limites supérieures, il soutint l'hypothèse selon laquelle, à la loi de la sensation, il faut ajouter une autre loi, la loi de la fatigue et de l'épuisement. La seconde modification de la formule de Fechner proposée par Delboeuf consista donc dans l'adjonction d'une loi nouvelle. Il fit entrer en ligne de compte l'altération qu'éprouve l'organe par suite de l'excitation même à laquelle il est soumis. Cette excitation, surtout si elle est forte, vient diminuer la sensibilité; et la diminution est d'autant plus sensible que la soustraction opérée dépasse le pouvoir réparateur inhérent à l'appareil sensoriel. Pour produire des accroissements égaux de sensation, l'excitation, surtout aux dernières limites, doit donc croître plus rapidement que ne l'indique la loi précédente. C'est ce que Delboeuf exprime par la formule suivante, dans laquelle f représente la fatigue due à l'épuisement ou encore à l'effort, 111a l masse de sensibilité disponible: f= K log m/(m-I) ou plus simplement f= log m/(m-I') C'est-à-dire que pour que l'épuisement croisse suivant une progressIon arithmétique, il faut que les accroissements d'excitation décroissent suivant une progression géométrique. Ainsi, toute sensation est mélangée d'un certain sentiment correspondant à l'état de l'organe. Quand la lumière est trop vive, outre la sensation lumineuse, l'œil éprouve une impression de gêne et de malaise. En recherchant les conditions normales de l'exercice de la sensibilité il a trouvé que la sensation est à son maximum de pureté quand l'excitation se maintient autour d'une valeur moyenne comprise entre le minimum qui est sa seule excitation physiologique et le maximum qui amènerait la destruction de l'organe. Ainsi, la sensation est à son maximum à la fois d'intensité et de pureté quand l'excitation se tient aux environs de (m-c)/2. En deçà l'importance de l'excitation interne c croît de plus en plus rapidement; au-delà la fatigue de plus en plus forte tend à masquer peu à peu la sensation. IX

La partie expérimentale (Delboeuf, 1873, pp. 50-115) du mémo ire a pour but de vérifier les formules précédentes. Delboeuf ne fait porter ses expériences que sur les sensations de lumière et de fatigue. Pour les recherches expérimentales sur les sensations de lumière, Delboeuf eut recours au principe de l'égalité des contrastes qui lui a été suggéré par l'illustre physicien belge Joseph Plateau (1801-1883). Plateau, avec lequel Delboeuf s'était lié d'amitié dès son arrivée à Gand s'occupait depuis longtemps de recherches analogues sur les sensations visuelles mais ne connaissait pas, semble-t-il, les travaux de Weber et de Fechner à cette époque. "Je lui parlais des travaux de Weber et de Fechner qui lui étaient restés inconnus, et je lui communiquais les doutes théoriques que j'avais concernant l'exactitude rigoureuse de leur for/nule, et l'intention que j'avais de refaire leurs expériences. Il m'apprit alors qu'il avait eu autrefois l'idée de mesurer les sensations lumineuses. C'était lorsqu'il s'occupait des phénomènes subjectifs de la vision" (Delboeuf, 1873, p. 57). Delboeuf n'a cependant pas travaillé sous l'inspiration ou sous la direction de J. Plateau comme ce dernier l'a effectivement reconnu (Plateau, 1872b). En effet, l'idée du travail de Delboeuf lui appartient en propre. Ce n'est que lorsque Delboeuf eut fait part de ses projets sur la question que Plateau lui a communiqué une partie des idées qu'il avait eues jadis dans les années 1840 et qui furent développées plus tard dans une note théorique (Plateau, 1872a). L'article de Plateau (1872a), qui fut publié peu de temps avant le dépôt du mémoire de Delboeuf (et certainement pour des raisons de priorité scientifique), est d'une importance historique considérable puisqu'il présente pour la première fois la formule puissance (S = KIn) liant les rapports entre la sensation et l'excitant (mais Plateau se ralliera plus tard à la formulation de Delboeuf), ce type de formule entra en concurrence dans les années 1950 (cf., Stevens, 1957) avec celle de Fechner. La dernière partie de l'ouvrage de Delboeuf (1873) concerne les expériences relatives à l'épuisement et destinées à vérifier la formule: f = Log m/(m-I). La technique utilisée consistait à faire déformer, un grand nombre de fois de suite, par la même personne, le ressort d'un dynamomètre 'Regnier', en donnant chaque fois le maximum d'effort. Les expériences, répétées sur un certain nombre de sujets, ont donné des résultats assez discordants. Delboeuf montre, par des considérations judicieuses, qu'il existe, dans ce cas, des causes perturbatrices extrêmement influentes ayant pour résultat de masquer en grande partie les x

déductions théoriques. Il conclut, cependant, par les paroles suivantes: "À tout prendre, les résultats que nous avons fait connaître confirlnent plutôt qu'ils n'infirlnent la formule".
Une théorie générale de la sensibilité (1876)

Deux ans après la publication de son "Étude Psychophysique", Delboeuf présentait le 5 Juin 1875 à la classe des Sciences de l'Académie Royale de Belgique un travail très étendu et d'une portée encore plus générale, sous le titre de : "Théorie générale de la sensibilité. Mémoire contenant les élélnents d'une solution scientifique des questions générales relatives à la nature et aux lois de la sensation, à la forlnation et au rôle des organes des sens, à l'action de la sensibilité sur le développement physique et intellectuel de l'individu et de l'espèce" (Delboeuf, 1876a). Il donna une analyse détaillée de cet ouvrage dans la "Revue Scientifique de la France et de l'Étranger" du 31 Juillet 1875 avant que celui-ci ne fusse officiellement imprimé par l'Académie après les rapports favorables rédigés par MM. van Beneden, Schwann et Folie. Le but de l'ouvrage (Delboeuf, 1876a) était d'étudier, d'un point de vue général, les phénomènes de la sensibilité en les réduisant à leur plus simple expression pour les reconstruire ensuite dans leurs caractères essentiels. Delboeuf fit d'abord une distinction entre la sensibilité et la motilité, entre la sensation et le sentiment de l'effort, afin d'établir la différence entre les faits sensibles et les faits intellectuels. Sous le nom de sensibilité, il regroupa à la fois les phénomènes de sensation et les phénomènes de sentiment. Les sentiments, c'est-à-dire les états de plaisir ou de peine, accompagnent les sensations. Dans la première partie de l'ouvrage, Delboeuf (1876a, pp. 1782) traite de la sensibilité en analysant la sensation à la fois d'un point de vue quantitatif et d'un point de vue qualitatif. Pour ce qui concerne le versant qualitatif, la qualité de la sensation se résout par l'analyse du mode de formation et des fonctions de l'organe. Delboeuf pense que la qualité d'une sensation pourrait être due à une réaction spécifique de la substance nerveuse et qu'elle pourrait aussi tenir à une certaine combinaison de sensations simples mélangées dans divers rapports d'intensités. En ce qui concerne la notion de quantité, Delboeuf a été conduit à modifier profondément l'idée qu'il .se faisait de l'excitation physiologique représentée dans sa formule (2) antérieure par la lettre c. XI

Cette quantité, d'abord conçue comme constante, fut ensuite reconnue comme variable. Dans son 'Étude psychophysique' (Delboeuf, 1873), il avait considéré cette excitation interne comme constamment petite relativement à l'excitation externe et il avait négligé ces variations. Cependant, en examinant à nouveau la question, il s'est aperçu que si les formules précédentes s'appliquent assez bien aux sensations de lumière, de son, etc. elles ne s'appliquent pas aux sensations de température. Il faut donc quand il s'agit de la température remplacer dans la formule la sensation c par To, la température de la peau à un moment donné, et si T est la température extérieure, l'excitation externe I peut s'exprimer par TTo. La formule devient donc: S = log TITo D'un point de vue général, si l'on représente par p l'intensité de la cause extérieure correspondant à un certain état d'équilibre de l'organe sensible, et si cette intensité variant devient p', on voit que si dans la formule (2) on remplace c par p et I par p'-p, la loi de sensation devient: S = log p'lp (3)

Cette nouvelle formule est donc dérivée de la formule (2) et en diffère essentiellement par le fait que la quantité c n'est plus considérée comme constante mais variable, ce qui entraîne le remplacement de la quantité c par la quantité p. Pour Delboeuf cette nouvelle formule fait ressortir deux faits importants: 1 nos sens sont des instruments différentiels, la sensation n'existe que s'il y a une différence entre p et p' c'est-àdire lorsqu'il y a une rupture d'équilibre; 20 l'excitation ne doit plus être représentée par p'-p, mais par p'/p, ce qui fait que la sensation est proportionnelle à la cause qui la provoque. Il établit ensuite que la sensation est soumise à trois lois: la loi de dégradation, la loi d'intensité et la loi de tension. D'après la loi de dégradation, la sensation va en s'affaiblissant dès l'instant où elle apparaît. Pour Delboeuf, l'équilibre tend à s'établir entre p et p', en ce sens que l'excitation extérieure qui est plus grande transmet une partie de sa force à la substance corporelle. La sensation va par conséquent en s'affaiblissant puisqu'elle n'est due qu'à une rupture d'équilibre. De cette façon, l'excitation extérieure produit une impression qui laisse une trace qui ne
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XII

disparaît jamais (pour la théorie de la mémoire chez Delboeuf : cf., Nicolas, 1995a). D'après la loi de l'intensité, pour croître, la sensation doit être provoquée par des excitations de plus en plus fortes. La sensation serait ainsi proportionnelle au travail nécessaire pour produire l'impression. D'après la loi de tension, à mesure que la sensation s'accroît, elle s'altère sensib lement et se transforme en malaise, puis en douleur, et l'excitation peut même amener la désorganisation et la destruction de la sensib ilité. Tout écart va donc produire en nous une tension; et le sentiment qui correspond à la tension est la fatigue, la peine ou la douleur. Si A est le maximum de tension que nous puissions supporter, en représentant par D la tension qui correspond à une sensation S, le sentiment de fatigue qui l'accompagne sera donné par la formule: f= log A / (A-D) En vertu de ces lois, un organisme tout à fait élémentaire évoluera nécessairement vers des formes de plus en plus élevées. Après la première différenciation apparaît l'organe des sens. Adventice d'abord, permanent ensuite, il devient enfin spécifique. L'organe, une fois né, va jouer le rôle central. Non seulement il est indispensable pour qu'il y ait sensation distincte, mais c'est par lui que les impressions s'associent et que l'individualité se constitue; il est l'instrument de l'expérience et de l'instinct de conservation, l'origine des progrès tant de l'individu que de l'espèce. On voit ici que Delboeuf a subi l'influence féconde de la théorie de l'évolution. Cette approche évolutionniste s'inspire directement de la lecture des traductions françaises de "l'origine des espèces" par Charles Darwin (1873) et des "Prelniers principes" par Herbert Spencer (1871). Dans la seconde partie de l'ouvrage, qui ne comporte qu'une vingtaine de pages, Delboeuf (1876a, pp. 83-102) se laisse entraîner en dehors du domaine strictement scientifique et fait œuvre de pur philosophe. Comment un animal a-t-il la notion d'un objet? Comment a-tilIa connaissance de son propre individu? Telles sont les deux questions qui se présentent à son esprit. La solution est renfermée dans l'analyse du sentiment de l'effort qui est synonyme de conscience. Il montre comment l'état de conscience passe insensiblement à l'état d'inconscience, comment l'intelligence évolue vers l'instinct tout d'abord et vers l'automatisme ensuite (cf. aussi Delboeuf, 1876b). Cette succession des phénomènes psychologiques est cependant sujette à discussion pour un pur philosophe. XIII

C'est peut-être parce que Delboeuf emprunte ici un peu trop facilement à Maine de Biran sa théorie de la conscience, de la volonté et de l'effort qu'il s'est exposé sur ce point à de nombreuses critiques de la part de ses contemporains (cf., Dumont, 1876). Examen critique de la loi psychophysique : Hering "J'avais lieu d'être satisfait de mes dernières équations, toutefois je n'avais pas une foi bien robuste en leur légitiJnité. Je suis philosophe, il est vrai, lnais je suis un peu physicien, et je ne me contente pas facilelnent d'un petit nombre de preuves. Jusqu'à quel point, en effet, la loi logarithmique était-elle avant tout fondée en fait? J'en étais là lorsque parut le trava il de Hering. À la suite d'une première lecture, je crus que e'en était fait de la psychophysique, tant le nouvel assaillant avait lnis de vigueur dans les coups qu'il lui adressait. J'en pris bravement n10nparti; quand on est dans une mauvaise voie, il n'est jamais trop tôt d'en sortir. Je lne n1is à relire plus attentivement et à tête reposée le discours du professeur de Prague. Je crus reconnaître alors que la partie fondamentale de l'œuvre de Fechner n'avait pas subi d'atteinte et était restée debout. Il me sembla même que ma doctrine, contre laquelle Hering, sans s'en douter, s'était aussi escrimé, était demeurée à peu près intacte." (Delboeuf, 1878, pp. 35-36). Lors d'une séance de l'Académie des Sciences de Vienne tenue le 9 décembre 1875, Ewald Hering (1834-1918), professeur de physiologie à l'Université de Prague, connu déjà par des travaux de laboratoire et une remarquable conférence sur la mémoire de la matière organisée (Hering, 1870), élève lui-même de Weber et de Fechner, avait lancé un discours sur la loi psychophysique de Fechner où il la soumettait à une critique ingénieuse et implacable (Hering, 1876). Delboeuf a résumé et minutieusement analysé dans la 'Revue Philosophique' de mars 1877 le travail de Hering en adoptant un plan beaucoup plus rigoureux. Il a regroupé (Delboeuf, 1877, pp. 229-240) les critiques de Hering (1876) sous quatre rubriques: les objections sur la base de la psychophysique de Fechner, les invraisemblances et les difficultés résultant des lois de Fechner, les insuffisances des preuves avancées à l'appui des lois de Fechner et enfin le défaut de généralité et la fausseté partielle de la loi de Weber. Voici, en résumé, le contenu de ces critiques et les réponses que Delboeuf a faites. XIV

En ce qui concerne les objections de Hering sur la base de la psychophysique, la conclusion de Hering est que la loi logarithmique de Fechner ne découle pas de la loi de Weber, et que l'exactitude de la première, à la supposer établie, ne démontrerait pas celle de la seconde. En effet, pour Hering les deux lois sont indépendantes l'une de l'autre. Delboeuf est d'accord avec cette conclusion puisque sa propre formule n'est pas directement dérivée de la loi de Weber. De plus, Delboeuf ajoute qu'il émet certains doutes sur la légitimité absolue de la loi de Weber qui découle des expériences sur les sensations de poids. En effet, pour Delboeuf, les sensations de poids ne sont pas des sensations proprement dites, il y a là, selon lui, une confusion regrettable dans les mots. Pour le psychologue belge, les véritables sensations sont celles de lumière, de son, de température, de goût et d'odeur. Les autres sensations sont des sensations extensives qui font intervenir la notion de mouvement, et la loi logarithmique n'a rien à voir avec les grandeurs extensives, même si elle peut leur être applicable, ce qu'il ne croit pas d'ailleurs. Seul le concept de sensation pure permet l'application de la loi. La deuxième objection. de Hering est d'ordre téléologique. Pour Hering, une relation logarithmique ne peut pas exister entre l'excitation et la sensation parce qu'une telle relation bouleverserait et même rendrait
impossible notre perception

exacte des rapports qui existent entre les

choses extérieures. Si l'on recherche, dit Hering, la loi des rapports de l'âme et du corps, la première hypothèse qui se présente à l'esprit, c'est que les effets psychiques, les sensations, sont proportionnels aux effets physiques, c'est-à-dire aux modifications corporelles produites par les excitations du dehors, et réciproquement que le corps à son tour est d'autant plus influencé par les actions psychiques que celles-ci sont plus fortes. Or, il faudrait prouver, selon Hering, qu'une pareille hypothèse, si simple et si naturelle, est inadmissible, avant d'en imaginer une autre plus compliquée. L'âme, dit Hering, ne pourrait se faire une idée adéquate du monde extérieur, si les effets internes n'étaient pas proportionnels aux causes externes. Delboeuf rejette cet argument téléologique qui pour lui n'a aucune valeur. Il renverse même la critique en disant qu'il ne voit pas la nécessité d'une proportion adéquate entre la sensation et l'excitation. La troisième critique de Hering porte sur l'insuffisance des preuves avancées à l'appui de la loi de Fechner. Selon Hering, la loi de Fechner ne semble se vérifier, et encore dans une certaine mesure, que pour la lumière et la tonalité. Cette loi est inapplicab le aux grandeurs

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extensives, inappliquées aux goût, aux odeurs, à la chaleur, invraisemblable pour les sensations de poids et de sons. La contre-attaque de Delboeuf peut se résumer en trois points. Premièrement, s'appuyant sur l'histoire de la physique, il affirme que les déviations et les exceptions ne suffisent pas pour rejeter une loi même s'il faut en tenir compte; ce qu'il a d'ailleurs fait lui-même en proposant une modification à la loi logarithmique (Delboeuf, 1873, 1876a). Deuxièmement, si l'on a des difficultés à appliquer la loi logarithmique pour quelques ordres de sensations c'est parce qu'il existe des difficultés techniques qui sont difficiles à surmonter, tel est le cas pour les expériences sur les températures, les goûts et les odeurs. Troisièmement, en ce qui concerne plus spécifiquement les sons, Delboeuf affirme que la loi selon laquelle l'élévation du son est proportionnelle au logarithme du nombre de vibrations reste pleinement vérifiée. Hering aborde pour finir l'examen critique de la loi de Weber en recourant à l'expérience. Il montre, à partir des expériences réalisées par ses élèves Biedermann et L5wit, l'insuffisance des preuves sur lesquelles elle s'appuie et en met la fausseté partielle en évidence. La loi de Weber, dit pour conclure Hering, n'est qu'une hypothèse très incertaine; la proportionnalité requise ne se manifeste que pour des grandeurs extensives de l'espace et la force des sons; les exceptions étant plus nombreuses que la règle, celle-ci est à rejeter si l'on ne montre pas le pourquoi des déviations, et c'est ce qu'on n'a pas fait; cette loi, fût-elle vraie, ne servirait pas à établir la loi logarithmique de Fechner; mais, comme elle est fausse, celle-ci manque de base et de soutien, et avec elle tombe le principe psychologique sur lequel Fechner s'appuie pour scruter les rapports de l'âme et du corps. Delboeuf défend ici sa propre version de la loi logarithmique qui rend compte des déviations observées. Il conclut ainsi: "la loi logarithmique s'étant confirmée pour tous les ordres de sensations auxquels l'expérience a été appliquée, on peut, jusqu'à preuve contraire, lui accorder une adhésion provisoire" (Delboeuf, 1877, p. 260). Les critiques de Hering n'étaient en fait dirigées que contre l'œuvre fondamentale de Fechner (1860). En effet, le professeur de physiologie de l'Université de Prague n'avait pas encore pris connaissance des travaux psychophysiques de Delboeuf. Il semble que Hering n'a pas connu le premier écrit de Delboeuf (1873) et ne pouvait évidemment pas connaître le second (Delboeuf, 1876a) qui a paru en janvier 1876. XVI

L'objectif de l'article de Delboeuf (1877, p. 241) était clair: ''je vais essayer de sauver la loi logarithmique". Il n'a cependant pas voulu entreprendre la défense du système de Fechner dans tous ses détails, c'est en fait sa propre conception de la loi logarithmique qu'il a voulu sauvegarder. Fechner (1877, p. 27) a très bien compris à l'époque que Delboeuf était plus un allié qu'un adversaire pour lui quand il écrit: "On pourrait croire (...) que (cet) auteur est l'un de mes adversaires les plus décidés. Néanlnoins ses essais sont une confirmation très satisfaisante de la loi de Weber il lui reconnaît à tout le lnoins une valeur approxima" tive il a adopté plus tard une formule qui, dans son expression, coïncide

avec" la mienne, mais dont la signification est différente enfin dans la
Revue Philosophique il a pris à lnon égard contre Hering en quelque sorte l'attitude d'un allié, sans abandonner toutefois ses anciennes critiques, et cela parce qu'il se sentait atteint aussi bien que lnoi par les argulnents qui m'étaient opposés." II - LA DIFFUSION DE LA PSYCHOPHYSIQUE La popularisation EN FRANCE
"

de la psychophysique par Théodule Ribot

L'article de Delboeuf dont nous venons de parler fut publié dans la "Revue Philosophique de la France et de l'Étranger", qui est un journal mensuel fondé par le philosophe et psychologue français Théodule Ribot (pour une biographie: Nicolas, 2005; Nicolas & Murray, 1999) généralement considéré comme le fondateur de la psychologie scientifique française au XIXe siècle. Dans ce journal on trouve de nombreux articles sur le thème de la psychophysique, essentiellement des revues critiques de la littérature allemande établies par les collaborateurs de Ribot (ex. Tannery, Henri, Vaschide, Foucault, Philippe). Mais l'introduction de la psychophysique en France est un peu antérieure à la fondation de la Revue philosophique, elle est contemporaine des premiers travaux de Ribot pour l'émancipation de la psychologie face à la philosophie. L'introduction de la nouvelle psychologie se fit de manière lente dans le contexte de la crise philosophique du dernier tiers du XIXe siècle (cf., Janet, 1865, 1872 ; Margerie, 1870 ; Ravaisson, 1868 ; Ribot, 1877). Au moment où Ribot commence à publier ses premiers travaux, les attaques des positivistes et surtout les critiques de Taine avaient montré la XVII

faiblesse de la psychologie spiritualiste de l'école de Cousin. Partout on sentait le besoin de sortir des entités métaphysiques et des explications verbales. Les Anglais faisaient une psychologie positive, presque uniquement fondée sur l'association des idées; les Allemands, à la suite de Weber (1795-1878) et de Fechner (1801-1887), essayaient d'introduire la quantité et la mesure dans l'étude des faits psychiques. Ribot commença par faire connaître en France ces deux psychologies dont les tendances l'intéressaient. Dans son ouvrage sur "La Psychologie Anglaise Contelnporaine" (Ribot, 1870), il présente aux lecteurs la psychologie associationniste anglaise pratiquement inconnue en France à cette époque. Ce livre est généralement considéré comme un des premiers manifestes de la nouvelle psychologie (cf., aussi Taine, 1870) parce que dans l'introduction Ribot établit une critique de la psychologie spiritualiste et essaye de promouvoir une psychologie à caractère scientifique. Mais très rapidement, il s'attaque à l'étude des philosophes et des psychologues allemands contemporains qui le conduira quelques années plus tard à publier un ouvrage complet sur le sujet (Ribot, 1879) dont l'introduction fut encore une violente attaque de la psychologie académique qui fut mal perçue par les philosophes en poste à la Sorbonne. Les premiers ouvrages de celui qui deviendra le promoteur de la psychologie allemande et mondiale, Wilhelm Wundt (1832-1920), le passionnent (cf., Lenoir, 1957, p. 7). C'est en 1874 qu'il terminera, avec l'aide de A. Espinas, la traduction du premier volume de Spencer qui sera publié en janvier (le second volume le sera en novembre 1874). Il va s'engager alors vers l'étude encore plus approfondie de la psychologie allemande lorsque Émile Alglave (1842-1928), directeur de la fameuse "Revue Scientifique", demande à Ribot de rendre compte des "Éléments de Psychologie Physiologique" de Wundt (1874). Il contacte alors Wundt qui vient de quitter la chaire de physiologie de Zurich pour la chaire de philosophie de Leipzig et qui lui envoie son discours d'ouverture. En novembre 1874, il publie dans la "Revue Scientifique" son premier article sur la psycho logie expérimentale allemande qui concernera la mesure des sensations d'après Fechner (Ribot, 1874). C'est l'année suivante qu'il participe (Ribot, 1875) à une discussion d'une haute valeur scientifique sur la mesure des sensations dans l'œuvre de Fechner déclenchée par une lettre anonyme publiée dans la "Revue Scientifique" d'un spirituel philosophe et mathématicien français du nom de Jules Tannery (1848XVIII

1910). À ce fameux débat participeront Delboeuf et Wundt (cf., Nicolas, Murray & Farahmand, 1997).
Débats en France sur la question de la psychophysique

Le prem ier débat en France sur la question de la psychophys ique date donc du milieu des années 1870. C'est à cette époque que Théodule Ribot publie un premier article sur l'œuvre de Fechner. Suite à la publication de cet article (Ribot, 1874) sur Fechner, Delboeuf (1875a, 1'875b) dut défendre la loi psychophysique où les obscurités de la formule logarithmique avaient alors frappé Jules Tannery (1875a). Ribot (1875), Delboeuf (1875a) et Wundt (1875) lui avaient alors répondu, Tannery (1875b) répliqua et Delboeuf (1875b) riposta encore, et la polémique en resta là. Lors de ce débat, Delboeuf prit en apparence la défense de la formule de Fechner mais en réalité il en faisait le sacrifice. Si le psychologue belge fit bonne contenance face à son contradicteur sur le terrain mathématique, il ne résolut pas la question de fond posée par Tannery à savoir s'il ne fallait pas plutôt considérer les sensations comme des qualités et non comme des quantités, auquel cas la psychophysique ne pouvait plus se baser sur des relations d'ordre mathématique (Titchener, 1905). À partir de cette date, on trouve de nombreux écrits français critiques envers la psychophysique de Fechner dont ceux de Philippe Breton (1875, 1885) qui substitueront à la relation qui proportionne la grandeur de la sensation au logarithme de l'intensité stimulatrice une autre forme de relation d'après laquelle la sensation augmenterait comme une puissance fractionnaire de l'intensité (Breton, 1887), suivant une courbe parabolique (S = KIo,5 ; d'où une proportionnalité à la racine carrée du stimulus). Quelque temps plus tard, Henri Bergson (1889) reprit à son compte, dans 'l'Essai sur les Données /lnmédiates de la Conscience', les objections de Jules Tannery (Meissner, 1962) et les poussa avec tant d'habileté dialectique, tant de finesse d'analyse que, pour la grande majorité des philosophes et des psychologues français, la cause parut dès lors définitivement entendue: Fechner et ses émules avaient bien perdu leur telnps ; ils avaient travaillé à la solution d'un problème totalement dépourvu de sens. La multiplication des attaques sur la psychophysique, et en particulier celle développée par Hering (1876), contraignit Fechner (1877, 1882) à répondre à ses nombreux contradicteurs (cf., Murray, 1990), y XIX

compris à Delboeuf. Delboeuf (1878) fit une analyse pertinente et très serrée du nouvel ouvrage de Fechner (1877). Il écrit: " Le livre que nous avons sous les yeux se distingue par une qualité incontestable: la sincérité. Les opinions des auteurs que Fechner examine et critique sont exposées avec vérité, et leurs arguments contre sa propre doctrine sont reproduits, en général, dans toute leur force" (Delboeuf, 1878, p. 37). Si l'on regarde les réponses aux critiques de Hering données par Fechner, on constate de nombreuses similarités avec les réponses que Delboeuf a données. Cependant, en ce qui concerne l'objection la plus grave formulée par Hering contre la loi de Fechner, Delboeuf (1878, p. 45) se démarque immédiatement de l'illustre psychophysicien de Leipzig. En effet, Hering (comme Delboeuf) pense que la loi de Fechner ne découle pas, comme Fechner le croit, de celle de Weber. Cette critique porte directement le débat sur le terrain mathématique à savoir la position du point nul dans une échelle de mesure, les valeurs positives et négatives ainsi que les sensations négatives. Delboeuf (1877, p. 241) avait déjà écrit un an plus tôt: "La loi de Fechner est insoutenable au point de vue /nathélnatique. Elle entraîne des conséquences absurdes, et la lnanière dont elle est établie ne procure pas à l'esprit une idée bien nette de ce que peut être la quantité d'une sensation, ni comment par conséquent, elle peut être représentée par un nombre, etc." Pour Fechner, la sensation peut avoir des degrés différents d'intensité et le zéro de sensation correspond à un moment où la sensation est nulle, et au-dessous de zéro il y a place pour autant de sensations négatives qu'il y a de sensations positives au-dessus. À partir de là, une foule d'objections se présente à l'esprit. Pourquoi ne pas avoir placé le zéro de sensation au zéro d'excitation? Qu'est-ce qu'une sensation négative? Comment concevoir une sensation négative infinie? Tous ces problèmes dérivent directement de la formule logarithmique adoptée par Fechner. Fechner (1877) répondra évidemment à toutes ces questions soulevées par Delboeuf et par d'autres psychophysiciens. Pourtant, si les réponses données dans l'ouvrage de Fechner (1877) sont souvent peu convaincantes pour le lecteur averti, il est vrai que les diverses alternatives proposées par les critiques ne le sont pas non plus. Ce qui a fait dire à Fechner en conclusion de son ouvrage: "De mê/ne que la tour de Babel n'a pu s'achever parce que les ouvriers qui devaient l'édifier n'étaient plus en état de se comprendre, de mê/ne le monu/nent psychophysique que j'ai tenté d'élever pourrait bien de/neurer debout

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parce que ceux qui veulent l'assaillir ne parviennent pas à s'entendre" (Fechner, 1877, p. 215). La formule de Fechner restait selon son auteur la plus plausible de toutes. Delboeuf pensait d'ailleurs la même chose de la sienne! Fechner (1877, pp. 31 sq.) critiquera bien les récentes conceptions de Delboeuf mais malheureusement à la lecture de l'ouvrage il semble qu'il n'ait pas sais i parfaitement le dernier système proposé par la psychologue belge en 1876 (cf., Delboeuf, 1878, pp. 150-155). Quelques années plus tard, dans son dernier ouvrage de psychophysique Fechner (1882, pp. 300 sq.) reprendra ses critiques avec plus de virulence, accusant Delboeuf de ne pas comprendre ses écrits. L'attaque fut violente, la réplique cinglante. En effet, Delboeuf (1883b), preuves à l'appui, réfuta ces critiques et releva les contradictions de Fechner en l'accusant de ne pas se comprendre lui-même! Delboeuf (18 83b) considérait que, malgré l'agitation qui s'était créée autour de la psychophysique, le débat n'avait pas réellement progressé avec les publications plus récentes d'importants ouvrages comme ceux de G. T. Fechner (1882), F. A. Müller (1882) et G. E. Müller (1878). Jusqu'à sa mort, survenue à Bonn en 1896, il n'a pas réagi sur les développements de cette science, considérant certainement qu'il n'y avait rien de mieux à dire à ce propos. Voici les derniers mots qu'il a écrits sur ce sujet dans la préface de son ouvrage de compilation de ses articles de psychophysique (Delboeuf, 1883b, p. VII) : "Si je propose une autre forlnule et si je la défends, lnon but n'est pas d'amoindrir en rien le mérite de Fechner, qui est au-dessus de toute discussion; je ne veux ,nême pas la donner comme l'unique et définitive; je veux simplement faire comprendre quelle doit être la physionomie de l'équation lnathématique qui nous fera saisir dans son essence vraie la nature des relations qufelle exprime." La psychophysique de Marcel Foucault (1901) L'ouvrage de Marcel Foucault (1901) sur la psychophysique a été salué par divers critiques de son époque (Claparède, 1902) comme une somme au point de vue historique et bib liographique. Son contenu sera défendu en Sorbonne dans le cadre de la thèse de doctorat ès lettres soutenue le 28 juin 1901 devant un jury composée de Pierre Boutroux, Pierre Janet, Jules Tannery, Victor Egger, Gabriel Séailles et Lucien Lévy-Bruhl. La lecture du procès-verbal de la thèse publié dans la partie XXI

suppléments de la "Revue de Métaphysique et de Morale" (pp. 18-20) montre à l'évidence la défiance des philosophes et des psychologues universitaires envers la psychophysique. Dans cette thèse on trouve une étude détaillée, à la fois historique et critique, de la psychophysique de Fechner et de ses continuateurs. Elle est divisée en deux parties. Dans la première (pp. 1-122), l'auteur expose les théories psychophysiques de Fechner et de ses prédécesseurs. Il s'agit là de la première exposition systématique en langue française, plagiée en divers endroits importants, de l'ouvrage de Fechner (1860). Dans la seconde partie, il examine les objections qui ont été élevées contre ces théories, les modifications diverses qui y ont été introduites et ce qui peut subsister de l'œuvre de Fechner, c'est-à-dire ce qu'il y a de quantitatif et de mesurable dans les phénomènes psychologiques et à quoi les méthodes psychophysiques peuvent être appliquées. La seconde partie du volume (pp. 123-484), la plus intéressante pour notre propos, est consacrée tout entière à l'évolution et à la critique de la psychophysique : si les théories de Fechner ont soulevé de nombreuses objections, si les faits établis ont pu donner lieu à de multiples interprétations, la faute en est en partie à Fechner lui-même, qui n'a pas défini avec assez de précision les deux idées essentielles de sensation et d'intensité psychologique. Foucault conteste tout d'abord que l'on puisse mesurer la sensation, pour cette raison que la sensation est un phénomène "inaccessible à l'observation subjective" (p. 126), qu'il y a toujours des idées associées à la sensation, et, qu'en fait, nous avons affaire non à des sensations, mais à des perceptions; il en résulte que la sensation ne peut pas être liée à l'excitation d'une façon régulière, puisqu'elle dépend plus encore du contenu mental qui agit sur elle, que de l'action des excitants extérieurs. La psychophysique fechnérienne est passible d'autres critiques bien plus redoutables; en particulier l'interprétation de la loi de Weber par Fechner est inacceptable. D'ailleurs les modifications apportées sont soit de simples corrections (lorsque l'idée fondamentale de l'intensité des sensations est conservée, cf. Helmholtz, Plateau, Delboeuf, Hering, Langer, Charpentier, G.E. Müller, Wundt) soit de véritables reconstructions (Ebbinghaus, Stumpf, Münsterberg, etc.). Foucault critique tous ces nouveaux essais, sauf celui de Stumpf, dont il admet l'idée fondamentale, que les méthodes psychophysiques ne nous font connaître directement que la sûreté des jugements sensoriels.

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C'est cette dernière idée qui est pour Foucault le point de départ de sa reconstruction personnelle. Fechner voyait dans l'intensité des sensations une grandeur mesurable ; qu'il prétendait la mesurer en s'appuyant sur la relation générale qui existe entre la sensation et l'excitation correspondante; qu'il exprimait cette relation par la formule suivante: l'intensité de la sensation est égale au logarithme de l'excitation. Foucault estime, comme nombre de philosophes et de psychologues, que la mesure de l'intensité des sensations est chimérique. Mais il affirme que les méthodes de Fechner permettent de mesurer la clarté des perceptions, et que c'est ce caractère des perceptions, la clarté, qui, partout et toujours, est le véritable élément psychologique en jeu dans les mesures psychophysiques. Cette idée selon laquelle la clarté des perceptions est le seul principe acceptable en psychophysique est le développement de recherches déjà publiées dans la "Revue Philosophique" (Foucault, 1896). "La clarté est la qualité d'une représentation qui nous permet de reconnaître son objet... c'est une quantité mesurable, et c'est cette quantité qui est en jeu dans les mesures psychophysiques." (p. 285) Lorsqu'on cherche à rendre un excitant égal àun second, on commet une certaine erreur (représentable par une fraction), qui est une erreur de reconnaissance, puisque, l'attention se portant de l'un à l'autre des excitants, la première perception devient une idée au moment où le second excitant est perçu: on dira donc que "la clarté des représentations est inversement proportionnelle à l'erreur de reconnaissance qu'elles nous font commettre. C'est là le postulat fondamental de la mesure de la clarté." On en déduit que" la clarté d'une représentation est égale à n fois la clarté d'une deuxième représentation quand l'erreur de reconnaissance qui correspond à la première est n fois plus petite que celle qui correspond à la deuxième. L'avantage de cette notion de clarté c'est qu'elle permet de ne pas invoquer l'intensité de la sensation; la clarté mesurerait plutôt la faculté perceptive que l'impression perçue, la finesse sensorielle plutôt que la sensation; ce serait une mesure empirique, que l'on pourrait appliquer sans préjuger la nature psychologique de l'acte d'appréciation auquel on a affaire. Jules Tannery, dont la présence dans le jury de thèse de Foucault était motivée par des articles écrits sur la psychophysique au commencement de sa carrière, adhérera à la théorie de la mesure de la clarté présentée par Foucault. Quelques années plus tard, devenu professeur de philosophie et directeur du laboratoire de psychologie expérimentale de l'Université de XXIII

Montpellier en 1906 (le second laboratoire provincial de psychologie après celui de Rennes fondé par B. Bourdon), il donnera une revue critique des progrès récents de la psychophysique (Müller, Fobes, Katz, Jacobsohn, Rigoni, Lipps, Ziehen, Holt, Lipps, Titchener, Aliotta, Gutrerlet) publiée dans L'Année Psychologique d'Alfred Binet en 1907. Foucault s'intéressera par la suite aux expériences de Weber (Foucault, 1910) et parviendra à la conclusion que pour les intensités moyennes des stimulations la droite logarithmique correspondant à la loi de Weber reste une approximation valable. v - CONCLUSION Suite à la publication de Fechner (1860), l'œuvre de Delboeuf dans le domaine de la psychophysique est certainement le travail en langue française le plus original qui ait été publié. D'une importance considérable, sa production psychophysique fut saluée dans la première moitié du XXe siècle par de grands noms de la psychologie qu'ils soient expérimentalistes (cf., Titchener, 1905) ou historiens (cf., Boring, 1957), même si son nom fut oublié par la suite. Il est d'ailleurs assez étonnant de constater que les travaux de Delboeuf suscitent à nouveau aujourd'hui un vif regain d'intérêt (Murray, 1993), le débat sur la loi psychophysique étant encore loin d'être clos (cf., Nicolas et al., 1997). Mais si les écrits de Delboeuf sont incontournables, il ne faut pas oublier les écrits de ses successeurs tels Foucault qui a donné un monumental résumé critique de la psychophysique en langue française de Fechner et de ses successeurs que l'on peut comparer avec celui de Titchener pour la langue anglaise. À partir du début de ce siècle, la psychophysique ne fut pas un thème majeur d'étude des psychologues français très critiques envers la psychophysique fechnérienne (cf. Biervliet, 1907 ; Bourdon, 1919 ; Philippe, 1909 ; Pradines, 1920 ; Piéron, 1922 ; mais voir Sinéty, 1925). Parmi eux, seul Piéron a réalisé quelques recherches sur le sujet (Piéron, 1921, 1923, 1945) et s'est toujours tenu au courant de ses développements à l'étranger (Piéron, 1951, 1959, 1960, 1969). Méfiant quant à la valeur de la loi psychophysique de Fechner, il gardera cependant toujours une attitude critique vis-à-vis de la psychophysique subjective de Stevens (1957, 1958, 1969), établie sur l'étude des processus perceptifs complexes, qui aboutissait à une nouvelle formule psychophysique (une fonction de puissance: S = KIn) qui XXIV

rappelle la première formulation du physicien belge Joseph Plateau. Cette attitude critique ne se retrouve pas aujourd'hui dans les ouvrages disponibles en langue française qui ne sont le plus souvent que des livres de vulgarisation, très bien faits, mais manquant de portée théorique (cf. Bonnet, 1986 ; Tiberghien, 1984). Seul un philosophe comme Delboeuf aurait pu nous mener encore plus loin dans la réflexion, mais il s'intéressera les années suivantes de plus en plus à la question de l' hypnose. REFERENCES Bergson, H. (1889). Essai sur les données imJnédiates de la conscience. Paris: Baillière. Biervliet, J.1. van (1907). La psychologie quantitative. Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 63, 1-32, 140-175. Bonnet, C. (1986). Manuel pratique de psychophysique. Paris: A. Colin. Boring, E.G. (1957). A history of Experimental Psychology. New York: App leton-Cenrury-Crofts. Bourdon, B. (1919). La loi de Weber et celle de Fechner. Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 88, 119-121. Breton, P. (1875). Sur la loi de Fechner. Les Mondes (Cosmos), 38, 6369. Breton, P. (1885). Mesure expérimentale de l'intensité des sensations lumineuses en fonction des quantités de lumière. Assoc iation Française pour l'Avancelnent des Sciences, 226-246. Breton, P. (1887). Mesure des sensations lumineuses en fonction des quantités de lumière. Comptes Rendus de l'AcadéJnie des Sciences, J05, 426-429. Darwin, Ch. (1873). De l'origine des espèces (Traduit par J.1. Moulinié d'après la sixième éd. anglaise de 1872). Paris: Reinwald. Delboeuf, J. (1865a). Note sur certaines illusions d'optique; essai d'une théorie psychophysique de la manière dont l'oeil appréc'ie les distances et les angles. Bulletins de l'Académie Royale des Sciences, lettres et Beaux-arts de Belgique, 19, 2e serie, 195-216. Delboeuf, J. (1865b). Seconde note sur de nouvelles illusions d'optique: Essai d'une théorie psychophysique de la manière dont l'oeil apprécie les grandeurs. Bulletins de l'AcadéJnie Royale des Sciences, lettres et Beaux-arts de Belgique, 20, 2e serie, 70-97. xxv

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Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale

à l'Université de Paris V - René Descartes.
Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Cognition et comportelnent FRE CNRS 2987 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

xxx

THÉORIE GÉNÉRALE

DE LA SENSIBILITÉ.
MÉMOIRE
CONTENANT LES ÉLÉMENTS D'UNE GÉNÉRALES SOLUTiON SCIENTIFIQUE DES QUESTIONS RELATIVES

A LA. NA'rURE ET AUX LOIS DE LA. SENSATION) A LA~ FORMATION ET A.V RÔLE DES ORGANES DE SENS, A L'ACTION DE LA SENSIBILITÉ
SCR LE DÉVELOPPEME~T PHYSIQUE ET INTELLECTUEL

DE L'INDIVIDU ET DE L'ESPÈCE;
PAn

J.
Docleur en phllo!lophie

DEL B OE U F,
et mathématiques,

et lettres, docteur en sciences physique! professeur à l'Université de Litige.

cr Comment un nerf pcut- il devenir sensible à ln lumière! plusieurs fails me displ1scnl. à croire q'l1r.les nerfs sensibles aU'contnct peuvent devenir sensibles à la lumièr(~, el. de mt\111I': à ces vibralion~ moins subtiles qui produi~clil Je son.»
DA.RWIN, De l'o'l'igiue de. cSIJèces, chap. VI, iL

("Présenté

à la classe des sciences

le t) juin 1875.)

1~OME XXVI.

THÉORI)1~

GÉNÉRAL'f1:

DE LA SENSIBILITÉ.
INTRODUC1'ION.

PRELIMINAIRES.

Bu t et plan de l'ouvrage. Définition de l'impression, de la sensation, de la perception.

cle l'excitation,

Étudier à un point de, vue géné.ral les phénolnènesde la, sensibi1ité, les réduÏt1e à leur plus sirnpIe expression pour les l'econstruire ensuite dans leurs caractères essentie]s, tel est le but que nous nous SOll1111es proposé dans cet ouvrage. Il Y a d'abord à distinguer entre ]a sensibilité et la n1'otilité, entre la sensation et le sentjolent de l'effort, ce qui servira à établir la différence entre les faits sensibles et les faits intellectuels. Ce mémoire se divise pnr conséqucn t en deux parties. Dans la première où il est traité de la sensibilité, on analyse la sensation sous le rapport quantitaLif et sous le rappol~t qualitatif. Au point de vue de la quantit.é, on établit que la sensation est soumise à trois lois dont on donne les forn1ules; et de l'exanlcn attentif de ces lois il ressort: loque la sensation est due à line rupture d'équilibre; 2° qu'elle est proportionneJle au travail nécessaire pour produire J'itnpression; 5° que l'organisrne est assimilable à un corps élastique dont les lTIoléculessont susceptibles, entre certaines litnites, de se disposer é1utrell1ent,mais, abandonnées à' e]]es-mêmes, reviennent à leur position première. On y verra ensuite comment un organisme tout à fait élénleutaire, une masse sphérique hon10gène de lnatière sensible, évoluera