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Étude sur la situation militaire de l'Indo-Chine

De
458 pages

Etude de l’Indo-Chine au point de vue militaire. — Limites. — Superficie. — Population. — Relief du sol. — Montagnes du Tonkin. — Chaîne annamitique. — Hydrographie. — Mékong. — Fleuve rouge. — Etude du littoral. — Points de débarquement probables. — Sentiments de la population à notre égard ; peuple, lettrés, bourgeoisie. — Climat. — Production. — Elevage. — Charbon.

Pour se rendre un compte exact de la situation militaire d’un pays, il faut évidemment connaître ce pays, sa situation géographique, le relief de son sol, le développement de ses côtes, ses ressources en toutes sortes, ses moyens de communication, son organisation administrative et, quand il s’agit d’une colonie, de l’Indo-Chine par exemple, son éloignement de la métropole et son climat.

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Paul Cassou
Étude sur la situation militaire de l'Indo-Chine
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les événements qui se sont déroulés naguère en Mand chourie entre les Russes et les Japonais, et terminés par le traité de Porstmou th (5 septembre 1905), préoccupent, plus que jamais, les Etats de la vieille Europe qui ont des intérêts dans les mers de Chine. La France en particulier, en raison de ses possessi ons en Extrême-Orient, se demande à juste titre, si sa superbe colonie de l’I ndo-Chine n’est pas destinée à devenir, à son heure, la proie du Japon dont on a m éconnu, jusqu’ici, la force, la puissance et l’ambition. Ces craintes sont-elles chimériques ou doivent-elle s être prises au sérieux ? Ce qu’il y a de certain, c’est qu’une nation militaire et ma ritime de premier ordre, avec laquelle il faudra désormais compter, s’est subitement révél ée dans ces lointains parages, prête à appuyer par les armes ses revendications et ses futures espérances. Ce n’est certes pas pour rester attentif, simple sp ectateur du partage de la Chine, que le gouvernement de Tokio, soudainement transfor mé, s’est résolu à faire tant de sacrifices en argent, pour organiser son armée et s a flotte. Ses laborieux efforts ont un autre but qui se dessine assez nettement aujourd’hu i, et qui se caractérise de plus en plus. Les hommes politiques de cette puissance rêve nt, pour leur pays, la domination suprême dans le Pacifique, et travaillent avec une foi ardente à étendre dans l’Asie tout entière l’influence du nouvel Empire. Le péril jaune est commencé, rapportent quelques-un s. Qui l’eût pensé, il y a quarante ans à peine, alors que ce peuple, replié depuis des siècles sur lui-même, fermait ses portes à la civil isation de l’Occident ? Brusquement réveillé par la Révolution de 1868, il se jette alo rs, à corps perdu dans les progrès modernes, sous la protection railleuse et dédaigneu se des nations européennes. Des récits fantaisistes nous ont, depuis trop longtemps, abusé sur la valeur réelle de ce nouvel Etat. Notre imagination voyait, là-bas, d u côté de la Chine, un délicieux petit peuple amusant, mignard, un peu grotesque parfois, ayant « une nature d’oiseaux et de papillons, charmant pays des laques et des porce laines, des chrysanthèmes et des mousmés ». Avec un haussement d’épaules, toutes les chanceller ies accueillaient, il y a quelques années, les paroles d’un homme d’état japo nais, le comte Okuma, qui disait en parlant de l’Europe : « Elle montre déjà des sig nes de décrépitude, le siècle prochain (le vingtième :) verra ses constitutions e n morceaux et ses Empires en ruines ». Quelques esprits plus clairvoyants que les autres, et, parmi eux, M. d’Estournelles de Constant, en 1896, signalait les progrès réels d e l’Empire du « Soleil Levant », prévoyait les luttes futures économiques et militai res que l’Europe aurait à soutenir dans l’avenir, mais le monde ne voulait pas y croire. Cependant la campagne des Japonais contre la Chine en 1894, si heureusement et si brillamment terminée, avait quelque peu surpris le monde civilisé ; on commença à étudier le Japon. Son développement économique et m ilitaire apparut soudain. L’œuvre étonnante de sa rapide transformation ne pu t pourtant pas convaincre l’Europe ; on s’inclinait devant les solides qualit és de cette race, devant les résultats obtenus dans une si courte période, mais on ne voul ait pas admettre encore que le gouvernement du mikado pût prendre place au premier rang des nations occidentales. Ce manque de perspicacité a profité au Japon. La ré vélation de cette nouvelle
puissance militaire sur les champs de bataille de l a Mandchourie, ses victoires navales dans les mers de Chine ont aujourd’hui dess illé tous les yeux. L’Empire du « Soleil Levant » n’a plus rien à apprendre de ses premiers éducateurs, il devient maître à son tour et se dresse rival de tous les in térêts européens en Extrême-Orient. Avant d’aborder l’étude de notre situation militair e en Indo-Chine, il nous paraît utile d’examiner rapidement dans une première partie, ce qu’est le Japon d’aujourd’hui. Cela nous permettra d’apprécier, avec plus d’exacti tude : d’une part, les efforts que nous avons fait et que nous devons faire dans notre colonie pour la mettre à l’abri d’un coup de main ambitieux ; d’autre part, si les cris d’alarme poussés jusqu’au sein de notre Parlement, contre le péril japonais, peuvent sejustifier.
PREMIÈRE PARTIE
LE JAPON
Le Japon. — Géographie physique. — Montagnes. — Fleuves. — Climat. — Superficie. — Population. — Religion. — Villes principales. — Agriculture. — Commerce et industrie. — Marine marchande. — Chemins de fer. — Charbon. — Le Japon intérieur. — Constitu tion et Diète. — Armée et marine. — Budget et ressources du pays. — Visées am bitieuses du Japon. — Avenir du Japon.
Géographie physique. — Montagnes. — Fleuves. — Climat. Superficie. — Population. — Religion. — Villes
Le Japon ne compte pas moins de 3.800 îles, dont quatre importantes formant presqu’un bloc : Yéso,Nippon, Sikok, Kiou-Siou. Au nord, le détroit des Kouriles le sépare du Kamtchatka ; à l’ouest, il fait face : 1° à la Corée, dont le séparent la mer du Japon et le détroit de Corée ; 2° à la Chine dont le sépare la mer de Chine ; au sud, il s’étend jusqu’à l’archipel des Philippines ; à l’est, il n’est borné que par l’Océan Pacifique. On compte à peu près 200 kilomètres du Japon au sud de la Corée, de Simonosaki à Fousan ; 800 de Nagazaki à Shangaï, de 900 à 1.000 de Nagasaki à Formose. Le sol des îles japonaises est volcanique et montagneux ; dans l’île d’Yéso se dresse le mont d’Yvo-San (2.693 m.) ; dans la grande île de Nippon le massif volcanique de Nikko où se trouve le fameux volcan de Fousy Yama (3.780 m.) ; les îles Sikkok et Kiou-Siou ne possèdent des sommets qu’à altitude secondaire. Le point culminant de tout l’Empire semble être celui du Mont-Morisson (4.140 m.) dans l’île de Formose. En raison du peu de largeur des terres, il n’existe pas au Japon de grands cours d’eau. Les plus considérables sont, dans l’île Nippon : le Siuano-Gawa (400 kilom.) qui se jette dans la mer du Japon, et le Toné-Gawa, de même longueur, dont un bras se jette dans la mer d’Yédo, tandis que l’autre pour atteindre l’Océan Pacifique traverse une vaste région de lacs et de lagunes littorales : Nippon a de nombreux et fort beaux lacs comparables à ceux de la Suisse. Les côtes japonaises sont très découpées et très irégulières, elles ont une longueur, seulement pour les quatre grandes îles, de 11.064 kilomètres. Entre Nippon, Sikkok, Kiou-Siou s’étend la mer Intérieure, longue de 440 kilomètres et semée d’îles ; c’est sur les rives de cette mer que se trouve le centre de l’activité industrielle et commerciale de l’Empire. Le voisinage de la masse continentale asiatique et le relief si important du Japon contribuent à rendre inégal et variable son climat. Exception faite des deux extrémités (Les Liou-Kiou et les Bonin jouissant d’un été perpétuel), les Kouriles et les côtes nord et est d’Yéso, exposés aux courants arctiques, ne connaissant que deux mois de beau temps (juillet et août), Nippon a un climat plus froid que ne le ferait croire sa latitude. Le Japon au total, a une superficie de 41 7.541.976 kilomètres carrés avec une population de 47 millions d’habitants, à peu près 111 habitants par kilomètre carré. C’est une proportion énorme si on la compare à la plupart des pays d’Europe. En effet, on ne compte que 70 à 71 habitants par kilomètre carré en France, 130 en Angleterre et 200 en Belgique. Même dans certaines provinces comme celles de Shiba et Saïtama au nord-est de Tokio, la proportion 1 s’élève à 300 habitants par kilomètre carré . Nous devons ajouter que la population de ce pays est en progression constante, 500.000 individus de plus par an ; il y a vingt ans à peine, le Japon ne comptait que 35.000.000 d’habitants. Cette curieuse statistique est intéressante à noter, en passant, à plusieurs points de vue. Il arrivera fatalement un moment où le sol de cette nation ne sera plus suffisant pour contenir et
nourrir tous ses habitants, malgré la culture la plus intensive qu’on pourra y pratiquer. Et si la terre, malgré tout, devient trop étroite, il faudra jeter au dehors, en Corée, en Chine, peut-être en Indo-Chine ce surcroît de population, ou bien augmenter les forces industrielles du pays pour lui permettre de se pourvoir ailleurs des objets matériels qui lui seront nécessaires. Que le Japon prenne l’un ou l’autre de ces deux partis, il va se trouver en conflit avec d’autres peuples. S’il cherche des débouchés à sa population, les nations jalouses voudront faire respecter l’intégrité de leur territoire ; s’il se lance dans la voie industrielle et commerciale, d’autres Etats lui disputeront les marchés du monde avec la plus grande énergie. Cruelle alternative, car il y aura lutte des deux côtés qu’il se tourne et qui doit se terminer par l’écrasement du faible et le triomphe du fort. On ne peut pas empêcher le Japon de prendre, comme l’on dit, sa place au soleil, mais il appartient aussi aux peuples menacés de se prémunir contre ses rêves trop ambitieux. Deux religions fleurissent au Japon : l’une indigène, le Shin-to, l’autre d’importation étrangère, le Bouddhisme, vivant aujourd’hui côte à côte, après des siècles de luttes acharnées, souvent sanglantes, pour la suprématie. Le Shin-to est la religion nationale et remonte à la création du monde ; c’est donc la plus ancienne. Elle admettait, au début, la déesse « Amatérasou », personnification du soleil, dominant tout le système ; les « Kamis », esprits des ancêtres et des forces de la nature. Plus tard, on imagina une Trinité dont émanent l’essence active et l’essence divine qui produisent sept générations divines dont le dernier couple sont les agents de la création, et une foule d’autres dieux dont « Amatérasou » déesse du soleil, le dieu de la lune, de l’Océan, etc., etc. Sur la terre les dieux sont représentés par des héros divinisés dont « Djimmou-Tenno » passe pour le fondateur de l’Empire japonais et l’ancêtre de la dynastie impériale actuelle. Une réforme religieuse s’est effectuée en 1868, et on a introduit un dieu unique et purement immatériel que le peuple n’a pas d’ailleurs accepté. Les prêtres « Kannouchis » organisés en corporation sacerdotale sont chargés de la surveillance et de l’entretien des temples, d’assurer le service de la musique, des chants et des danses sacrés, et l’enseignement des doctrines religieuses et morales. Le culte consiste en prières et en offrandes de fleurs et de riz. Le « Bouddhisme » vient de Chine. Les Japonais instruits se piquent de suivre les préceptes de la doctrine philosophique de Confucius, y compris son scepticisme et son incrédulité touchant à l’athéisme. A part le Bouddhisme, aucune croyance étrangère n’a réussi à s’introduire au Japon, pas même la religion catholique. La Japon compte sept villes de plus de 100.000 âmes : Tokio, capitale de l’empire, 1 million et demi ; Osaka, 500.000 ; Kiolo, 354.000 ; Nagoïa, 215.000 ; Yokoama, 200.000 ; Kobé, 161.000 ; Hiroshima, 100.000 ; il y a, en outre, douze villes de 50 à 100.000 habitants, vingt-cinq de 30 à 50.000, et trente-deux de 20 à 30.000. Les plus importantes après celles déjà citées sont : Kamaza, Sendaï, Tokousima, Toukouata, Kagosima, Komamoto, Hakodate, 2 Nikigata, Sakani, Okaïama, Nagasaki .
Agriculture. — Commerce et Industrie. — Marine marchande. — Chemins de fer. — Charbons
Bien que le sol soit extrêmement montagneux et couvert de forêts, puisque les bois occupent une superficie de dix sept millions et demi d’hectares, le Japon peut être néanmoins considéré comme un pays agricole, et la principale culture est le riz, la grande culture vivrière de l’Extrême-Orient. Si nous ne considérons que la partie du territoire où vivent les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population. nous trouvons qu’il n’y a que cinq millions et demi d’hectares cultivés pour nourrir à peu près quarante-cinq millions d’individus, et cependant ce pays n’importe de l’étranger que fort peu de denrées alimentaires. On est surpris de ce merveilleux résultat, surtout si on le compare avec celui des nations de
l’Europe, hormis toutefois la Belgique et la Saxe. Prenons la France où nous trouvons quinze millions et demi d’hectares, rien qu’en céréales, pour une population inférieure à celle du Japon, et nous importons une partie de nos provisions de l’étranger. D’où cela vient-il ? D’abord de la culture intensive qui est pratiquée dans ce pays, puis du morcellement de la propriété, enfin de la sobriété du paysan japonais qui vît de peu et qui est loin de consommer les fruits de sa terre. Le paysan japonais cultive son champ avec le même soin minutieux qu’il met à cultiver son jardin. Travailleur consciencieux, acharné, il s’attelle lui-même à la charrue, puisque la plupart du temps il n’a pas d’animaux et ne laisse aucune parcelle de son petit patrimoine improductive ; il ne consomme le gâteau de riz qu’il considère comme un luxe, que les jours de fête et se contente quotidiennement d’orge, de froment et de poisson. M. Pierre Leroy-Beaulieu nous dit qu’il y a 5.518.040 familles de cultivateurs dont 3.121.775 exploitent leurs propres domaines, tandis que 2.397.965 sont des fermiers ; l’étendue soumise au faire-valoir donnerait en moyenne 80 ares seulement par exploitation. Nous trouvons chez le même auteur les rendements suivants obtenus par l’agriculture japonaise :
16
18.7
23.6
26
hectolitres
hectolitres
»
»
de froment
de seigle à
d’orge
de riz
à l’hectare ;
l’hectare ;
»
»
et cependant il n’y a point de système dassolement comme en Europe. La même terre est indéfiniment plantée en riz chaque année et, si elle porte une autre récolte, c’est pendant les six mois qui séparent la moisson en novembre, de la plantation du riz au printemps suivant. 3 La production annuelle des céréales est la suivante :
Riz :
Orge :
Seigle :
Froment :
47.000.000 de kokou ; le kokou égale 180 lit.
8.913.560 »
7.366.605 »
4.181.888 »
Cette magnifique production est, à l’heure actuelle, juste suffisante pour les besoins de la population. Si nous trouvons, en effet, que le Japon importe du riz pour une valeur annuelle de huit millions de yens de la Corée et de l’Indo-Chine, nous constatons qu’il en exporte, pour une même somme, en Europe et aux Etats-Unis qui le préfèrent, comme étant de qualité supérieure. Mais vienne une mauvaise année, une année de disette, il devra demander, à l’extérieur, cette 4 denrée de première nécessité pour une somme de 21.800.000 yens , comme cela s’est passé en 1897, et il n’y aura plus équilibre. D’un autre côté, le paysan japonais, à mesure qu’il avancera dans la civilisation, verra ses désirs grandir et se multiplier, il voudra les satisfaire, c’est l’histoire éternelle de tous les peuples ; le pêcheur du littoral ne se contentera plus de poisson et de sa poignée d’orge ; l’un et l’autre voudront manger le gâteau de riz, jusqu’ici réservé aux habitants des villes et aux ouvriers. Et malgré la fertilité du sol, la culture intensive, l’augmentation des terres arables, cette production sera trop faible en proportion des exigences croissantes de chaque année, en présence de ce peuple si prolifique qui ne pense pas encore pour les siens, aux moyens
d’existence du lendemain. Les hommes d’Etat nippons ont envisagé cette évolution inéluctable, et ce qu’il y a de remarquable, ils l’ont prévue et sont prêts à y faire face par tous les moyens. L’heure a sonné pour le Japon d’entrer dans le domaine de l’expansion extérieure, et de trouver des débouchés en dehors de son territoire. Il les cherche, tout naturellement, dans les pays jaunes, que les nations occidentales étaient seules à exploiter jusqu’aujourd’hui. La Corée, que sa diplomatie et surtout ses soldats viennent de lui ouvrir, va servir de déversoir à sa population, tous les marchés de l’Extrême-Orient vont être inondés de ses produits industriels, au détriment de la vieille Europe, incapable de lutter, et dont l’horizon commercial s’obscurcit d’année en année, au fur et à mesure que brille celui de l’Empire du « Soleil Levant ». Et, en effet, le développement de l’industrie et du commerce japonais a été prodigieux, depuis 1868. Quelques statistiques, que nous mettrons sous les yeux, le démontrent d’une façon évidente, et pourtant, malgré ce magnifique résultat, beaucoup d’auteurs se plaisent à ne voir dans le réveil du Japon qu’une brillante façade destinée à disparaître aussi vite qu’elle est apparue. C’est pousser trop loin l’orgueil occidental, la suprématie unique intellectuelle de la race blanche. Ce qui nous a trompé, c’est la rapidité de la transformation de cet Etat ; on ne croyait pas à un si complet bouleversement dans l’ordre des idées et des résultats. Là, où un peuple avait mis trois ou quatre siècles à s’épanouir progressivement et à arriver à son complet développement, le Japon, en trente ans, accomplissait ce tour de force, on ne voulait pas l’admettre. C’est que l’Empire du « Soleil Levant » s’est lancé, à toute vapeur, dans la voie de l’européanisation, et il a eu de la chance de trouver à la tête de ce mouvement tout le parti de la noblesse, la classe dirigeante du pays. Il a compris que livré à lui-même, ce peuple resterait barbare et obscur, il a tout rompu ; il attire l’étranger par tous les moyens, il brise cette muraille de ténèbres qui jusque-la, avait séparé le Japon du reste du monde. Il grandit vite, si vite que l’Europe se recueille enfin, et commence à envisager son avenir en Extrême-Orient, avec moins de tranquillité. Et nous ne devons pas oublier, que le passé, plus que partout ailleurs, a laissé des traces profondes au Japon : cruauté, dissimulation, la haine de l’étranger plus que jamais vivace dans le cœur des Nippons, voilà l’héritage du passé dont nous avons à tenir compte. Quoi qu’il en soit, si nous considérons la valeur du commerce extérieur du Japon, nous constatons des résultats remarquables. Voici d’ailleurs le développement progressif des 5 importations et des exportations depuis 1868 .
Les résultats de l’année 1904 auraient été de 10 0/0 plus importants que ceux de 1903 (Rapport du consul général des Etats-Unis à Yokoama). Nous ne connaissons pas ceux de l’année 1905. Donc, en vingt années, l’ensemble du commerce extérieur japonais a augmenté de 597 0/0 ; les exportations de 595 0/0 et les Importations de 598 0/0. On chercherait, en vain, dans l’histoire économique universelle, l’exemple d’un pareil résultat pour les exportations. Les deux nations, qui pendant cette période ont le plus développé la vente de leurs produits indigènes, sur les marchés étrangers, sont les Etats-Unis et
l’Allemagne : les premiers ont vu entre 1880 et 1899 leurs envois à l’extérieur augmenter de 55 0/0 ; quant aux exportations allemandes leur majoration n’a pas dépassé 31 0/0. Et ce qu’il y a de très intéressant à noter, c’est que les marchandises exportées du Japon, sont surtout des objets manufacturés qui ont servi à payer à l’étranger les machines et les matières premières nécessaires au développement industriel de cette puissance, C’est en 1882, que la première filature de coton s’est installée à Osaka, le Manchester de cette nouvelle Grande-Bretagne. Dans vingt ans, cette industrie a surgi sur plusieurs points du sol japonais, non seulement sur les bords de la mer Intérieure, à Kobé et à Yokoama, mais aussi à Yokkaïchi, Nogoia et Tokio. Les machines les plus perfectionnées, telles qu’on les voit dans le Lancashire ou le pays des Massachusets, venues autrefois d’Angleterre ou d’Amérique, sont aujourd’hui construites dans les ateliers d’Osaka et de Kioto, par les ingénieurs nippons. En 1890 il y avait filatures avec 227.895 broches.
et aujourd’hui on parle d’un million et demi de broches en mouvement. La conséquence de cette augmentation s’est vite fait sentir : il y a eu un arrêt presque complet de l’importation au Japon du coton travaillé qui venait de l’Angleterre en grande partie, et en même temps, un développement formidable du coton japonais sur les marchés de l’Extrême-Orient et surtout en Chine. Et en effet, si en 1893, cette dernière exportation ne s’élevait à peine qu’à deux millions et demi de francs, elle dépasse aujourd’hui quatre-vingt millions, ce qui n’est pas fait pour plaire à nos voisins d’Outre-Manche et du Rhin. On nous dira que l’Angleterre est aujourd’hui l’alliée du Japon. C’est vrai, mais l’avenir nous apprendra aussi qu’il n’est point d’alliance qui puisse résisterait conflit d’intérêts vitaux, surtout quand il s’agit des intérêts propres de notre voisine. Et quand le gouvernement britannique verra l’influence commerciale et politique du Mikado se substituer à celle du Tzar, en Corée, en Mandchourie, en Chine et devenir plus redoutable que la Russie elle-même, il comprendra, peut-être un peu tard, qu’il a été trop loin dans les bruyantes et actuelles manifestations. Le Japon grandit vite, plus vite que les Etats Unis, et son entrée brillante dans le monde, lui a donné conscience de sa force et de sa puissance. L’Allemagne, elle aussi, installée théâtralement à Kiao-Tchéou, à qui il n’a pas déplu de voir l’alliée de sa rivale humiliée, vaincue et meurtrie, s’apercevra bientôt de l’inefficacité des sourires qu’elle adresse aux vainqueurs de Port-Arthur, de Moukden et de Tshou-Shima. Nippons, Anglais et Allemands ne peuvent s’entendre dans le Pacifique sur le terrain commercial. Non seulement le Japon exporte des filés de coton dans les contrées asiatiques, mais depuis une quinzaine d’années, les indigènes se sont mis à tisser la soie, tout aussi bien pour leur consommation intérieure que pour l’exportation. Si les portes de ce pays sont fermées désormais à l’importation étrangère des tissus de soies, elles s’ouvrent, en revanche, pour laisser passer ces nouveaux produits qui apparaissent déjà sur les comptoirs de l’Extrême-Orient, toujours au détriment du commerce européen. Et, en effet, l’exportation de ces tissus n’atteignait, en 1892, que 2.580.000 francs, à partir de 1896, elle s’est successivement élevée à : 1896, 18.194.000 francs ; 1897, 24.589.000 francs ; 1898, 31.103.000 francs ; 1899, 40.764.000 francs ; elle atteint aujourd’hui soixante millions de 6 francs . Nous devons mentionner une industrie prospère qui a fait de grands progrès : c’est celle de la fabrication des allumettes chimiques. Hong-Kong, la Chine et même l’Inde anglaise sont les débouchés de ce produit. L’industrie japonaise porte encore sur le saki ou vin de riz, porcelaines, poteries, vers à soie, tapis de jute, de laine, objets en bronze, verrerie, cuirs. Ce superbe développement de l’industrie et du commerce japonais est inquiétant pour les