Face au problème de la violence en milieu universitaire ivoirien
248 pages
Français

Face au problème de la violence en milieu universitaire ivoirien

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Description

Conformément à sa vision stratégique, l'ASCAD a engagé en 2017 une étude sur la violence dans l'Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) en Côte d'Ivoire. Cette initiative a permis de déterminer les causes de ce phénomène et les solutions proposées par les acteurs et les partenaires de l'ESR interrogés. Conservant le langage oral et spontané des intervenants, l'ouvrage livre des analyses denses, aussi pertinentes que variées. Une approche systémique permet ensuite de traduire une vision normative de l'ESR et propose des axes stratégiques pour envisager des actions participatives de la lutte contre la violence.

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Date de parution 23 juillet 2019
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EAN13 9782140127144
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

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Exrait

FACE AU PROBLÈME DE LA VIOLENCE ASCAD
EN MILIEU UNIVERSITAIRE IVOIRIEN ASCAD
Conformément à sa vision stratégique, l’ASCAD a engagé
en 2017 une étude sur la violence dans l’Enseignement
Supérieur et la Recherche (ESR) en Côte d’Ivoire.
Cette initiative a permis de déterminer les causes de ce
phénomène et les solutions proposées par les acteurs et les
partenaires de l’ESR interrogés. Conservant le langage oral FACE AU PROBLÈME et spontané des intervenants, l'ouvrage livre des analyses
denses, aussi pertinentes que variées. DE LA VIOLENCE Une approche systémique permet ensuite de traduire
une vision normative de l’ESR et propose des axes
stratégiques pour envisager des actions participatives de EN MILIEU UNIVERSITAIRE
la lutte contre la violence. Sont proposés six programmes
prioritaires d’installation de structures d’animation et IVOIRIEN
de médiation.
On aura compris que la violence en milieu universitaire n’est
Préface de Paul N’DApas une simple rupture de communication. Plus qu’une
conduite de crise et de protestation contre la condition
étudiante, elle est un appel à la gestion négociée des
problèmes à l’université et dans la société.
Société savante indépendante, l’Académie des Sciences des Arts, des
Cultures d’Afrique et des Diasporas Africaines (ASCAD) est un organisme
public ivoirien engagé dans la production et la promotion des œuvres de
l’esprit en vue du développement.
Illustration de couverture :
© Roman Samborskyi - 123rf.com
ISBN : 978-2-343-18041-0
24,50 € 9 782343 180410
HC_ASCAD_13,3_PROBLEME-VIOLENCE.indd 1 26/06/2019 01:02
FACE AU PROBLÈME DE LA VIOLENCE EN MILIEU UNIVERSITAIRE IVOIRIEN
ASCADFACE AU PROBLÈME DE LA VIOLENCE
EN MILIEU UNIVERSITAIRE IVOIRIEN ASCAD
FACE AU PROBLÈME DE LA VIOLENCE
EN MILIEU UNIVERSITAIRE IVOIRIEN
Préface de Paul N’DA © L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
ISBN: 978-2-343-18041-0
EAN: 9782343180410 Sommaire
Mot du président de la commission ad hoc ................................ 9
Préface ...................................................................................... 11
Introduction ............... 19
Première partie :
La violence : causes et solutions selon les acteurs et
partenaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
(ESR) ......................... 23
Chapitre 1 .. : La problématique de la violence dans les universités
ivoiriennes selon Séry Bailly ...................................................... 25
Chapitre 2 .............. : La question de la violence selon des anciens
présidents d’université ............................................................... 57
Chapitre 3 ........... : La question de la violence selon des directeurs
d’écoles d’enseignement supérieur ............................................. 77
Chapitre 4 ....... : La question de la violence selon des syndicats de
l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ............. 97
Chapitre 5 ... : La question de la violence selon le syndicat étudiant
de la FESCI ............................................................................. 115
Chapitre 6 ...... : La question de la violence selon les directeurs des
CROUS de Côte d’Ivoire ......................................................... 127
Chapitre 7 .. : La question de la violence selon des parents d’élèves
et des associations confessionnelles .......................................... 147
Deuxième partie :
La lutte contre le phénomène de la violence : vision
normative de l’ESR, axes stratégiques et actions
participatives ......................................................................... 171
Chapitre 8 : Présentation du phénomène ................................... 173
Chapitre 9 : Cadre méthodologique et spécification de la
problématique ........... 187
7 Chapitre 10 ... : Diagnostic stratégique du système ESR en rapport
avec la violence ....................................................................... 197
Chapitre 11 : Déclinaisons stratégiques et tactiques du
diagnostic ................. 215

Conclusion ............... 225
Bibliographie ........... 227



8 Mot du président de la commission ad hoc
Conformément à sa vision stratégique, l’ASCAD a
engagé une étude de la violence dans l’Enseignement
Supérieur et la Recherche (ESR) en Côte d’Ivoire, en 2017,
sous la conduite d’une Commission ad hoc de cinq de ses
membres, les professeurs :
- Diopoh Koré Jacques, président, biochimiste ;
- Hauhouot Asseypo Antoine, vice-président, géographe ;
- Kouakou N’Guessan François, assesseur,
socioanthropologue ;
- Biémi Jean, secrétaire, hydrogéologue ;
- Koua Konin, secrétaire adjoint, mathématicien.
Je voudrais, au nom de mes collègues, remercier le
président de l’ASCAD, le Professeur Aïdara, pour la
confiance et l’honneur qu’il nous a faits par ce choix.
Afin de documenter le thème, nous avons échantillonné
et auditionné, pendant plus de deux mois, des personnes
ressources qui, à des degrés divers, ont été ou sont les
principaux acteurs de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche (ESR) de notre pays.
C’est le lieu de remercier également toutes ces personnes
de qualité et de bonne volonté (Ministres, Recteurs,
Présidents d’universités, Directeurs de Grandes Ecoles,
Responsables de syndicats d’enseignants, d’étudiants, de
parents d’élèves, de personnels administratifs et techniques
et d’associations de jeunesses confessionnelles, qui se sont
prêtées avec patience, franchise et humilité, aux
nombreuses préoccupations des membres de notre
Commission.
9 Nous livrons les résultats de ce travail. Ils ont été soumis
à un exercice d’intelligence collective, à l’appréciation des
collègues académiciens. Ceux-ci ont apporté des
contributions pertinentes et enrichissantes. Nous voulons
encore les remercier.

Professeur Diopoh Koré Jacques
Président de la Commission ad hoc



10 Préface
Cet ouvrage de l’ASCAD que fait publier le professeur
Houhouot Asseypo Antoine (le nouveau président de cette
institution) aborde l’épineux problème de la violence en
milieu universitaire. Un nouveau regard, original, élève le
niveau d’analyse et de compréhension de ce phénomène
complexe par une approche systémique.
La description de situations et l’identification d’un type
de conduites donnent une image d’étudiants en mal de
violence comme forme principale d’expression.
A tout bien considérer, en réalité, les manifestation de
violence et autres voies de fait parlent haut et fort à la
société de l’université, et en même du pouvoir et de la
société aux prises avec des problèmes réels.
L’examen que je fais de ce livre m’amène à parler, de
manière métaphorique, de deux topiques, en empruntant à
Freud cette expression connue. Il y a, condensé, pour des
comparaisons, tout ce que les analystes de la violence en
milieu universitaire ont apporté (première topique), et
audelà, la considération de la violence comme un des avatars
de la communication et une instance de négociation, autant
dire un appel à la gestion sociale des problèmes (deuxième
topique).
Première topique : Ce qui a été dit.
Les analyses et les débats aussi divers du phénomène
social touffu de la violence ont été menés avec sérénité. Le
caractère quelque peu disparate des points de vue n’exclut
pas qu’on cherche à donner une présentation de conclusions
ayant pu apparaître comme communes.
Il est indiqué de considérer des points saillants et de
procéder à des comparaisons, par exemple entre
enseignants, étudiants et autres partenaires.
11 Plus souvent que les autres partenaires, les enseignants
(présidents d’université, directeurs de grandes écoles,
secrétaires généraux de syndicats) et les directeurs des
CROUS ont tendance à mettre en avant la politisation des
étudiants. Un syndicaliste enseignant (de la CNEC) indique
même les liens ou la filiation entre des syndicats étudiants
et des partis politiques. Cependant, la commission ad hoc
elle-même, une personne ressource (Séry Bailly), un
directeur de CROU (Bamba Issiaka), des enseignants
syndicalistes (du SYNARES et de la CNEC) pointent du
doigt la violence de l’Etat (pressé de réprimer,
d’emprisonner pour mettre au pas) ; le syndicat UNESUR
stigmatise les violences institutionnelles (des taux
d’inscription, des taux d’encadrement, le non-respect du
calendrier académique). Est soulignée aussi la violence des
enseignants-chercheurs à l’égard d’étudiants et à l’égard de
responsables d’institutions et autres responsables
académiques auxquels ils reprochent de manquer de
communication managériale, et, précisément, de ne pas user
assez de management stratégique.
Quant aux étudiants (syndicalistes), ils sont
catégoriques : la violence vient d’abord du refus des
autorités académiques et politiques de dialoguer avec eux.
A leur dire, les affrontements entre les étudiants sur le
campus prennent leur origine dans le fait que des personnes
mandatées montent des associations pour empêcher le
leadership d’un groupe. Ils évoquent, bien entendu, les
conditions de travail et de vie, tout le manque de structures
et d’infrastructures nécessaires pour faire d’eux,
effectivement, des étudiants qui étudient sereinement.
D’ailleurs, si l’un des syndicats refuse clairement
l’université virtuelle ou même numérique, c’est simplement
parce qu’elle ne présente pas, d’après lui, les conditions et
les garanties de la réussite.
12 En ce qui concerne les parents d’élèves et d’étudiants
ainsi que les associations confessionnelles, ils mettent
l’accent sur le dysfonctionnement général, le manque de
dialogue en permanence, l’insuffisance criante
d’infrastructures d’accueil, les conditions de vie et d’études
difficiles, les effectifs pléthoriques dans les classes et les
groupes de TD.
Bref, pour l’ensemble des intervenants, la violence en
milieu universitaire a des causes académiques, des causes
sociales, qu’alimente chez les étudiants le sentiment de ne
pas être écoutés et pris en considération par rapport à leurs
problèmes et à leurs conditions. Bien entendu, des
agissements laissent à penser que des factions syndicales
sont au service d’intérêts politiques.
Sur la base de toutes les analyses et des propositions de
solutions, l’étude initiée par l’ASCAD souhaite une
reforme de type systémique, celle qui change vraiment et
qui concerne donc l’ensemble des acteurs et la logique
même du système. Voilà pourquoi l’étude propose une
vision de l’ESR, des axes stratégiques et des actions
participatives de lutte contre le phénomène.
Deuxième topique : De ce qui a été dit.
La lecture attentive des analyses, débats et solutions
proposées autorise à dégager positivement une ligne
générale avec deux axes qui l’approfondissent : 1- La
violence, l’une des modalités de la relation entre individus
et groupes ; 2- Plus qu’une conduite de crise et de
protestation contre la condition étudiante, la violence est un
appel à la gestion sociale des problèmes.
1- La violence, l’une des modalités de la relation
entre individus et groupes
La violence n’est pas qu’une simple rupture de
communication. En effet, la relation se maintient dans un
échange qui prend une autre allure. Paul - M.-G. Levy
13 (1981 : 330) écrit dans le compte rendu élaboré de la Table
ronde sur « Violence et société » :

Lorsque la tension monte entre deux groupes sociaux –
institutionnalisés ou non –, il arrive un moment où les
arguments verbaux cessent d’être admis, où le flux de la
communication est altéré dans sa nature, où chacun entre en
dialogue avec lui-même, développant ainsi un processus
d’auto-conviction qui mènera à l’explosion de la violence,
c’est-à-dire à la reprise du dialogue sous une forme non
verbale.


Le phénomène se produit quand les logosphères
respectives des partenaires deviennent impénétrables l’une
à l’autre. Le message verbal devenant sans objet laisse place
au message violent (perturbations des cours, blocages de
sortie, séquestrations, coups, bastonnades, batailles rangées
entre associations d’étudiants, etc.).
Comment s’explique le passage du message verbal non
violent au message violent ?
L’emploi de la violence se nourrit de la « bonne
conscience » d’être en situation de « légitime défense » par
rapport à une injustice subie, subie intégrée au quotidien de
la vie à l’université et dans la société sans que se manifeste
clairement la protection espérée. On finit par avoir le
sentiment que le tort est aussi intolérable qu’insupportable ;
et on se donne alors le droit de se faire justice en prenant le
risque de débordements incontrôlés et même
condamnables.
Une délégitimation s’engage lorsque, sur le plan
individuel, social, académique et même politique il y a
beaucoup d’incompréhension, de refus de dialogue. Les
groupes sociaux (enseignants, étudiants, responsables
académiques, responsables politiques) se dispersant dans
une dichotomie manichéenne (eux et nous, les victimes et
les coupables) sacrifient au conflit. Ils ont, en effet, le
sentiment, chacun, d’être sous contrainte, sous menace,
14 d’être devant une intention malveillante et hostile, d’être
confrontés à la surenchère, à de la défiance, d’autant
insupportables qu’elles traduisent un déni de légitimité et
de reconnaissance sociale. Le recours à la violence est là
pour tenter d’imposer la prise en considération d’attentes ou
d’exigences.
En somme, la violence sur les campus est bien l’un des
avatars de communication qui traduit et trahit les difficultés
d’une université en crise aux prises avec les vicissitudes
d’une société en crise.
2- Plus qu’une conduite de crise et de protestation
contre la condition étudiante, la violence est un
appel à la gestion sociale des problèmes.
L’exacerbation de la violence contenue dans les
contradictions, les contrariétés, les injustices, les
frustrations au sein de la société augmente, à n’en point
douter, le risque de violences et de conduites délinquantes
en milieu universitaire.
Cette violence mêle plusieurs niveaux de significations
et d’enjeux.
La conduite violente peut être l’expression collective de
soi et de protestation sociale contre la condition étudiante.
Les étudiants ne sont pas satisfaits de leur sort et protestent
contre la dégradation continue des conditions de vie et
d’études. Ils s’élèvent contre la dégradation des
perspectives professionnelles dans des universités bondées
de monde. En protestant contre tout ce qui empêche de
réussir la carrière étudiante, la trajectoire en temps régulier
et interdit d’être véritablement et pleinement étudiant, ils
affichent leur désir d’être des étudiants à prendre au sérieux,
clament leur volonté d’être pris en charge par l’université,
d’être écoutés sur tout et en tout temps. C’est le cas de la
majorité, même si certains étudiants donnent l’impression
de trouver dans l’université l’espace où demeurer
15 longtemps et faire de l’agitation sans avoir à affronter tôt
les dures réalités d’une vie professionnelle.
Comme je l’explique ailleurs :

De manière générale, les étudiants n’apprécient guère les
reformes qui les dérangent dans leurs habitudes, laminent ou
suppriment les avantages. Ils ne se font pas prier pour le
signifier. Protester, contester, revendiquer sont autant de
verbes performatifs. Ils sont à la fois de l’ordre du dire et de
l’ordre du faire. Ils conviennent à cette jeunesse d’autant
qu’elle trouve à se plaindre de la crise de l’université et de
son organisation, et perçoit bien l’inefficacité de ses
diplômes. (Paul N’Da, 2001 : 141)

Mais plus qu’une conduite de crise, les luttes, même
avec des violences, sont positivement un mode d’action
spécifique et conflictuelle. En effet, la mobilisation
étudiante, sporadique, périodique ou endémique opère,
d’une manière générale, comme une action pour négocier
les virages des bifurcations que présente l’enseignement
supérieur, pour (dé)passer les tourments (tournants) de la
vie et de l’expérience universitaire, étape après étape.
Leurs actions transforment en conflit ce qui aurait pu
demeurer un processus de précarisation croissante pour eux.
Leur volonté claire est de ne pas se résigner à leur sort, de
ne pas s’enfermer dans une logique de décomposition de la
société, de se battre contre l’adversité.
Les violences en milieu universitaire n’ont pas un
caractère articulé : elles laissent apparaître leur pauvreté
idéologique, leur indigence en utopie. Mais c’est en cela
même que réside paradoxalement la force des étudiants.
Parce qu’ils n’ont pas de solutions toutes faites aux
déficiences qu’ils relèvent, ils peuvent s’ouvrir à des
solutions négociées afin de sauver leur vie (survivre), leurs
études, leur avenir en faisant aboutir les revendications.
Ils sont conscients qu’ils ont à négocier tout, de toutes
les manières, autour de revendications ciblées, avec s’il le
faut, des prières inversées que sont les violences. Il s’agit,
16 en fait, de suppliques, pour obtenir de la part des
enseignants, des autorités académiques, des autorités
politiques, les formations solides, adéquates, efficaces qui
leur réservent des places au soleil de la société. En dépit des
maladresses, des excès dans leurs luttes, les étudiants savent
qu’ils ne sont pas fondés à délégitimer ceux de qui ils
reçoivent formation et complément d’éducation, et qui
portent eux aussi, avec eux, le souci de leur réussite à
l’université et dans la société.
Dans le fond, les demandes des étudiants, aussi bien
matérielles, académiques que sociales, théâtralisées par des
actions violentes, affichent néanmoins une revendication de
dignité : ces jeunes veulent qu’on compte avec eux et sur
eux, qu’on ne décide pas pour eux sans eux, qu’on
(re)considère la condition étudiante. Ils proclament par
leurs actions la nécessité de nouvelles formes de
citoyenneté fondées sur le dialogue social ; ils refusent ou
récusent à toute structure ou autorité sa volonté de faire
l’économie de la concertation pour imposer ses diktats à des
acteurs sociaux ou à la société.
Les luttes étudiantes sont importantes. Sous d’autres
cieux (France, Angleterre notamment), des études ont été
consacrées aux luttes et aux violences en milieu scolaire
(Ballion, 1994 ; Charlot, Elmin, dir., 1997 ; Chesnais,
1981 ; Debarbieux, 1996, 2006, 2008 ; Dubet, 1994 ; Payet,
1985 ; Roché, 1993, 1996 ; Touraine, 1978 ; Willis, 1977).
Le constat est que les actions en milieu universitaire sont
tiraillées entre des attitudes corporatistes et des
protestations au nom de la démocratie et de l’indignation
morale. Les luttes et les violences universitaires de Côte
d’Ivoire sont du même ordre et vont dans le même sens
(N’Guessan Amoin, 1998 ; N’Da, 2001 ; Dechi, 2006 ;
Esdiri, 2006 ; Koutou, 2007)
Bien plus, malgré leurs excès, leurs extravagances, leurs
insolences, leurs incivilités et autres dérapages,
17 profondément, elles signifient que les citoyens-acteurs
d’une société n’ont pas à se laisser écraser ni mépriser par
un pouvoir, lointain et arrogant. Elles appellent à une
gestion négociée des problèmes de l’université et de la
société, à la renonciation à un mode hautain des rapports
sociaux, à la reconnaissance des protagonistes comme des
partenaires et acteurs sociaux auxquels on concède le droit
à l’auto-affirmation, le droit d’avoir des droits.
Aujourd’hui, il faut faire avec Le monde des étudiants
(Gallan, et al., 1995). L’appel à la Citoyenneté étudiante
(Le Bart, Merle, 1997) a tout son sens et même est d’intérêt
politique.
De la part des autorités académiques et politiques, les
étudiants bénéficient de résistance, de correction, de toute
une éducation par rapport à leur violence. Leurs luttes et les
efforts de leurs maîtres, tout en rendant manifestes des
aspects de la dérégulation universitaire ainsi que des
tentatives de régulation, participent au et du processus de
démocratisation.

Paul N’DA
Professeur de Sociologie politique
Membre de l’Académie

18 Introduction
1. Contexte et enjeux de la violence dans
l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR)
A travers la violence dans l’Enseignement Supérieur et
la Recherche (ESR), nous abordons une thématique
tellement récurrente, pour ne pas dire à la mode, que l’on
pourrait se demander pourquoi l’ASCAD qui en est
apparemment éloignée - contrairement aux structures
classiques de recherche et de formation - s’en préoccupe.
La raison réside dans le Plan stratégique de notre institution,
précisément dans sa vision à long terme qui énonce ceci :
« L’ASCAD vise à être une institution d’excellence et de
référence dans la production et le rayonnement des
Sciences ; des Arts et des Cultures ; le développement
économique et social ; la promotion humaine durable, la
paix. ».
Ainsi, la violence - comme recours à la force, au pouvoir
physique ou psychique pour contraindre, dominer, tuer,
détruire - et ses multiples liens (coups et blessures,
souffrance, destruction de biens, assassinats, etc.), sont
radicalement opposés à la philosophie et à la mission de
notre Académie.
On devine donc que ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas
la violence en tant que telle, mais son contraire, la
nonviolence, la paix qui figure en bonne place dans l’agenda de
l’UNESCO, depuis la naissance du concept de « culture de
la paix » élaboré au Congrès international sur la paix dans
l’esprit des hommes, en 1989, à Yamoussoukro, en Côte
d’Ivoire.
La paix comme non-violence qui conduit et entretient la
paix sociale, bénéficie d’une attention particulière en Côte
d’Ivoire, en raison de la place que le premier président du
19 pays lui avait réservée : « La paix n’est pas un vain mot,
mais un comportement » aimait à répéter
HouphouëtBoigny. C’est déjà souligner l’enjeu que constitue la lutte
contre les atteintes à la paix par la persistance de la violence
dans notre pays et singulièrement dans notre système
d’Enseignement Supérieur et de Recherche (ESR). On
s’apercevra qu’entre la démarche ascendante de production
de citoyens éclairés, consommateurs et la démarche
descendante de production de l’expertise scientifique et
technologique, nous optons pour la seconde qui fait de
l’ESR, le cerveau du développement durable. L’option est
théorique et méthodologique, mais aussi et surtout
historique, les fondements de la puissance de nations qui
gouvernent la planète le montrent amplement.
Nous abordons ce thème avec la pleine conscience d’être
au cœur d’une problématique majeure de la complexité au
sens d’Edgar Morin (1977). Nous venons à la suite de tant
d’autres qui s’y sont essayés sans jamais parvenir à vaincre
ou calmer le mal de façon durable. Toutefois, notre
détermination n’est pas moins vive, car l’une des
principales missions de l’ASCAD, la recherche de
développement durable, est directement menacée par cette
violence.
2. Regard de l’ASCAD
L’ASCAD pose un regard sur le problème de la violence
en milieu universitaire, avec une gravité sereine doublée de
lucidité et de perspicacité. Elle tente d’élucider ce
phénomène dans sa complexité.
La première partie de cet ouvrage considère les causes et
examine les propositions de solutions que fournissent les
entretiens avec des personnes ressources et les entretiens de
groupes (panels). La deuxième partie traduit une vision
normative de l’ESR, et propose des axes stratégiques pour
20 envisager des actions participatives de lutte contre le
phénomène.
L’ouvrage comprend 11 chapitres. Les 7 premiers
chapitres, qui composent la première partie, considèrent de
façon itérative et insistante, successivement : la
problématique de la violence dans les universités
ivoiriennes (chapitre 1) ; la question de la violence selon
des anciens présidents d’université (chapitre 2) ; la question
de la violence selon des directeurs de grandes écoles
(chapitre 3) ; la question de la violence selon des syndicats
d’enseignants de l’enseignement supérieur (chapitre 4) ; la
question de la violence selon le syndicat étudiant de la
FESCI (chapitre 5) ; la question de la violence selon les
directeurs des CROUS (chapitre 6) ; la question de la
violence selon des parents d’élèves et des associations
confessionnelles (chapitre 7).
Les 4 derniers chapitres constituent la deuxième partie.
Le premier fait une présentation du phénomène (chapitre
8) ; le deuxième élabore le cadre méthodologique et
spécifie la problématique, avec les objectifs, les hypothèses
et les résultats attendus (chapitre 9). Ce chapitre permet de
mener des entretiens et de poser un diagnostic stratégique
clair (chapitre 10) et d’en fournir les déclinaisons
nécessaires (chapitre 11).
Le lecteur peut aborder séparément ou comparer entre
eux les 7 premiers chapitres : ils sont denses, croustillants
de détails évocateurs, avec des analyses aussi pertinentes
que variées. Les 4 derniers chapitres, après la présentation
du phénomène de la violence, prennent une allure
systématique. Ils peuvent paraître plus ardus à décrypter et
à lire. Mais ils ambitionnent d’élever le niveau
d’appréhension et de compréhension de ce phénomène
complexe de la violence par une approche systémique. On
a là une originalité des recherches sur la violence en milieux
scolaire et universitaire. Le diagnostic stratégique du
21 sytème de l’enseignement supérieur et de la recherche en
rapport avec la violence, autrement dit, l’analyse des jeux
d’acteurs surtout, conduit à une orientation stratégique,
tactique et à des pistes d’actions, avec six programmes
prioritaires d’installation de structures d’animation et de
médiation.


22 Première partie
La violence : causes et solutions selon les
acteurs et partenaires de l’Enseignement
Supérieur et de la Recherche (ESR)
23