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Fantômes d'étoiles

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Description

En réalité, nous voyons des fantômes d'étoiles. Elles scintillent à l'endroit où
elles étaient, il y a des millions d'années ou plus. En fait, nous les admirons
là où elles ne sont plus.
Il en est de même du transcendant – ce qui dépasse notre ordre naturel
de perception. Nous ne possédons pas l'équipement mental nécessaire à
son appréhension certaine, qui convaincrait jusqu'au dernier humain. Nous
tâtonnons, trébuchons comme l'Ermite de la neuvième lame du Tarot, qui
porte ce nom. On y aperçoit un homme habillé de bure, qui cherche, lanterne
en main.
Il ne doute pas que l'objet de sa quête existe. Quant à trouver? Et dans
quelles conditions?
Perplexité et scepticisme marquent ses traits. Une spiritualité en marge des
institutions religieuses. Une spiritualité axée sur la recherche patiente et la
découverte parfois fulgurante de la transcendance.
Ce livre s'adresse à toute personne en quête de réflexion sur l'authenticité
de l'être humain. Elle sera comblée par cette suite de réflexions.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 03 juin 2015
Nombre de lectures 3
EAN13 9782897261931
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À Lucie et aux cathares de Montségur — et aux cathares d’aujourd’hui.
Leitmotivs à voix basse
Le leitmotiv est un motif, une phrase, une formule qui revient à plusieurs reprises dans une œuvre musicale ou littéraire et qui démontre les obsessions de l’auteur.
C’est au fond de lui-même que chacun est requis d’abord, et non pas au café, au travail, en réunion, sur la place publique où l’on est de passage.
Robert Lalonde, Iotékha
Janvier
L es hommes et les femmes aiment montrer qu’ils ont les pieds bien sur terre, connaissent le poids des choses, ont l’esprit pratique, bref, qu’ils sont réalistes . Et ils répètent des conseils en ce sens. Surtout aux plus jeunes. Sous forme de maximes ou de clichés : Charité bien ordonnée commence par soi-même; La beauté n’apporte pas à dîner; Quand je lis mon bilan comptable, c’est du solide, ce n’est pas de la poésie; Money talks… Et pourtant, ces réalistes sont les gens les plus éloignés de ce réel qu’ils croient connaître et affectionner. Celui, pour qui la vie se résume à la satisfaction de besoins primaires ou artificiels, s’oublie. Il a dû s’oublier ou se désapprendre, désapprendre ce qu’il est. Il vit en état d’aliénation constant en regard de sa réalité. Et toute notre civilisation conspire à ce qu’il en soit ainsi.
Nous vivons dans une civilisation de l’oubli. De l’oubli et de la profonde insatisfaction de soi qui en est conséquente, et engendre la colère contre le monde et contre soi. Et le désespoir de ceux qui se redisent : « Ne suis-je donc que cela ? Ma vie ne vaut pas plus que cela ? »
Cette civilisation de Lotophages 1 extrovertis ignore le b.a.-ba de l’exhortation socratique : Connais-toi toi-même . Et à s’ignorer, à s’oublier dans les stimuli du monde extérieur, on en vient à se mépriser.
*
Un homme de ma communauté était riche. Il ne lui restait que deux ou trois mois à vivre. Une demi-année, tout au plus. Il s’est procuré une auto luxueuse. Il se promenait d’une station-service à l’autre, d’un centre commercial à l’autre, et à ceux qui admiraient sa dernière acquisition, il répétait : « Je l’ai payée cash ! » Il s’agissait pourtant d’un bon citoyen, d’un homme honnête et intelligent. Il s’était simplement oublié. Certains diraient qu’il avait la capacité d’amasser des dollars, mais pas celle de la réflexion sur soi. Possible. Je l’ignore. Mais l’aurait-il possédée, cette faculté, que rien dans son milieu n’aurait pu l’aider à la développer. Le christianisme (et ses explications sur les réalités spirituelles de la personne) a bien laissé des traces ici et là – on retrouve parfois ces références enfouies… lorsque l’on ne sait plus quoi faire de son existence, ou pour marquer certains événements de solennité : enterrements et mariages.
*
Ce matin, au centre commercial, j’ai rencontré des déesses et des dieux. Ce qu’ils y faisaient ? Ils se croyaient vieillis. Devant des cafés tièdes, certains noircissaient des mots-mystères, d’autres frottaient des « gratteux » . Et, de temps à autre, ils se rendaient à un kiosque transparent, où une préposée bien humaine acceptait leurs dollars et leur remettait des billets de Super -7, La mini , La quotidienne , Tango , Lotto 6-49 , Québec-49 , Triplex , Jour-de-paye , Astro , Banco … Et tous ces dieux étaient bien tristes. Une coiffeuse m’a confié : « Il y a du suicide dans l’air. Les froids de janvier... »
Quelle magicienne a obscurci leur mémoire au point qu’ils en oublient leur nature : qui ils sont; d’où ils viennent; où ils vont ?
*
Il m’arrive de m’oublier. Souvent. D’oublier qui je suis, ce que je suis, de me laisser submerger par les mouvements intérieurs, les appétences. Les passions, les émotions vives – comme la colère ou la lubricité – sont faciles à déceler, à contrer même. Les plus pernicieux, ce sont ces envahissements par les causes apparemment nobles, celles qui seraient dignes de louanges, d’intérêt : l’altruisme de pacotille, les devoirs que l’on nous impose ou que l’on s’impose. Quiconque s’y plonge, sans s’être ressouvenu de ce qu’il est, donnera bientôt, au mieux, dans la fatuité, au pire, dans le despotisme ou le grand banditisme.
— Mais de quoi veux-tu donc que l’on se ressouvienne tant ? demande mon démon intérieur.
— De son caractère divin. De la présence du divin en soi. De son origine divine et de sa destination divine. Hors cette prise de conscience, institutions, civilisations, législations, entreprises individuelles ou collectives ne sont que fruits de la vanité, constructions sur le sable que le temps ne manquera pas d’éroder, d’effacer hâtivement.
*
Les grands prêches, les grandes peurs sont inutiles. Prendre conscience du divin en soi. Condition essentielle. Premier pas de l’enfant prodigue vers sa demeure réelle. Cela peut sembler simplet, mais notre nature immédiate, apparente, et nos civilisations conspirent à cet oubli. Les ennemis de l’humain, de la surnature de l’humain, ont en répugnance tout ce qui pourrait détourner hommes et femmes de l’esclavage matériel, des objectifs constamment démentis auxquels une civilisation sans transcendance voudrait astreindre les habitants de cette planète.
*
L’art est réel lorsqu’il est libre. Libre des idéologies, des modes, des tendances, de l’air du temps, des credos réducteurs. C’est alors qu’il devient moyen privilégié de ressouvenance de soi – pour le créateur et pour les auditeurs, spectateurs, lecteurs.
*
Réfléchir vraiment sur la vie et sur sa vie. Sur son origine, son destin, le sens de l’aventure humaine. Cela, on se le refuse, car cela implique forcément de penser à la mort – ce grand tabou que nient l’aveuglement et le réductionnisme volontaires de soi qui nous tiennent lieu de philosophie.
*
Au Québec, les nouveaux venus, s’ils sont de religion ou culture différente – c’est-à-dire s’ils ont des façons autres de se rappeler qui ils sont, ont droit à leurs différences, qu’elles s’expriment par le kirpan, la kippa, le foulard ou toutes formes de manifestations – et le libéral en moi s’en réjouit. Officiellement ou officieusement, il n’y a que les Québécois de souche qui ne peuvent être quelque chose et l’exprimer. Ils ne peuvent qu’être rien. Et ce Rien nous étouffe.
*
Notre personnalité apparente ? Voilà ce que nous transportons, nommons moi et montrons aux autres comme étant soi : une masse de tissus cicatriciels; elle forme coquille et nous suit, plus ou moins cohérente dans ses infirmités, de l’enfance à la tombe.


1 . Mythologie grecque : les Lotophages (mangeurs de lotos) cultivaient un fruit, le lotos, qu’ils offraient à leurs visiteurs. Ce lotos, au goût de miel et de fleurs, agissait comme une drogue euphorisante, qui annihilait la volonté et la mémoire : tous ceux qui le goûtaient ne pouvaient renoncer à ses félicités et en oubliaient leur patrie. Après la guerre de Troie, alors qu’il retournait avec ses compagnons vers son royaume d’Ithaque, Ulysse débarqua sur l’île des Lotophages. Ceux-ci accueillirent avec hospitalité les hommes envoyés en éclaireurs et leur firent goûter le lotos. « Et dès qu’ils eurent mangé le doux lotos, ils ne songèrent plus ni à leur message, ni au retour; mais, pleins d’oubli, ils voulaient rester avec les Lotophages et manger du lotos. » (Homère, Neuvième chant de l’ Odyssée ). Ulysse dut rembarquer ses hommes contre leur gré, « malgré leurs larmes », et les attacher aux bancs des navires pour les contraindre à reprendre la mer.
Février
Q ue – ou qui – sommes-nous ?
Imaginez une sphère de lumière ou un diamant lumineux, pointes à la verticale. Un rayon pâle en jaillit et pénètre une zone d’ombre où sa luminosité se tamise. Ce faisceau possède la capacité de réfléchir et un fort besoin de s’identifier, de se projeter. Sans cesse, il se répète : « Je suis ce que je perçois. » Bientôt, il développera des aperçus généraux sur l’ombre, pour en arriver à se prouver la seule existence de l’ombre. Il se niera toute autre origine ou destination que l’ombre. Il souffrira d’une solitude et d’un manque que la présence d’autres rayons, ternes comme lui, n’arrivera pas à combler – ni les modes d’être au monde sans transcendance que les autres rayons et lui auront tenté, dans l’absurde, d’élaborer.
Jusqu’à ce que, par effort de conscientisation ou par révélation, le faisceau se ressouvienne soudain de sa source et réalise l’immensité de son être, de ce qu’il est.
Voilà ce que nous sommes, le fragment (ego) d’un diamant de lumière (Soi), identifié à l’ombre qui l’entoure et coupé de son être originel. Et nous nous sommes voulus rétrécis de la sorte. C’est ce que nous avons probablement choisi.
*
Dans l’évangile de Mathieu, on trouve cette parabole que je résume à ma façon, en ignare de l’exégèse.
Les pharisiens tendent un piège à Jésus. Sous prétexte de le consulter, ils tentent de le compromettre. D’abord, ils le flattent : « Nous savons que tu enseignes la vérité… » Puis, le dard empoisonné : « D’après toi, est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? »
Ces malins croient l’avoir coincé. S’il répond : « Il faut payer l’impôt à l’empereur des gentils », tous les zélotes juifs vont l’accuser d’être un collabo. S’il répond : « Ne payez pas l’impôt », ce sont les Romains et leurs amis du lieu qui lui tomberont dessus. Jésus réplique : « Montrez-moi la monnaie qui sert à payer l’impôt. » On lui présente un denier. Alors il demande : « Sur cette pièce, nous retrouvons le nom et l’effigie de qui ? » « César Auguste ! » reprennent-ils en chœur. « Alors, rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Fin politique, Jésus. Jésuite avant l’heure.
Cette parabole a beaucoup servi. Aux monarques, pour s’assurer le paiement des impôts, départager les responsabilités lors des discussions sur les pouvoirs respectifs de l’Église et de l’État… Ce fut donc une parabole utile et utilisée.
Hors la sphère institutionnelle, cette parabole possède aussi une portée, un sens pour chaque individu. Chacun est aussi complexe, composite qu’une organisation sociale. Nous sommes légion. On retrouve en soi plusieurs mondes, plusieurs ordres de choses. Si nous nous référons à la pyramide d’Abraham Maslow 2 , des besoins hiérarchisés s’expriment à divers paliers de notre être.


À la base de la personne, nous retrouvons les besoins primaires : manger, boire, se protéger des intempéries, répondre à ses pulsions sexuelles… Une fois qu’un humain a comblé ses besoins de se nourrir, même avec gourmandise, il ne peut manger à l’infini. Une fois qu’il possède trois résidences, sera-t-il plus à l’abri s’il possède cent châteaux ? Sur le plan sexuel, les limites à la consommation sont notoires et font la fortune des pharmaceutiques et des sex shops .
Les troisième et quatrième paliers concernent les besoins sociaux de l’humain : être accepté par les autres, reconnu comme personne distincte, et se reconnaître comme apportant à sa communauté une contribution propre. À ce stade, le qualitatif domine. La satisfaction de ces besoins exige le développement d’aptitudes interrelationnelles, un apprentissage de soi et des autres, une reconnaissance de l’autre comme différent de soi.
Puis, on en arrive au faîte de la pyramide : l e besoin d’autoréalisation. L’autoréalisation par l’identification à une tâche ou à une cause qui nous dépasse. À ce stade, nous entrons dans un ordre purement qualitatif, celui du sens, des valeurs, des significations, des idéologies, de l’idéal, de l’esthétique, de la recherche du Beau, du Vrai, du Bien, de l’Absolu. C’est dans l’intimité de ce territoire intérieur que l’humain avoisine l’élément divin qui l’habite et qui s’exprime par l’intuition supérieure, chère à Aurobindo 3 .
La majorité des hommes et femmes se confine aux besoins primaires et aux plus immédiats des besoins sociaux. Et notre civilisation conspire à cela. Les citoyens comme producteurs et consommateurs lui suffisent. Les chevaliers de l’Absolu ou du qualitatif dérangent les appareils technocratiques; de là, l’oubli institutionnel de ce qui fait que l’humain transcende de beaucoup les mondes physique et social dans lesquels il évolue.
S’inspirer de la parabole précitée : « rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu » consisterait, pour chacun, à prendre conscience des devoirs que chaque partie de son être ordonne, à n’en négliger aucun.
*
À la télévision , on se moque d’ex-vedettes du hockey qui ont fait une démarche spirituelle et en témoignent. Les athées militants se gaussent. Les animateurs les traitent avec un respect minimal.
Et pourtant… L’anormal, le ridicule, le déplorable, c’est l’humain qui s’oublie, se renie, au point de n’entreprendre aucune démarche spirituelle.
*
Un sociologue et analyste me remet copie de son rapport sur les soins de santé. Et il me dit avec un rictus de défi et d’inconfort :
— Méthodes quantitatives ! Moi, je ne jure que par le quantitatif, par l’ingénierie sociale.
— C’est une bonne aide à la décision, je précise. Mais, au bout du compte, on se réfère toujours aux valeurs pour trancher.