Femmes et santé, encore une affaire d

Femmes et santé, encore une affaire d'hommes ?

-

Livres
81 pages

Description

En matière de santé, femmes et hommes ne sont pas logés à la même enseigne. Ne sont-elles pas le « sexe faible » ? Au XIXe siècle les femmes sont considérées comme « d’éternelles malades » pour reprendre l’expression de Jules Michelet. Aujourd’hui, la perspective a bien changé : leur espérance de vie dans les pays occidentaux est plus longue que celle des hommes. Toutefois, elles passent aussi plus d’années qu’eux en mauvaise santé et souffrent de pathologies souvent bien différentes.
Les différences purement biologiques sont loin d’être seules en cause. Ainsi, les rôles sociaux et les activités professionnelles des unes et des autres les conduisent à ne pas être exposés aux mêmes nuisances de santé. Comparées aux hommes, les femmes adoptent moins de comportements à risque, consultent davantage, prennent mieux leurs traitements. Les pratiques des médecins se construisent aussi différemment selon le sexe de leurs patients.
Dans le domaine de la santé comme ailleurs, les inégalités entre les sexes existent et relèvent des mêmes stéréotypes et des mêmes mécanismes que dans le reste de la société, mais aussi de facteurs spécifiques, et notamment de la façon dont s’élabore le savoir médical. Pour lutter contre ces inégalités, il faut commencer par tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues, chez les soignants comme chez les patients. Ce livre a pour objectif d’y contribuer, et de proposer des perspectives en matière de politique publique au service de la santé des femmes et des hommes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 octobre 2017
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782410010640
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Dans la même collection
Collection publiée en partenariat avec leLaboratoire de l’Égalité sous la direction de Annie Batlle et Catherine Vidal
Annie Batlle,Les femmes valent-elles moins cher que les hommes ?, 2014 Thierry Benoit,Vies de femmes, vies précaires, 2016 Arnaud Bihel,À la télévision, les hommes parlent, les femmes écoutent !, 2014 Patrick Boccard, «Les femmes ne sont pas faites pour courir », 2015 Isabelle Collet,L’école apprend-elle l’égalité des sexes ?, 2016 Marlène Coulomb-Gully,Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles, 2016 Christine Détrez,Les femmes peuvent-elles être de grands hommes ?, 2016 François Fatoux,Et si on en finissait avec la ménagère ?, 2014 Brigitte Grésy,Le sexisme au travail, fin de la loi du silence ?, 2017 Patric Jean,Les hommes veulent-ils l’égalité ?, 2015 Yves Raibaud,La ville faite par et pour les hommes, 2015 Brigitte Rollet,Femmes et cinéma, sois belle et tais-toi !, 2017 Catherine Vidal,Nos cerveaux tous pareils, tous différents !, 2015 Françoise Vouillot,Les métiers ont-ils un sexe ?, 2014
Retrouvez tous nos titres sur le sitewww.belin-editeur.com
Le code de la propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » [article L. 122-5] ; il autorise également les courtes citations effectuées dans un but d’exemple ou d’illustration. En revanche « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » [article L. 122-4]. La loi 95-4 du 3 janvier 1994 a confié au C.F.C. (Centre français de l’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands Augustins, 75006 Paris), l’exclusivité de la gestion du droit de reprographie. Toute photocopie d’œuvres protégées, exécutée sans son accord préalable, constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.
© Éditions Belin / Humensis, 2017
170 bis, bd du Montparnasse, 75680 Paris cedex 14
ISSN 2273-788X
ISBN 978-2-410-01064-0
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Avant-propos
«[…]Ce sont les hommes qui exercent le pouvoir politique, social et économique. Le secteur de la santé doit s’en préoccuper. Ces inégalités dans les rapports de pouvoir se traduisent par un accès inégal aux soins de santé et une maîtrise inégale des ressources sanitaires. » Dr Margaret Chan, Directrice générale de l’OMS (2009)
S’il est un domaine où l’on pense que les inégalités entre les sexes sont, pour une fois, en faveur des femmes, c’est bien celui de la santé. Après tout, les femmes ne vivent-elles pas plus longtemps que les hommes ? La réprobation sociale du tabagisme chez les femmes, qui a longtemps prévalu, la moindre pénibilité supposée de leurs emplois, les injonctions à la minceur qui les concernent au premier chef… Tout cela ne les protège-t-elles pas d’un certain nombre de problèmes de santé ? e Au XIX siècle, les femmes sont considérées comme « d’éternelles malades ». Ne sont-elles pas le « sexe faible », allant d’indisposition menstruelle en grossesse et ménopause ? Les médecins les étudient avec attention. Leur santé, surtout quand elle touche à la question cruciale de la reproduction, est suivie de près. Aujourd’hui, la perspective a bien changé : l’espérance de vie des femmes dans les pays occidentaux est plus longue que celle des hommes, les garçons nés en 2016 peuvent compter vivre 79 ans, les filles 85 ans. Toutefois, si elles vivent plus longtemps que les hommes, elles passent aussi plus d’années qu’eux en mauvaise santé et présentent des taux de morbidité bien différents de ceux des hommes, aux différents stades de la vie et pour nombre de pathologies.
Tordre le cou aux idées reçues
Les différences purement biologiques sont loin d’être seules en cause. Ainsi, les rôles sociaux et les activités professionnelles des unes et des autres les conduisent à ne pas être exposées aux mêmes nuisances de santé. Les représentations sociales liées au genre féminin ou masculin influent sur l’attitude des patient·e·s et du corps médical. Comparées aux hommes, les femmes adoptent globalement moins de comportements à risque, consultent davantage, prennent mieux leurs traitements, s’impliquent
davantage dans les politiques de prévention. Les pratiques des médecins se construisent aussi différemment selon le sexe de leurs patient·e·s. Par exemple, l’infarctus du myocarde est sous diagnostiqué chez les femmes. Inversement l’ostéoporose est sous diagnostiquée chez les hommes car considérée comme une maladie de femmes. Dans le domaine de la santé comme ailleurs, les inégalités entre les sexes existent et relèvent des mêmes stéréotypes et des mêmes mécanismes, mais aussi de facteurs spécifiques, notamment de la façon dont s’élabore le savoir médical. Pour lutter contre ces inégalités, il faut commencer par tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues, chez les soignant·e·s comme chez les patient·e·s. Ce livre a pour objectif de proposer des perspectives en matière de politique publique au service de la santé des femmes et des hommes et d’éveiller la vigilance des patient·e·s. Après avoir présenté un état des lieux de la santé des femmes en France aujourd’hui, seront évoquées les connaissances médicales élaborées au cours e e des XIX et XX siècles sur les femmes : savoirs sur la grossesse, l’accouchement, maladies gynécologiques, nerveuses et mentales. Les connaissances contemporaines sont héritières de ce regard, et influencent encore les approches médicales sur les différences anatomiques, physiologiques et pathologiques entre femmes et hommes. e Depuis le milieu du XX siècle, l’action des mouvements féministes pour la santé des femmes (d’abord aux États-Unis puis en Europe) a fait évoluer la recherche biomédicale et la clinique. Il s’agit aujourd’hui de construire un système de santé efficace pour réduire les inégalités de santé entre les femmes et les hommes. Relever ce défi nécessite de mettre en œuvre des politiques de formation auprès des professionnel·le·s du secteur et de lutter contre la précarité économique et sociale en matière de santé.
CHAPITRE 1
La santé des femmes aujourd’hui
«Les femmes vivent généralement plus longtemps que les hommes, mais c’est aussi un fait que les femmes sont plus nombreuses à souffrir de maladies chroniques et de longue durée, qui modifient beaucoup leur qualité de vie. » Faten Ben Abdelaziz,coordinatrice pour la promotion de la santé à l’OMS (2007)
En matière de santé, la situation des femmes a beaucoup évolué, à la fois pour le meilleur (elles meurent moins qu’autrefois en donnant la vie) et pour le pire (elles adoptent des conduites à risque autrefois plutôt « masculines »). L’environnement social et culturel est aussi en cause : situations familiale et économique précaires, conditions de travail et pénibilité, violences conjugales et agressions sexuelles.
La santé, une fin ou un moyen ?
La définition du mot « santé » a varié au cours du temps. La santé a d’abord eu une dimensionabsolue: c’est le« bon état physiologique d’un être vivant ». En 1948, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme un« état de complet bien-être physique, mental et social ».Ainsi comprise, la santé est une valeur positive. Il ne s’agit pas seulement dene pasêtre malade, mais aussi d’être épanoui. Et cet épanouissement dépend non seulement du corps, mais aussi de l’esprit et des conditions de vie des individus. En 1986, la Charte d’Ottawa complète cette perspective. La santé devient alors une« ressource de la vie quotidienne qui permet, d’une part, de réaliser ses ambitions et de satisfaire ses besoins, d’autre part, d’évoluer avec le milieu ou de s’adapter à celui-ci ».santé n’est plus une fin, mais La un moyen d’épanouissement. Elle est désormais appréhendée dans une perspective « bio-psycho-sociale » : les aspects biologiques ne constituent alors qu’une des modalités d’appréciation de l’état de santé des personnes. Les dimensions psychologiques et sociales sont également prises en considération.
ZOOMLa Charte d’Ottawa a été établie à l’issue de la première Conférence internationale sur la promotion de la santé (17 au 21 novembre 1986), afin de conférer aux populations les moyens d’assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé, et de l’améliorer.
La santé : une affaire de biologie et de société
La question des différences des sexes et des inégalités de santé entre les sexes se pose de manière complexe. À l’évidence, il y a des différences anatomiques et physiologiques entre femmes et hommes, qui peuvent conduire à des pathologies différentes. Mais il y a aussi des différences importantes entre les sexes qui ne relèvent pas de la biologie. L’éducation, l’environnement social, économique, culturel, ont des conséquences sur la santé. Il existe entre les femmes et les hommes des inégalités de santé qui ne sont pas seulement imputables au fatalisme de la biologie, mais qui s’expliquent dans une large mesure par des éléments du contexte de vie. La prise en compte de l’articulation entre sexe et genre est déterminante pour comprendre les causes des inégalités de santé entre les sexes et tenter d’y 1 remédier .
ZOOMLe • sexeles caractéristiques biologiques (chromosomes, désigne organes génitaux, hormones, fonctions reproductives) qui différencient les mâles des femelles, y compris dans l’espèce humaine. En ce sens les différences entre hommes et femmes peuvent être décrites en termes de mécanismes moléculaires, biochimiques et physiologiques. • Legenre est un concept qui désigne les processus de construction sociale et culturelle des identités féminine et masculine. C’est un outil d’analyse des rapports sociaux de sexes et des normes qui différencient et hiérarchisent les rôles des femmes et des hommes dans une société.
Elles vivent plus longtemps, mais…
En France, la mortalité des femmes a considérablement reculé au cours du e XX siècle. L’espérance de vie à la naissance en 2016 est de 79,4 ans pour les 2 garçons et de 85,4 ans pour les filles . L’écart de longévité entre les sexes se réduit toutefois progressivement. Depuis 2000, l’espérance de vie progresse davantage pour les hommes (+ 4 ans) que pour les femmes (+ 2,7 ans).