Feuillets de graphologie n°1
88 pages

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Feuillets de graphologie n°1

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
88 pages

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Les Bases Jaminiennes exposent la méthode du créateur de la graphologie française, J. CREPIEUX-JAMIN (1858-1940). Ce premier Feuillet explique ses idées et son vocabulaire, qui restent actuels et communs à la graphologie européenne. Le GESTE GRAPHIQUE se modifie, peu à peu, avec l'âge, la santé, les événements de la vie, mais il garde des constantes visibles au travers de son évolution. Les Textes des Feuillets apportent une base de connaissances utiles pour préparer l'examen de la Société Française de Graphologie (réédition).

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2005
Nombre de lectures 83
EAN13 9782336254098
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Graphologie
Collection dirigée par Monique Genty
Les lecteurs pourront, par l’intermédiaire de différents auteurs, découvrir la graphologie et élargir ou approfondir leur connaissance de cette discipline qui permet de mieux comprendre la personnalité humaine.
Chaque ouvrage enrichit la réflexion, ouvre des perspectives et permet au travers de l’acquisition progressive d’une méthode de se familiariser avec l’écriture.
Cette collection est destinée aussi bien aux graphologues qu’à ceux qui, sensibles à une trace laissée sur le papier, cherchent à en comprendre toute la portée et la signification.
Déjà parus
M. DESURVIRE, Graphologie et recrutement , 2005.
M. GENTY, L’être et l’écriture dans la psychologie jungienne.
R. OLIVAUX, Pédagogie de l’écriture et graphothérapie.
F. WITKOWSKI, Psychopathologie et écriture.
Feuillets de graphologie n°1
Les Bases Jaminiennes - Le Geste Graphique

Marcelle Desurvire
Du même auteur dans cette collection
Graphologie et recrutement, 2005.
© Masson, 1990
© L’Harmattan, 2005
9782747583572
EAN : 9782747583572
Préface
Entre les ouvrages qui, voici quarante ans, marquèrent nos premiers pas en graphologie et le renouveau actuel, s’étend une période de recherche et de progrès considérable. L’étudiant qui aborde aujourd’hui ces rivages peut être déconcerté, devant l’abondance bibliographique, par l’embarras du choix.
Aucun de ces livres, pourtant, ne fait double emploi avec les autres. Ils se complètent mutuellement et témoignent par leurs modes d’approche différents de la diversité de la recherche : chaque auteur apporte sa façon de voir, son « point de vue », sa personnalité propre.
Tant dans la recherche et la théorisation que dans la technique et la pratique graphologiques, que de progrès ! La graphologie occupe aujourd’hui, dans notre culture et dans le monde de l’entreprise, particulièrement pour les problèmes de recrutement, une place reconnue. Et quel chemin parcouru quand nous nous souvenons de nos premiers cours, tellement dépassés aujourd’hui.
Le présent ouvrage est un cours, rédigé et structuré comme un cours, il est clair et précis. Nous savons bien que rien ne remplace l’enseignement pour l’approfondissement des connaissances de l’enseignant. Or, depuis plus de vingt ans, des élèves nombreux, d’origines et de formations diverses ont, du fait de l’exigence de leur démarche et de leurs questions, enrichi l’expérience de l’auteur. Par sa forme et son caractère didactiques, ce livre en porte les bénéfices.
Mais l’enseignement ne suffirait pas s’il ne se doublait, pour le compléter et le vérifier, d’une pratique constante de la graphologie.
Retour profondément pensé, re-pensé, aux sources jaminiennes, ce livre est écrit à l’intention de l’étudiant graphologue ou pour celui qui veut dépasser le niveau d’une simple connaissance intellectuelle. C’est un instrument de travail, un ouvrage de base auquel le praticien lui-même peut se référer.
L’écriture, nous rappelle l’auteur, n’est pas un simple objet d’analyse, elle s’interprète. Le travail du graphologue peut être comparé à celui du musicien qui ne peut jouer avec plaisir qu’après avoir appris à déchiffrer toutes sortes de « partitions » écrites par différents compositeurs. Certes, on ne peut devenir artiste si on ne l’est pas déjà, mais on ne peut devenir interprète sans être passé par la technique et les exercices. Devenir graphologue, c’est, en quelque sorte, « entrer dans le mystère de la création ». La graphologie, pour Marcelle Desurvire, a besoin d’artistes qui « ressentent » l’écriture, et l’approchent par ces voies subtiles où la sensibilité et l’émotion introduisent la méthode dans sa rigueur scientifique pour mieux différencier les graphismes, non pour les réduire à des « cas de figure ».
Au départ de la méthode jaminienne, la « définition » de l’écriture s’impose : recherche hiérarchisée, en fonction de l’intensité et de la répétition des signes, des « espèces ». Même lorsque ce déchiffrage devient avec la pratique une sorte de perception globale, immédiate, il demeure le départ, la base fondamentale de l’interprétation qui permet l’accord des observateurs sur des bases graphiques objectives.
Les notions riches et complexes du rapport de la Forme et du Mouvement, dans le « champ graphique » sont suivies de l’étude des genres dans lesquels se regroupent les espèces.
Crépieux-Jamin propose deux synthèses d’orientation fondamentales : l’organisation et l’harmonie. Il s’agit, pour une part, de l’intégration, on pourrait presque dire de l’assimilation par l’écriture en formation, de ce qui va la structurer, d’autre part, de l’alliance heureuse, positive, de la Forme et du Mouvement, tout cela se jouant à la surface et dans l’épaisseur du tissu graphique.
Quand on parle de la vie de l’écriture, on entend bien qu’elle est constamment remise en question par sa dynamique interne. L’écriture vit parce qu’elle évolue, elle évolue parce qu’elle est vivante. Elle accompagne l’homme au long de son histoire dont elle demeure un des témoins.
D’autres modes d’approche et de compréhension de l’écriture, qui ne sont pas directement graphologiques, seront abordés plus tard, telles les différentes typologies nées des théories de la personnalité (organiques, psychologiques, sociologiques) ; elles font partie de la définition actuelle de l’écriture comme des éléments de réflexion complémentaires, mais non indispensables. L’écriture, nous l’avons dit et écrit, est assez grande pour se définir toute seule.
Si vous doutez que l’écriture ait une personnalité, voire une âme, si vous n’êtes pas certain qu’elle vive, faites cette expérience que j’ai souvent conseillée aux étudiants :
Quand une écriture ne vous « dit » rien, ne vous « parle » pas, n’insistez pas : mettez-là donc parmi d’autres, et observez les réactions du groupe d’écritures : vous les verrez s’animer, se distinguer et tout à coup se dégagera ce « visage » qui vous échappait ; le peintre connaît la même expérience : une tache, une couleur, ne révèlera son vrai caractère que par rapport à celles qui la rejoindront sur la toile...
Mais sans plus tarder, étudiez ce livre et vous apprendrez à « connaître » l’écriture, à la lire, à l’interpréter dans sa complexité.
Robert OLIVAUX
Sommaire
Graphologie - Collection dirigée par Monique Genty Page de titre Du même auteur dans cette collection Page de Copyright Préface Enseigner l’écriture Introduction 1 - Evolution actuelle de la graphologie 2 - Le geste graphique 3 - L’essor de la graphologie 4 - Les grandes synthèses 5 - Approche globale Annexe Bibliographie Index alphabétique
Enseigner l’écriture
« Les choses nous rendent regard pour regard. Elles nous paraissent indifférentes parce que nous les regardons d’un œil indifférent. Mais pour un œil clair, tout est miroir, pour un regard sincère et grave, tout est profondeur. »
(BACHELARD)

Les Feuillets de Graphologie présentent une série de textes introduisant le lecteur à la technique de l’écriture. Ils préparent à l’examen de la Société Française de Graphologie 1 .
Cet enseignement est le fruit d’une expérience pédagogique de vingt années, il est continuellement remanié en fonction de l’actualité graphologique.
Il part des bases jaminiennes qui sont le fondement de la graphologie française actuelle, Crépieux-Jamin ayant été l’architecte et l’ingénieur créant des outils de travail, une nomenclature et une méthode accompagnée de principes toujours valables.
Où regarder, comment saisir un ensemble de signes ou bien un signe isolé, relié à son contexte? C’est le but de ces premiers regards sur l’écriture, qui rendent compte de la complexité d’une simple lettre manuscrite.
Introduction
L’écriture est un système de signes permettant la communication d’un message qui s’inscrit de manière durable, entre des personnes, abolissant le temps et l’espace. Elle exprime un désir profond de l’homme, de transmettre, d’imprimer sa marque à l’intention d’un autre, de laisser quelque chose de soi et des mots qui l’habitent. L’écriture sert à exprimer, enseigner, informer, raconter, se dire...
Dans toutes les langues occidentales, le mot graphisme a le sens de l’entaille, de la gravure, de la griffe, de l’incision, ce qui crée une marque profonde sur un support, une marque qui a un sens.

La ligne de développement de l’écriture n’a pas été simple, ni droite. Elle est allée vers une expression de plus en plus réduite et comprimée, de plus en plus abstraite de la pensée, ce qui lui a permis d’aller également vers le plus grand nombre, avec de plus en plus de clarté et d’affinement des messages.
Les primitifs utilisaient des objets pour communiquer : tas de pierres, stèles gravées, pierres symboliques, chapelets, noeuds sur des cordes, entailles sur des bâtons, ce qu’on appelle des écritures d’objets.
L’écriture commence avec la marque , par l’action des mains qui dessinent, peignent, grattent, creusent, représentent quelque chose de la vie individuelle ou commune.
L’écriture se dépouille peu à peu de son aspect d’image et des symboles sous-jacents, pour devenir linéaire dans ses formes et se soumettre au langage oral dont elle devient l’accompagnement.
Ainsi, de l’écriture d’objet à l’écriture des formes dessinées, elle est devenue écriture d’idées (groupes d’idées suggérant une phrase), puis écriture de mots (stock de signes pour noter les mots), puis écriture de sons (l’alphabet réduisant le nombre de signes nécessaires à 22 lettres).

L’écriture a toute une histoire, que nous connaissons mal parce qu’elle nous est donnée par l’archéologie, science récente, qui met à jour des civilisations différentes chronologiquement. Et les supports de l’écriture, papyrus ou argile, sont fragiles.
Ce qu’on sait avec certitude, c’est que les plus anciens témoignages écrits viennent du Proche-Orient, l’ancienne Mésopotamie et l’Egypte, l’écriture ayant été inventée simultanément, dans les deux pays, il y a environ 5 000 ans. Cette invention n’a pu être indépendante, étant donné les rapports entre les deux pays, mais elle n’a pas pu dériver de l’une ou de l’autre, parce que ces civilisations ont utilisé des techniques différentes venant de conceptions intellectuelles différentes.
L’écriture consistait alors en systèmes compliqués, réservés à une élite, elle a évolué vers des systèmes plus simples favorisant les échanges commerciaux et guerriers, ainsi que la « gestion ».
Car en Mésopotamie, pays de gestionnaires, de commerçants, de lettrés, on a trouvé des inventaires de richesses, des recueils de proverbes, des récits historiques, des codes de lois, des dictionnaires, des secrets techniques, qui montrent comment l’écriture a été un outil de civilisation autant que de communication.
En Egypte, il en va tout autrement, c’est de là que viennent les « formes premières » de l’écriture, l’image y était sacrée et empreinte d’une puissance magique. L’écriture était religieuse, symbolique. L’amour des signes était lié, chez les Egyptiens, à une force créatrice. Il est probable qu’ils ont été les inventeurs et les utilisateurs des rébus et des mots croisés, jouant ainsi avec les mots, les images et les sens.
L’alphabet est né quand les hommes en ont senti le besoin : besoin pédagogique, besoins de commerce, besoins culturels, psychologiques, tout cela a permis de démocratiser le savoir. Chaque fois que l’écriture a pris forme, dans un pays, elle a permis le développement du gouvernement, du commerce, de l’industrie, et de la culture : l’écriture ne peut exister sans la civilisation, ni la civilisation sans elle.
Le premier acte d’un conquérant qui veut détruire une civilisation est bien de brûler les archives de son histoire, comme pour la dépersonnaliser, l’effacer de la mémoire des survivants. On brûle aussi les écrits des hérétiques avec eux, pour les tuer doublement, avec leur pensée.

Passer de la tradition orale à la tradition écrite, ce n’est pas seulement créer un outil intellectuel, c’est changer le style de la communication, le message devenant indépendant de celui qui l’envoie.
Celui qui lit n’a pas besoin d’entendre, n’a pas besoin de la présence effective de l’autre. Et la densité comme la durée d’un message qu’on peut relire sont plus importants pour l’action à venir, ils permettent de préparer l’action, de l’organiser, de l’anticiper.
De nouveaux types d’activité intellectuelle peuvent émerger, grâce à l’écriture, tels l’esprit d’analyse, l’abstraction, les arrangements de mots qui font varier le sens : ainsi le langage devient un objet en soi, maniable, qui influence la réflexion, la sienne et celle de l’autre, en permettant la relecture. Le raisonnement, l’esprit de déduction, les expériences, les progrès scientifiques se cumulent et se diffusent.
Au cours des générations, se transmettent les expériences et les synthèses de chacune, les connaissances acquises sont reçues par l’enfant qui va à l’école, comme des bases de départ.
Ce qui se passe à l’échelle des générations, se passe aussi, pour chaque enfant qui apprend à écrire et à penser à travers l’écriture, dans des remaniements successifs et pas seulement par l’acquisition d’une technique.
Grâce à l’alphabet, la pensée possède un outil de mise en mémoire de ses acquisitions, mais en même temps, elle s’appauvrit de la dimension irrationnelle nécessaire à la création.
Lorsque l’imprimerie est née, en Europe, elle aurait pu tuer l’écriture, mais c’est le contraire qui s’est produit, en répandant la culture et le besoin de savoir. Lecture et écriture sont complémentaires.
Il existe aussi un lien étroit entre l’écriture et la psychologie des peuples, les différences d’écriture tenant moins à des raisons techniques qu’à des raisons psychologiques. Par exemple, dans l’écriture arabe, le signe graphique a une place exceptionnelle, l’écriture témoigne des travaux scientifiques dont cette civilisation a eu longtemps le monopole. L’écriture n’est pas figurative, pourtant elle exprime un développement culturel, est un moyen d’unification pour les pays arabes, résistant à toute simplification et remise en question.
Quant à l’écriture chinoise, elle a été longtemps l’instrument du pouvoir, apanage de spécialistes du fait de sa complication. L’écriture était comptée, dans la Chine de jadis, parmi les six arts : rites, musique, tir à l’arc, conduite des chars, science des nombres et écriture...
Par le détour de cet aspect culturel et universel de l’homme, la naissance de l’individualité apparaît nécessaire, puisque chacun s’est approprié la pensée des autres et a découvert la sienne, les liens qui l’unissent aux autres, autant que sa solitude. L’écriture a permis de dépasser cette solitude, comme on le voit dans la masse des correspondances qui se sont établies dans les familles, dès que l’écriture s’est répandue.

De nombreux écrivains ont tenté l’analyse de l’écriture, en découvrant la diversité des graphismes, comparant leurs gestes écrits et leurs attitudes de vie. Beaucoup d’enseignants, qui ont eu affaire à des personnalités en évolution. La graphologie a eu une période de « jeu de salon » dont elle s’est heureusement dégagée vers plus de rigueur scientifique.
Elle n’est pas une « peinture de la voix » comme disait Voltaire, ni un simple décalque de la parole, le scripteur se représente lui-même, dans une miniaturisation de ses gestes habituels et de sa manière de s’adapter à son environnement, il décrit les mouvements de sa vie intérieure, de ses habitudes intellectuelles, sociales, affectives, et s’il respecte les codes graphiques qui lui ont été enseignés, c’est pour y glisser des éléments personnels.
Pour le graphologue, sensible à l’image et au geste, autant qu’à la représentation du mot, ce qui est écrit l’intéresse moins que la question fondamentale :
QUI ÉCRIT ?
1
Evolution actuelle de la graphologie
La graphologie a connu son essor après la guerre, essor parallèle à celui des sciences humaines, dans un élargissement des connaissances sur le corps et des mécanismes biologiques à l’œuvre dans le caractère et par l’approfondissement des explorations freudiennes vers l’Inconscient et les sources de la vie affective. Selon les pays, la psychologie s’est orientée vers la psychophysique, l’anthropologie, la psychologie sociale, la psychologie génétique, et ces différents apports établissent des bases de connaissance indispensables à la technique.

Les différentes théories de la personnalité trouvent leur champ d’application dans l’écriture, qui peut être « lue » sous différents angles, entrer dans différents systèmes de compréhension, sans perdre son originalité. On peut grouper des éléments graphiques par un travail statistique (caractérologie), par l’approche psychanalytique (organisation de la personnalité en strates), appréhender les composantes biologiques (tempéraments), les composantes sociales : motivations, aspirations, adaptation au monde extérieur (psychologie du comportement), tout cela fait partie du travail de la définition de l’écriture.

La compréhension du graphisme a pris un nouveau tournant avec la perspective génétique, qui a montré que l’écriture, suivant l’intuition de Crépieux-Jamin, obéissait à la loi du vivant, en suivant un processus complexe de naissance, de maturation vers une organisation stable, et de décroissance avec la maladie ou l’usure organique. La méthode française est imprégnée des travaux d’Hélène de Gobineau, élève de Crépieux-Jamin, et fondatrice de la Graphométrie, avec Roger Perron, en 1954. Des composantes enfantines ont été répertoriées et traitées statistiquement, en fonction de l’âge et de la scolarité, composantes qui s’effacent avec la croissance pour laisser la place à un graphisme mieux organisé et plus aisé. Ces travaux ont été repris par l’équipe du Professeur Ajuriaguerra, à grande échelle, pour étudier les lois du développement de l’écriture enfantine, et ses perturbations (dysgraphie). Jacqueline Peugeot a ouvert la voie d’une graphologie appliquée aux enfants et aux adolescents, Robert Olivaux celle d’une rééducation de leur écriture. L’acte d’écrire a été étudié dans ses aspects pratiques ; c’est une situation qui n’est pas neutre, parce qu’elle suppose un destinataire qui influence le tracé, et une intention qui mobilise le scripteur, dans son expression. Cela induira non seulement le choix des mots et des phrases, mais aussi le choix du papier, de l’instrument d’inscription (stylo, crayon à bille, feutre) et même la couleur de l’encre. Le corps se plie à une attitude qui peut être plus ou moins fatigante ou souple, certains scripteurs pesant fortement sur la table, développent une pression de la main qui peut aller jusqu’à dix kilogrammes (R. Trillat).
La tenue de plume influence la qualité du tracé (tenue longue, tenue courte) ainsi que l’instrument, qui glisse sur le papier ou qui le creuse, dans sa progression vers la droite, donnant des graphismes légers ou appuyés, ou bien des « moirages », des variations d’intensité du trait (spasmes, allégements), des tensions différentes suivant les scripteurs. L’appréciation du trait est une difficulté majeure de la graphologie, Fanchette Lefébure a explicité dans son livre sur le Trait, ce matériau de base de l’écriture.

Peut-on considérer l’écriture comme un test ?
Dans le Manuel de Psychologie de Delay et Pichot, l’écriture est classée dans les tests expression-impression. Parce qu’elle relie deux personnes engagées dans une communication qui les modifie mutuellement. Le scripteur veut s’exprimer et, en même temps, faire impression sur l’autre, il est impressionné en retour par tout ce qu’il sait ou attend de l’autre et de sa réponse. Il veut se représenter lui-même et il se représente l’autre. Enfin, il projette sur la feuille l’image - directive qui l’habite, qui rassemble ses expériences vécues et ses désirs, mis en forme de manière unique, à l’œuvre dans son inconscient comme dans sa réflexion volontaire et dirigée (les lois de l’Expression et de la Représentation, l’image directive ont été traitées par Klages).

La dimension sociale de l’acte d’écrire et sa dimension culturelle ont été mises en valeur par les travaux sur les écritures d’enfants, parce que la maturation du graphisme, son aisance et sa maîtrise sont liées à l’exercice répété, dans l’acquisition de connaissances qui agissent en retour sur la fermeté et l’organisation de l’espace et sur la personnalisation des formes. Toute technique nécessite des répétitions qui l’automatisent (instruments de musique, sports, artisanat...) mais, dans le cas du graphisme, il y a convergence de la culture ambiante (milieu socio-culturel), du développement intellectuel et affectif, de l’habileté graphique (différente suivant les scripteurs) et de l’utilisation quotidienne durant des années.
Par ailleurs, chaque nation enseigne, avec sa pédagogie, un modèle d’écriture qui est en relation avec un modèle de personnalité sociablement désirable, qui va modifier le graphisme, lui donner une forme typique d’un pays à l’autre, liée à des attitudes sociales différentes. Pour le même alphabet latin, les modèles seront différents suivant les pays. Avec les alphabets arabes, cyrilliques ou asiatiques, le problème se complique singulièrement.
Le nouveau défi de la graphologie actuelle est la découverte de la dimension sociologique de la personnalité, qui vit dans un contexte, et ses conséquences sur un graphisme écrit en français, par des scripteurs dont la langue maternelle est autre. C’est un cas fréquent dans le recrutement, qui interroge les graphologues d’aujourd’ hui...
La connaissance du tissu économique est une obligation, pour exercer la profession de graphologue, dans le recrutement : car chaque école, chaque métier, donnent une empreinte au graphisme, empreinte qui met en valeur ou contredit les tendances naturelles de la personnalité. Il faut prendre en considération l’impact de l’environnement sur la personne, et pas seulement la psychologie d’un sujet arbitrairement exclu de son milieu de vie.

Enfin, l’accord sur la technique de la graphologie est une nécessité, pour une observation partagée et constructive et des projets de recherche.
La graphologie s’est dégagée des interprétations philosophiques qui ouvraient la voie à toutes sortes de fantaisies et la tenaient à l’écart des sciences humaines « sérieuses ». Il n’y a pas de certitudes absolues, dans l’exercice de cette technique, mais un faisceau de probabilités qui sera d’autant plus utile que les graphologues maîtriseront mieux leur « outil », à l’aide de la mesure, autant que par l’éducation du regard. Tout est présent, dans l’écriture, comme dans une oeuvre d’art, à condition d’apprendre à voir. Et pas seulement à démontrer.
L’écriture est une œuvre de création, chacun est l’artisan de sa propre écriture, la matière, la forme, l’espace, le mouvement et son rythme sont des ensembles significatifs pour le scripteur, qui rendent compte de son espace intérieur et de son comportement manifeste.

René Huyghes pense que la graphologie devrait être une branche de la Psychologie de l’Art. Dans le « Dialogue avec le visible », il montre les deux versants de l’être : « ... sur le versant lucide et réfléchi, comme sur le versant obscur et instinctif, se retrouve le même complexe mélange. Un être apparaît comme la conséquence des actions exercées sur lui, de l’intérieur par l’inconscient, et de l’extérieur par les idées, mais il est aussi un moi qui veut s’affirmer, qui tend de toutes ses forces à n’appartenir qu’à lui-même ».
2
Le geste graphique

L’ACTE D’ÉCRIRE
Lorsque nous recevons une lettre au courrier, nous pouvons avoir plusieurs dispositions d’esprit, selon l’importance accordée soit au message, soit à la personne. L’écriture transporte, non sans quelques variations, les messages les plus divers : lettres d’amour, nouvelles de la famille, réclamations, lettres administratives, qui nous renvoient à la dimension sociale de l’écrit : souscrire, inscrire, prescrire, signer, soussigner, vérifier, contrôler, rectifier, approuver, dénier, sont autant d’actes de la vie quotidienne, qui nécessitent la maîtrise de cette technique, et dont seront exclus ceux qui ne savent pas écrire.
Chacun a des réactions affectives, devant l’écriture de l’autre, comme devant un dessin qui lui plaît ou non, soit parce qu’il en apprécie les formes, soit parce qu’il recherche d’abord la lisibilité du message, ou bien parce qu’il est soucieux de l’orthographe. Autant d’écrans successifs où se projette le graphisme.
L’écriture nous parvient achevée, et le débutant va observer le résultat de l’écriture, c’est-à-dire des formes disposées sur une page, selon un ordre conventionnel et ce sont ces formes qui l’intriguent, qu’il voudrait déchiffrer avec un dictionnaire... La forme est un aboutissement, et n’est compréhensible qu’en remontant au geste qui l’a produite.
En suivant du regard le parcours de la plume, depuis le début de la feuille, jusqu’à la signature qui en marque l’achèvement, en suivant le tracé avec une pointe sèche, dans son développement au long de chaque ligne, dans la constitution du mot formé de lettres liées entre elles ou interrompues par des coupures, dans le dessin des lettres elles-mêmes, qui ont une forme personnalisée, on découvre les variations multiples du tracé, qui n’est jamais superposable à lui-même, quand le scripteur réécrit la même phrase, ou le même mot, ou la même lettre. Ce qui n’est pas le cas de l’imprimé.

ÉCRITURE ET CERVEAU
L’écriture implique une activité normale du cerveau (lorsqu’il est lésé elle est impossible, lorsqu’il est perturbé l’écriture l’est aussi), le cerveau étant la pièce maîtresse du système nerveux, où tous les messages que nous recevons, du dehors et du ded