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Figures de la parenté

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Description

Les hommages à Claude Lévi-Strauss privilégient les dimensions littéraire ou écologique de l’œuvre sans s’attarder aux études de parenté.Or, le meilleur hommage à rendre à une œuvre scientifique est de la discuter scientifiquement. Souvent présentée comme une révélation jaillie du terrain amazonien ou de la rencontre avec Jakobson, la modélisation structurale de la parenté doit être replacée dans l’histoire des sciences. Dès 1939, Marcel Granet avait énoncé la typologie complète des systèmes de parenté, réduisant l’inceste à une « faute de jeu » et valorisant la « réciprocité élargie » des alliances.
Partant du modèle Granet/Lévi-Strauss, l’enquête parcourt les formalisations de la parenté du droit romain à nos jours, en privilégiant la notion de bifurcation, sexuée ou non. On découvre qu’hommes et femmes sont interchangeables dans la théorie classique de l’alliance, à moins d’être séparés par un écart d’âge structural. Que les classifications cognitives de la parenté ruinent les interprétations démographiques. Que les locuteurs ne confondent pas l’individu avec ses équivalents structuraux : ego n’est pas quelconque mais quelqu’un. Et qu’il faut réfuter les théories déterministes qui prétendent loger des ressorts inconscients dans les structures de parenté, comme l’ordre mathématique des choses, l’intérêt caché (Pierre Bourdieu) ou le contact des chairs (Françoise Héritier).
Nourri d’exemples anciens (Égypte pharaonique, Rome impériale, Europe classique...) ou actuels (Sahara, Inde du Sud, Australie, Nouvelle-Guinée...), l’ouvrage est émaillé de 240 « diagrammes de structure » spécialement conçus pour exposer au regard et à la critique les postulats de la logique structurale.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782130740025
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0180€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

2009
François Héran
Figures de la parenté
Une histoire critique de la raison structurale
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130740025 ISBN papier : 9782130570363 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Les hommages à Claude Lévi-Strauss privilégient les dimensions littéraire ou écologique de l’œuvre sans s’attarder aux études de parenté.Or, le meilleur hommage à rendre à une œuvre scientifique est de la discuter scientifiquement. Souvent présentée comme une révélation jaillie du terrain amazonien ou de la rencontre avec Jakobson, la modélisation structurale de la parenté doit être replacée dans l’histoire des sciences. Dès 1939, Marcel Granet avait énoncé la typologie complète des systèmes de parenté, réduisant l’inceste à une « faute de jeu » et valorisant la « réciprocité élargie » des alliances. Partant du modèle Granet/Lévi-Strauss, l’enquête parcourt les formalisations de la parenté du droit romain à nos jours, en privilégiant la notion de bifurcation, sexuée ou non. On découvre qu’hommes et femmes sont interchangeables dans la théorie classique de l’alliance, à moins d’être séparés par un écart d’âge structural. Que les classifications cognitives de la parenté ruinent les interprétations démographiques. Que les locuteurs ne confondent pas l’individu avec ses équivalents structuraux : ego n’est pas quelconque mais quelqu’un. Et qu’il faut réfuter les théories déterministes qui prétendent loger des ressorts inconscients dans les structures de parenté, comme l’ordre mathématique des choses, l’intérêt caché (Pierre Bourdieu) ou le contact des chairs (Françoise Héritier)... L'auteur François Héran Après des années de terrain en Andalousie et dans les Andes, François Héran a mené des études sur le choix du conjoint, la sociabilité, l’éducation, l’abstention électorale, la transmission des langues, l’immigration. Il a dirigé l’Institut national d’études démographiques de 1999 à 2009.
Table des matières
Avant-propos Chapitre 1. Les figures élémentaires de la parenté Introduction aux « diagrammes de structure » Mots et motifs Une introduction graphique aux structures élémentaires de la parenté Les quatre structures, produit d’une longue décantation Les systèmes élémentaires comme groupe de transformations La réduction binaire : échange bipartite et co-alliance De l’échange généralisé à l’échange incestueux Chapitre 2. Figures élémentaires : premières variations Permuter les sexes Permuter alliance et filiation « Filiation complémentaire » et « alliance de mariage » Lecture locale, lecture globale : le problème des acteurs collectifs Mariages réels ou équations conjugales ? Moduler le nombre de lignées et le nombre de générations Varier les modes de filiation Le compas qui rebondit ou le retour des panakas Varier les partitions Une lecture ouverte de l’échange alterné Générations périodiques Sections sociocentrées, sections égocentrées : les langages simplifiés Germains croisés et conjoints Varier le régime de résidence Le « problème murngin » ou l’impossible corrélation entre mariage asymétrique et système de sections Chapitre 3. Systèmes obliques : l’écart d’âge structural entre conjoints Genèse des systèmes élémentaires obliques Mesurer l’obliquité des systèmes de parenté La notion de « génération matrimoniale » Possibilité d’échanges obliques Études de cas L’hypercube mis à plat Chapitre 4. Le roulement des alliances « Hyper-aranda » ou l’échange alterné avec quatre partenaires Un diagramme de structure pour modéliser le système hyper-aranda
Échange alterné élargi sur quatre générations : le système yaralde Échange alterné élargi avec retour sur deux générations : le système mekeo Lecture fermée et lecture ouverte des systèmes élémentaires Les compressions de type omaha ou crow Les systèmes du Nord Kimberley ou l’effet de perspective égocentrée Quadrille à trois temps : le « système aluridja » Damiers et caissons : les diagrammes rotatifs Les diagrammes ponctuels L’alliance ouverte : le défi des échanges complexes L’arbre de White : du diagramme de structure aux fractales Un redoublement d’alliance qui reste virtuel Une structure complexe : l’échange fractal des sœurs Le redoublement périodique fractal ou hyper-aranda Chapitre 5. Du système à l’individu : catégories structurales et degrés de proximité Faisceaux de germains et faisceaux de conjoints Exemple 1 : l’exogamie de matrilignage chez les Nayar Exemple 2 : la « préférence patrilatérale » des dirigeants chez les Nangudi Vellalar (Inde du Sud) Exemple 3 : l’endogamie patriarcale des Loubavitch Exemple 4 : les dynasties d’Europe et « l’échange des princesses » de 1615 Exemple 5 : les alliances redoublées des maisons paysannes du Gévaudan L’effet d’entonnoir ou l’insondable complexité du parent classificatoire De la co-alliance à la germanité élargie Lien classificatoire et lien direct : le retour de la proximité généalogique en milieu australien La méthode extensionniste : les arguments de Scheffler Application au problème murngin : l’impossible dénombrement des lignes Trois illusions sur la logique classificatoire Un défi à l’analyse structurale : le mariage des cousins parallèles Les apories du mariage généralisé des cousins parallèles Égypte : vingt-cinq siècles d’inceste royal L’énigme athénienne : l’asymétrie des prohibitions matrimoniales sur les demi-germains L’arbre des énigmes La théorie de Laurent Barry La Chine des Han, reflet inversé du monde arabe Les analyses de réseaux : le problème des « renchaînements d’alliance » Chapitre 6. La logique classificatoire sur le terrain : l’exemple des Etoro de
Nouvelle-Guinée Le « mariage parallèle » facteur d’alignement Limites et potentialités de la logique classificatoire La logique de l’échiquier Fissions et réactivation du lien : quand la mémoire chancelle La logique de l’équivalence : dissimulation idéologique ou raccourci cognitif ? « Transitivité » : les effets de l’alliance partagée Du « double mariage parallèle » au « double mariage croisé » : la fraternité de résidence Le mariage etoro : un retour classificatoire différé Une terminologie… post-scriptive Lévi-Strauss critique de Kelly : une fausse opposition Le débat Lévi-Strauss / Kelly sur la « contradiction structurale » Un modèle pour les Etoro : le mariage hyper-patrilatéral oblique Modéliser la réalité sans prendre le modèle pour la réalité Chapitre 7. L’empereur, sa sœur et sa fille, ou la postérité féminine d’Auguste Chapitre 8. Du droit romain à l’analyse structurale : les avatars du principe de bifurcation Arbor juris :les degrés de parenté en droit romain et droit canon Quelques variantes du calcul civil des degrés de parenté Les degrés de proximité des alliés et des familles recomposées La découverte de la bifurcation sexuée par Lewis Morgan La promiscuité sexuelle au fondement des équivalences structurales Contre le biologisme et le logicisme, les critiques de Donald Mac Lennan Vers la classification des classes matrimoniales Les calculs graphiques d’Alexander Macfarlane (1882) De Macfarlane à Héritier : l’interdit du remariage entre alliés proches De Macfarlane à Radcliffe-Brown La théorie gérontocratique de Rivers et la polémique avec Kroeber Les successeurs de Rivers Malinowski : ni diagrammes ni algèbre À l’origine des diagrammes classiques : un emprunt aux eugénistes Le neutralisme logique de Radcliffe-Brown Dravidien et Iroquois : les avatars de la bifurcation dans les vocabulaires de parenté Chapitre 9. Marcel Granet, le fondateur négligé La double nature de l’héritage durkheimien Vingt-cinq thèses de Granet sur les structures de parenté L’invention de la « réciprocité indirecte » L’inceste : plus qu’un crime, une « faute de jeu »
L’Aventurier et le Joueur discret L’alliance à sens unique, transition mythique de l’ordre au désordre Chapitre 10. Lévi-Strauss lecteur de Granet, ou la dette refoulée La formule minimale de l’échange généralisé Granet simple ou compliqué ? Classes matrimoniales ou catégories ? L’architecture des niveaux Résidence et filiation : l’échec de la théorie de l’harmonie Structuraliste en tout, sauf pour la relation hommes/femmes ? Granet s’est-il trompé de continent ? La Légende du Hollandais volé Lévi-Strauss lecteur de l’école hollandaise Le losange des filiations Philosophie politique des systèmes élémentaires L’ambivalence des dettes intellectuelles Chapitre 11. Savants sauvages, ou l’énigme d’Ambrym Cambridge-Ambrym aller-retour Un arbre généalogique ouvert La structure du vocabulaire Alignements et fratries classificatoires Une génération plus bas, une génération plus haut : l’obliquité duale Le diagramme linéaire de Barnard Les « diagrammes indigènes » de Deacon Une confirmation tardive : Deacon tributaire de Barnard Un cadre préalable incomplet : la « théorie générale » d’Armstrong Une percée vers les « groupes relatifs » : Armstrong et Seligman Le désespoir de l’élève Deacon Qui étaient les « indigènes intelligents » de Deacon ? Critique du diagramme indigène : la polémique Sartre/Lévi-Strauss Chapitre 12. Épilogue : Sept théories sur la force du lien L’éternel retour du don La dette ou le problème de la parenté conditionnelle Le paradigme de l’intérêt : portrait des Tiwis en capitalistes polygames La bifurcation des sexes : fatalement dominée par les hommes ? L’ « inceste du deuxième type » ou la surenchère de la chair Les groupes de symétrie : idéalités mathématiques et réalités tangibles Le titre et le poste ou la logique des vocabulaires « post-scriptifs » Relire les linguistes de Yale à la lumière de Max Weber Bibliographie
Index des noms Index des matières
Avant-propos
esrecherches présentées dans ce livre sont le résultat d’un marathon entamé au Ldébut des années 1980. Après plusieurs années passées en Espagne et en Bolivie à étudier la propriété de la terre et les réseaux de parenté, je venais de soutenir à l’École des hautes études en sciences sociales une thèse d’ « anthropologie sociale et historique ». Mais des circonstances imprévues m’avaient conduit à intégrer l’Institut national d’études démographiques (l’INED) et, presque aussitôt, à travailler pour le compte de l’INSEE, l’Institut national de la statistique. Ces deux organismes me confièrent la réalisation d’enquêtes nationales sur des thèmes qui naviguaient entre sociologie et démographie, sans jamais trop s’éloigner de l’anthropologie : le choix du conjoint, les formes de sociabilité, l’investissement éducatif des familles, l’évolution des structures familiales, la transmission des langues, etc. Tâches passionnantes, qui auraient pu me combler n’était mon goût invétéré pour l’anthropologie de la parenté. Mon désir d’y voir plus clair dans ce domaine à la fois énigmatique et familier avait été avivé par l’Introduction à deux théories d’anthropologie socialede Louis Dumont, publiée en 1971. Ce livre m’avait captivé. C’était une lumineuse initiation aux Structures élémentaires de la parentéde Claude Lévi-Strauss, en même temps qu’une lecture sans complaisance. Dumont ne se payait pas de mots, encore moins d’équations. Ce professionnel rendait au profane un droit de regard sur les débats professionnels. Si le contraste qu’il posait entre la théorie française de l’alliance et la théorie britannique des groupes de filiation nous paraît aujourd’hui quelque peu forcé et dépassé, au moins ouvrait-il le dossier en toute clarté, ce qui n’était pas si fréquent sur la place de Paris, où l’hermétisme avait la cote. L’anthropologie de la parenté semblait alors (et elle conserve cette réputation) une spécialité réservée à une mince élite. Le problème était ancien. Combien de lecteurs étaient-ils venus à bout desStructures élémentaires? En particulier, combien avaient-ils pris la mesure de l’appendice mathématique sur les systèmes de parenté australiens que Lévi-Strauss avait obtenu d’André Weil, le co-fondateur du groupe Bourbaki, et dont il devait souvent se réclamer ? À travers la brèche ouverte par cette note, pourtant très sobre, une avalanche d’équations allait déferler pendant des décennies sur l’anthropologie de la parenté, aux États-Unis comme en France, à Taiwan comme aux Pays-Bas. La formalisation surdimensionnée des systèmes de parenté devint ainsi une intimidante sous-spécialité, jusqu’à ce que le profane se lasse d’en attendre des lumières qui ne venaient toujours pas sur le seul point qui compte : le fonctionnement réel de la parenté. Du reste, André Weil lui-même, dans ses mémoires, se contenta d’une ligne pour évoquer ce service rendu à Lévi-Strauss : il n’avait fait que résoudre « un problème de combinatoire » : les systèmes australiens de « classes matrimoniales » étaient des systèmes binaires à la puissance deux ou à la puissance quatre ; ils ne posaient pas plus de difficulté que le pliage d’une carte routière. Mais le mal était fait. Par la suite, l’anthropologie de la parenté donna le sentiment de sauter d’une discussion byzantine à l’autre : alliance et filiation, systèmes semi-complexes de type crow-omaha, différenciation entre systèmes