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Fleur des Alpes - Savoie

De
272 pages

La noce battait son plein. Une belle noce, et riche ! Tout le pays y assistait, des Houches à Argentières ; la Compagnie des guides était là au grand complet : les Balmat, les Devouassoux, les Coutet, les Charlet, les Payot, les Cachat, les Simond de Praz, Croy, Foliquet, pas un ne manquait. Les vieux étaient venus en souvenir du père de la mariée, qu’ils avaient connu avant la « catastrophe » ; les jeunes, par amitié pour le marié ou pour les beaux yeux de la Françon dont chacun d’eux avait plus ou moins rêvé de faire sa femme.

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À propos deCollection XIX
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Édouard Labesse, Henry Pierret
Fleur des Alpes
Savoie
CHAPITRE PREMIER
La noce battait son plein. Une belle noce, et riche ! Tout le pays y assistait, des Houches à Argentières ; la Compagnie des guides était là au grand complet : les Balmat, les Devouassoux, les Coutet, les Charlet, les Payot , les Cachat, les Simond de Praz, Croy, Foliquet, pas un ne manquait. Les vieux étaie nt venus en souvenir du père de la mariée, qu’ils avaient connu avant la « catastrophe » ; les jeunes, par amitié pour le marié ou pour les beaux yeux de la Françon dont chacun d’eux avait plus ou moins rêvé de faire sa femme. Par respect pour le règlement, le guide dont c’était le tour de rôle s’était bien engagé pour une course, mais il était trop finaud pour manquer à l’assemblée des. noces. Il avait entretenu son voyageur de coutumes locales fort originales et le voyageur entrevoyant un paragraphe intéressant à ajouter à ses notes de voyage, avait renoncé au glacier des Bois pour le bal de l’hôtel des Alpes. Malgré la grâce de ses vingt ans, la Françon lui avait d’abord paru sans élégance, dans la robe de fin dra p noir qui moulait son buste juvénile ; cependant voy ant qu’on ne dansait aucun pas rustique à lui inconnu, il l’avait invitée pour une valse et l’avait trouvée charmante avec ses cheveux séparés en bandeaux sur le front, son doux visage hâlé dans lequel ses yeux bleus s’épanouissaient comme deux bluets. On était à cette heure si brûlante dans les pays de montagnes, où les rayons du soleil dardent presque perpendiculairement sur les pentes, et à l’époque d e l’année que les longs jours et les nuits courtes fo nt la plus chaude ; l’entrain des danseurs n’en était pas diminué. Le voyageur dansait, les guides dansaient, les jeun es gens d’Argentières, amis du marié, dansaient ; les filles souriaient en dansant, sans souci de la température par ce beau jour de juin, ni des légères nuées qui se formaient au sommet du mont Blanc. C’était vraiment une noce comme on n’en avait pas vu depuis longtemps à Chamonix.
C’est que ce n’étaient pas des pauvres qui se mariaient ; Françoise Bouvard apportait un petit bois et des champs à Louis Taconnaz, un de s riches cultivateurs d’Argentières. Françoise n’avait pas voulu épouser un guide, elle ne se sentait pas la force d’affronter les angoisses des jours de course extraordinaire, ni de voir son mari, comme elle avait vu son père, étendu méconnaissable sur un brancard et rapporté par les camarades en larmes. Elle les connaissait trop, ces heures passées à sui vre les hardis grimpeurs, l’œil au télescope, le cœur battant ; elle les avait assez vécues dans son enfance, du temps du père, pour les redouter. Et puis, accoutumée aux travaux des champs, elle était bien aise d’être associée au labeur de son mari. Une belle noce, en vérité, dont il devrait être parlé longtemps dans la vallée. La fanfare avait précédé le cortège depuis la demeure de la grand’mère Bouvard jusqu’à la mairie, depuis la mairie jusqu’à l’église. A l’issue de la cérémonie religieuse, tous les chasseurs avaient tenu à honneur de tirer au moins un coup de fusil en signe de réjouissance. Réjouissance, pas pour tous ; les prétendants écond uits par Françon cachaient bien un regret au fond de leur cœur. Ils se disaient que c’était la plus jolie fille du pays, la plus vaillante à l’ouvrage qui s’en allait, aussi avaien t-ils comploté de rétablir pour elle l’antique usage de l’arrêt. Ils avaient acheté des mètres et des mètres de ruban de toutes les couleurs, il avait fallu toute l’animation du bal pour qu’ils ne fussent pas encore allés barrer la route de leurs rubans à l’entrée du pont qui traverse l’Arve au bout des Praz. Les valses suivaient les polkas, les quadrilles suivaient les valses, les joues roses des danseuses se coloraient de teintes plus vives, les yeux luisaient, les cheveux se doraient sous les rayons obliques du soleil déjà près de son déclin et dans les groupes circulaient, sans s’arrêter ni s’inquiéter de savoir si leurs pas s’accordaient bien avec la cadence de la musique, deux enfants aussi joyeux, aussi animés à eux deux que tous les gens de la noce ensemble. Le garçon, très grand pour son âge, offrait le pur type celtique des anciens Allobroges ; la fillette, qu’il faisait sauter et tourbillonner, formait un vivant contraste avec lui. Elle était grande aussi, mais frêle comme un roseau, brune, pâle, avec de grands yeux plus tristes parfois qu’il ne convie nt à l’enfance. En ce moment, elle riait, parlait fort, s’agitait e t n’en devenait que plus blanche dans son élégante toilett e de surah rubis ; si blanche que la vieille nourrice de sa mère s’en inquiétait et ne cessait de l’appeler.  — Claudia, Claudia, tu vas te faire mal, viens t’a sseoir auprès de moi. Claudia secouait sa petite tête et repartait de plu s belle pour prouver à la Josette qu’elle n’était pas fatiguée. Alors la grand’mère interpellait son petit-fils d’u ne voix qu’elle croyait sévère, espérant qu’il s’arrêterait et forcerait ainsi sa petite danseuse à se reposer. Peine perdue ! Joset, avec ses solides jarrets de montagnard, ne craignait pas plus de danser tout un jour que de faire une course de montagne d’une journée. Pour Claudia, elle ne savait pas si elle était fati guée, elle savait seulement qu’elle s’amusait beaucoup et qu’elle voulait accompagner l es mariés à Argentières, dans la soirée. Son ami Joset lui avait fait entrevoir, qu’il se préparait sur la route, quelque chose de divertissant, elle voulait être là quand ce « quelque chose » se produirait.
me Donc, les enfants se tenaient prudemment éloignés d e M Bouvard, de peur d’être forcés de rentrer de bonne heure avec elle. Pourtant, la voyant seule et triste, dans l’embrasu re d’une fenêtre, Claudia sentit son petit cœur s’attendrir ; elle entraîna son valseur du côté de « maman Josette », ainsi qu’elle appelait la vieille femme, pour l’embrasser au passage. — Prisonnière ! s’écria maman Josette en enfermant Claudia dans ses bras et en l’attirant sur ses genoux. Elle essuyait le front de l’enfant et lui lissait les cheveux avec des gestes d’infinie tendresse. Claudia fut bientôt lasse de ce repos ; elle essaya de se dégager.  — Reste avec moi, mignonne, disait la grand’mère ; tu as trop chaud, tu vas te rendre malade. Qu’est-ce que ton papa dirait si sa petite fleur était malade ? Il gronder ait la pauvre maman Josette. Elle n’y serait pour rien, cependant, puisque ce serait la faute de la petite fleur qui n’aurait pas voulu être raisonnable. La fillette, peu accoutumée à se voir contrariée da ns ses désirs, recevait d’un air maussade les caresses dont la grand’mère ponctuait son discours : elle continuait à se débattre pour échapper à l’étreinte qui la retenait.  — Écoute, poursuivait Josette, si tu veux rester t ranquille, je te raconterai une belle histoire. — Cela ne m’amuse pas, les histoires. — Les autres, mais celle dont je parle est bien plus intéressante ; demande à Joset. — Il la sait ? — Sans doute, appelle-le pour le lui demander. Ce n’était pas la peine d’appeler le jeune garçon, il accourait déjà auprès de la petite camarade dont la présence lui rendait ses pérégrinations à travers champs si agréables en temps ordinaire, et le bal si charm ant ce jour-là. Cet homme de treize ans était bien trop sérieux pou r s’intéresser aux histoires, sauf à celles qui avaie nt trait aux grandes ascensions ou aux découvertes de passes nouvelles ; il se résigna cependant de bonne grâce à s’asseoir auprès de sa grand’mère pour empêcher Claudia de se fatiguer davantage. lle M Claudia Gaidoz, fille unique d’un professeur du lycée d’Annecy, était, dans la famille Bouvard, une sorte d’idole vivante devant laquelle tout le monde s’agenouillait et dont les caprices faisaient loi. La Josette l’aimait pour sa grâce espiègle, son intelligence déjà très ouverte, sa beauté frêle et aussi en souvenir de sa mère, morte deux ans auparavant. Joset lui avait voué une aveug le affection d’enfant, faite de la sympathie qui attire les uns vers les autres les êtres du même âge, du sentiment que sa force était un appui pour cette faiblesse et aussi d’une sorte de respect que lui inspirait l’instruction relativement étendue de Claudia. La petite se laissait tranquillement adorer, croyant de bonne foi sa tendresse égale à celle dont on l’entourait et très naïvement convaincue de sa supériorité sur Joset, qu’elle
accablait en conséquence de conseils touchant sa con duite dans le présent et dans l’avenir. Son ami étant auprès d’elle, elle daigna rester sur les genoux de la grand’mère et demander l’histoire promise. me M Bouvard, prise à son propre piège, tenta d’effacer cette idée par une autre en câlinant l’enfant et en lui tenant des propos plais ants pour la faire rire. C’était compter lle sans l’entêtement de M Gaidoz qui répétait : « L’histoire ! l’histoire ! Je la veux, tu me l’as promise. » Poussée à bout et ne trouvant rien dans son imagina tion, la Josette fit appel à sa mémoire, afin d’y trouver quelque chose de nouveau pour Claudia. « — Tu crois, lui dit-elle, que tu assistes à une belle noce ? Tu penserais tout autrement si tu étais assez vieille pour avoir vu celle de défunt la mère de ma mère. Elle était de loin d’ici, des Contaminés, qui est l e pays d’origine des Espiritoz et des Bouvard. Ma mère m’a toujours dit que c’était une des plus jolies filles du canton et des plus braves, comme mon grand-père était un des plus robustes garçons et des plus hardis chasseurs de chamois. Donc, le matin des noces, voilà que Catherine Espir itoz, ma grand’mère, déjà parée 1 d’une robe de drap fin, d’un mouchoir et d’un tabli er de soie, de sonfîan, du ruban, livrée de l’épousée, dont les deux bouts tombaient par derrière, jusqu’au bas de sa jupe, était en train de poser sa couronne de fleurs sur s on bonnet, quand on annonce l’approche du marié, escorté de ses garçons d’honneur. Vite ma grand’mère se sauve dans la cuisine avec ses filles d’honneur et ferme porte et fenêtres pour empêcher qu’on entre. — Je veux ma fiancée, dit le marié ; qu’elle vienne pour que je la conduise à l’église, j’ai sa parole comme elle a la mienne, elle ne peut plus me refuser.
Pendant que le père faisait les honneurs aux gens d e la noce à mesuré qu’ils arrivaient, les garçons avaient rôdé par toute la m aison et découvert la cachette de Catherine et de ses compagnes. Ils cherchaient à forcer la porte que les filles retenaient : le marié, venu à leur secours, suppliait Catherine avec de belles paroles et de be aux serments de la laisser toujours maîtresse à la maison si elle voulait ouvrir. Des filles contre des garçons, la lutte ne pouvait pas toujours durer ; la porte s’ouvrit et,
tuquet de fleurs présenté par saout fier, mon grand-père mit à sa boutonnière le bo fiancée. » — C’est ça qui devait être amusant, interrompit Joset ! Je crois bien que c’était beau, les noces de ce temps-là ! me « — Et respectueux pour la famille, reprit M Bouvard. Sais-tu où le marié et son père conduisaient la mariée aussitôt que la cérémonie de l’église était achevée ? D’abord dans le banc de sa nouvelle famille, comme pour dir e : « Vous êtes des nôtres, à présent » ; ensuite au cimetière, sur la tombe des anciens endormis dans le repos éternel, comme on va d’abord voir les vieux parents , par déférence. Après, ils l’emmenaient chez eux. — Bon ! porte close. Alors où aller ? — Nous n’irons pas ailleurs que chez nous, ma Catherine, je saurai bien te faire entrer dans ta maison. Ouvrez, ma mère. — A qui ouvrir ? A celle que je ne connais pas ? — A celle que j’ai choisie parce qu’elle est la plus jolie. — La beauté passe, je n’ouvre point.  — C’est aussi la plus travailleuse, la plus économ e, la plus active, la plus soumise à ses parents. Elle n’est jamais malade, ne rebute à aucun labeur et, ce qui ne gâte rien, ma mère, elle a des champs à joindre à nos champs. Tous les garçons ne pouvaient pas ajouter cela à l’ énumération des qualités de leur femme, mais mon grand-père le pouvait, les Espiritoz étaient « riches assez ». La mère ne trouvant plus d’objections à faire à son fils, elle n’avait plus qu’à ouvrir la 2 porte. Elle se montra sur le seuil, portant un pain et une tome qu’elle présenta à sa bru en disant : « Ma fille, conduisez-vous toujours de manière à n’en point manquer. » La mariée devait montrer qu’elle était généreuse et charitable ; pour cela elle distribuait la tome et le pain aux pauvres, et les gens de la n oce lui offraient à leur tour des présents. Ma grand’mère entra enfin et parcourut toute la maison. Dans la cuisine, quel spectacle ! O pauvre Catherin e, tu as fort à faire avant d’ouvrir le bal de tes noces ! Tout gisait pêle-mêle par terre : les écumoires, le s passoires, les marmites, les casseroles, la poêle à frire, les plats, des assiettes, tout ce qui peut se trouver dans la cuisine d’un ménage bien fourni. Ma grand’mère ne sourcilla pas : elle releva autour d’elle, avec des épingles, sa belle jupe de drap fin et se mit à laver, à ranger, à accrocher, à remettre tout en place. Quand ce fut fait, elle s’arma d’un balai et nettoya si bien le plancher qu’on aurait pu manger sa soupe dessus. Elle avait été si vite en besogne qu’on n’avait pas vidé seulement trois bouteilles de vin dans la salle en causant. Mon grand-père ne se sentait pas d’aise, tant sa mè re était contente de la bruqu’il lui avait donnée. Au repas, assis en face d’elle, tous deux aux places d’honneur ; il avait tant à faire à la regarder qu’il en oubliait le manger e t la belle-mère ne mangeait pas davantage, tant elle avait à dire de bien de la nouvelle mariée. Après le repas, on dansa toutes sortes de danses qu’on ne sait plus maintenant et qui étaient bien plus belles que celles d’aujourd’hui. Après le bal... »  — Non, non, pas ça, ne le dis pas, s’écria Joset. Claudia ne s’amuserait pas tant ce
soir. Il chuchota quelques mots à l’oreille de la grand’mère. « — Après cela, reprit-elle pourtant, car il falla it une fin au récit, on conduisit les mariés chez eux et chacun rentra dans sa maison. Voilà mon histoire. » — Oh ! voyez comme c’est beau ! fit Claudia. Elle désignait le mont Blanc du doigt. On regarda e t aussitôt les danses furent interrompues, tout le monde se précipitant aux fenê tres et sur la route pour jouir de l’indescriptible et rare spectacle qui s’offrait alors aux regards. On voit quelquefois, au coucher du soleil, une lueur d’incendie s’allumer aux vitres des fenêtres ; par un phénomène analogue, les rayons du soleil, brisés par toutes les facettes des blocs de glace, étaient réfléchis en jets flamboyants. On eût dit que le dôme s’ouvrait en un cratère, vomissant des flammes à travers ses neiges éternelles. Les flammes pâlirent bientôt, le cratère se referma laissant apparaître les grands plans neigeux tout colorés de rose, un rose pâle qui jaun issait déjà pour se fondre en un lilas tendre auquel succéda la blancheur azurée des glaci ers sur lesquels la lumière ne donnait plus. Les hautes cimes n’étaient plus qu’à peine éclairées, la vallée entière était noyée dans le crépuscule, la brise plus fraîche arrivait chargée du parfum mouillé que l’herbe dégage le soir ; tout annonçait que l’heure de se séparer était prochaine. On s’assit pour souper : la gaieté était devenue moins bruyante, les gens d’âge étant restés à peu près seuls. Les garçons s’étaient éclipsés un à un sans rien dire ; on aurait eu peine à en trouver d’autres que ceux d’Argentières. Ceux des Praz, des Bois, des Tines, de Chozalet et même une bonne partie de ceux de Chamonix arpentaient la roule pour y préparer l’incident auquel Joset avait fait allusion à la fin du récit de sa grand’mère. Le souper fut court ; Taconnaz désirait arriver che z lui avant la nuit noire et il y a dix kilomètres à parcourir, presque toujours en montant, entre Chamonix et Argentières.
Vallée de Chamonix.
Ceux qui étaient venus en voiture avaient fait atteler, les autres se groupaient d’après la localité qu’ils habitaient ou d’après leurs liens d’amitié ; il n’y avait plus qu’à échanger les derniers adieux avec ceux qui restaient.  — Grand’mère, disait Françon, montez dans la voiture et venez avec nous pour quelques jours. J’ai le cœur si triste de vous laisser seule ; venez, je vous en prie. La vieille secouait la tête ; elle aussi avait le cœur triste à l’heure de la séparation, mais elle voulait demeurer dans son vieux logis du hamea u des Favrans où ses enfants étaient nés, où son mari et son fils étaient morts ; elle sentait ses chers disparus moins loin d’elle, au milieu des objets qui leur avaient été familiers. Elle chercha Claudia pour l’emmener à la maison. lle M Claudia était déjà gentiment installée à côté de l’inséparable Joset dans la voiture qui avait pris la tête de la file ; les guides dans une main, le fouet dans l’autre, elle était prête à donner le signal du départ et à rouler au grand galop si le cheval y consentait. Aux appels réitérés de la grand’mère, elle répondai t : « Viens avec nous, viens, je veux ! » Et, ce que la vieille Josette n’avait pas fait pour la bonne Françon, elle le fit pour l’enfant gâtée qui était confiée à ses soins. Les fouets claquent, les chevaux s’ébrouent, on part, on est parti.