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Forêt et communication

De
438 pages
Cette étude a fédéré des chercheurs français et belges d'horizons divers (histoire, économie, sociologie, ethnologie, biogéographie, droit, sciences politiques et sciences de la communication). Arbres et forêts bénéficient d'une image positive, celle-ci peut s'avérer très éloignée de la situation économique et sociale vécue par les acteurs concernés par le devenir des espaces forestiers (propriétaires, gestionnaires et autres partenaires de la filière bois). Il s'agit de proposer les lignes de force d'une communication forestière nouvelle, susceptible de contribuer à une meilleure compréhension entre les forestiers et le public, voire à une réconciliation autour d'enjeux de sociétés partagés.
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G r o u p e d ’ H i s t o i r e d e s F o r ê t s F r a n ç a i s e s
Textes réunis et présentés par Charles DEREIX, Christine FARCY et François LORMANT
FORÊT
ET COMMUNICATION
HÉRITAGES, REPRÉSENTATIONS ET DÉFIS
FORÊTETCOMMUNICATION
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Pariswww.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09043-6 EAN : 9782343090436
Groupe d’Histoire des Forêts Françaises FORÊT ET COMMUNICATION Héritages, représentations et défisTextes réunis et présentés par Charles DEREIX, Christine FARCY et François LORMANT L’HARMATTAN
Ouvrages du GHFF chez L’HARMATTAN:
Forêt et montagne.Textes réunis et présentés par Charles Dereix, Christine Farcy et François Lormant.Paris, L’Harmattan,Environnement », collection « 2015, 418 pages.ISBN 978-2-343-05523-7Regards sur la forêt,Marctextes choisis et présentés par Andrée Corvol, Charles Dereix, Galochet, Pierre Gresser, François Lormant et Xavier Rochel. Paris, L’Harmattan, 2014, 477 pages.ISBN 978-2-343-02433-2 e e Forêt et Paysage, X -XIX siècle,sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2012, 449 pages. ISBN 978-2296562578 e e Forêt et Eau, X -XXI siècle,sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2007,355 pages. ISBN 978-2296038097 e- e Tempêtes sur la forêt française, XVI XX siècle,sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2005,218 pages. ISBN 978-2747593854 e e Forêt et Chasse, X -XX siècle,sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2005,402 pages. ISBN 978-2747578271
Forêt et Vigne, Bois et Vin,sous la direction d’Andrée 510 pages. (Prix Droyun de Lhuys, Académie des ISBN 978-2747528269
Corvol. Paris, L’Harmattan, 2002, sciences morales et politiques).
e Les Sources de l'histoire de l'environnement : le XX siècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2002, 750 pages. ISBN978-2747537926
e Les Sources de l'histoire de l'environnement : le XIX siècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1999, 504 pages. ISBN978-2738479402 Forêt et Marine,sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1999, 526 pages. ISBN 978-2738483164 La Forêt : perceptions et représentations, sous la direction d’Andrée Corvol, Micheline Hotyat et Paul Arnould. Paris, L’Harmattan, 1997, 406 pages. ISBN978-2738453525
Nature, paysage et environnement. L’Héritage révolutionnaire,sous la direction d’Andrée Corvol et d’Isabelle Richefort. Paris, L’Harmattan, 1995, 296 pages. (Prix Michel Texier, Académie des Sciences morales et politiques). ISBN 978-2738436023 Forêt et Guerre, sous la direction d’Andrée Corvol et Jean-Paul Amat. Paris, L’Harmattan, 1994, 326 pages. ISBN 978-2738428608 e e La Forêt malade, XVII -XX siècle,débats anciens et phénomènes nouveaux, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1994, 284 pages. ISBN978-2738427946 e e Enseigner et apprendre la Forêt, XIX -XX siècles, sous la direction d’Andrée Corvol et Christian Dugas de la Boissonny. Paris, L’Harmattan, 1993, 233 pages. ISBN978-2738414656
La Nature en révolution, 1760-1800, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1993, 230 pages. ISBN 978-2738414649
Révolutions et Espaces forestiers, sous la direction de Denis Woronoff, préface de Michel Vovelle. Paris, L’Harmattan, 1989, 264 pages. ISBN978-2738401281 © L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue del’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com-diffusion.harmattan@wanadoo.frISBN : 978-2-xxx-xxx EAN : 978xxx
Avant-propos 1 Andrée CORVOLe Le XXI siècle serait-il celui de la communication ? On pourrait le penser au vu des caractéristiques contemporaines :l’instantanéité et la globalisation qui transforment la Terre en ce jardin planétaire où le moindre événement est connu de tous et rejaillit sur beaucoup. On pourrait en douter aussi car, de tout temps, il a été impossible d’appréhender les faits sans recevoir un minimum d’information, impossible également de les manipuler sans pratiquer un minimum de désinformation. Cela assurait la puissance des pouvoirs et des médias, au mieux, pour révéler et renseigner, au pis, pour biaiser et tromper. Cependant, si les campagnes engagées poursuivent des objectifs différents, elles présentent un point commun : la place faite à l’Arbre, la Forêt ou le Bois sous forme d’images et d’icônes, d’invocations et de références, de comparaisons et de commentaires. Ainsi, l’Arbre, la Forêt et le Bois sont des vecteurs abondamment utilisés, très souvent dans desregistres n’ayant aucun rapport avec les espaces forestiers visités ou préservés, les ressources ligneuses certifiées ou employées par les organismes publics ou privés : ces acteurs servent seulement à identifier l’utilisateur. En fait, l’Arbre, la Forêt et le Bois se déclinent de mille façons et cela, depuis longtemps. Mais quelle légitimité et quelle efficacité ont ces politiques de communication qui interviennent dans une perspective environnementale ou dans une perspective économique ? Il faudrait d’ailleursles associer au lieu de les opposer,ce que l’on fait souventdans les pays où il n’est plus besoin dfaire feu de tout bois e « ». Cette formule traduit son importance matérielle, alors que notre époque en retient la signification symbolique. Le Groupe d’Histoire des Forêts Françaisesa entreprisd’étudier les modalités de la communication forestière au moment où les Nations Unies consacraient l’année 2011 à la Forêt. Mais l’officialisation de ce programme, autrement dit sa formulation et sa présentation à des soutiens de longue date, ministère de l’Agriculture, ministère de l’Environnement, Office National des Forêts (ONF) et Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest (SYSSO), remontait à 2009 ; le démarrage de la recherche proprement dit, avec le rassemblement de l’équipe et la collecte des financements, à 2011, ce qui montre combien l’entreprise fut facilitée par l’ouverture de «l’Année de la
1 Directeur de recherche honoraire CNRS, présidente d’honneur du GHFF.
Andrée CORVOL
Forêt », à commencer par le déblocage des fonds ! En vérité, cette aventure collective n’aurait peut-être pas débuté sans interrogation personnelle et celle-ci a des racines lointaines. Dans les années 1980, mes réflexions s’étendaient à la délinquance forestière, paysanne pourl’: constituéeessentiel, mais pas seulement d’infractions mineures, elle était attribuée à des personnes isolées ; elle était limitée en quantité comme en violences, eu égard aux densités rurales constatées. Ces réactions, injures, menaces, atteintes, concernaient moins la personne des gardes forestiers que leurs insignes, plaques et bandoulières, insignes tangibles de la puissance publique. Et pourtant, malgré la modestie 2 de ces « attentats », l’exagération était habituelle et cela, des deux côtés. Les administrateurs évoquaient des « séditions » généralisées, afin de justifier l’ocrévoltes »; les administrés, des « troi de moyens supplémentaires quotidiennes, afin de recouvrer la gestion du patrimoine boisé. Bref, le virtuel comptait autant que le réel, mais de temps en temps, l’un d’eux l’emportait, ce qui amenait action répressive ou action contestataire. Ces conditions expliquent l’importance d’une communication préventive,afin de préparer leurs habitants à une mesure qui, forcément, dérangera leurs habitudes. Dans les années 2000, mon approche s’étendit aux innovations sylvicoles (conversions) et aux politiques nationales (boisements) du dernier e tiers du XIX siècle, période où émergea la communication forestière. Cette communication essayait de répondre aux mutations rapides de la société. La direction des Forêts prenait conscience, un, que l’impopularité administrative ralentissait ses projets et, deux, que les associations pro-nature présenteraient des contre-projets. Elle devait convaincre les citadins sensibles aux paysages forestiers de la justesse de ses positions. Certes, pour l’heure, il n’y avait pas urgence : le mouvement visait les massifs proches de la ville, mais il pouvait en toucherd’autres, dans les régions de villégiature, montagne ou littoral ; il était porté par les couches aisées de la société, mais il pouvait en gagnerd’autres: professions libérales, enseignants, employés, même si le manque de congés, de transports et d’argent empêchaitces derniersde fréquenter les forêts de l’Ile de France. Quant aux populations campagnardes, la cause semblait perdue. C’était vrai pour les adultes,mais un espoir restait : sensibiliser lesenfants grâce à l’enseignement des instituteurs, ces « hussards noirs de la République ». La communication développée par la direction des Forêts n’aborda pas les avantages économiques du patrimoine sylvicole, ses orientations « mercantiles » étant controversées, orientations qui seraient dites
2 A. CORVOL,L'Homme et l'Arbre sous l'Ancien Régime, Paris, Economica, 1984, 757 p. 6
Avant-propos
« productivistes » au siècle suivant ; elle insista plutôt sur les relations entre l’Homme et l’Arbre, thématique accessible à de jeunes esprits.e Trois phases dans cette politique que le XX siècle tarda à ressusciter. Dans la période 1890-1910, des conférences furent proposées aux directeurs des écoles normales : elles assuraient la formation des enseignants ; ils pourraient ainsi transmettre la parole des forestiers. Au cours des années 1920-1940, des pépinières furent suggérées aux directeurs des écoles rurales : elles accueillaient la majorité des élèves ; ils pourraient ainsi mesurer la fragilité des plantules et la nécessité de leur entretien. Enfin, entre 1990-2010, l’opération «À l’École de la Forêt» ranima les principes antérieurs. À l’époque,ces principes inspiraient une pédagogie de projets particulièrement innovante.Il s’agissait de visites proposéesaux enseignants assistés par un technicien de la forêt ou du bois. Guidés par leur instituteur et un professionnel, les enfants du primaire découvraient la forêt, sa gestion, ses bienfaits et ses métiers. Mais tout cela dut être adapté à la désertification rurale, à la massification scolaire et à la puissance médiatique : le personnel forestier devaitregarder vers les jeunes citadins et espérer en l’Éducation nationale.
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Un siècle d’efforts! Oui, mais ponctuels, chronologiquement et territorialement. Aussi les résultats furent-ils décevants. Au fond, l’accent était missur la Forêt, espace de liberté et univers d’harmonie,et oubliait ses ressources et ses débouchés avec, à terme, les formations et les professions du Bois. Faute de moyens ? Sans doute. Manque de durée ? Certainement. En fait, ces tentatives furent réservées au premier cycle, sans embrasser les quatre années du cursus. Et aucune ne persévéra assez longtemps pour marquer une génération, soit vingt-cinq à trente ans : les guerres, les crises créaient d’autres priorités;et puis, dans les ministères, l’Agriculture ne dérogeant pas à la règle, les ministres passaient, les personnels changeaient, les attributions fluctuaient, les compétences variaient si bien que la transmission n’était pas assurée. Ainsi, l’éducation des jeunes à la forêt, superficielle,disparaissait avant même qu’ils aient atteintl’adolescence,
3 http://www.ecoledelaforet.agriculture.gouv.fr/7
Andrée CORVOL
période compliquée où la promenade dominicale en compagnie des parents, 4 en forêt ou ailleurs, devient insupportable . Mais ce demi-échec n’avait-il pas d’autres causes? Inadaptation des formules qui semblaient percutantes et des images qui semblaient consensuelles ? Contamination des messages forestiers par des communications qui usaient de l’Arbre, de la Forêt et du Boisdans une perspective différente ? Cela justifiait les recherches dont le livre dresse le bilan. L’année 2011 fut celle, avons-nous dit, de la Forêt. Il était donc grand temps de recenser les messages écrits ou visuels qui la concernaient de près ou de loin. L’objectif était de repérer les erreurs passées et les oublis actuels afin d’améliorer l’efficacité des politiques de communication. Relevant des sciences sociales, le programme associa des historiens, des juristes, des sociologues et des biogéographes, tous spécialistes de l’Arbre, de la Forêt ou du Bois. Conduite sur le temps long (cinq siècles), l’étude n’ignora pas que, depuis cinquante ans, bon nombre de citoyens européens s’inquiètent de la situation et du devenir des forêts mondiales, des forêts tropicales surtout, les forêts septentrionales ne retenant guère leur attention. Cette défense passionnée des forêts « chaudes », par opposition au faible intérêt que suscitent les forêts « tièdes » ou « froides » est-elle liée au passé colonial des États européens, encore que celui-ci fut plus ou moins riche, considérable aux yeux des Anglais et des Français, mais négligeable aux yeux des Allemands ? Pourtant l’Amérique du sud, qui fut la chasse gardée du Portugal et de l’Espagne,inspire moins leurs citoyens que les Belges et les Français : eux se passionnent pour la forêt amazonienne, alors quel’histoire récente devrait plutôt les pousser à s’intéresser aux forêts del’Afrique du Centre et de l’Ouest.Cet engouement, on le retrouve dans les documentaires et les commentaires ; il a fini par influencer la perception detoutes les forêts, et pas seulement des forêts « chaudes ». Par conséquent, le GHFF dut analyser les représentations des arbres, des forêts et du bois qu’ont utilisées les politiques religieuses, gouvernementales, commerciales ou touristiques ; et, inversement, leurs répercussions dans l’appréhension de ces trois sujets.En raison de l’élargissement des perspectives, des renforts étaient nécessaires. Le GHFF les trouva à Louvain-la-Neuve, les crédits de la Région wallonne finançant les thésards et les chercheurs regroupés autour de Christine Farcy, Thierry De Smedt et Pierre Fastrez, qui professaient dans cette université.
4  Actes du colloqueQuels futurs pour la forêt de Soignes et les Hêtraies européennes?, Académies royales de Belgique, Bruxelles, 29 décembre 2011, publ. IBGE (Département Gestion Nature, Bruxelles Environnement) & SAFS (Société des Amis de la Forêt de Soignes). 8
Avant-propos
Cette affection pour la Forêt imprègne ceux qui fréquentent les 5 espaces forestiers tout autant que ceux qui ne les parcourent jamais car 6 résidant dans un quartier riche en arbres et en jardins ou relevant d’un milieu où le goût du vert, sociologiquement et matériellement, est faible. Dans les deux cas et quelle que soit la situation familiale ou personnelle, l’image de l’Arbre, de la Forêt et du Bois est extraordinairement positive. Il en va de même des éléments qui renvoient à ces mots ou à un seul, éléments qui peuvent être un animal, cervidé ou écureuil, ou un végétal, feuille ou souche, fruit ou tronc. Cette image profite à tout ce qui leur est lié : croyances religieuses, régimes politiques, volontés administratives, structures industrielles, intentions commerciales, ambitions touristiques, présentations d’un homme, d’un groupe, d’un lobby ou d’un parti, etc. Les concepteurs de ces campagnes, que d’aucuns appelleraient propagandistes ou publicitaires, augmentent ainsile rayonnement et l’efficacitédes messages. Un exemple ? Le fabricant de chaussuresSneakers Fargo. Par militantisme écologique, attitude réelle ou feinte, il consacre un euro par boîte vendue à la plantation d’un arbre: il en aurait déjà financé plus de 185 000 !Chaque tige représente donc bien davantage que l’espoir d’avoir, un jour, quelque ligneux ; elle traduitl’engagement de l’entrepriseen faveur d’une planète verte et d’une forêt préservée. Car les boîtes sont construites en carton recyclé et dépourvues desurpackaging, les dirigeants de cette firme et leurs communicants accusant les industriels des pâtes et des papiers de surexploiter le plus précieux des patrimoinesde l’humanité: les forêts naturelles. Moralité : leurs arbres seraient à conserver, mieux : à multiplier. Cette conception témoigne des angoisses de l’époque: un univers que la folie des hommes rendrait minéral, l’absence de verdure signifiant l’impossibilité de la photosynthèse et, par conséquent, la hausse de la teneur en CO2et la baisse de celle en O2et en H2O. En fait, cette crainte hanta les esprits bien avant que les physiologistes aient démontré l’activité e chlorophyllienne en phase diurne (XIX siècle) et même bien avant que les e naturalistes eussent noté l’existence de grains verts dans les feuilles (XVII7 siècle) . Vieille de quelques milliers d’années, la frayeur qu’inspirait l’idée d’une terre sans arbre remonteaux civilisations néolithiques :l’agriculture et l’arboriculture comptaient parmi les plus grands bienfaits des Mères
5  A. CORVOL, C. BILLENLes Bruxellois et la forêt de Soignes, préservation et transformation du patrimoine forestier, rapport au Ministère de l’Environnement, Région Bruxelles-Capitale et Université libre de Bruxelles, 1992, 56 p. dactyl. 6  5 H. CHAUCHAT et al.,La représentation de l’arbre d’ornement et l’horizon temporel. Enquête en région parisienne, rapport au secrétariat d’État chargé de l’Environnement, version réduite, 1991, 85 p. dactyl.7 A. CORVOL,L’Arbre en Occident,Les Héritages, Paris, Fayard, 2009, 372 p. 9