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Formation d'une élite paysanne au Burkina-Faso

De
208 pages
Ce texte est une analyse concrète des risques et incertitudes nécessaires à la modernisation agricole en Afrique. L'auteur, qui montre clairement les différents acteurs, à travers leurs discours et leurs pratiques, leurs stratégies et leurs ruses, nous peint également au-delà d'un effort de théorisation, " l'homme au travail " dans un contexte d'apprentissage de nouvelles normes de production. Aussi analyse-t-il cette nouvelle identité d'une élite paysanne en passe de devenir le porte-parole d'une paysannerie dont elle refuse de plus en plus les habituelles " représentations pleurnichardes ". En effet, comme on le verra dans ce texte, du " paysan affamé et parasité " au " paysan New Look " réclamant une vidéo, un téléphone, un stade omnisports et une bibliothèque, et qui pourrait un jour monter à bord de son hélicoptère pour superviser ses champs, après avoir consulté sa salle d'ordinateurs - nous sommes bien dans la province du Sourou au Burkina Faso -, il y a plus qu'un discours, il y a là comme la trajectoire rêvée de la " modernité " tout court.
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FORMATION , D'UNE ELITE PAYSANNE AU BURKINA FASO

Dans la collection "Alternatives rurales" Dirigée par Dominique Desjeux et Babacar Sali
Dernières parutions: A. Guichaoua, Destins paysans et politiques agraires en Afrique Centrale. Tl : L'ordre pays~n des hautes terres du Burundi & Rwanda, T2: La liquidation du monde paysan congolais. Ledea-Ouedraogo, Entraide villageoise et développement. Groupements paysans au Burkina-Faso. Streiffeler & Mbaya, Zaïre, village, ville et campagne. Vincent, Manuel de gestion pratique es astociations de développement rural du tiers monde. Tl : Organisation, administration, communication. TI : Gestion financière. Bodiguel & Lowe, Campagne française, campagne britannique.

J. Franquen,

Agriculture

et politique

agricole

en France

et au Québec.

G. Collomb, Du bon usage de la montagne. Touristes et paysans. M. JoUivet, Pour une agriculture diversifiée. Collectif, Les entrepreneurs .ruraux, agriculteurs, artisans, commerçants, élus locaux. M.-C. Maurel,Les paysans contre l'Etat. Le rapport deforees polonais. D. WoronofT (éd.J, Révolution et espace forestier. B. SaU, Modernité paysanne en Afrique noire. Le Sénégal. R. Carron (G.E.M, présidé par), Pour une politique d'aménagement des territoires ruraux. I. Albert, Des femmes, une terre. Une nouvelle dynamique sociale au Bénin. D. Bodson, Les villageois. S. Taponier, D. Desjeux, Informatique, décision et marché de l'information en agriculture. M. Salmona, Les paysans français. Le travail, les métiers, la transmission des savoirs. B. Marquet, C. Mathieu, Paysans montagnards en Tanzanie.

J. Risse,

Histoire

de l'élevage

français.

O. Galland, Y. Lambert, Les jeunes ruraux. B. Bruneteau, Les paysans dans l'Etat. Le gaullisme et le syndicalisme agricole sous la Vème République. Marc Poncelet, Une utopie post-tiersmondiste. La dimension culturelle du développement, 1994.

@ L'harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3384-7

Sadamba TCHA-KOURA

FORMATION .D'UNE ELITE PAYSANNE AU BURKINA FASO

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

A Élisabeth ILBOUDO

INTRODUCTION
L'échec des projets hydroagricoles a été enregistré en Afrique depuis les années 30 (Yasmine Marzouk Schmitz, 1987) et les possibilités d'en améliorer les résultats restent plutôt limitées. En effet,
« on peut compter sur les doigts de la main les périmètres d'irrigation

qui, au sud du Sahara, ont été couronnés de succès. Les périmètres présentent de si grands inconvénients que de nombreux ingénieurs en irrigation reconnaissent qu'avec leurs méthodes actuelles il est impossible de projeter des périmètres viables et qu'ils sont donc obligés de s'engager dans une autre voie» (Diemer et Van der Laan, 1987). D'après les auteurs de ce constat, d'ailleurs classique, les problèmes principaux qu'engendrent les périmètres irrigués sont: - des coûts d'aménagement très élevés (il faut inclure dans ces coûts, les investissements pour l'aménagement physique, la surveillance de l'exécution, l'assistance technique, les coûts de fonctionnement, etc.) ; ces coûts entraînent un endettement substantiel des gouvernements africains; - des coûts élevés de remise en état; - la nécessité des subsides pour leur exploitation; - la multiplication rapide des maladies hydriques dont la bilharziose et le paludisme; - la dégradation de l'environnement (salinisation des sols, déboisement, perturbation des cours d'eau, etc.) ; - l'accentuation des inégalités entre les différentes couches sociales, entre hommes et femmes, entre adultes et jeunes, etc. (idem, pp. 1316) ; lire aussi à ce sujet David Sheridan, 1985). Après de tels constats d'échec, on est bien tenté de se demander pourquoi nombre d'États africains persistent dans cette voie coûteuse de modernisation agricole dont ils n'ont ni les moyens techniques ni les moyens financiers. L'une des réponses officielles à cette question, c'est que, malgré tous ses dangers, l'irrigation demeure encore une source de promesses et pourrait devenir, pour certains pays du Sahel surtout, la meilleure solution face au problème de la famine. Le Burkina Faso fait par exemple partie des pays qui, selon la FAO, ne pourraient plus nourrir à moyen et long termes leurs populations s'ils ne recouraient pas à l'irrigation en vue d'améliorer la productivité des sols et du travail (entretien avec Abel Tigassé, Ouagadougou, avril, 7

1991. Lire également le texte qu'il avait présenté lors d'une conférence à Ouagadougou: Tigassé, 1991). En tout cas, les conditions climatiques erratiques confèrent en partie une crédibilité aux discours de légitimation des modes d'intervention de l'État en milieu rural. Certains auteurs (par exemple Jean-Marc Ela, 1990, et H. Derriennic, 1977) ne voient dans cette intervention que des formes insidieuses de domination et d'exploitation de la paysannerie par un État qui a conservé sous le pli d'un discours légèrement démaquillé les mêmes logiques d'action que le colonisateur. De telles approches dénoncent généralement l'expulsion des paysans des centres autonomes de décisions, les formes coercitives d'encadrement et de sociabilités, les nouveaux types de rapports de pouvoir entre État et paysans au désavantage des derniers, la mobilisation des ressources matérielles et humaines locales pour la réalisation prioritaire d'objectifs externes, etc. Ces approches, qui pêchent aussi souvent par l'idéalisation des pratiques et savoirs paysans, constituent comme une démarche antithétique par rapport au discours officiel habituel, celui de l'État qui, lui, situe toujours son action dans une logique d'assistance presque désintéressée à la paysannerie. En effet, dans le discours officiel, l'accent est plutôt mis, non sur les enjeux macroéconomiques, sociaux et politiques des grands projets, mais sur la nécessité d'aider les «ruraux », la «majorité défavorisée ». Les importants enjeux tels que le contrôle politique des campagnes, la rentabilisation des investissements, la recherche d'une crédibilité auprès des bailleurs de fonds, sont dans cas minimisés au profit du souci permanent d'apporter les meilleures solutions aux problèmes des villages. Ainsi parle-t-on plus souvent de «modèle participatif» de développement, d'« auto-promotion paysanne », de «développement endogène », etc. Bref, lorsqu'il s'agit des projets destinés aux villages, on exprime plus, du moins théoriquement, le souci d'initier de nouvelles formes d'organisation et d'encadrement qui puissent favoriser une gestion intégrée aux systèmes socio-politiques, économiques et culturels locaux. On voit alors les « développeurs » ingénieurs agronomes, techniciens, bailleurs de fonds, États, encadrement, etc. - produire un discours qui se confond de plus en plus aux thèses que les chercheurs des sciences sociales surtout opposent à leurs pratiques effectives. Ces thèses sont pour l'essentiel contenues dans cette idée de Pierre Boirai: «le schéma culturel d' action (d'un projet) doit réutiliser les schém(:ls culturels en place et les mécanismes disponibles. En tout cas, il ne doit pas y avoir incompatibilité entre son contenu et la culture sur laquelle il vient se greffer» (Boirai, 1985, p. 54). C'est à cette réutilisation des schémas culturels et des mécanismes socio-politiques locaux que Diemer et Van der Laan (op. cit.) 8

attribuent le succès des petits périmètres irrigués chez les Haalpulaar au Sénégal (lire aussi, à propos de ces périmètres, ENDA: 1986 et J. Hecq, F. Dugauquier: 1990). Nous pouvons même ajouter que c'est à de telles idées qu'on doit en partie les fausses évidences selon lesquelles les petits projets .sont nécessairement plus efficaces que les grands (ce n'est pourtant pas ce que démontre Marie-Christine Guéneau à partir d'études de cas sur le terrain africain. Guéneau: 1986). Mais dans la réalité, les projets de développement rural ne fonctionnent-ils pas généralement sur l'idée qu'« il n'y a de modernité qu'hétéronome» (B. Sali: 1993, p. 9) ? Ne rendent-ils pas toujours nécessaire la «mise en œuvre des organisations bureaucratiques spécialisées dans la conception et l'administration du « changement provoqué» ? (J.P. Chauveau: 1992, p. 26). Certes, le discours sur la participation paysanne et les pratiques peu différenciées qui tentent de le concrétiser renchérissent cette autre idée devenue classique: «l'adhésion des populations aux projets les concernant est une condition d'efficacité» (Philippe Lavigne Delville: 1992, p. 32). Mais concrètement, la « rhétorique formelle de la participation », dont parle Chauveau, reste souvent parallèle aux pratiques effectives sensées lui conférer a posteriori sa crédibilité. En d'autres termes, la nécessité reconnue de comprendre les systèmes paysans, la connaissance des sociétés agraires, n'impliquent pas forcément «l'instauration d'un véritable partenariat entre les chercheurs, les agents de développement et les paysans. Dans bien des cas, les sociétés agraires concernées restent un objet d'étude et d'intervention, plus qu'elles ne sont mobilisées pour leur propre transformation» (Pillot, cité par Delville, op. cit., p. 32). C'est d'ailleurs cette persistance des pratiques incriminées qui confère à l'anthropologie mêlée au développement une certaine crédibilité même si elle la pousse aussi parfois vers une autosatisfaction «perverse» que dénonce J.P. Dozon. En effet, les anthropologues auraient tendance à soutenir systématiquement que «les échecs ou les résultats médiocres des multiples projets de développement, tout particulièrement en Afrique, seraient dus à une très insuffisante connaissance, voire une totale méconnaissance des sociétés locales; la demande et surtout l'offre d'anthropologie viseraient donc à combler les plages d'ignorance dans lesquelles les « développeurs» se sont régulièrement empêtrés jusqu'à prendre quelque peu conscience» (Dozon: 1991, p. 14). Mais, et si le problème ne se situait pas toujours au niveau de l'inadéquation entre les logiques des projets et les logiques paysannes? Et si l'incrimination de cette inadéquation ne faisait que favoriser l'occultation d'autres problèmes plus complexes dont la gestion ne peut être aisée pour personne? Il nous semble que ce n'est pas toujours au projet de s'adapter aux paysans, mais aux paysans de 9

s'adapter au projet. Aussi les capacités d'un projet à réutiliser les mécanismes culturels et politiques locaux ne peuvent-ils constituer une condition suffisante ni même nécessaire d'efficacité. L'adhésion des populations aux projets les concernant viendrait avant tout de l'intérêt réel que ces projets suscitent dès le départ, et leur efficacité pourrait dépendre à la fois de la souplesse de leurs propres mécanismes à favoriser des adaptations paysannes à des rythmes variables mais supportables et de leurs ressources à inventer de nouvelles solutions viables. Généralement, le projet porte en lui-même les facteurs de démobilisation progressive des populations dont il a réussi dans un premier temps à réaménager les systèmes de motivations. Les moyens mis en jeu pour son succès sont sources de nouveaux risques et de nouvelles incertitudes qui s'actualisent sur le terrain de la réalisation et qui ont un effet pondérateur, voire destructeur, sur les promesses initiales amplifiées par le discours officiel mobilisateur (à propos des risques de l'agriculture en général et en particulier de l'agriculture irriguée, lire Collectif: 1989). Par exemple, l'agriculture irriguée dont une suite d'expériences se déroule dans la province du Sourou au Burkina Faso et qui constitue l'objet de notre présente étude a nécessité l'introduction, dans des villages où les moyens de travail demeurent encore rudimentaires, des techniques agricoles très «sophistiquées» : systèmes d'irrigation par gravité et par aspersion. Après tout, lorsqu'on se débarrasse des soucis douteux de la préservation des cultures paysannes (qu'on ramène souvent au rang d'espèce animale menacée d'extermination), on peut se demander: « mais pourquoi pas de telles techniques si elles peuvent permettre l'amélioration des conditions de vie des paysans et favoriser leur plus grande intégration à la vie économique nationale et internationale?» La technique n'est pas mauvaise parce qu'elle est sophistiquée et destinée à des paysans habitués aux moyens archaïques de travail. Mais elle peut le devenir, au moins pour ceux qu'elle pénalise, dans la mesure où, théoriquement présentée comme moyen de régulation et de sécurisation de la production, elle en devient un facteur d'irrégularité et d'insécurité. «Nous les paysans, nous ne refusons pas les méthodes nouvelles qui peuvent nous aider à changer un peu de vie et à nous moderniser un peu. Nous voulons nous aussi changer. Donc leur problème d'irrigation a suscité de grands espoirs dans nos villages ici. Mais le problème, c'est que leurs machines-là, ce n'est pas du sûr comme ils nous l'avaient dit. Elles posent des problèmes qui les dépassent eux-mêmes» (entretien avec un paysan du bloc 50 ha de l'Autorité de Mise en Valeur de la Vallée du Sourou - AMVS -, mai, 1991). En plus des insécurités et risques techniques, il y a les nécessaires incertitudes des circuits d'écoulement de la production destinée pour 10

l'essentiel à la commercialisation. Enfin, nous pensons que la modernisation agricole dans les campagnes africaines met surtout l'État et les paysans en face des problèmes dont ils n'ont pas forcément la même compréhension ni la même interprétation, mais qui impliquent leurs diverses capacités de maîtrise et d'adaptation. S'adapter aux (maîtriser les) logiques paysannes, logiques des fonctionnaires, contraintes de production de l'irrigué, etc., gérer de façon capitalistique les facteurs marchands de production, maîtriser les circuits d'approvisionnement en intrants agricoles et les filières d'écoulement de la production, etc. : n'est-ce là pas le plus grand défi à lever par tous les acteurs impliqués dans la gestion des projets? C'est par rapport à ces nécessaires adaptations et apprentissages, qui n'impliquent pas forcément les mêmes contraintes ni les mêmes gains ou pertes pour tout le monde, que les notions vagues de « succès» et d'« échec» prennent leur véritable sens. Dans ce travail nous partons de l'idée que le succès ou l'échec global d'un projet n'a pas forcément une grande signification pour les différents acteurs qui en sont les artisans. Ce qui importerait, c'est non seulement ce que les uns et .les autres font et/ou font faire en vue du succès, mais surtout ce que les uns et les autres considèrent comme leur personnel gain ou perte. Que signifierait par exemple l'échec global d'un projet pour un paysan qui estime avoir gagné grâce à ce projet? Et que signifierait pour lui le succès de ce projet si personnellement il estime avoir perdu? Tout le monde ne gagne pas et tout le monde ne perd pas non plus dans ces situations d'incertitude, c'est pourquoi tout le monde n'a pas la même perception des résultats globaux du projet. C'est pourquoi les paysans, contrairement' à ce qu'on a l'habitude de laisser entendre, ne forment pas un collectif solidaire en face de l'encadrement, que certains paysans apprécient le même encadrement que d'autres dénoncent, que certains abandonnent leur parcelle alors que d'autres s'y intéressent de plus en plus, que les uns approuvent les changements imposés de l'extérieur à leur société alors que les autres y voient comme des menaces à leurs prérogatives sociales et économiques antérieures, etc. Nous travaillerons beaucoup plus à partir des éléments que nous avons pu recueillir au Burkina Faso, de décembre 1990 à juillet 1991 (décembre 1990 à avril 1991 : enquêtes à Ouagadougou; mai 1991 à juillet 1991 : enquêtes dans la sous-région des projets au Sourou) en privilégiant les méthodes de l'observation directe et des entretiens libres. Notre démarche sera plus proche de l'analyse stratégique qui nous permettra de donner plus de place à l'acteur qu'aux théories abstraites. Car ce qui nous importerait, ce serait « l'homme au travail », pour utiliser ici le titre d'un livre d'Alain Cotta (Cotta: 1987). Notre analyse s'articulera principalement autour du triptyque terre/organisation/production, c'est-à-dire autour de la logique productiviste qui nécessite, comme préalables, une réforme agraire et 11

l'institution de nouvelles formes de sociabilités et des rapports de travail entre paysans d'une part et d'autre part entre paysans et encadrement (par le biais des coopératives). Les conséquences principales en seraient: - l'insertion plus étroite de la paysannerie au« capitalisme dans tous ses états» (Alain Cotta: 1991) par le truchement d'une consommation accrue de facteurs marchands de production et la commercialisation nécessaire de l'essentiel de la production; - la formation plus ou moins rapide d'une société rurale spécialisée au sein de laquelle de nouveaux modes de différenciation (ou de différenciation/identification) pourraient accélérer la désorganisation des bases des hiérarchies traditionnelles; - la diffusion plus importante en milieu rural des modes de vie dits urbains, la diffusion d'une modernité tout au moins symbolique, - et l'émergence d'une «élite paysanne» qu'on ne pourrait réduire à un pur produit du discours démagogique de l'État, etc.

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Historique de l'irrigation

au Sourou

Avant de faire l'historique succinct des projets du Sourou, nous décrirons d'abord la zone de leur accueil en énumérant les caractéristiques générales (climat, populations, activités économiques, etc.).

Province du Sourou : généralités

Le Sourou est l'une des 30 provinces du Burkina Faso. Comme celles de Bagré et de la Comoé par exemple, cette province hérite du nom du plus important cours d'eau dont elle est pourvue. Elle se situe au Nord-Ouest du Burkina Faso. Les zones des projets se localisent à 220 km à vol d'oiseau de Ouagadougou, et 260 km par la route, (Gersar, 1989). Elle est considérée généralement comme une zone de Sarno, mais les populations riveraines de la plaine directement concernée par les aménagements sont plutôt, en majorité, des Marka-Dafing. Les Sarno et les Mossi qu'on y rencontre sont des allochtones arrivés à la recherche de terres. Les Peulh, les Rimaibé et les Bella sont, quant à eux, des éleveurs nomades ou sédentarisés (l'on peut lire à propos des. populations du Sourou un texte ancien de Françoise Izard-Héritier et Michel Izard, 1958). Les activités économiques qu'on observe au Sourou sont l'agriculture, la pêche, l'élevage, l'artisanat, le petit commerce, la chasse, la cueillette, etc. Nous nous étions intéressé plus particulièrement aux villages directement touchés par les projets, c'est-à-dire les villages dont une partie des terroirs a été aménagée et/ou dont quelques exploitations ont obtenu une parcelle irriguée sur les périmètres. Il s'agit de villages d'autochtones marka-dafing et de villages de colonisation de création récente et destinés à l'accueil des familles d'exploitants irriguants non originaires de la zone marka. Les villages autochtones sont Di, TomaLacustre, Niassan, Débé, Bossé, Tani, Gouran, Yaran et Lanfiéra. Les

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villages de colonisation sont Toma-Koura, Benkadi, Sababougnouma, Souroukadé, Doum Kafar et Guiédougou. La Vallée, excepté le fait qu'elle est dotée d'une source pérenne ce qui n'est pas le cas de toutes les régions du Burkina -, rappelle nombre d'autres zones du Burkina Faso: sans relief tranché, avec des horizons monotones. Son climat est de type nord-soudanien marqué par deux saisons de durées très inégales: la saison des pluies va théoriquement de mai à septembre (la période de juillet-août étant celle des plus importantes précipitations), mais la saison sèche reste la plus longue. D'ailleurs, le Sourou est une zone en général très peu arrosée; la moyenne pluviométrique, selon une étude du Gersar, est de 761mm (580mm en année sèche décennale et 960 mm en année humide décennale). Grâce à la Sofitex de Di, on a pu enregistrer sur quatre ans les données pluviométriques suivantes:
1985 1986 1987 1988

Moyenne 632mm

481mm

679mm

498mm

871 mm

Au cours de certaines années, il pleut, d'après les paysans, moins de dix fois par saison dans la région du Sourou. Avec un tel climat, l'on ne peut s'attendre à y trouver une végétation luxuriante. La végétation du Sourou rappelle, en effet, celle du paysage général du pays. Elle se caractérise par sa rareté et son inégale répartition d'une zone à l'autre. Il y a au bord du fleuve et à travers la brousse une prépondérance des épineux et d'autres arbres rabougris, puis des espaces dénudés (champs, anciens champs, passages de transhumance, espaces déboisés, etc.). On rencontre quelquefois de gros arbres fruitiers qui sont protégés parce qu'ils constituent des sources de revenus pour les femmes ou parce que, sous leurs feuillages, les cultures ont des rendements plus élevés: ce sont, entre autres, les pruniers et les raisiniers sauvages, les arbres à karité, les « balanzans » (Fhaiderbia Albidia). Avec l'introduction de l'irrigation, qui nécessite un déboisement intégral des espaces à mettre en valeur, cette protection sélective des arbres fruitiers devient parfois impossible. L'agriculture irriguée est dans ce domaine un facteur supplémentaire de désertification, d'autant plus que les programmes de reboisement qui l'accompagnent se soldent presque toujours par des échecs. Elle s'ajoute en effet à d'autres facteurs anthropiques de dégradation de la végétation telle que la coupe de bois pour des besoins divers (énergie, poutres et poutrelles pour la toiture des maisons, fabrication artisanale de meubles, agriculture et élevage extensifs, etc.). La mise en valeur des terres irriguées, qui nécessite l'installation, dans la zone des projets, de paysans venus d'autres régions, augmente 14

elle aussi la charge démographique sur l'environnement. Le souspeuplement de cette zone riveraine devient dès lors relative avec l'arrivée massive de ces e~ploitants allochtones. Ceux-ci s'installent en principe définitivement au Sourou dans des villages sans chefferie traditionnelle. Ils deviennent une donnée nouvelle dans la dynamique de la population de cette zone en pleine transformation, transformation essentiellement liée aux projets dont nous pouvons faire maintenant l' historique.

Historique des projets du Sourou

Les aménagements hydroagricoles du Sourou appartiennent à l'ère des «grands barrages », à ce que Funel et Laucoin (1980) appellent « les aménagements de la troisième génération ». Il s'agit en fait d'un projet colonial que les différents gouvernements de la Haute-Volta indépendante reprendront à leur compte. Officiellement, la mise en valeur des terres alluviales du Sourou et des autres vallées du Burkina Faso répondait, à l'époque coloniale, à un double objectif socio-économique: d'une part, permettre à des paysans des zones surpeuplées (Plateau Mossi notamment) et sans terres de pouvoir s'installer dans des régions peu peuplées et pourvues de terres plus fertiles, et, d'autre part, développer une agriculture de rente en mobilisant les ressources naturelles et humaines locales. On devait développer au Sourou une deuxième sucrerie, la première étant implantée dans la Comoé, à Banfora. Cette agriculture industrielle aurait pu bénéficier des conditions locales favorables: une source d'eau pérenne, une vallée sous-peuplée et sous-exploitée et puis une main d'œuvre bon marché. Cependant, les aménagements prévus à l'époque coloniale n'avaient pas été réalisés malgré les études qu'ils avaient nécessitées. En effet, de 1952 à 1959 les autorités coloniales firent faire au Sourou des études techniques et scientifiques: sociologiques, économiques, pédologiques, climatologiques, etc., en vue de déterminer les modalités de mise en valeur. Mais jusqu'en 1960, année de l'indépendance du pays, il n'y eut que la création, en 1956, d'une station d'essai à Di, pour l'expérimentation de cultures vivrières et industrielles dans des conditions hydrauliques naturelles et artificielles. C'est seulement après les indépendances que les différents gouvernements reprendront à leur compte les plans d'aménagement et de mise en valeur, pour redéfinir les objectifs assignés à l'irrigation: réduire les importations de riz, atteindre l'autosuffisance et la sécurité 15

alimentaires. Deux phases de la réalisation des projets en cours actuellement au Sourou méritent une attention particulière, à cause du contexte socio-politique qui les avait favorisées. Il s'agit d'abord de l'opération «Cent familles»: 1965-1966, puis du Sourou décrété « Avenir du pays» : 1984. L'opération Cent Familles est directement liée au sort de l'Office du Niger 1, la grande opération d'irrigation dont les débuts remontaient à 1932, et qui avait consisté en l'aménagement des terres pour la culture de riz et de coton, conformément au schéma directeur de la mise en valeur des colonies par l'administration métropolitaine. Lorsque le Mali devint indépendant en 1960, il hérita de ces vastes terres irriguées pour en continuer la «mise en valeur» avec les paysans comme attributaires de parcelles. L'État malien avait officiellement opté pour le socialisme. Cette option politique devait influer sur les modalités d'exploitation des terres irriguées de l'Office du Niger. Le Mali choisit son Franc qui valait 0,50 F.C.F.A. Le prix du paddy chuta alors, et il y eut l'extension de la culture du coton (pour en savoir davantage sur l'Office du Niger au Mali, lire le livre de E. Schreyger, 1983). Tous ces changements provoquèrent le départ, de l'Office du Niger, des ressortissants voltaïques, qui avaient été recrutés et placés comme colons sur les périmètres irrigués. Ce que l'on baptisa L'opération Cent Familles, c'était justement le programme de réinstallation de ces anciens paysans de l'Office du Niger sur un nouveau périmètre irrigué du Sourou. C'est en 1965 que le gouvernement voltaïque, avec l'appui de la Croix Rouge Nationale, avait lancé une campagne en faveur des colons voltaïques revenus du Mali. Il s'agissait d'installer ces rapatriés sur un périmètre agricole où les connaissances et savoir-faire qu'ils avaient acquis à l'Office du Niger devaient être mis à profit en vue de bons résultats techniques et économiques. C'était la véritable phase de démarrage des projets hydroagricoles du Sourou. Le Fonds d'aide et de Coopération (FAC) finança l'aménagement d'un périmètre irrigué pour un coût de 150 millions de F.C.F.A. anciens. «Les terres qui relevaient traditionnellement des villages marka de Lanfiéra, Gouran et Yaran, note J. Y. MarchaI à propos de ce projet, ont été déclarées domaine de l'État et 145 hectares y ont été lotis: trois blocs de 40 ha chacun et un bloc de 25 ha, divisés en parcelles de 5 ares. Un aménagement hydraulique a été mis en place: un canal de 1,4 km de longueur pour amener l'eau du Sourou à une station de pompage qui l'élève de 4 à 8 mètres, jusqu'au niveau du circuit d'irrigation, une digue en terre compactée pour protéger l' aménag~ment contre une
1.
Nous tirons l'essentiel des informations sur l'Office du Niger et de la mobilité des colons burkinabè d'un texte de Jean-Yves MARCHAL, "Un périmètre agricole en Haute-Volta. Guiédougou - Vallée du Sourou", in Cahiers ORSTOM, série Sciences Humaines, vol. XIII, nol, 1976, pp. 57-76. 16

éventuelle inondation, un réseau d'irrigations (3 100 mètres de canaux primaires et 6 600 mètres de canaux secondaires) disposé le long des parcelles d'un hectare et un réseau de collecteurs pour l'évacuation des eaux» (idem, p. 58). Le périmètre irrigué fut officiellement créé par un arrêté du 8 décembre 1966 et la mise en valeur de 50 hectares en culture de coton débuta avant même la fin des travaux. A la fin de l'année 1966, il Y eut la création d'un village de colons, «Guiédougou »' - qui signifie, en dioula, le Village de l'Union - pour abriter 148 familles (862 personnes) reparties comme suit: 93 familles (482 personnes) de samo, 52 familles (352 personnes) de mossi et 3 familles (28 personnes) de Marka. Les Samo, majoritaires et originaires du cercle de Tougan, étaient des rapatriés du Mali, d'où leur intérêt plus marqué pour l'exploitation encadrée des terres irriguées. Les Mossi, également venus de l'Office du Niger ou de régions environnantes, étaient fortement représentés dans le Village de l'Union. Quant aux Marka, autochtones des villages du projet, ils ne montrèrent qu'un faible intérêt pour cette forme de culture venue concurrencer une activité aussi fructueuse que la pêche. L'objectif de l'opération «cent familles» ne fut cependant pas atteint puisqu'au début de l'exploitation, seulement 25 % des rapatriés de l'Office du Niger étaient attributaires de parcelle, et ce taux évolua à la baisse par la suite. Néanmoins dans le paysage du Sourou, ce périmètre, dont nous reparlerons plus loin, devait être la première véritable «plaie» technique ou point de départ pour des aménagements plus importants. Il y eut ensuite à Di (Sourou) des périmètres exploités par la SOMDIAA (Société d'Outre-Mer pour le Développement des Industries Agro-Alimentaires) : il s'agissait des trois pivots de 70 ha chacun (pivot Di en 1977, pivots Niassan et Toma en 1980). En 1982, la Caisse Centrale de Coopération Économique finança l'aménagement d'un autre casier de 144 ha à Guiédougou, ce qui y portait la superficie irrigable à 290 ha (Gersar, 1989, p. 9). Nous avons constaté que chaque régime, à la suite de l'administration coloniale, et pour des objectifs identiques, aura laissé ses empreintes sur les terres du Sourou, les modalités d'exploitation et les structures d'encadrement restant identiques. Cependant, c'est avec l'arrivée au pouvoir le 4 août 1983 du Capitaine Thomas SANKARA que le Sourou prendra une grande ampleur politique, l'on aurait même pu croire que le projet n'avait jamais existé auparavant, que son idée ne fut lancée qu'à partir du 4 août 1983, date de l'avènement de la Révolution. La Révolution, qui dénonçait les projets « gigantissimes », n'avait pas résisté elle non plus à la. séduction du «Projet Sourou », ce dernier étant, pour René DUMONT, le plus gigantissime que le Burkina Faso ait pu entreprendre (Dumont, 1986).
17

Pourquoi, malgré l'option politique mettant l'accent sur le développement autocentré et l'indépendance économique, le régime Révolutionnaire avait-il opté lui aussi pour des techniques agricoles, qui ne peuvent se développer sans impliquer une dépendance de l'État et des paysans vis-à-vis des organismes internationaux, des bailleurs de fonds et des bureaux d'études étrangers? Dans le cas du Burkina Faso, c'est du moins ce que nous avions compris après plusieurs entretiens, et comme nous l'avions déjà noté d'ailleurs dans l'introduction, l'irrigation est présentée comme une solution incontournable, la seule qui puisse permettre au pays de réduire l'écart entre le taux de croissance économique (3 %) et celui de la production agricole (1 %). L'importance quantitative des aménagements à travers le pays traduit bien l'intérêt que les pouvoirs publics portent à l'irrigation. «Actuellement, on recense près de 810

barrages, toutes dimensions confondues, au Burkina (H') Ces barrages
permettent (...) d'irriguer 16750 ha» (Devey et Lingane, 1993, p. 487). Au fait, de quoi s'agit-il lorsque l'on parle du projet Sourou avec la Révolution? Nous emprunterons la réponse à René Dumont: «il s'agit d'un projet d'irrigation basé dans un affluent de la Volta noire, le Sourou; un barrage sur la Volta devait faire refluer les eaux de cette rivière permanente du pays sur son affluent. De la vallée du Sourou à celle de la Volta Noire, 24000 hectares pourraient être irrigués. Il serait ainsi possible de faire deux récoltes de céréales par an et il y aurait place pour une seconde sucrerie» (op. cit., p. 74). Ce projet nécessitera la construction du barrage de Léri, à quelques kilomètres du village qui lui donnera son nom. Au même endroit, il y avait déjà eu en 1976 un barrage-vanne qui devait empêcher que les eaux stockées réalimentent la Volta en période de décrues. En 1983, la Révolution optera pour la déviation intégrale de la Volta Noire dans le Sourou, l'ensemble des débits de la Volta aval transitant alors par l'ouvrage de Léri (Gersar, 1986). Après la réalisation du canal, l'on devait s'intéresser au problème du financement des périmètres à aménager. Les coûts de réalisation du barrage avaient été supportés par les finances publiques. Mais pour l'aménagement de 500 ha irrigables la négociation des prêts devint nécessaire. Le Burkina s'adressa au FED. Le bailleur de fonds opta plutôt pour un projet-pilote de 50 ha. D'ailleurs, même pour l'aménagement d'une surface dix fois plus réduite par rapport aux ambitions initiales du pouvoir, le FED n'accorda des crédits que deux ans plus tard. Cependant, malgré les difficultés à convaincre les financiers, donc malgré les difficultés à trouver les financements, l'État burkinabè persiste, au Sourou, dans cette voie de modernisation agricole; en effet, depuis 1985, on y aménage de nouveaux périmètres grâce en partie aux financements étrangers. On peut répartir ces périmètres en IR

trois groupes selon les ministères d'encadrement:

de tutelle de leurs structures

- Les périmètres de la SOFITEX de Di ; - Les périmètres de l'A.M.V.S. de Niassan ; - Les périmètres maraîchers de Guiédougou. * Les périmètres SOFITEX-PRODECIS de Di (Ministère de la Promotion Économique) : - Trois pivots de 70 ha chacun (le pivot Di a été créé en 1977, les pivots Toma et Niassan en 1980) rétrocédés au PRODECIS (Projet de Développement des Cultures Irriguées en Paysannat au Sourou) en 1985 par la SOMDIAA (Société d'Outre-Mer pour le Développement des Industries Agro-Alimentaires) qui les exploitait depuis 1981. - Deux rampes frontales de 200 ha (rampe 1 : 1987, rampe 2 : 1988) financées, pour la réalisation par la CCCE (Caisse Centrale de Coopération Économique) - devenue par décret du 30 octobre 1992 la CFD (Caisse Française de Développement) - à concurrence de 800 millions de francs C.F.A. anciens, et pour le fonctionnement par la SOFITEX (Société des Fibres et Textiles) à 600 millions de FCFA anciens (nous précisons « anciens» à cause de la dévaluation du FCF A dont nous reparlerons dans la conclusion générale). Les assolements principaux y sont le maïs, le sorgho, le blé, le coton. Le système d'irrigation est l'aspersion imitant les chutes naturelles (nous reviendrons sur les assolements et les techniques d'irrigation dans notre analyse du système de production). * Les périmètres de l'A.M.V.S. (Autorité de Mise en Valeur de la Vallée du Sourou) de Niassan (Ministère de l'Eau) : - Le périmètre pilote de 50 ha financé par le FED (Fonds Européen de Développement) est mis en exploitation depuis 1986 ; - Le périmètre 140 ha financé par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (C.N.S.S.) du Burkina a été mis en exploitation en 1987 ;
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Le périmètre

460 ha, également

financé par cette même Caisse a

accueilli des exploitants en 1990 ; - En 1991, deux nouveaux périmètres étaient en cours très avancé d'aménagement (le 500 ha financé par le FED et le 200 ha par la BOAD - Banque Ouest Africaine de Développement: ce dernier périmètre est mis en cuJture depuis juin 1993 par de jeunes diplômés chômeurs organisés en entreprises agricoles - nous en reparlerons dans le dernier chapitre), un autre de 900 ha devait être aménagé sous peu, plusieurs autres périmètres en projet attendent des financements. Sur les périmètres de 1'AMVS, il s'agit principalement, pour le moment, de la rizicuJture avec le système d'irrigation gravitaire à canaux à ciel ouvert.
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* Les périmètres maraîchers de Guiédougou-Lanfiéra de l'A.V.V. (Aménagement des Vallées de la Volta - Ministère de l'Agriculture et de l'Élevage) : - Un premier casier de 144 ha aménagé en 1966 pour accueillir les paysans rapatriés de l'Office qu Niger; - Un deuxième casier de 144 ha aménagé en 1982 sur financement de la C.C.C.E. Le système d'irrigation est le gravitaire : le système gravitaire avec réseaux de canaux à ciel ouvert sur le casier 1 et le système gravitaire avec amenée d'eau par canalisations souterraines, appelé système californien, sur le casier 2. Ce sont des périmètres essentiellement maraîchers avec pour spéculations principales le haricot vert et la pomme de terre (Gersar, 1989, pp. 9-18). Tous ces périmètres s'intègrent dans un schéma directeur des aménagements qui devait, à long terme, aboutir à la transformation de toute la région en une suite de champs irrigués. C'est à ce seul titre que le Sourou pourrait devenir effectivement «l'avenir du pays ». Mais la grande dépendance de ce genre de projets aux capitaux étrangers et aux conditions fluctuantes de leur octroi peut laisser supposer un rythme d'aménagement beaucoup plus lent que les pouvoirs publics ne le prévoient avec optimisme et même irréalisme. On l'a vu avec le Sénégal et ses grandes ambitions de la mise en valeur du fleuve Sénégal, les superficies aménagées, quoique déjà importantes, y restent en deçà des programmes initiaux (Sidy Seck, 1991). Cependant, les périmètres déjà aménagés au Sourou constituent quand même des enjeux importants tant pour l'État que pour les paysans, autochtones et allochtones. Ils peuvent donner lieu à l' anaryse surtout de la politique de sécurisation foncière qui est, pour l'Etat, du moins officiellement, un préalable à l'amélioration de la production agricole.

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