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Formes sociales de la pauvreté en Mauritanie

De
150 pages
La Mauritanie est un pays qui a fait l'objet de peu de travaux académiques en sciences sociales. Cet ouvrage propose des textes inédits. Il actualise les connaissances sur des sujets n'ayant été que très peu étudiés dans ce pays : le statut social, la mendicité, la prostitution, les enfants des rues et les orphelins. Une information sur les formes visibles de pauvreté.
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Formes sociales de la pauvreté en Mauritanie

Jérôme Ballet BilaI auld Hamzetta

Formes sociales de la pauvreté en Mauritanie

L'Hannattan 5-7, me de l'École-Polytechnique; FRANCE

75005 Paris

L Hannattan

Hongrie

Espace Fac..des

L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia 15

L'Harmattan

Burkina

Faso

Kënyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Sc. Sociales, Pol. et Adm. , BP243, KIN XI de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 10 124 Torino

1200 logements I2B2260 Ouagadougou

villa 96

1053 Budapest

Université

ITALIE

12

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01280-9 EAN: 9782296012806

Introduction

Jérôme BALLET UMR C3ED (IRD-UVSQ) Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines BilaI HAMZETTA Ecole Normale Supérieure, Nouakchott et GREP ADEM

La problématique des formes sociales de la pauvreté dépasse largement le cadre de l'analyse usuelle de la pauvreté monétaire. Elle s'articule autour de dimensions sociales tout en construisant des liens avec cette dernière. Elle fournit ainsi des références incontournables pour l'étude du développement socialement soutenable (Ballet et al. 2005b). La Mauritanie a été jusqu'à présent l'objet de peu d'écrits sur cette problématique. Hamzetta (2003), Ballet et Hamzetta (2003), Ballet et al. (2005a) ont insisté sur le fait que certaines formes de solidarité sociale pouvaient provoquer l'appauvrissement des populations les plus vulnérables. Ces études concilient de fait des dimensions sociales et des dimensions économiques. Néanmoins, l'analyse des formes sociales de pauvreté reste très marginale dans ce pays. Les cinq textes présentés dans cet ouvrage constituent des études inédites. Ils sont issus pour certains de recherches financées par des institutions internationales. Ils ont en point commun d'être fondés sur des études de terrain menées par les auteurs. Chacun de ces textes pose à sa manière un regard sur les formes sociales de pauvreté en mauritanie. Le premier texte de Salem ould Mohamed el Mactar s'interroge sur le rôle du statut social, plus particulièrement sur l'appartenance ou non à la noblesse, comme déterminant de la pauvreté. A partir' d'une analyse économétrique des données 7

d'une enquête réalisée par l'auteur, le texte fournit un certain nombre d'éléments confortant l'idée que la stratification sociale est fortement déterminée dès la naissance à travers les origines familiales des individus. Dans le contexte mauritanien, l'origine sociale constitue un facteur essentiel de la situation de pauvreté des ménages et contribue ainsi à maintenir la stratification, voire la ségrégation sociale. Dans le second texte, BilaI Hamzetta reprend le cas d'une figure emblématique de la pauvreté qu'est le mendiant. Le texte analyse la relation entre mendicité et pauvreté ainsi que la place faite aux mendiants dans la société mauritanienne. De ce texte se dégagent plusieurs réflexions remettant en cause l'image simpliste du mendiant-pauvre. D'une part mendicité et pauvreté ne sont pas systématiquement synonymes, même si l'une et l'autre se recoupent la plupart du temps. D'autre part, la mendicité et par conséquent les mendiants occupent une place particulière dans la société. Ils ne sont pas exclus au sens propre du terme mais font partie d'une organisation de la société où le besoin de charité est aussi fort du côté des demandeurs que des offreurs. Les mendiants sont aussi indispensables que tout autre métier. Enfin, de ce fait, la mendicité constitue une véritable activité dont certains aspects forment un espace de liberté pour les mendiants. Cet espace de liberté se construit en raison des opportunités offertes par la société mauritanienne aux personnes exerçant la mendicité. Le troisième texte de Amadou Sali porte sur la prostitution à Nouakchott. Il dresse le portrait d'un phénomène mal connu et peu étudié en Mauritanie. A travers les données présentées, l'auteur apporte un éclairage sans précédent sur le phénomène dans ce pays. Il établit le parcours des prostituées en relevant les éléments qui les mènent progressivement à cette activité. La prostitution est bien une activité de second choix, faute de pouvoir gagner sa vie par d'autres moyens. L'état des lieux réalisé invite à s'interroger sur la pénalisation des prostituées et sur les autres solutions à mettre en œuvre. . Le quatrième texte de Jérôme Ballet traite du phénomène des enfants des rues. L'auteur évoque la combinaison des facteurs affectifs et des facteurs monétaires à l'origine du problème. Il établit un panorama de la discussion sur ce sujet en Mauritanie et 8

insiste sur l'importance de la dimension affective. Les interventions purement axées sur l'aspect monétaire ont peu de chances de résoudre le problème. C'est une prise en compte des enfants dans leur situation de détresse qu'il convient de mettre en œuvre. Cela suggère pour le moins de repenser l'éducation et le système éducatif dans une société marquée par des pratiques éducatives relativement violentes. Le cinquième et dernier texte présenté par Mohameden ould Lafdal et Abdoulaye Sow concerne les enfants orphelins. Ce texte illustre de manière détaillée la situation de cette catégorie d'enfants et les conditions de leur prise en charge dans la société mauritanienne. Il souligne les conditions de vie très précaires que subissent ces enfants et le peu d'attention dont ils font jusqu'à présent l'objet. Ce texte est au coeur de la problématique des formes sociales de pauvreté tant la condition faite aux enfants orphelins constitue un indicateur, certes relatif, mais néanmoins pertinent de la faible préoccupation éducative accordée aux enfants et du peu de projection anticipée envers la situation des générations futures. Si les formes sociales de pauvreté nous révèlent quelque chose, ce sont bien les mécanismes de reproduction intergénérationnelle de la pauvreté, dont les enfants orphelins constituent une catégorie sensible.

Bibliographie
Ballet J., Chamack M., Hamzetta B. (2005a), «La Lawha, une forme de capital social pervers en Mauritanie », In Ballet J. et Radja K. [eds], Le capital social en action, territoires et transferts, Paris, L'Harmattan. Ballet J., Dubois J.L., Mahieu F.R. (2005b), L'autre développement, un développement socialement soutenable, Paris, L'Harmattan. Ballet J. et Hamzetta B. (2003), «Le capital social comme protection sociale? le cas de la Mauritanie », Tiers Monde, 175,637-655. Hamzetta B. (2003), «Solidarité sociale et lutte contre la pauvreté en Mauritanie », ln Ballet J. et Guillon R. reds], Regards croisés sur le capital social, Paris, L'Harmattan. 9

Impact de la stratification sociale sur la pauvreté en Mauritanie
Salem OULD MOHAMED EL MOCTAR

Introduction
Depuis les années 1980, les déséquilibres macro-économiques et la quasi-absence de progrès social constituent une caractéristique commune à plusieurs pays africains, confrontés à une profonde crise économique et sociale. La Mauritanie n'échappe pas à ce contexte, malgré la mise en œuvre dès le début des années 1980 de programmes de réformes structurelles, et l'adoption en 1994 d'une stratégie de lutte contre la pauvreté. Dans ce pays, influencé par un environnement interne peu favorable, par les vicissitudes du contexte international et l'incertitude des politiques internesI, de nombreux ménages ou individus sont actuellement dans l'incapacité d'obtenir ou de perpétuer un niveau de bien-être correspondant à un minimum acceptable par les normes de la société. Cette situation est d'autant plus préoccupante pour les individus qui se situent au bas de la hiérarchie sociale, vivant de façon concentrée dans les quartiers défavorisés2. La persistance de la pauvreté dans les strates inférieures de la société fait référence à une accumulation de difficultés économiques et sociales (accès limité aux possibilités de développer les capacités, exclusion, mobilité sociale réduite, etc.) à laquelle sont confrontés les membres de ces strates. Dans ce
I Le rapport sur le Développement humain durable de 1996 développe les contraintes inhérentes à l'économie mauritanienne, voir Pnud P996). Cette situation n'est qu'un constat car les statistiques qui peuvent la justifier ne sont pas disponibles pour des raisons politiques. 11

contexte, comprendre pourquoi les membres des strates inférieures de la société se maintiennent dans la pauvreté se présente comme un enjeu important pour les décideurs politiques chargés de formuler et de mettre en œuvre une politique de lutte contre la pauvreté. Sur la base des données d'une enquête que nous avons réalisée en Mauritanie, nous utilisons un cadre d'analyse des modèles logit/probit pour évaluer l'impact de la position sociale d'un individu au sein de l'échelle sociale, c'est-à-dire son statut social sur son état de pauvreté. L'analyse se déroule en deux étapes. Tout d'abord, on isole les caractéristiques des individus pauvres et celles des individus non-pauvres. A partir des caractéristiques d'un individu, on sera en mesure de déterminer s'il est pauvre ou non. L'intérêt de cette étape est de montrer s'il existe une corrélation entre le statut social et la pauvreté. Ensuite, on se propose d'identifier les déterminants de la pauvreté en Mauritanie à l'aide d'un modèle logit. L'importance de cet exercice de modélisation, hors les directives de politique de lutte contre la pauvreté sur lesquelles il permet de déboucher, est de montrer si la position sociale d'un individu constitue un facteur explicatif de son état de pauvreté afin de confirmer ou d'infirmer l'analyse théorique. Dans une seconde étape, on évaluera l'impact du statut social d'un individu sur ses dotations en ressources et plus précisément sur sa dotation en capital physique ou financier. Mais avant d'entamer ces étapes, nous ferons une présentation de notre enquête puisque les données de celle-ci seront utilisées par la suite.

1. Présentation des données de l'enquête
L'absence de données relatives à la structure sociale nous a conduit à la réalisation d'une enquête par sondage portant sur un échantillon de 250 ménages et couvrant les deux principales villes du pays (Nouadhibou et Nouakchott). Cette enquête a eu lieu en février 1999. Avant d'entamer notre enquête au niveau de Nouakchott et Nouadhibou, il était nécessaire d'avoir une base de sondage afin d'effectuer un échantillonnage représentatif. Ainsi, nous avons utilisé la liste des abonnés de la SONELEC (Société nationale d'eau et de l'électricité) classés par ordre alphabétique 12

et qui comporte 8500 abonnés. Nous avons supposé que chaque abonné est un chef de ménage. Le choix de la liste des abonnés de la SONELEC plutôt que celle des abonnés d'une autre société se justifie par le fait que l'eau et l'électricité sont presque consommées par toutes les catégories sociales. La méthode d'échantillonnage appliquée pour l'enquête est la méthode d'échantillonnage systématique ou échantillonnage aléatoire. Dans notre cas, nous avons donc considéré la population des 8500 abonnés classés par ordre alphabétique de la SONELEC dans laquelle nous avons prélevé un échantillon de 250 individus selon la méthode de l'échantillonnage systématique. L'enquête couvre les domaines suivants: caractéristiques des individus, état de santé Gugement de l'individu sur son état de santé, état physique et mental), alphabétisation (niveau d'instruction, niveau de scolarisation, institution scolaire fréquentée, niveau d'études), activités économiques (emploi, occupation, chômage), conditions de logement, patrimoine des ménages, organisation sociale: ethnies, castes, classes sociales. Les données ont été recueillies en une seule visite auprès d'un seul membre du ménage en l'occurrence le chef de ménage ou son remplaçant. Mis à part les interrogations sur sa précision et sa représentativité, cette enquête permet de fournir un support à notre analyse de la pauvreté en Mauritanie plus que de fournir des résultats mauritaniens officiels. L'enquête a permis d'établir une base de données qui comprend pour chaque individu 18 variables:

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5 d'entre elles relèvent de caractéristiques propres à l'individu. Ce sont les variables âge, sexe, situation matrimoniale, état physique et mental, la taille du ménage; 3 concernent l'organisation sociale. Ce sont les variables ethnie, statut social, classe sociale; les 10 autres renseignent sur l'importance du patrimoine de l'individu (ressources, niveau d'instruction, propriété du logement, diplôme, niveau d'études, institution scolaire, santé,

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activités économiques) et la fragilité de la situation de l'individu (statut du travail, domiciliation). Parmi ces variables, 15 sont qualitatives, et 3 sont quantitatives. Avant de commencer l'étude à proprement parler, nous avons entrepris certaines transformations sur la base de données: dans un premier temps, nous avons regardé s'il y avait des observations aberrantes ou des variables peu pertinentes; ensuite, dans la perspective de faire des Analyses en Composantes Multiples, nous avons rendu discrètes les variables quantitatives en faisant des tranches, puis transformé les modalités de certaines variables qualitatives. Nous avons également créé la variable SEUIL qui comprend deux modalités, pauvre (pauvre) et npauvr (non-pauvre) à partir de la variable MONT_RES (montant des ressources). A partir de la variable MONT_RES qui représente le revenu total mensuel du ménage au sens élargi c'est-à-dire un ménage composé non seulement du père et de la mère (noyau central) mais également des enfants et de toutes les autres personnes dépendantes du noyau central (parents et amis), nous avons créé la variable REV (revenu). La variable REVest égale au montant des ressources ou revenu total mensuel (MONT_RES) divisé par la taille du ménage c'est-à-dire le nombre de membres du ménage élargi. La variable REV constitue en effet le revenu mensuel individuel. Si le REVest inférieur ou égal à 390$ (seuil de pauvreté défini par la Banque mondiale pour la Mauritanie) alors SEUIL se réduit à pauvre et si REVest supérieur à 390$, Seuil est non-pauvre. A partir des variables: diplôme, niveau d'études, institution scolaire et niveau d'instruction, nous avons créé la variable NIV_SCO (niveau de scolarisation). Si l'individu est allé uniquement à l'école coranique ou n'a pas de niveau d'instruction c'est-à-dire ne sait ni lire ou/et écrire alors NIV _SCO est égal à sans scolarisation (San_seo); si l'individu est allé dans une école moderne, a un niveau d'études primaires mais n'a pas de diplôme alors NIV _SCO est primaire (Prim) ; si l'individu a été scolarisé dans une école moderne, a un niveau d'études primaires et a le diplôme du primaire, a un niveau d'études secondaires premier cycle (collège) mais n'a pas de diplôme du secondaire premier 14

cycle alors NIV-SCO est collège (ColI) ; si l'individu a fréquenté l'école moderne, a un niveau d'études secondaires premier cycle mais a le diplôme du secondaire premier cycle, a un niveau d'études secondaires second cycle mais n'a pas le diplôme du secondaire alors NIV _SCO est lycée (Secondo) ; si l'individu a été dans une école moderne, a un niveau d'études secondaires second cycle et a le diplôme du secondaire (Baccalauréat), a un niveau d'études supérieures mais a ou n'a pas le diplôme de l'enseignement supérieur alors NIV_SCO est supérieur (Sup). Nous avons également créé la variable lieu de résidence (LIE_RES) à partir de la variable domicile (DOMICILE). Si la variable DOMICILE est: Zouerate, Atar et NDB alors la variable LIE_RES est le Nord. Si la variable DOMICILE est: Aioun, Barkeole, Boustelle, Kiffa et Tintane alors la variable LIE RES est l'Est. Si la variable DOMICILE est: Aleg, Bababe, Selibaby, Tekane, Tiguent, Trarza, Wad naga, Boghe, Boutilimit, Brakna, Idini, Keadi, Rkiz et Rosso, alors la variable LIR_RES est le Sud. Si la variable DOMICILE est Nouakchott alors, la variable LIR_RES est Nouakchott. A partir de la variable type d'activité (TYPE_ACT), de la variable statut du travail (STAT_TRA), de la variable niveau de scolarisation (NIV_SCO), de la variable âge (AGE) et de la variable sexe (SEXE), nous avons créé la variable catégorie socioprofessionnelle (CSP). Si TYPE_ACT est chômeur et SEXE est féminin (F), alors CSP est femme au foyer (femmef). Si TYPE_ACT est chômeur alors CSP est chômeur (chomeur). Si la variable TYPE_ACT est informel et STAT_TRA est temporaire alors CSP est autres inactifs (aut_inact). Si TYPE_ACT est chômeur et NIV _SCO est primaire ou collège ou lycée ou supérieur, alors CSP est élèveétudiant (eleve_etu). Si la variable AGE est supérieur à 60 ans, quel que soit TYPE_ACT, alors CSP est retraité (retraite). Si la variable TYPE_ACT prend les modalités (artisanat, agriculture, BTP, administration, commerce, industrie, santé, service et transport) et la variable STAT_ TRA est permanent alors CSP est actif (actif). La variable autres situations matrimoniales (AUTSIT) a été créée en combinant les modalités veuf (V) et divorcé (D). De même, la variable hébergé (HEBERGE) a été créée en combinant les modalités parent (Parent) et gazra (gazra). Pour la variable Taille du ménage (NBPER), nous avons fait des 15