Frontières et transferts culturels dans l'espace euro-méditerranéen

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Les contributions de cet ouvrage étudient comment, dans leurs pratiques quotidiennes ou artistiques, les individus vivent, créent ou abolissent les frontières culturelles, comment s'expriment les pensées et les pratiques transgressives dans les relations et dans les échanges interculturels, comment la frontière culturelle apparaît comme un facteur d'identité possiblement multiple ou plurielle, comment la frontière, en tant qu'"espace liminal" peut devenir non seulement un facteur de cloisonnement mais aussi un lieu d'ouverture.

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Date de parution 01 juillet 2017
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EAN13 9782140041242
Langue Français

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M
et Judit
Sous la direction de AugustinLefebvreet JuditMaár
Frontières et transferts culturels dans l’espace euroméditerranéen
Dynamiques transfrontalières des pratiques culturelles à l’époque contemporaine
C A H I E R S DE LA NOUVELLE E U R O P E
Frontières et transferts culturels dans l’espace euro-méditerranéen
Dynamiques transfrontalières des pratiques culturelles à l’époque contemporaine
Cahiers de la Nouvelle Europe 24/2017 Série publiée par le Centre Interuniversitaire d’Études Hongroises et Finlandaises Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 Directeur de la publication Judit Maár Comité de lecture de ce numéro Krisztina Horváth, Judit Maár, Augustin Lefebvre, Patrick Renaud Comité scientifique de ce numéro Nella Arambasin, Philippe Daros, Krisztina Horváth, Judit Maár, Joanna Nowicki, Tiphaine Samoyault, Madalina Vartejanu-Joubert 1, rue Censier 75005 Paris Tél : 01 45 87 41 83 Fax : 01 45 87 48 83
Sous la direction de Augustin LEFEBVREet Judit MAÁRFrontières et transferts culturels dans l’espace euro-méditerranéen
Dynamiques transfrontalières des pratiques culturelles à l’époque contemporaine Cahiers de la Nouvelle Europe Collection du Centre Interuniversitaire d’Études Hongroises et Finlandaises N° 24
© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12462-9 EAN : 9782343124629
Table des matières Préface Augustin LEFEBVRE Conférence plénièreJoanna NOWICKI Penser les frontières (idéologiques,  identitaires, esthétiques, morales,  géopolitiques) dans un monde qui  se dit ouvert La frontière comme enjeu linguistique Francesca PISELLI Le mot frontière dans la lexicographie  française Tivadar PALÁGYI Les vieux-croyants russes de Bucovine  entre pays et frontières Sara DE BALSI L’imaginaire de la frontière dans l’œuvre  d’Agota Kristof
Chayma DELLAGI LeSabirou la négociation des  Frontières dans le Tunis colonial Frontières réelles et frontières mentales Krisztina HORVÁTHTout est loin.Paliers successifs du  Déracinement dans la prose  sociographique de Sándor Tar Réka TÓTH Le dictionnaire comme espace liminal  (dans l’œuvre de Vassilis Alexakis) e István CSEPPENTĩ Vivre siècle.l’altérité à la fin du XVIII  Témoignages romanesques, d’Ourika auBarbare empaillé Mathilde HUG Définir les frontières de l’Occident dans  les romans d’aventures coloniaux de  Jules Verne et Joseph Conrad Émilie THOMAS MANSOUR Beyrouth Est – Beyrouth Ouest :  Frontières et transgressivité dans la  littérature féminine de guerre au Liban
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Nella ARAMBASIN La référence française dans le modernisme 121  croate : une traversée des frontières e  politiques par l’esthétique (fin XIX -e  début XX s.) Hafida RABIA-AÏT MOKHTAR La représentation du personnage féminin 133  dans ses déplacements géographiques.  Espaces prescrits ? Autorisés ? Ou interdits ?  Le cas de l’œuvre de Ghania Hammadou Canons culturels et leur diffusion ou le problème du cosmopolitisme artistique
Axel BOURSIER Les « frontières fantômes » de la 149  Francophonie choisie d’Europe médiane Augustin LEFEBVRE Faire passer l’expérience du totalitarisme 161  au-delà des frontières : performativité du  questionnaire sociologique dans la  description d’un groupe de révolutionnaires Irina NASTASĔ-MATEI La mobilité transnationale des étudiants 177 e  dans la première moitié du XX siècle.  Le cas roumain L’imaginaire de la frontière dans la littérature et les arts Claudia MANSUETOLes Nuits de Strasbourgd’Assia Djebar. 191  L’expérience transfrontalière d’une  romancière indéfinie Tumba SHANGO LOKOHO Contours et alentours de la Méditerranée 201  dansN’zidde Malika Mokeddem, A l’Est de la Méditerranéed’Abdul Rahman  Mounif etLe livre de l’Emirde  Waciny Laredj Gabrielle NAPOLI La frontière comme interdit créateur 217 Jérôme LUCEREAU Les étranges frontières de la faim 231 Aymeric PANTET La frontière comme contrainte 239  socioculturelle au sein du cinéma  postnational d’Aki Kaurismäki
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Préface Frontières culturelles et interculturalité
par Augustin Lefebvre
Les contributions du présent ouvrage examinent les transferts culturels et les dynamiques transfrontalières des pratiques culturelles dans l’espace euro-méditerranéen à l’époque contemporaine. Elles examinent toutes des contextes où deux cultures au moins – représentées par un individu ou par des groupes – se retrouvent en contact, faisant émerger des problèmes de catégorisation de l’autre, de relation de domination, de lutte de pouvoir, d’opacité du comportement de l’autre, ou au contraire des logiques d’attraction, voire de fascination, pour l’autre. Ces contributions se situent ainsi dans un domaine de recherche relativement nouveau et en pleine expansion, celui del’interculturalitéou desétudes interculturelles. Ce domaine est né du constat que si la mondialisation ne fait pas tomber toutes les frontières, les mouvements de population n’ont cessé de s’accroître après la Seconde Guerre mondiale, donnant naissance à des sociétés où, de façon massive, se côtoient des groupes culturels d’une grande diversité. La diversité culturelle devient ainsi logiquement un objet de réflexion dans tous les domaines de la sociétéet pas seulement dans le champ universitaire. Qu’il s’agisse de l’entreprise, de la santé ou des relations internationales, la diversité culturelle peut être traitée aussi bien comme une opportunité que comme une source de conflits.Examinons quelques exemples. Dans le « monde de l’entreprise » les conflits liés au contact de différentes cultures peuvent être pris en charge par des associations qui s’attachent par exemple à promouvoirdes chances et la lutte contre le racisme l’égalité en 1 développant des pratiques de conciliation (ouaménagements). La diversité culturelle peut aussi être perçue comme une source de richesse, dont la compréhension et la gestion demandent une formation universitaire. Ainsi, par exemple, leCentre de formation universitaire Teluqetl’Université de Laval, toutes deux situées au Québec, offrent uneformation en gestion de la diversité culturelle en entreprise. Le contact des cultures est également source de nombreuses problématiques dans le domaine de lasantéqu’il s’agisse pour les professionnels de développer desmodes d’interventionadaptésde populations provenant de auprès 2 cultures éloignées , ou qu’il s’agisse, comme pour l'entreprise, de développer de 3 nouveaux cursus deformationprofessionnelleadaptés à l’interculturalité .Le développement de la mixité culturelle dans les démocraties occidentales pose aussi des questions autour de lacitoyenneté et notamment de nombreusesquestions d’ordre juridique. Emergent en effet des tensions entre valeur « universalisante » des droits fondamentaux et valeurs culturelles autochtones liées à
1 Voir par exemple les pratiques développées par l’association Belge UNIA: http://unia.be/fr 2 Problématique abordée en Suisse notamment par le CEDIC - Centre d’études de la diversité culturelle et de la citoyenneté dans la santé et le social et par la HES SO - Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale. 3  Voir par exemple les formations en psychologie clinique et psychologie interculturelle de l’Université de Picardie.
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4 des cultures spécifiques . De fait, le développement des mouvements des populations, des richesses et des connaissances remet en question les repères e e 5 institutionnels hérités des XVIII et XIX siècles tel le lien Etat-Nation-Territoire . Plus généralement, la mondialisation reconfigure la géométrie des instances de décision supranationales ou internationales et accroît l’importance des réseaux 6 transnationaux dans les échanges économiques, culturels ou religieux . Les conséquences de la diversité culturelle sont aussi observables à l’articulation des politiques d’urbanisation et des pratiques urbaines des habitants. La ville ou les banlieues offrent des cas particulièrement pertinents pour observer, 7 ou imaginer, de nouvelles formes culturelles . Enfin, le développement des sociétés multiculturelles a des conséquences sur le développement des politiques éducatives et culturelles encouragées par les institutions internationales. Par exemple, l’acte constitutif del’UNESCOmentionne la diversité culturelle dès 1946. De son côté, l’organisation de laFrancophoniese présente comme une zone de rencontre des cultures : l’espace défini par la présence du français devient l’espace de rencontre et de reconnaissance mutuelles d’autres langues et cultures. Une fois établi ce bref panorama des champs sociaux impliqués par le contact des cultures, se pose la question de savoir quels outils conceptuels permettent de dégager ce qu’il y a de commun dans cette multitude de domaines. Peut-être faut-il d'abord définir ce qu'on entend exactement parculture et par différence culturelle. L’anthropologue américain Edward T. Hall est l’un des pionniers d’une approche contrastive des cultures. Selon lui, les anthropologues définissent la culture selon trois traits. La culture affirme-t-il« n'est pas innée, mais acquise ; les divers aspects de la culture constituent un système - c'est à dire que tous les aspects de la culture sont solidaires ; enfin elle est partagée et, par là, délimite les différents groupes. »1976:21). Hall ajoute que l'homme (Hall, communique au moyen de la culture et donc qu’aucun aspect de la vie humaine ne lui échappe. L'anthropologue a montré par exemple comment la perception de l’espace par les humains, au delà du substrat physiologique, est configurée spécifiquement par les différentes cultures (voir la notion deproxémique, Hall, 1971). Ainsi, par exemple, la distance que deux personnes qui ne se connaissent pas sont censées maintenir entre elles, varie selon leur culture. Dans une rencontre interculturelle de telles variations peuvent engendrer des tensions si celui qui vient d'une culture où la peau délimite la sphère personnelle s'approche de trop près de tel autre dont la sphère individuelle s'étend à un mètre tout autour de lui. C'est que chaque culture structure les perceptions et les comportements sociaux des individus d’un même groupe de façon si évidente de leur point de vue que leurs modes d'appréhension de la réalité leur semblent naturels, innés : « une fois acquis, ces modèles de conduite, ces réactions usuelles, ces modes de relation s’enfouissent peu à peu sous la surface de l’esprit et, comme
4 Voir par exemple les recherches duCIRIDde l’université Laurentienne, Canada. 5  C’est l’angle de réflexion que développe leMAPS (Maison d’Analyse des Processus Sociaux) de l’université de Neuchâtel. 6 Voir par exemple les travaux de l’unité de recherche URMIS http://urmis.revues.org/ 7 Voir par exemple les activités du réseau « banlieues d’Europe ».
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l’amiral d’une escadrille de sous-marins en plongée, commandent des profondeurs. Ces systèmes de contrôle cachés sont en général considérés comme innés pour la simple raison qu’ils sont omniprésents et familiers. »(Hall 1976 : 48) Souvent ne prend-on conscience que nos modes de perception et nos modèles d’action ne sont pas naturels que lorsque des problèmes adviennent. C’est précisément dans le contact avec les membres d’autres cultures que de telles prises de conscience peuvent advenir. Certains individus peuvent nier le problème en qualifiant la situation d’incompréhension de « ridicule », tourner en dérision toute tentative d’élucidation dans un réflexe d’autoprotection. Hall souligne en effet que, pour certaines personnes, l’identification au modèle culturel est si forte que la simple révélation que leurs schémas ne sont pas naturels peut être perçue comme une menace pour leur individualité (Hall 1971 : 59). Pourtant, c’est à cette condition qu’il devient possible de comprendre l’autre et son système culturel. La première étape cruciale pour tout individu s’engageant dans cette voie est donc de prendre conscience que ses propres actions ne sont pas « naturelles » mais dépendent d’un système culturel qu’il a intériorisé au cours de sa socialisation. En adoptant une telle perspective, l'individu en question ouvre la possibilité de catégoriser les actions de l'autre, non pas comme irrationnelles mais plutôt comme relevant d'une logique d'action avec laquelle il faut se familiariser et qu'il s'agit de comprendre, même si la tâche est ardue. Un exemple avancé par Hall pour faire comprendre l’influence des cultures sur l’organisation de la vie quotidienne est la façon dont les cultures structurent letemps. Selon Hall, on peut distinguer des cultures au temps «monochrone» et des cultures au temps «polychrone». Les premières mettent l’accent sur «les horaires, le découpage et le rendement des activités » (Hall 1976 : 22) alors que les secondes « insistent sur la vocation des hommes à mener des transactions à bout» (ibid.). Hall donne cet exemple, parmi tant d’autres : « Un économiste m’a un jour raconté que les Esquimaux qui travaillaient dans une conserverie de poissons en Alaska trouvaient ridicule le sifflet de l’usine. L’idée que les hommes pouvaient se mettre au travail ou s’arrêter à cause d’un coup de sifflet leur semblait relever de la folie pure. Pour l’Esquimau, ce sont les marées qui déterminent les activités humaines, leur durée et leur moment. La marée basse entraîne une série d’activités, la marée haute une autre » (Hall 1976 : 25). Ces conceptions radicalement opposées du temps entraînent inévitablement chez les individus qui les ont intériorisées des logiques d’action qui, lorsqu’elles se rencontrent, peuvent générer de grandes incompréhensions, voire des
conflits. Une autre caractéristique structurant la façon dont les cultures organisent la communication au sein du groupe concerne l’importance qu’elles accordent au contexte. Là encore, Hall présente deux types de cultures : les cultures à «contexte riche» et les cultures à «contexte pauvre». Pour le dire simplement, dans le premier type de culture, le contexte est porteur d’une grande quantité d’informations, et la communication repose sur la référence permanente à ce contexte. La conséquence est que les messages contiennent en eux-mêmes peu d’information, ce qui rend leur interprétation très compliquée pour qui n’a pas accès aux informations nécessaires contenues dans le contexte de leur production partagées par les membres de la culture en question. Au contraire, dans les cultures à
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