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Genre et économie : un premier éclairage

De
484 pages
Un premier éclairage de l'ensemble des situations dans lesquelles les femmes sont insérées économiquement mais également les principales notions qui informent structurellement ces situations comme celles de la division sexuelle du travail, de l'articulation entre les rapports de production domestique et les rapports de production capitaliste. Malgré la diversité culturelle et politique dans des contextes géographiques variés, on constate l'invariabilité de l'exploitation du travail des femmes.
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Genre et économie:

un premier éclairage

Cahiers :fenre et développement"

.
.

Traductions
Emmanuelle Chauvet Odile Chazerand Laure Oberson Bernard Walter

Réalisation et Saisie des textes français
Appel 2000 : Martine Monza

. . .
.

Mise en page, maquette et couverture Text'23 : Anne Ravilly Assistante de Coordination
Myriam Vandamme

Appui documentaire
Marie Jo Glardon (efi)

Collaboration technique (afed)
Colette Galland Thérèse Tréfeu

. . . .

Réalisé avec le concours financier de :
-

La Division des ressources humaines de la Direction
et de la Coopération suisse (DDC)

du Développement
-

La Fédération Genevoise de Coopération (FGC) L'Agence intergouvernementale de la francophonie

Avec le soutien et la participation de :
-

efi, Espace Femmes International, 2 rue de la Tannerie, 1227 Caourge, Genève, Suisse afed, Association Femmes et développement, 4 rue du Stade de Coubertin, 92100 Boulogne

Contacts
efi : efLgeneve@worldcom.ch afed : jeanne.bisilliat@wanadoo.fr Logo afed : Tapisserie nicaraguayenne Photo: Daphné Tréfeu

Cahiers %enreet:dilleloppemené



1-1001

Genre et économie: un premier éclairage

Dirigé par Jeanne Bisilliat et Christine Verschuur

Editions L' Harmattan

Cahiers senre et diveloppement:

SOMMAIRE
Présentation
Jeanne Bisilliat, Christine Verschuur

11

1
Généralités sur le genre et l'économie
Genre et économie, les voies possibles du changement I. van Staveren "Montre-moi la terre d'où je peux extraire de l'argent", Lisette van der Wel 6 Glossaire genre et macro-économie Patricia Alexander et Sally Baden Genre et macro-économie
Jayati Ghosh

17 25
33 39

2
Statistiques:
Statistiques
Alison Evans Tendances, Production contre-tendances domestique et lacunes dans l'emploi des femmes Rekha Mehra et Sarah Gammage économique Nancy Folbre

problèmes posés
51
65 71

et croissance

3
Division sexuelle du travail: ses diverses implications
Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe Danièle Kergoat Femmes chefs de ménage et migration Laura Oso et Christine Catarino 79 89

Cahiers :fenre et développement

Accumulation, reproduction et rôle des femmes dans le développement économique: Ester Boserup revisitée Lourdes Beneria et Gita Sen 97 Plus de travail rémunéré ne veut pas dire moins de travail non rémunéré PNUD 111 Le travail des enfants: quelques données chiffrées Bénédicte Manier 115

La participation des femmes aux coopératives mixtes: temps et idéologie Jeanne Bisilliat 121 La division sexuelle du travail: synthèse d'articles et d'ouvrages Olivia Drevet-Dabbous I - La culture du riz en Afrique de l'Ouest
Jean Dey II III

127
127 133 7

- Un programme
- La production

hydraulique au Vietnam

L. Hitchcox de sel: les accommodements culturels d'un transfert technologique entre l'Inde et la Gambie K. Nath IV - L'approvisionnement laitier de N'Djamena
L. Boutinot

136 138 142

V - Les entrepreneuses

de Douala A. Barrai

4
Le travail dans le monde rural
Dix ans d'irruption des paysannes des sciences humaines dans le domaine du travail
Andrée Michel Les femmes et la modernisation de l'agriculture en Asie et Afrique Bina Agarwal

147 153 171

Les femmes dans l'agriculture en Amérique Latine C. Butler Flora et BIas Santos

Production et reproduction rurales: expériences socialistes de développement Elisabeth. Croll 183 L'accès des femmes rurales à la main d'œuvre en Afrique de l'Ouest Penelope Roberts 195

Cahiers :fenre et:diveloppement:

Femmes au travail dans l'agriculture en France, charges, pénibilités, souffrances, composantes des tâches et de la compétence Micheline Salmona 215

5
Le travail en milieu urbain
Les ouvrières en France
Danièle Kergoat 223 Le mariage à l'épreuve du travail en usine: ouvrières de l'industrie de la chaussure en Inde du Sud Fabienne Venou 231 8 La main-d'œuvre Venezuela féminine immigrée dans l'industrie du vêtement au Margarit Berlin Les ouvrières de l'agro-industrie de la fraise au Mexique Lourdes Arizpe et Josefina Aranda 239 247

L'exploitation des travailleuses domestique: le cas du Nordeste Brésilien Marie Andeifuhren 259 Les femmes travaillent quel que soit le prix, quel qu'en soit le prix, synthèses d'articles et d'ouvrages
Colette Galland

275

6
Luttes
Les syndicats et les ouvrières
Danièle Kergoat "Maquila" et organisation syndicale en Amérique centrale Roland Membrefio et Elsa Guerrero

291 303

Les associations féminines en Afrique, une décennie d'ajustement après la décennie de la femme Hélène Ryckmans 307 L'association des travailleuses indépendantes à domicile
Adaptation

(SEWA) et les travailleuses
311

de Christine Verschuur - texte du BIT

Cahiers %enre rt diveloppement

VALENA et les travailleuses de la sous-traitance industrielle (maquiladoras) Carmen Valadez 315

7
"Conflits autour du crédit"
Vers un nouveau paradigme dans les programmes de micro-crédit Linda Mayoux Femmes et micro-économie, le petit crédit
Marthe Diarra Doka

325 333 339 343 9

Le crédit: un enjeu économique ou social? Synthèse de "Don et Recours" par Olivia Drevet Dabbous La Grameen Bank [FAD La miniaturisation femmes de l'endettement des pays pauvres passe par les
Hedwige Peemans-Poullet

347

8
L'intégration du genre dans les politiques: quelques repères
367 Les apports du travail de Diana Elson Ruyter van Steveninck, M.A., de Groot A. w:

Le genre dans les évaluations sur la pauvreté de la Banque Mondiale Ann Whitehead et Matthew Lockwood 373 Les "budgets genre" Patricia Alexander et Sally Baden 377 Vintégration transversale de la problématique genre et développement par la Banque Mondiale: état d'avancement et recommandations
Caroline O. Moser, Annika Tornqvist,

Bernice van Bronkhorst Vintégration transversale du genre: résumé Shahra Razani et C. Hiller Genre, croissance et lutte contre la pauvreté C. Mark Blackden, C. Banu

381 385 395

Cahiers %enre et développement:

Des éléments essentiels d'une politique de genre Linda Mayoux 401 Vers une meilleure intégration du genre dans les sciences économiques Lourdes Beneria 417

9
La conduite des projets: deux analyses critiques
Les femmes et l'économie informelle en Palestine: une critique féministe Nahla Abdo 441 Institutionalisation excuses 10 de la planification-genre: vrais pouvoirs et fausses
Claudy Vouhé

457

10
Sites WEB sur genre et économie 481

Cahiers ~enre et développement

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Présentation

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Les Cahiers Genre et Développement sont un recueil de documents de référence sur la notion de genre et l'analyse des problèmes de développement qu'elle permet. Ils ne constituent pas un "manuel" mais proposent de manière accessible, en langue française, un choix de documents sur la thématique "genre et développement" : articles théoriques, analyses sectorielles, outils de planification selon le genre, données de base, bibliographies, adresses utiles (Internet, centres de documentation). Ce matériel est notamment constitué par des traductions, des synthèses ou des extraits. Cette politique éditoriale se poursuivra pour tous les numéros de la série. Ils sont destinés à des responsables ou des chargé(e)s de projets, dans des ONG de développement, des institutions de développement et des organismes de coopération, et à des chercheurs ou étudiantee)s effectuant ou prévoyant d'effectuer une recherche sur ce thème, ou souhaitant intégrer cette approche dans leur futur travail. Le premier numéro des Cahiers Genre et Développement* fournissait des éléments pour mieux comprendre le concept de "genre" trop peu maîtrisé dans le milieu francophone. Les numéros deux et trois porteront, comme cela y était annoncé, sur l'économie. En effet, l'économie structure l'ensemble des rapports sociaux, et en premier lieu les relations de genre, et le croisement de cette discipline avec le concept de genre est à ce titre essentiel pour comprendre la nature et les transformations des rapports entre hommes et femmes. Le numéro que nous présentons ici est un premier éclairage des rapports sociaux entre hommes et femmes, de leurs transformations, et de l'ensemble des situations dans lesquelles les femmes sont insérées économiquement, mais également des principales notions qui informent structurellement ces situations, comme celle de la division sexuelle du travail, de l'articulation entre les rapports de production domestique et les rapports de production capitaliste. La matière est si riche qu'il nous a fallu opérer des choix et nous avons décidé de ne traiter certains thèmes que transversalement, comme celui du temps, bien qu'il soit en réalité à la base de la subordination des femmes et de son actuelle perpétuation. Perpétuation d'autant plus importante que le rôle des femmes dans l'économie prend, avec l'augmentation de la pauvreté dans le monde, une importance de plus en plus fondamentale pour la survie des populations. L'efficacité du travail féminin devient désormais une composante

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cahkrs %enreet:diveloppement

12

à part entière mais trop souvent dissimulée du libéralisme. La diversité culturelle et politique à l'œuvre dans les contextes géographiques variés que l'on trouvera dans cet ouvrage démontre, de manière puissante, l'invariabilité de l'exploitation du travail effectué par les femmes et la "mauvaise volonté" des décideurs pour faire changer cet état des faits. Il est surprenant de voir que des textes écrits il y a plusieurs années (nous avons choisi d'en présenter quelques-uns) sont encore tellement d'actualité. Cependant, d'une part, ils restent du domaine restreint des spécialistes, en particulier anglophones; d'où notre intérêt à les faire traduire dans cet ouvrage et à les diffuser auprès d'un public plus large. D'autre part, ils continuent à se heurter aux résistances de ceux qui pourraient contribuer à changer les orientations du développement. Car le concept de genre, plus encore lorsqu'il est croisé à l'économie, est dans son essence un concept critique de l'organisation de la société, il oblige à des remises en questions à tous les niveaux, personnels et globaux. Une transformation des relations de genre implique un véritable changement, vers une société plus juste et équitable. Il s'agit d'un défi à l'orientation des paradigmes de développement. Il faut donc renverser les termes, non pas seulement chercher à promouvoir un développement aux relations de genre plus équitables, mais promouvoir des relations de genre plus équitables qui favoriseraient un développement économique, social, politique et culturel différent. Les différents articles étant suivis, la plupart du temps, d'une large bibliographie, nous n'avons pas inclus une bibliographie générale. Par contre, nous proposons une liste de sites WEB à consulter sur la problématique du genre et du développement. Cette liste est forcément limitée puisque de nouveaux sites ne cessent d'être créés. Jeanne Bisilliat et Christine Verschuur

* Le Genre:

un outil nécessaire?

Introduction

à une problèmatique.

Cahiers ~enre et développement

1
Généralités sur le genre et l'économie

Cahiers %enre et développement

Déjà en 1970 Dans la vaste et croissante littérature qui traite du développement économique, les considérations concernant les problèmes particuliers aux femmes sont à la fois restreintes et allusives. Par ce livre, j'espère montrer que c'est là un oubli grave. Le développement économique et social entraîne inévitablement la désintégration de la répartition du travail entre les deux sexes, telle que la tradition l'a établie dans le village. Avec la modernisation de l'agriculture et la migration vers les villes, un nouveau modèle du travail productif, en fonction des sexes, apparaît pour le meilleur et pour le pire. Il y a cependant un danger manifeste: au cours de cette transition, les femmes sont dépossédées de leurs fonctions productrices et, de ce fait, tout le processus de développement en sera retardé. Le degré de gravité de ce danger dépend des coutumes, dont la variété est très large, et d'autres conditions pré-existantes dans différentes parties du monde sous-développé. Mon but est d'identifier ces modèles et d'expliquer leur signification au point de vue des politiques de développement. Nombre de conclusions formulées sont nécessairement des suggestions provisoires et certains aspects du problème ont dû être négligés faute d'information de base. J'espère que ce livre contribuera à stimuler une étude plus avancée, y compris par la production de preuves statistiques récentes. Bien sûr, aucune enquête de première main sur le terrain ne pouvait être entreprise pour cette étude. Mais les tables présentées ici sont entièrement nouvelles en ce sens que les informations recueillies d'après des recensements, d'autres statistiques officielles et un grand nombre d'enquêtes particulières ne furent ni rassemblées auparavant ni comparées dans le dessein de donner un aperçu d'ensemble de la situation du travail féminin. [... ]
In: E. Boserup, 1983, Lafemmeface au développement économique, PUF, Paris.

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Les phénomènes économiques
[.. .] De tous les phénomènes moraux, les phénomènes économiques sont ceux qui demeurent le plus engagés dans la matière; on ks range habituellement dans les phénomènes matériels, à côté des techniques; mais ce ne sont pas des phénomènes seulement matériels, ce sont des représentations collectives qui dictent l'attitude des membres d'une société vis-à-vis de la matière. Par définition, un phénomène économique est un phénomène social, qui régit un ensemble d'activités concernant des objets plus ou moins nécessaires, mais tous communément appelés biens... [... ] Nous nous en tiendrons à la définition de Simiand, pour qui "le phénomène économique se distingue par la présence d'un marché en général et toujours par la notion de valeur". .. Cette définition du phénomène économique présente l'avantage de faire disparaître la notion de besoin et d'utilité. Sans doute, un marché est fait des besoins et des utilités de la masse marchande; mais ces besoins ne sont pas déterminés en soi, car il suffit de vivre et l'on peut vivre mal. [.. .]
ln: Marcel Mauss, 1967, Manuel d'Ethnographie, (le cours de M. Mauss a commencé en 1926) Petite Bibliothèque Payot, Paris

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Genre et économie: les voies possibles du changemellt
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Irene van Staveren

Gender and Economics: Chances for Change ln: Connections (Rotterdam), n03, septembre 1996, p. 10-12 (extraits) Traduit de l'anglais par Emmanuelle Chauvet 17

Tout comportement

humain est sexué

ile genre parle des relations de pouvoir entre hommes et femmes, des significations culturelles et historiques de la masculinité et de la féminité, et de l'interdépendance de ces relations et façons de penser, et si l'économie parle de la façon dont les individus gagnent leur vie en interrelation avec d'autres individus et avec l'environnement naturel, alors genre et économie sont liés par les modèles du comportement humain. Les interactions humaines naturelles, les significations de genre déterminées culturellement et les divisions économiques entre hommes et femmes sont les trois composantes d'une relation qui doit être perçue comme interdépendante. De ce point de vue, il est clair que le genre n'est pas un thème que les économistes féministes ont rajouté à l'économie, pas plus qu'il n'est rattaché à la pratique des comportements économiques par les activistes féministes. Les comportements économiques et de genre sont liés "depuis Adam et Ève", et depuis aussi longtemps que les hommes et les femmes travaillent pour gagner leur vie et faire vivre les personnes qui dépendent d'eux. L'économie est influencée par le genre, que les économistes et les hommes politiques aiment l'entendre ou non, et ce lien existe depuis assez longtemps. Dès lors, pourquoi les féministes ont-elles mis si longtemps à rendre les questions de genre visibles dans l'économie et dans l'étude que l'on en fait? Dans la sociologie, l'anthropologie, même dans la théologie, les études de genre ont trouvé leur place depuis quelques décennies déjà. [.. .]

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Cahiers g-enre et développement

Des modèles qui ne correspondent pas aux femmes - Le paradigme qui correspond aux hommes
Les théoriciens de l'économie pensent selon leurs modèles économiques. Les expériences des femmes ne sont pas intégrées à ces modèles. Les conseils en matière de politique économique émanant des mouvements de femmes, et reflétant les expériences des femmes, ne seront pas pris en compte par les institutions économiques dominantes, qu'elles soient nationales ou internationales (par exemple la Banque mondiale et le FMI) tant que l'interdépendance entre la théorie économique et le genre ne sera pas reconnue. L'économie est de préférence considérée comme une science "exacte" : quantitative, non normative, objective et dotée d'un statut supérieur. Il est vrai que cette discipline se montre à la hauteur de l'image ambitieuse, moderniste et masculine qu'elle a d'elle-même. Tout débat télévisé sérieux comprend un économiste, tout comité consultatif auprès du gouvernement, quel que soit le sujet, comprendra un économiste, et tout journal ou magazine généraliste comporte, par numéro, au moins une ou deux interviews avec un économiste. Les revues économiques sont essentiellement constituées d'équations mathématiques et de références à des modèles informatiques et à des analyses statistiques. Ses pairs attendent souvent de l'économiste (homme et parfois femme) qu'il se tienne à l'écart des déclarations normatives. Les économistes sont formés à décrire "ce qui est" et à ne pas partager leurs idées sur "ce qui devrait être". "L'utilité" est une expérience personnelle qui peut être évaluée sur une échelle allant de bonne à mauvaise, et par conséquent elle ne peut pas être le sujet des considérations d'un économiste. Lorsque j'étudiais l'économie aux Pays-Bas au début des années 1980, environ cinq pour cent des étudiants étaient des femmes, et encore maintenant la croissance de la représentation des femmes parmi les étudiants en économie est très lente. Le pourcentage que représentent les femmes dans le personnel de l'université est encore plus décevant, et augmente à peine. Dans l'histoire des sciences économiques européennes et nord-américaines, on ne voit que quelques femmes économistes ayant réussi à être titularisées. L'une des plus connues fut Joan Robinson qui fut une étudiante et à bien des égards une héritière de Keynes. Elle vécut et travailla à partir des années 1970. La première femme qui écrivit sur l'économie à l'ère classique fut Harriet Taylor. Elle n'avait pas une formation d'économiste, mais elle co-écrivit plusieurs ouvrages avec son compagnon John Stuart Mill, le célèbre économiste politique et féministe libéral du dix-neuvième siècle. Son nom ne figura jamais sur la couverture et n'apparut que dans les dédicaces et remerciements de Mill dans les premières pages de leurs ouvrages communs. Des prix Nobel ont été attribués à des femmes dans toutes les disciplines, même dans les sciences "exactes" de la médecine et de la physique, mais aucune femme n'a jamais reçu le prix Nobel d'économie.

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Cahiers senre et développement

Le monopole de l'idéologie de l'économie de marché
Finalement, le facteur le plus gênant dans la présentation de l'économie comme une science "exacte" et masculine, hostile à tout regard féminin, réside dans son caractère de forteresse protégeant le paradigme néoclassique. La théorie économique, dans sa forme dominante, est synonyme de l'idéologie libérale du marché. Dans la science, notamment dans les sciences sociales - auxquelles l'économie appartient dans la mesure où elle parle de comportement humain - des théories diverses cohabitent pacifiquement. Les sciences économiques ne tolèrent pas les théories "déviantes" et considèrent la théorie néoclassique comme la seule et unique théorie économique. Gary Becker, prix Nobel d'économie, déclare même que la théorie néoclassique n'explique pas seulement le comportement économique mais tout comportement, de la fertilité à la criminalité en passant par le mariage et l'abus de drogue. L'économie est, selon Becker, une approche du choix rationnel qui est applicable à tous les domaines du comportement humain. Il est intéressant à noter que, par l'auto-proclamation héroïque de leur théorie comme le seul et unique modèle, les économistes néoclassiques en contredisent le mécanisme central: la liberté du marché. Récemment quelques économistes connus ont signé et publié une pétition dans un journal économique faisant autorité aux États-Unis. Leur dénonciation du monopole de la théorie néoclassique se réclamait de cette même théorie: le paradigme de la liberté du marché qui devrait permettre la diversité et la compétition entre diverses idées.

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L'émergence de l'économie féministe
Certaines économistes féministes s' inscri vent dans le paradigme néoclassique lui-même, en essayant de le changer de l'intérieur ou d'ajouter aux analyses usuelles des conseils politiques. Mais la plus grande partie de l'économie féministe est ancrée dans la théorie économique keynésienne, marxiste/socialiste, institutionaliste et politique, ou dans un hybride de ces théories et d'autres écoles d'économie marginalisées. C'est au début de cette décennie que l'économie féministe a émergé comme une sous-discipline sérieuse. À cette période également, l'Association internationale pour l'économie féministe (JAFFE) fut créée aux États-Unis. La première conférence internationale sur l'économie féministe, intitulée "Sortir des marges", eut lieu à Amsterdam en 1993. On a mené dans le passé des études sur "femmes et économie", mais ces études étaient en général consacrées aux femmes comme groupe cible, et ne mettaient pas en question les outils masculins d'analyse eux-mêmes. L'économie féministe ne consiste pas tant à analyser les femmes (avec des outils traditionnels) qu'à traiter le cœur de l'analyse économique: sa méthodologie, ses modèles et ses méthodes de tests empiriques. Marianne

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Ferber et Julie Nelson, deux adeptes de cette discipline, ont déclaré: "L'économie féministe est une meilleure science économique", et c'est vrai parce qu'elle rétablit la visibilité des liens ancestraux entre genre et économie.

L'expérience des femmes
Plus tôt dans cette introduction, j'ai expliqué que l'interdépendance entre genre et économie découle du triangle suivant: relations humaines, façons de penser le genre, et réalités économiques. Dans la vie économique quotidienne, ce triangle est occulté, et pourtant les femmes en vivent la réalité tous les jours. Le préjugé du genre dans l'économie peut être rattaché à trois thèmes principaux: - la division sexuelle du travail, les inégalités de genre dans les salaires, les perspectives d'avenir et les conditions de travail ; -la division sexuelle de la "care economy"1, ainsi que l'absorption et l'exploitation presque illimitées des tâches sociales comme ressources inépuisables; -la division selon le genre des coûts et bénéfices dans l'organisation économique des ménages. La microéconomie s'arrête traditionnellement au niveau des ménages, prenant le chef de ménage (le plus souvent masculin) comme le représentant des intérêts de la famille. Les économistes féministes ont apporté de nombreuses preuves établissant que cette affirmation ne reflète pas toujours la réalité en raison de la relation de pouvoir inégale qui existe au sein des ménages. L'économie, et cela vaut pour toutes ses branches, ignore traditionnellement le travai] non rétribué, dont la plus grande partie est le fait des femmes, l'étiquetant comme non économique. Les économistes féministes ont reconnu le travail non rétribué comme une valeur économique, et elles ont contribué à l'élaboration de méthodes permettant de le mesurer et de l'évaluer. . L'économie du travail, la gestion et d'autres branches spécialisées de la discipline ont longtemps ignoré la division du travail rétribué selon le genre, ainsi que l'accès inégal aux ressources nécessaires à l'emploi indépendant, comme le crédit, les niveaux de salaire inégaux et bien d'autres obstacles à la participation des femmes aux marchés et aux programmes de sécurité sociale. Heureusement, l'économie féministe se développe actuellement dans bien des directions. De nouveaux modèles, y compris une partie sur le travail non rétribué et les coefficients de pouvoir modulés selon le genre dans les équations statistiques, des méthodes de travail non conventionnelles sur le terrain, s'inspirant de la sociologie et de l'anthropologie, des postulats théoriques plus réalistes remplaçant "l'homme économique rationnel" (appelé, de façon ironique, "Mister. REM", "rational economic man", par l'économiste féministe Nancy Folbre), enfin et, surtout, des recommandations politiques mettant hommes et femmes à égalité, sont actuellement développées.

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Le genre est-il porteur de changement?
La Plate-forme d'action de Pékin a des implications politiques dont le but est de réduire ces préjugés nés du genre. Les rapports régionaux rédigés en préparation de la Conférence de Pékin sont, dans certains cas, encore plus explicites au sujet de ces préjugés en matière économique qui ont été mentionnés précédemment. Le rapport régional de l'Afrique insistait très fortement sur l'accès équitable des femmes aux ressources économiques, notamment dans l'agriculture. Le rapport asiatique montrait les conséquences négatives pour les femmes d'une division du travail (tant rétribué que non rétribué) selon le genre. Le rapport de l'Amérique latine et des Caraïbes insistait sur la nécessité d'arriver à une égalité des genres au niveau des ménages. Ceci implique une distribution démocratique des coûts et bénéfices des investissements (rétribués ou non) tant des femmes que des hommes pour le bien-être du ménage. Mais la Conférence de Pékin n'est pas allée beaucoup plus loin que la reconnaissance de la féminisation de la pauvreté, le besoin de mesurer l'importance du travail non payé et d'intégrer une perspective de genre aux programmes d'ajustement structurel. La Plate-forme d'action ne s'est pas engagée sur des politiques spécifiques relatives à des questions macro-économiques très importantes. Je vais maintenant indiquer certaines suggestions politiques pour un développement économique qui favorise l'égalité des genres telle que certaines organisations de femmes les ont présentées. Le suivi et les recommandations politiques selon la perspective-genre sont adressés aux forums internationaux comme le G-7, aux instances de soutien aux programmes d'ajustement structurel comme le forum SPA (Programme spécial pour l'Afrique) de l'Union européenne, de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale du commerce en tant que représentants des forums pour la libéralisation et la mondialisation des marchés. Là, des questions internationales d'ordre macro-économique sont posées, qui établissent les limites et les chances de la plupart des actions économiques des hommes et des femmes, et ces lieux sont donc d'une importance détenninante. La plupart des politiques macro-économiques actuelles, par exemple celles qui sont menées par les institutions du nord comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, s'abritent encore dans les fortifications néo-classiques. Des priorités du sud, comme la sécurité alimentaire, et des priorités des femmes du sud comme la sécurité économique à l'échelle du ménage, ne sont pas défe.ndues, elles sont même contrecarrées par des mesures macro-économiques décidées dans le nord, comme la libéralisation du commerce, les privatisations et la promotion des exportations. Néanmoins, on peut trouver des exemples où le genre pourrait ouvrir la voie au changement. Dans le Programme spécial pour l'Afrique, un forum pour les questions de genre a été créé, où l'on introduit une perspective de genre dans les documents politiques fondamentaux émanant des pays dona-

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Cahiers ~enre et diveloppement

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teurs. La Banque mondiale a mis en place un groupe consultatif sur le genre dans ses locaux mêmes. Le PNUD a développé des indicateurs de développement humain tenant compte du genre, ce qui aide à évaluer le développement économique national du point de vue de l'égalité des genres. Beaucoup reste à faire. Je veux mentionner ici le secteur du commerce international. En s'appuyant presque partout sur l'avantage comparatif que représentent les bas salaires, on induit des gains pour les pays du nord au prix de l'exploitation des femmes du sud dans les zones manufacturières d'exportation. La prochaine étape dans l'analyse et les recommandations politiques doit être le passage de "genre et économie" à "genre et commerce". Ce qui nous mènera au cœur du problème des relations Nord-Sud: l'idéologie du libre-échange comme un avantage pour tous. Comme tout comportement humain, les relations commerciales ne sont jamais neutres du point de vue du genre. Des positions de pouvoir inégales sont en jeu. Les femmes en font quotidiennement l'expérience lorsqu'elles négocient au sein du ménage pour obtenir une juste part des ressources, du revenu et de la consommation. En dehors du ménage, les femmes n'ont d'autre choix que de vendre leur travail et leurs produits sur des marchés mondialisés. Ces marchés sont gouvernés par des mécanismes qui se désintéressent de la situation critique des femmes, n'en ont pas une vision globale, et sont inégalitaires.

Note
1 -"Care economy" : travail non rétribué dans la sphère domestique et communautaire.

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Economie féministe et genre
(.. .J L'économie féministe n'est pas une école de pensée comme celle des néo-classiques ou des keynésiens. Les derniers ont des vues clairement différentes sur les façons dont marche l'économie: est-ce que les marchés fonctionnent bien? L'intervention du gouvernement est-elle nécessaire, et si oui, fonctionne-t-elle bien? L'économie féministe se penche plus sur un thème spécifique, à savoir le rôle des femmes. Les économistes féministes peuvent être, en fait, soit néoclassiques soit keynésiennes. Les économistes féministes démontrent que les réformes économiques, qu'elles se fassent au niveau micro, méso ou macroéconomique, sont marquées de préjugés masculins qui perpétuent le désavantage relatif des femmes. Elles pensent également que la théorie économique, dans son ensemble, est marquée par les préjugés masculins, même si elle semble être neutre du point de vue des relations de genre. Ces préjugés existent parce que la théorie n'arrive pas à prendre en compte l'inégalité de genre entre les hommes et les femmes. [. ..J Comment les institutions sociales et monétaires qui ne sont pas "gendrées" en elles mêmes, le deviennent-elles dans la pratique? Les relations commerciales, par exemple entre l'acheteur et le vendeur, ne sont généralement pas considérées comme "gendrées", pourtant ces relations sont porteuses de distinctions de genre dans leur structure institutionnelle. Au niveau méso, les marchés, les firmes et les agences du secteur public sont "gendrées" au travers des normes sociales et des réseaux qui en facilitent le fonctionnement. Ils favorisent également la cohésion entre les hommes du fait de l'exclusion des femmes. Les bénéfices de ces coutumes sociales qui permettent aux économies à continuer de fonctionner sont, par conséquent, inégalement distribués. [.. .J
In.. de Ruyter Van SteVlminck, M.A., De GrQOtA. W, 1998, Gender and EçonQmic development, The Work of Diana Elson, On Sehalf of.the Ministry of Foreign Affaires, The Netherlands.

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L'histoire des relations entre économie et sociologie est complexe et ancienne. Dans le Discours sur l'économie politique qu'il dirige pour la Grande Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, Jean-Jacques Rousseau aborde des thèmes divers qu'on considérerait aujourd'hui comme relevant pour certains de l'économie, pour d'autres de la sociologie. L' œuvre fondamentale d'Adam Smith sur La richesse des nations, généralement considérée comme le coup d'envoi de la science économique, déborde, de même, les frontières de l'économie, telles qu'elles sont communément admises aujourd'hui. Marx et Pareto, mais aussi dans une certaine mesure Max Weber, Schumpeter ou le durkheimien allemand Simiand, sont considérés à la fois comme des sociologues et comme des économistes. C'est seulement avec le développement et le succès de l' économie dite néo-classique que l'économie s'est institutionnalisée comme une discipline à peu près complètement indépendante de la sociologie. [... ]
ln: R. Boudon - F. Bourricaud, 1982, Dictionnaire critique de la sociologie, PUP, Paris

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"Tell me the earth where I can mine money" ln: Rapport(non publié) VENA (Leiden University), 1986(extraits) Traduit de l'anglais par Bernard Walter 25

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une introduction

ontre-moi la terre d'où je peux extraire de l'argent...", fut la réponse d'une femme africaine à la question qu'on lui posait sur ses conditions de vie et ses problèmes. Cette formule illustre de façon frappante le problème central pour le lecteur: quelle est la position des femmes dans les pays en développement en ce qui concerne l'accès à l'argent? l'ai tenté de limiter le champ large et compliqué de "femmes et argent" aux questions suivantes: pourquoi les femmes dans les pays en développement considèrent -elles comme important de gagner de l'argent? Comment la société répond-elle à ce problème? De quelles façons les femmes essayentelles d'avoir accès à l'argent, ou d'améliorer cet accès? Il est important de relever que ce n'est que relativement récemment que l'argent a été introduit dans les pays en développement et spécialement dans les régions les plus isolées. Dans le processus de développement, l'argent a maintenant un impact croissant sur la vie, même dans des villages très retirés. Les transactions non-monétaires du type troc (biens contre travail, par exemple) sont remplacées toujours plus par les relations monétaires. L'utilisation de l'argent pénètre tous les aspects de la vie quotidienne: il faut payer pour les impôts, les frais de scolarité, la santé, les transports et bien d'autres choses encore.

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Au niveau macro-économique des Etats, l'introduction de l'économie monétaire est un fait planétaire. Toutes les nations sont désormais aspirées dans le système monétaire et soumises à son fonctionnement. Pour une compréhension des processus et des problèmes économiques au niveau micro-économique, il convient d'avoir un certain regard sur les manières dont ceux-ci sont influencés par les processus et structures macroéconomiques. C'est pourquoi il va être question dans la première partie du contexte des problèmes de la dette des pays en développement et du rôle joué par le Fonds monétaire international (FMI). Les mesures de politique économique et leurs conséquences sur le plan social y seront particulièrement mises en évidence, fournissant un cadre pour la discussion des processus au niveau micro-économique dans les deux parties suivantes. Enfin, dans le dernier paragraphe, les données au niveau micro-économique sur la condition économique et sociale des femmes vont être reliées au niveau macro-économique, et aux mesures politiques qui sont proposées au niveau national et international. 26

Le cadre macro-économique
1 - Les problèmes de la dette des pays en développement En 1982, le monde entier était en effervescence lorsqu'il devint évident que le Mexique était au bord de la banqueroute. Les réserves financières du pays étaient complètement épuisées; le paiement des intérêts et le remboursement de la considérable dette extérieure (80 milliards de dollars à l'époque) ont été stoppés immédiatement. Le gouvernement des Etats-Unis, en accord avec la Federal Reserve Board, a dû récolter des milliards de dollars en quelques jours, étant donné que la faillite du Mexique allait signifier la faillite d'un grand nombre de banques américaines qui avaient des intérêts dans ce pays, ce qui pourrait causer l'écroulement de tout le système financier international. Grâce à l'intervention de quelques banques occidentales et du FMI, une crise a pu alors être évitée. Mais depuis ce moment-là, les problèmes de dette de nombreux pays en développement ont été un sujet de préoccupations international. De nos jours, ce n'est plus seulement le Mexique qui donne mal à la tête au système bancaire international; plus de 40 pays ne sont plus en mesure de rembourser leurs dettes, en particulier le Brésil, l'Argentine, la Corée du Sud, le Venezuela et le Chili. En guise d'illustration de l'ampleur du problème: les pays de l'ensemble de l'Amérique Latine ont au total une dette d'environ 350 milliards de dollars (Volkskrant, 7 juin 1984). Ces problèmes de dette nécessitent qu'on s'y penche de plus près. Les dettes des pays en développement proviennent du fait que leurs

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gouvernements ou leurs peuples font des achats à l'étranger qu'ils ne peuvent payer avec leur revenu normal (c'est-à-dire leurs exportations). Il y a plusieurs raisons à ces achats: - Les gouvernements veulent stimuler la croissance économique. En empruntant de l'étranger, ils n'ont pas besoin d'attendre que leurs exportations atteignent le niveau leur permettant de financer leurs importations. Les prêts étrangers peuvent aussi servir à bâtir une capacité d'exportation (par exemple par l'achat de machines permettant de travailler les matières premières locales).
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Les gouvernements peuvent aussi contracter des dettes extérieures

lorsque le prix des importations grimpe soudainement (exemple: la crise du pétrole), ou lorsque le prix des produits d'exportation s'effondre (matières premières, par exemple). Avec l'argent de l'emprunt, ils peuvent maintenir le volume normal de leurs importations et l'adapter graduellement à la nouvelle situation. Ils peuvent en outre compter sur le caractère temporaire de ces augmentations ou réductions des prix. Par le passé, ces prévisions se sont souvent réalisées. Une des raisons principales du problème actuel est que personne ne s'attendait à ce que la récession et les bas prix à l'exportation pour les pays en développement dureraient aussi longtemps. - Les prêts peuvent aussi provenir des demandes faites au gouvernement par les groupes de pression politiques. Afin de satisfaire aux demandes de ces groupes, le gouvernement finance l'importation de biens de consommation ou d'armes. Normalement, des prêts étrangers contractés pour ces raisons ne causent pas de problèmes particuliers. Pourquoi sont-ils alors survenus ces dernières années? Une raison importante est que les taux d'intérêts internationaux ont atteint des hauteurs sans précédent. Ce fait est dû en premier lieu au taux d'intérêt élevé aux Etats-Unis, lequel, pour sa part, est causé par le déficit budgétaire considérable du pays (comme conséquence entre autres de dépenses militaires élevées) et la politique monétaire plutôt restrictive de sa Banque Centrale. Une baisse du taux d'intérêt de 1 % économiserait au TiersMonde environ 5 milliards de dollars de paiements d'intérêts par an. A cela s'ajoute la hausse de la valeur du dollar (monnaie de la plupart des prêts) d'environ 30 % en quelques années. Pour beaucoup de pays, ce fait a considérablement aggravé leurs problèmes de balance de paiements. Mais le facteur principal est la récession des pays riches et la politique qui en résulte. D'un côté, les ventes des pays en développement ont stagné dans les dernières années, en raison du protectionnisme et de la politique de déflation: le prix des biens exportés a en conséquence chuté. De l'autre côté, le prix des marchandises importées n'a cessé d'augmenter pour les pays en développement. Ceci est dû à la seconde vague de hausse du prix du pétrole en 1979-1980, ainsi qu'au fait que la récession dans les nations industrialisées ne s'est pas accompagnée d'une baisse des prix. Comme conséquence, le pou-

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voir d'achat, celui de pays à bas revenu en particulier, a constamment décliné depuis 1977. Cette combinaison de facteurs a eu pour conséquence une rapide détérioration des conditions du commerce dans les pays en développement. Pour pouvoir payer leurs dettes dans le futur, leur balance des paiements devra s'améliorer, ce qui signifie que soit leurs importations devront être réduites, soit leurs exportations devront augmenter. Ceci n'est pas qu'une question technico-économique, mais aussi une question politique. Tout le problème est: comment, à quel degré et à quel taux seront fixés les ajustements lors des choix politiques. 2 - Le rôle du Fonds Monétaire International Dans le débat international sur la dette, le Fonds monétaire international (FMI) joue un rôle important. Le FMI a été fondé en 1944 comme instrument de stabilité, garde-fou du système financier international. Il est chargé de superviser le taux des changes et les liquidités internationales. De ce fait, le FMI contrôle les moyens de fournir des crédits à certaines conditions afin de permettre aux pays de corriger les déséquilibres dans leur balance des paiements. A cette fin, le FMI dispose entre autres des contributions (quota) des Etats membres. La taille de ce quota est déterminée par des critères tels que le PNB et la part du pays dans le commerce mondial. Le poids du vote d'un pays membre dépend de la taille de son quota. Ce qui signifie que plus un pays est riche, plus il a d'influence sur la politique et les opérations du Fonds. Durant un certain nombre d'années, les banques privées, disposant de fortes sommes d'argent provenant des pays producteurs de pétrole, se sont précipitées auprès des pays en développement dans le besoin pour y investir leurs dollars et offrir des emprunts facilement contractés. L'émergence soudaine des problèmes de la dette cependant a fait comprendre aux banques que leur politique de prêts aurait due être plus rigoureuse. Elles changèrent alors leur fusil d'épaule et devinrent réticentes à traiter avec les pays en développement. Actuellement, de plus en plus de pays sont confrontés aux problèmes monétaires; de plus en plus, les banques privées attendent du FMI qu'il se porte garant de la solvabilité des débiteurs avant d'envisager de nouveaux prêts ou de procéder à des plans de restructuration de la dette. Cette attitude opportuniste des banques privées peut être considérée comme un facteur supplémentaire responsable de l'état actuel des problèmes de la dette. En retirant les possibilités de crédit aux pays ayant bénéficié auparavant de prêts substantiels, les banques ont mis en danger la continuité du flux des paiements des intérêts et des remboursements, menaçant au bout du compte tout le système financier et leur propre position. La crise de la dette et l'implication des banques privées a cependant renforcé le rôle du FMI. Lorsqu'un pays désire emprunter au FMI ou que les banques demandent l'approbation du FMI avant de contracter des prêts avec un pays, ce pays particulier doit présenter un programme économique conforme aux normes du FMI.

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Les conditions générales faites par le FMI pour l'octroi de crédits (les

"conditionnalités") sont: - réduction des dépenses du gouvernement;

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- réduction des salaires ou suppression de l'indexation (c'est-à-dire la compensation salariale en fonction de la hausse des prix) ; - primes au secteur de l'exportation; - dévaluation de la monnaie; - pas de restriction du commerce. Ce paquet de mesures doit servir à rééquilibrer la balance entre importations et exportations. La croissance du secteur de l'exportation combinée à un ajustement de la politique socio-économique au niveau national, est considéré comme le meilleur remède pour faire face aux déficits de la balance des paiements et au remboursement de la dette. L'idée que cette politique est favorable sur le plan monétaire est critiquée. aussi bien par des théoriciens (Kissinger, 1984) que par des personnes de terrain. La faisabilité de l'encouragement aux exportations et de la réduction des importations est mise en question lorsque le remède est "prescrit" de manière uniforme à tous les "patients". Il est particulièrement important, dans l'optique de cette étude, de considérer les conséquences sociales des mesures macro-économiques imposées par le FMI: quels sont les effets de ces mesures pour les personnes dans leur vie quotidienne? 3 - Conséquences sociales des mesures d'ajustement financier Pour résumer, les effets au niveau micro des mesures macro-économiques telles qu'elles sont proposées par le FMI sont variées. Le gouvernement peut réaliser une réduction des dépenses de différentes manières, par exemple par la suppression des subventions à l'alimentation. Ceci va confronter le consommateur à une hausse des prix des denrées de première nécessité telles que pain, blé, sucre, huile alimentaire, pétrole, alors que les producteurs vont voir diminuer le prix de leurs produits. A quel point cette mesure touche politiquement aux limites de l'acceptable, les exemples de pays comme le Pérou, l'Egypte, la Tunisie et la République Dominicaine le démontrent: dès sa mise en application, des émeutes spontanées ont éclaté parmi les pauvres des villes. Ils ont ressenti cet acte du gouvernement comme une menace directe à leur existence quotidienne. Quant aux producteurs, lesquels vivent généralement dispersés dans les campagnes, l'organisation leur fait souvent défaut pour manifester leurs protestations contre des politiques gouvernementales défavorables. Des milliers d'entre eux, en particulier les petits producteurs vont avoir à souffrir de la baisse de leurs revenus; ils pourront être contraints de vendre (une fois de plus) leur force de travail ou leurs terres et de devenir (encore plus) dépendants des riches propriétaires terriens ou des bailleurs de fonds.

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Le gouvernement peut user d'une autre méthode pour réduire ses dépenses, en diminuant le nombre de postes de travail dans le secteur de l'Etat ou en gelant ou baissant les salaires. Ce qui va affecter tous les fonctionnaires du gouvernement et va augmenter le chômage. Une autre possibilité pour le gouvernement est de diminuer le budget de l'éducation, de la santé publique et d'autres services sociaux. On peut être certain des retombées négatives de cette mesure sur le degré et la qualité des services sociaux. Les micro-effets des réductions de salaire ou de la suppression de l'indexation tombent sous le sens. Les employés devront s'en sortir avec moins de revenus. Ceci est d'autant plus sérieux quand on constate qu'ils sont déjà souvent sous-payés. De plus, la réduction des salaires va fréquemment de pair avec d'autres mesures telles que la suppression des subventions à l'alimentation mentionnée ci-dessus. Ainsi, beaucoup d'employés sont doublement touchés. La troisième mesure (la stimulation du secteur de l'exportation) va probablement créer un certain emploi dans les secteurs de l'industrie d'exportation et de ce qui s'y rapporte. Cependant, cela va renforcer, dans le secteur agricole, certaines évolutions préjudiciables à la majorité des petits producteurs (spécialement des femmes, comme on va le voir plus loin). La promotion de l'exportation va favoriser les cultures extensives au détriment de l'agriculture de subsistance qui a toujours été déterminante dans la nourriture de base d'une population. Les efforts faits pour augmenter la productivité de l'agriculture au moyen de l'introduction de nouvelles technologies, de services supplémentaires, de fourniture de crédits, se concentrent sur l'agriculture extensive pour l'exportation, laissant de côté par là même les cultures de subsistance et le développement des marchés ruraux domestiques. Pour de nombreuses régions du monde, il a été démontré que ce type d'agriculture conduit à la marginalisation des petits paysans. La dévaluation de la monnaie nationale, laquelle au niveau macro-économique favorise une politique orientée vers l'exportation en abaissant les prix des produits du pays pour les acheteurs étrangers, conduit à une baisse du pouvoir d'achat au niveau local. Le revenu des produits ne compense généralement pas la baisse due à la dévaluation. La libéralisation du commerce et des investissements va créer de l'emploi puisque cela attirera les investisseurs étrangers et que les industries nonviables (c'est-à-dire subventionnées par le gouvernement) vont être éliminées. Mais dans le même temps, cela va porter un coup mortel à de nombreuses petites industries et artisanats qui ne peuvent concurrencer les articles produits en masse et bon marché par les industries du gros capital étranger, lequel peut produire à très bas prix dans un contexte de totale dérégulation. Pour résumer, le tableau qui ressort de la discussion sur les conséquences au niveau micro-économique est celui d'une augmentation des prix combinée à une diminution des salaires et des revenus, de réduction des services sociaux, de développements peu évidents dans le domaine de l'emploi

Cahiers :fenre et:diveloppement

et, last but not least (dernier point et non le moindre), d'un mépris systématique de la production alimentaire domestique, en particulier dans le domaine des produits de base. Cette politique économique fait peser la charge la plus lourde sur les épaules des plus faibles. L'impact négatif des mesures macro-économiques est ressenti le plus fortement dans les secteurs les plus pauvres de la population, dans les villes comme à la campagne. On constate donc que, dans une société donnée, les mesures proposées par le FMI défavorisent les groupes aux revenus les plus faibles.

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Glossary Gender and Macroeconomics In : Bridge (University of Brigton, Institute of Development Studies, en collaboration avec GTZ Coopération technique allemande), 2000, février (extraits)

Patricia Alexander et Sally Baden

Traduit de l'anglais par Emmanuelle Chauvet
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Les relations de genre dans l'analyse économique: vue d'ensemble!

ien que les économistes aient traité les questions de la participation des hommes et des femmes à la force de travail dès le début des années 1900, le genre en lui-même n'était pas utilisé comme catégorie d'analyse. (Le terme "genre" est utilisé lorsqu'il est question des catégories sociales; c'est-à-dire qu'il signifie qu'au-delà des fonctions élémentaires de la reproduction humaine, les rôles des hommes et des femmes ne relèvent pas de catégories biologiques, comme le sexe, mais de constructions sociales). Les premiers traitements de la participation de la main d'œuvre, des différences de salaires hommes/femmes et de la discrimination par le salaire (par exemple par Pigou, Hicks, Harrod et Becker) s'appuyaient sur les effets de la dynamique du marché sur les hommes et les femmes plutôt que sur le rôle du genre dans le fonctionnement fondamental du marché. (Madden cité dans Beneria, 1995, p. 1840). Dans les années 1960, Becker et d'autres théoriciens de l'approche du "capital humain" développèrent la "Nouvelle économie du ménage" qui, pour la première fois, appliquait les concepts et les modèles du marché à la production des ménages et à l'analyse de la répartition du temps. Ces nouveaux outils furent utilisés pour expliquer la division sexuelle du travail, les comportements de marché des membres du ménage et les différences homme-femme dans ces comportements (Beneria op. cit.). Dans les années

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1970 et 1980, ces concepts furent utilisés pour une analyse plus poussée des discriminations sur le marché du travail et des modèles de négociation des ménages qui tenait compte des dimensions de pouvoir et de conflit dans les prises de décision. Dans le même temps, le débat des années 1960 sur la rémunération du travail domestique et les conférences des Nations unies au cours de la Décennie des femmes (1976-1985) popularisèrent le concept de reproduction sociale. Tous ces facteurs contribuèrent à la reconnaissance du rôle central du travail des femmes dans le "secteur reproductif'. Simultanément aux développements de la microéconomie, le travail d'Ester Boserup (1970), anthropologue économiste, posa une question au niveau macroéconomique: "Dans le processus de développement, quels sont les facteurs qui contribuent et influencent différemment les hommes et les femmes ?" (Katz p. 391). Les crises de la dette du Tiers-Monde dans les années 1970 et 1980, ainsi qu'une série de programmes d'ajustement structurel, ont donné lieu à des études d'impact, identifiant les femmes comme un des groupes les plus sensibles aux diminutions de l'aide sociale (Cornia e. a.). Des hypothèses selon lesquelles l'origine de ces reculs se trouvait dans la conception des programmes, et non simplement dans des effets secondaires inattendùs, ont"donné naissance à des essais de prise en compte plus rigoureuse du genre dans l'analyse macroéconomique. Dans ce cadre, on s'attaqua à des questions comme les inégalités dans la répartition des ressources et de la consommation au sein des ménages, les asymétries entre hommes et femmes dans la structure des incitations au niveau microéconomique, et les disparités de genre dans la dépendance envers les services publics. Paul Collier, dans plusieurs textes préparés pour la Banque mondiale (Collier 1988 ; 1990 ; 1993 ; 1994), proposa la décomposition par genre des données de revenus et de dépenses lors de l'évaluation des progrès de l'ajustement structurel, et Demery (1996) développa une méthodologie d'analyse de l'impact économique des dépenses publiques détaillée selon le genre. Au centre de ce nouveau travail on trouvait une mise en question du postulat implicite d'une grande élasticité du travail des femmes en réaction aux chocs économiques ou aux signes d'ajustement. Ceci mena plusieurs auteurs à mettre en lumière l'inévitable "préjugé de genre" existant dans des modèles de stabilisation et d'ajustement apparemment neutres (Cagatay e. a. lson 1991, 1995 ; Palmer 1991, 1994). À l'origine du traitement involontaire du préjugé de genre découlant de la neutralité supposée de la macroéconomie traditionnelle se trouve Elson (1991) dans "Le préjugé masculin dans la macroéconomie: le cas de l'ajustement structurel", dans un livre collectif dirigé par le même auteur sous le titre Le préjugé masculin dans le processus de développement (2e éd. 1995). Parallèlement aux débats sur le genre et l'ajustement, depuis la fin des années 1980 quelques auteurs examinent le rôle du travail féminin dans la croissance de la production manufacturière mondiale, du commerce et de la

Cahkrs senre et dilleloppement

mondialisation (Joekes 1987, 1995; Standing 1989, 1999; Wood), mettant en lumière les relations existant entre la production pour l'exportation, la féminisation de la main d'œuvre et les changements des conditions de travail. La revue World Development (27:3), 1999, présente une section spéciale sur les femmes, le travail et la mondialisation, qui résume les recherches récentes dans ce domaine. L'accélération de la mondialisation dans les années 1990 a également stimulé la recherche de techniques de modélisation permettant de saisir la dynamique structurelle des relations de genre et de ses effets sur la croissance et les résultats des politiques. William Darity (1995) a formalisé un modèle d'une société agraire à bas revenu appliquant la ségrégation sexuelle, avec un secteur de production de subsistance et d'exportation. Ce modèle, avec d'autres, a été présenté dans un numéro spécial de World Development (23:11), 1995, illustrant certains développements dans l'analyse de l'interaction entre le genre et la politique macroéconomique. Ce numéro spécial [...] inclut plusieurs des auteurs les plus importants dans le domaine. Les tentatives de modélisation s'appuient sur la disponibilité et la qualité croissantes des données détaillées selon genre, bien qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. Wistat, la base de données des Nations unies (1994) dont une version mise à jour sera publiée en 2000, constitue la source la plus complète de telles données, portant sur le monde entier. On peut trouver d'autres approches de ces questions dans un volume publié en 1998 par le Département national de planification colombien et GTZ sur Macroéconomie, genre et État2. Ce livre présente à la fois des questions théoriques et des outils et applications pratiques permettant l'intégration des considérations de genre dans la politique macroéconomique, dans les processus de réforme de l'Etat et de développement institutionnel. En outre, un ouvrage de l'OCDE sur Genre et réforme économique dans la coopération au développement, qui sera publié en 2000, présente des concepts, des cadres d'analyse et des outils d'intégration du genre dans les politiques macroéconomiques, les programmes d'appui sectoriel; la libéralisation et la réforme du marché. Les développements théoriques et empiriques dans les domaines du genre, de l'économie et du développement sont traités dans un certain nombre de journaux, notamment World Development, qui est largement cité ici. Les autres journaux publiant des articles pertinents sont Development and Change, l'IDS Bulletin, le Journal of Development Economies, et le Journal of International Development, de même que l'Oxford Bulletin of Economics and Statistics et le Cambridge Journal of Economies. Depuis 1995 est publié un journal spécialisé, Feminist Economies, qui comporte de nombreux articles en rapport avec les économies aussi bien développées qu'en développement; et un récent ouvrage de référence, l'Edward Elgar Companion to Feminist Economics, apporte une vue générale complète sur le domaine.

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Notes
1 - Remerciements: Je dois des remerciements à Martha Gutierrez de GTZ pour les commentaires éclairés qu'elle a apportés à la première version, et à Hazel Reeves, directrice de BRIDGE, pour son soutien à la rédaction. 2 - Ce livre doit être publié par GTZ en anglais en 2000.

Bibliographie
Beneria, Lourdes. 1995. "Toward a Greater Integration of Gender in Economics", in World Development 23:11, pp.1839-1850. Cagatay, Ni1ufer; Elson, Diane; Grown, Caren. 1995. "Introduction," in World Development 23.11, pp.1827-1836. Collier, P. 1988, "Women in Development. Defining the Issues", World Bank Policy Planning and Research Paper, No.129, World Bank, Washington. Collier, P. 1990, "The impact of adjustment on women", in World Bank. Analysis Plans for Understanding the Social Dimensions of Adjustment, pp.149-163. World Bank, Washington DC. Collier, Paul. 1993. "The impact of adjustment on women", in L. Demery, Marco Feroni, Christiaan Grootaert with Jorge Wong-Walle, eds. Vnderstanding the Effects of Policy Reform, pp.183-197. World Bank. Washington. Collier, Paul. 1994. "Gender Aspects of Labour Allocation During Structural AdjustmentA Theoretical Framework and the African experience" in Susan Horton, Ravi Kanbar and Dipak Mazumdar (eds.) Labor Markets in an Era of Adjustment, Vol. 1. World Bank. Washington. Cornia, G; Stewart, F; Jolly, A., eds 1987. Adjustment with a Human Face: Protecting the Vulnerable and Promoting Growth. A study by UNICEF. Clarendon Press. Oxford. Darity, William. 1995. "The Formal Structure of a Gender-Segregated, Low-Income Economy," in World Development 23:11,1963-1968. Demery, Lionel. 1996. "Gender and Public Social Spending: Disaggregating Benefit Incidence."Poverty and Social Policy Department Discussion Paper. World Bank. Washington. Elson, Diane. 1991. [1995 2nd edition] "Male Bias in Macroeconomics: The Case of Structural Adjustment", in Elson, Diane, ed. Male Bias in the Development Process, pp.164-190. Manchester University Press. Manchester. Elson, Diane. 1995. "Gender Awareness in Modeling Structural Adjustment", in World Development 23:11, pp.1851-68. Elson, Diane. 1997a. "Integrating Gender Issues into Public Expenditure: Six Tools", University of Manchester, Graduate School of Social Sciences, GENECON Unit, April. Hurt, K; Budlender, D., eds. 1998. Money Matters: Women and the Government Budget. Institute for Democracy in South Africa. Cape Town. Joekes, Susan. 1987. Women in the World Economy. Oxford University Press. Oxford. Joekes, Susan. 1995. "Trade-Related Employment for Women in Industry and Services in Developing Countries." UNRISD Occasional Paper No.5. United Nations Research Institute for Social Development. Geneva. Katz, Elizabeth. 1999. "Gender and development", in: O'Hara, Phillip, ed., pp.391-396. Organisation of Economic Cooperation and Development (OECD). 2000 (forthcoming). Gender and Economic Reform in Development Co-operation. DAC- WP GEN/DCD. 2000. (Edited by Carole Houlihan. Collected works of Diane Elson et al), OECD. Paris. Palmer, Ingrid. 1991. "Gender and Population in the Adjustment of African Economies:

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Traduit de l'anglais par Karine Alvarez
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l est maintenant de plus en plus évident que le domaine de la politique macro-économique a une importance cruciale, non seulement pour le mouvement des femmes, mais aussi pour tous ceux qui s'efforcent d'obtenir une société plus démocratique, plus libre et plus égalitaire. La question qui m'intéresse, dans cet exposé, est comment nous, en tant que citoyennes et en tant que femmes indiennes, réagissons à cet ensemble de politiques macro-économiques qui sont officiellement prévues comme le pas vers la réforme économique et, comment nous considérons les possibilités d'autres mesures qui seraient en meilleur accord avec notre propre vision, plus large, d'un changement social et d'un véritable progrès. Certains points doivent tout d'abord être soulignés. Je crois sincèrement que nous commettrions une grave erreur - et que nous ne nous rendrions pas service - si nous considérions le problème seulement en termes de l'impact sur les femmes ou si nous reléguions les femmes à la zone sombre de secteurs plus faibles ayant droit à des filets de sécurité offerts par les charitables caisses de l'Etat. Il est plutôt nécessaire de considérer le domaine de la stratégie macro-économique au vu de son impact global sur l'économie et la société, mais dans une perspective qui soit sensible aux besoins et aux conditions des femmes. De plus, il est temps de dépasser l'étape de la simple réaction aux politiques officielles. Néanmoins, nous devons aussi continuer à réagir, étant donné le pouvoir de l'Etat et sa capacité à imposer une politique. Il faut maintenant formuler et revendiquer ces stratégies économiques différentes, que nous considérons comme impératives pour la restructuration productive de l'économie et pour une meilleure distribution sociale. En arrière-plan, il est nécessaire de clarifier ce que nous entendons exactement par stratégies macro-économiques, surtout qu'il existe une grande confusion dans ces termes, aggravée par les présentations officielles. Les

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déclarations du gouvernement et les jugements émis par les médias reprennent souvent plusieurs termes de manière interchangeable, alors qu'ils ont des significations différentes: stabilisation, ajustement structurel, libéralisation et (le plus trompeur) réforme économique. La stabilisation s'applique essentiellement à la tentative à court terme de stabiliser ou de raffermir l'économie face aux chocs soudains ou aux déséquilibres macro-économiques existants, particulièrement dans la balance des paiements. Il y a de nombreuses manières d'y parvenir, selon la nature, à long terme, de l'ajustement structurel. Cette dernière expression se rapporte aux changements, à moyen ou long terme, dans la structure de production, conformément à l'ensemble des objectifs sociaux. La manière dont ce mot est actuellement utilisé désigne généralement le désir de rendre l'économie plus compétitive à l'échelle internationale, mais ce n'est pas le seul but possible de l'ajustement structurel. Il pourrait également être orienté vers une satisfaction plus efficace et plus équitable des besoins essentiels de toute la population, ou vers une tentative d'amélioration de la productivité de la main-d'œuvre, dans tous les secteurs de l'économie sans entraîner de ralentissement, c'est -à-dire davantage de chômage. Bien sûr, ces objectifs ne sont pas toujours mutuellement compatibles et il se pourrait que les efforts visant à un renforcement de la compétitivité extérieure réduisent, en fait, la capacité de l'économie à pourvoir aux besoins essentiels de la population et à améliorer la productivité globale. La concentration sur la compétitivité internationale fait partie d'une approche globale qui privilégie le libre fonctionnement des marchés, comme le meilleur moyen d'obtenir croissance et efficacité, ce qui est l'essence des mesures de libéralisation. En Inde aujourd'hui, ces dernières sont couramment décrites comme des éléments du programme de réformes, sans tenir compte du fait qu'elles impliquent ou non, un réel pas vers l'amélioration du système économique en terme de niveau de vie de la majorité des gens. Or, les mesures présentées aujourd'hui comme le programme de réformes économiques ne sont ni la seule option possible pour le pays, ni des politiques à même d'aboutir à un système économique et social véritablement démocratique, du type que nous souhaiterions voir. Il existe d'autres stratégies, à la fois immédiatement et à moyen terme, ce qui implique une orientation différente et un autre type de politique. Il faut insister là-dessus; on doit démystifier la série de politiques macro-économiques actuelles et cesser de croire qu'elles sont inévitables. C'est important, parce que nous n'avons pas à tracer la meilleure voie possible pour les femmes, dans des mesures inévitables, imposées par un strict raisonnement économique, puisque là n'est tout simplement pas la question. Cette démystification nous permettra de faire pression pour une stratégie différente à mettre en route. Les principaux éléments de la stratégie économique actuelle, qui essaie de combiner stabilisation et ajustement structurel sous l'égide de la libéralisation et d'une plus grande dépendance à l'égard du mécanisme de marché,

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sont les suivants: (1) réduction du déficit fiscal du gouvernement, qui représente l'excès des dépenses totales par rapport au revenu courant, plutôt que du déficit des recettes fiscales qui est l'excès des dépenses courantes par rapport aux recettes; (2) contrôle de l'expansion du crédit interne; (3) dévaluation de la monnaie, suivie par un régime de taux de change qui permette à la roupie de flotter, déterminée par le marché, étant donné la totale convertibilité sur les comptes courants en général; (4) libéralisation du commerce extérieur avec la substitution des contrôles de quota sur les importations par des contrôles sur les tarifs, une réduction progressive des barrières tarifaires et la suppression des restrictions sur les exportations, surtout sur les produits agricoles; (5) assouplissement des conditions pour les entrées de capitaux étrangers, et particulièrement, pour les investissements directs étrangers et les investissements de portefeuille effectués dans des valeurs boursières indiennes par des agents étrangers; (6) déréglementation et libération interne

des contrôles - y compris sur les prix des produits de base - et des restrictions
de leurs mouvements; (7) réductions des subventions occultes et manifestes, essentiellement pour les exportations, l'engrais et la nourriture, à la fois comme élément des restrictions budgétaires et afin de rendre les prix nationaux conformes aux prix internationaux; (8) réforme des entreprises publiques, ce qui implique généralement une hausse des prix de production, une réduction des subventions de l'Etat, une possible fermeture des entreprises subissant des pertes et un pas vers le désinvestissement et la privatisation progressive; (9) tentatives de libéralisation des marchés financiers intérieurs, pour renforcer les marchés de capitaux vis-à-vis des intermédiaires bancaires et, adoption de divers types d'innovation financière. Jusqu'à maintenant, de nombreuses politiques de ce genre ont été partiellement mises en œuvre, tandis que d'autres doivent encore être officiellement introduites, par exemple (10) la réforme du marché du travail, impliquant essentiellement l'introduction d'une politique qui facilite les licenciements et les fermetures et supprime la législation de protection des travailleurs, considérée comme rigidifiant le marché du travail. La réduction du déficit du gouvernement et le contrôle monétaire sont deux mesures visant à atteindre la stabilisation au moyen d'une déflation de l'économie. Pourtant nous devrions souligner que, jusqu'à présent, le déséquilibre réel du budget qui influe sur la position d'actif net du gouvernement et entraîne la tendance explosive de la dette publique - le déficit des recettes fiscales du gouvernement - n'a pas été corrigé, mais s'est aggravé. Cette aggravation s'est poursuivie jusqu'à atteindre, actuellement, un niveau historique, même si officiellement on affirme tenter d'établir l'équilibre interne du 41

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La dévaluation et la roupie flottante, instaurées pour maintenir le taux de change à un niveau réaliste, font partie de la stabilisation et de l'ajustement structurel. Mais il faudrait noter que, malgré une certaine hausse positive des exportations, l'établissement d'un semblant de stabilité sur le plan extérieur,

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a principalement été provoqué par plus d'emprunts officiels et des entrées de capitaux spéculatifs sur la place boursière indienne tels que les investissements de portefeuille. De manière similaire, l'amélioration de la balance commerciale reflète, non seulement, l'augmentation des exportations mais aussi le déclin précipité des importations, en raison de la récession industrielle interne et de la baisse du prix du pétrole sur le plan international. Le contrôle des prix a également été en grande partie lié à plusieurs bonnes moussons consécutives qui ont assuré une production agricole convenable. Des pressions inflationnistes sous-jacentes persistent encore et deviennent plus apparentes. Ainsi, les mesures de stabilisation elles-mêmes sont loin d'être parfaites ou couronnées de succès. A son tour, la réussite des mesures d'ajustement structurel dépend des réactions cruciales de l'offre, anticipée à partir du secteur privé; jusqu'à présent, elles ne sont bien vues nulle part. Comme les taux d'investissement stagnent, il y a un déclin du taux d'épargne et, pour le moment, rien n'indique une restructuration économique positive qui génère réellement plus d'emploi. Tout cela montre que le succès de cette stratégie n'est nullement certain. Mais même si nous supposons (ce qui semble de plus en plus improbable) qu'elle puisse amener à la fois stabilisation et un certain type de restructuration qui permettrait à l'Inde de s'intégrer davantage dans l'économie mondiale, certaines conséquences sont dérangeantes non seulement pour la distribution intérieure mais aussi pour la situation des femmes. Il est utile de considérer les conséquences pour les femmes selon les variables suivantes: accès aux éléments de première nécessité, tels que la nourriture, les vêtements et le logement, et approvisionnement en ressources ordinaires; accès à l'instruction et à la formation professionnelle, ce qui permettrait aux femmes d'abandonner les emplois non qualifiés et à faible productivité; accès aux nécessités de la reproduction et de l'éducation des enfants, non seulement les soins de santé et autres services sociaux mais aussi la protection de l'enfance; accès à l'emploi productif, hors de la maison et reconnaissance du travail au foyer; contrôle sur l'allocation des ressources, à la fois au sein du foyer et au niveau social. Chacun de ces points sont touchés négativement par la réduction des dépenses gouvernementales dans le cadre des mesures de stabilisation, mais aussi par le retrait général de l'Etat hors des secteurs de l'approvisionnement en biens et services et, par la dépendance renforcée à l'égard des marchés; ces deux derniers éléments représentant la forme de restructuration souhaitée par ce gouvernement. Ainsi, une réduction des investissements publics productifs et d'infrastructures, comme nous l'avons vu au cours des quatre derniers budgets présentés par ce gouvernement, influe, non seulement sur les perspectives de croissance pour l'avenir, mais également sur les conditions de production et de travail dans l'agriculture et dans les secteurs non syndiqués, autant que dans ceux de l'industrie et des services organisés. Les réductions des dépenses sociales d'infrastructure ont des effets

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encore plus directs sur les conditions de vie et de travail des femmes qui continuent de porter la majeure partie des responsabilités pour la santé et l' alimentation de la famille ainsi que l'éducation des enfants. Elles peuvent aussi carrément affecter les possibilités des femmes à entrer sur le marché du travail ou alors, elles provoquent une entrée forcée - en raison de la pauvreté qui signifie une double charge, encore plus lourde, de travail domestique et à l'extérieur. Dans ce contexte, il n'y a pas de quoi applaudir la féminisation du travail, que l'on attribue parfois aux politiques de libéralisation. En effet, ces dernières sont souvent associées, non seulement à des conditions de travail tenant de l'exploitation et à une charge totale de travail alourdie pour les femmes - à l'intérieur et à l'extérieur du foyer -, mais aussi à un déclin du niveau de revenu de toute la famille ou du ménage, étant donné que les hommes perdent leur emploi rémunéré. Entre 1989 et 1993, les dépenses publiques ont connu le même genre de déclin, en termes réels. Il est erroné de les voir comme des secteurs soft que les gouvernements peuvent essayer de protéger uniquement par un souci magnanime pour le bien-être. L'expérience, à travers le globe, a conduit à la prise de conscience du fait que l'investissement dans la santé, l'éducation et la formation professionnellè'est absolument crucial pour la croissance future et pour une économie saine. De même, les dépenses pour des plans de création d'emplois? au cours de la dernière décennie, ont influé, de manière fondamentale, sur les conditions de l'emploi et de pauvreté et peuvent, d'une certaine façon, expliquer l'amélioration, tant vantée, des conditions matérielles, à la campagne, pendant les années 1980. La diminution de l'investissement réel dans ce type de plans n'influe pas uniquement sur l'emploi et les revenus, mais élimine aussi un moyen potentiellement précieux de fournir davantage d'infrastructures rurales. Les conséquences des mesures de stabilisation à court terme sont donc inquiétantes, mais elles peuvent encore être renversées. Une pression suffisante peut assurer le maintien de toutes ces dépenses et même leur augmentation. Cependant, les effets probables des mesures de libéralisation qui tendent vers une orientation de marché accrue sont encore plus préoccupants, non seulement parce qu'elles influent immédiatement sur les conditions matérielles des femmes, mais aussi parce qu'elles mettent en branle des tendances, à plus long terme, dans l'économie, dans la société et dans l'idéologie. Ces tendances seront beaucoup plus difficiles à renverser. On affirme souvent que les mesures de libéralisation sont les bienvenues parce qu'elles permettent de supprimer le contrôle et les excès bureaucratiques étouffants que chacun de nous ne connaît que trop. Mais il est important de rappeler que la solution de rechange effectivement proposée n'est pas le système plus ouvert et plus démocratique que nous souhaitons, mais un système dans lequel les marchés fonctionnent pour le profit du grand capital, souvent multinational. Un tel système est, en définitive, aussi centralisé, aussi contrôlé et aussi peu démocratique que peut l'être un système

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imposé par une bureaucratie trop zélée et inquisitrice. Elle est dénuée de tout sens des responsabilités, il est donc peu probable que son système fournisse des services et des droits économiques et sociaux à ceux qui n'ont ni influence politique ni pouvoir financier. La nature fondamentalement anti-démocratique des mesures de libéralisation actuelles est évidente si l'on observe certains des faits suivants. Tandis que les règles et les réglementations sont constamment assouplies pour les capitaux étrangers, pour les grandes entreprises, en général et, pour le capital financier sous toutes ses formes, elles sont toujours aussi rigides et restrictives pour les coopératives et les organisations différentes et véritablement démocratiques. Alors que les déclarations officielles explicites parlent de la réduction de l'intervention de l'Etat, son fonctionnement réel est, économiquement parlant, de plus en plus centralisé. Les mesures financières mises en œuvre, de la politique à l'égard des banques jusqu'à l'importance chaque fois plus grande accordée aux marchés de capitaux, militent contre les petites entreprises. La réforme du marché du travail met l'accent sur la suppression des revendications de la classe ouvrière et sur une plus grande liberté de licencier, plutôt que sur l'incompétence des équipes dirigeantes et les querelles des entrepreneurs. La question est que ce type de libéralisation implique principalement une plus grande marge de manœuvre pour le grand capital - à la fois financier et industriel, national et étranger - plutôt qu'une réeIle libération des capacités de travail des femmes et des hommes. Il entraîne également des changements fondamentaux, pour les femmes, dans l'accès aux produits et aux services de première nécessité et, influe sur leurs droits en tant que travailleuses et mères. L'objet principal de ces mesures de libéralisation est, non seulement la marchandisation accrue de tous les aspects de la vie quotidienne et du travail quotidien, mais aussi la réduction du subventionnement des activités non valorisées par le marché et l'obsession de l'accroissement de la profitabilité pour les exportateurs et les investisseurs étrangers, au moyen d'une manipulation appropriée de la maind' œuvre. Les résultats inégalitaires du fonctionnement des marchés sont non seulement considérés comme nécessaires, mais aussi bénéfiques, en termes de réalisation de croissance et de compétitivité internationale meilleures. La combinaison des mesures a plusieurs effets très spécifiques agissant, en particulier, sur la condition des femmes. La prédominance des procédés de marché sous-estime tout ce qui n'est pas directement calculable en ces termes, le travail des femmes dans leur foyer constitue un parfait exemple. Ce travail en lui-même devient plus exigeant en terme de temps et plus ardu lorsque les ressources ordinaires sont privatisées et entraînent des coûts financiers, en raison du mode de fonctionnement de la commercialisation. La réduction des subventions pour des commodités de base telles que les sources d'énergie, les installations sanitaires et l'eau courante, ainsi que pour des services essentiels tels que la santé, réduit non seulement les revenus du foyer,

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mais place aussi une charge particulière sur les femmes qui portent généralement la responsabilité de satisfaire ces besoins pour le foyer. La réduction des subventions alimentaires et du système de distribution publique met la pression sur la sécurité alimentaire des foyers, une situation dans laquelle les femmes sont généralement les plus grandes perdantes. Puisque les politiques d'ajustement structurel entraînent essentiellement un changement dans la distribution des revenus qui s'écarte des salaires, de nombreuses femmes pourraient se voir obligées d'entrer sur le marché du travail par nécessité absolue de survie économique du foyer, surtout si l'Etat et d'autres institutions sociales renoncent à leurs responsabilités d'assistance à l'enfance et d'allégement de la charge de travail ménager. L'expérience récente des pays d'Europe de l'Est montre avec quelle vitesse les institutions et les équipements qui apportent aux femmes, sur le marché du travail, un certain degré d'allégement et d'égalité, peuvent être minées face à la prédominance des procédés de marché. L'accès des femmes à des emplois créatifs et intéressants, plutôt qu'à des travaux pénibles peu rémunérés et nécessaires pour gagner un revenu minimum, dépend, non seulement de l'éducation et de la formation professionnelle, mais aussi de la simple disponibilité de tels emplois dans une économie diversifiée et croissante. Une économie qui privilégie le travail bon marché et non organisé comme principale attraction pour la production vers l'exportation ou pour les investissements des multinationales, créera difficilement beaucoup d'emplois de ce type. En même temps, cette nécessité d'un marché du travail libre et flexible signifierait qu'une véritable législation protégeant les travailleuses (au moins dans le secteur organisé), leur accordant, par exemple, des congés et des allocations de maternité raisonnables, un salaire égal pour un travail égal, des indemnisations en cas d'accidents de travail ou de maladies liées au travail, serait considérée comme défavorable à la voie de croissance décrite ci-dessus. Le changement idéologique, qui a un impact fondamental sur la situation des femmes dans la société, provient des retombées de cet ensemble de politiques et de la globalisation qui n'est pas uniquement le fait de l'économie, mais aussi de la croissance incontrôlée et sans précédent des médias, en particulier de la télévision. La combinaison du facteur consumérisme et de différents fondamentalismes religieux joue curieusement dans le sens d'une restriction de la liberté des femmes et détermine une série d'aspirations matérielles qui réduisent l'espace disponible pour une réelle libération des deux sexes. Je pense que c'est un problème sérieux et grandissant et que son caractère d'urgence ne les rend pas pour autant moins complexe ou plus facile à résoudre. C'est néanmoins une question dont nous devons être conscients en cas de tentative de mise au point de stratégies différentes pour l'économie. Apparemment, une simple critique de la stratégie économique actuelle, même si elle est sans aucun doute nécessaire, n'est pas suffisante. Nous devons aussi avoir une idée précise de ce que nous proposons à la place, non pas sim-

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plement pour réagir aux politiques en vigueur et voir comment atténuer leurs effets, mais réellement pour affirmer notre propre vision d'une société juste. Je suggère donc que nous observions tout le problème de la stratégie macro-économique dans l'autre sens: nous devrions d'abord définir nos propres objectifs pour une restructuration à long terme de l'économie et adapter nos mesures d'ajustement, à moyen terme et de stabilisation, à court terme de manière à ce qu'elles ne soient pas incompatibles avec les objectifs à long terme. Dans une société véritablement démocratique, la prise de décision est aussi décentralisée que possible, le minimum de biens et services de première nécessité est fourni à la population entière grâce à l'engagement systématique et conscient d'un gouvernement responsable, les femmes et les hommes ont accès à l'éducation qui, à son tour, favorise autant que possible l'accès au travail productif, créatif et utile et ces objectifs essentiels ne sont pas compromis par la vulnérabilité extérieure, sur le plan économique ou politique. De tels objectifs, relativement modestes, peuvent être considérés comme utopiques ou irréalistes: c'est peut-être un reflet de notre époque. Le but de toute stratégie d'ajustement structurel devrait être de changer la structure des stimulants dans l'économie, de manière à travailler dans le sens de ces objectifs. Dans le contexte économique actuel, cela implique différentes choses: premièrement, un changement des stimulants à l'attention des secteurs les plus riches, pour les encourager à épargner et à investir davantage sur le territoire national plutôt que de consommer improductivement ou de considérer l'exportation de capitaux comme une constante solution; un changement des stimulants destinés, non seulement à conserver les ressources rares (y compris les ressources énergétiques, la terre et l'eau), mais aussi à empêcher la concentration de ceux qui les possèdent et les contrôlent; un changement des stimulants pour encourager une plus grande autosuffisance dans un domaine aussi essentiel que l'alimentation; insister davantage sur l'amélioration de la productivité dans l'économie en général et dans tous les secteurs plutôt que dans quelques secteurs sélectionnés; insister sur l'utilisation efficace et effective de notre principale ressource - la main-d'œuvre pour éviter le terrible gaspillage et l'inefficacité du chômage; enfin, un certain degré de protection à l'encontre des effets les plus inégalitaires et déstabilisants provoqués par les opérations des marchés mondiaux. La stratégie d'ajustement devrait donc s'appliquer principalement à élaborer les moyens - en terme de stratégie fiscale et monétaire, d'assistance

à la ventilation des investissements - qui pourraient changer la structure des
stimulants dans ce sens. Dans ce contexte, la décentralisation de la prise de décision économique est absolument cruciale, non seulement pour aller vers plus de responsabilités démocratiques, mais aussi pour une utilisation meilleure et plus efficace des ressources. A leur tour, de tels objectifs signifient que les stratégies à court et moyen terme ne devraient pas nous exposer aussi directement aux fantaisies et aux caprices incertains du capital international, mais devraient plutôt cher-

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cher à atteindre une véritable stabilisation grâce aux efforts internationaux. Il est utile de rappeler que, si en 1991-1992, la balance commerciale a été de nouveau maîtrisée, c'était dû, plus aux contrôles très stricts des importations, qu'aux changements des taux de change. On n'est toujours pas, à l'heure actuelle, parvenu a un réel équilibre interne en ce qui concerne le contrôle du déficit des recettes fiscales. Aujourd'hui, la balance des paiements intérieure et extérieure exige des mesures extrêmement sévères, mais il est possible d'en concevoir de plus sévères à l'égard des groupes les plus riches qu'à l'égard des pauvres (par exemple, imposition directe accrue et réduction des dépenses excessives du gouvernement sur le plan fiscal, contrôles des importations de produits intermédiaires pour la production de luxe) et, par là même, plus efficaces. De plus, il est important d'assurer un taux de croissance des exportations stable et élevé, non seulement pour ramener les comptes externes dans une balance soutenue, mais aussi pour protéger l'économie d'une menace de fuite des capitaux ou de dépendance à l'égard des entrées de capitaux. Mais une telle croissance des exportations exige l'intervention stratégique de l'Etat, elle ne peut compter uniquement sur le marché. Les politiques exigent une motivation entièrement différente ainsi qu'une autre approche de la dépendance à l'extérieur. Certains répliquent qu'elles sont politiquement impraticables, je vous rappelle que les politiques gouvernementales peuvent être transformées s'il y a une pression suffisante et c'est peut-être à nous de créer la conscience qui pourra mettre sur pied une telle pression. Tout cela est d'une grande urgence, en raison de la rapidité des changements de politique économique et de leurs possibles considérables conséquences. Pour le mouvement des femmes, l'heure du défi a sonné et ce, pour deux raisons essentielles. L'une est le danger idéologique du fondamentalisme religieux et d'autres formes de doctrine patriarcale qui ont commencé à menacer même les libertés les plus soigneusement acquises pour les femmes, dans notre société. L'autre est la tendance à intégrer étroitement l'économie indienne dans un ensemble global de structures de marché inégalitaires, qui pourrait mettre en marche des processus difficiles à renverser parce qu'ils modifient profondément les règles du jeu. J'ai affirmé que beaucoup de ces processus vont durcir les conditions matérielles des travailleuses et influer sur les futures possibilités d'amélioration de ces conditions. Affronter ces menaces doit être la priorité de notre programme de travail. Note
- Ceci est une version légèrement * the Indian Association of Women's Weekly, vol. 29, nOI8 sous Ie titre: revue de la "key note Address to the Sixth Annual Conference of Studies", Mysore, Mai 1993, publié dans Economic and Political "Gender Concerns in macro-economic Policy".

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Au XIIIe siècle avec les œuvres de Quesnay et de Adam Smith, une discipline nouvelle se trouve constituée, l'économie politique. Son objet est l'analyse des conditions de la formation de la richesse des nations "civilisées". Nous sommes à une époque où la richesse se mesure en argent et où la richesse d'une nation semble de plus en plus avoir ses sources dans la production et l'accumulation de marchandises. La question qui se pose n'est plus seulement, comme au XVIIe siècle, de savoir vendre mais de savoir produire de la façon la plus efficace, celle qui rapporte le plus d'argent, de profit. L'analyse concerne deux niveaux de la société, celui, local, des entreprises, celui, global, du marché, articulés à travers la concurrence que se font les entreprises sur un marché soumis aux forces de l'offre et de la demande sociales de marchandises, et de l'évolution des coûts de production. Tout semble donc réglé comme par une "main invisible" (A.Smith). Pour la première fois, la pensée occidentale prenait conscience de l'existence de logiques globales caractérisant la production et la circulation des biens au sein d'une société, bref posait l'existence de "systèmes économiques".
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ln: M. Godelier, 1991, Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, dirigé par P.Bonte et M. izard, PUp, Paris