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GROUPES DE PARENTS

De
224 pages
Depuis 1999, à la faveur de la circulaire relative aux réseaux d'écoute, d'appui et d'accompagnement des parents, des expériences sont tentées dans le domaine social et médico-social. Ces initiatives permettent à des parents partageant des caractéristiques, des événements familiaux ou des modes de vie communs de se rencontrer en présence d'un ou de plusieurs professionnels. Cet ouvrage rend compte d'expérience au contact de groupes de parents (groupes de personnes, de parents adoptifs, de parents ayant un enfant handicapé) dans le champ de l'éducation familiale.
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GROUPES

DE PARENTS

Recherches en éducation familiale et expériences associatives

Collection Savoir et formation dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la réflexion sur ces aspects majeurs. Dernières parutions Anne BARRERE, Les enseignants au travail, routines incertaines, 2002. Gilles BILLOTTE, L'équipe pédagogique: vers une nouvelle identité professionnelle des enseignants, 2002. Philippe CARRE et André MOISAN, Laformation autodirigée, 2002. Colette LATERRASSE, Du rapport au savoir à l'école et à l'Université, 2002. Yves MEUNIER et Daniel CHETOUI, Les éducateurs de jeunes enfants: une identité professionnelle en évolution ?, 2002. Jean-Luc RINAUDO, Des souris et des maîtres, 2002. Philippe CARRE et André MOISAN (eds.), L'autoformation, fait social? Aspects historiques et sociologiques, 2002. Jean-François MARCEL (éd.), Les sciences de l'éducation: des recherches, une discipline, 2002. Christiane MONTAND ON, Approches systématiques des dispositifs pédagogiques: enjeux et méthodes, 2002. Collectif du MOULIN, Intégrer les formations ouvertes - Résultats et analyse d'une conférence de consensus, 2002 Dominique FABLET, Les interventions socio-éducatives, 2002. Collectif, L'identité chez les formateurs d'enseignants. Echanges francoquébécois, 2002. Jean-François CHOSSON, Pratiques de l'entrainement mental, 2002. Bernadette TILLARD, Des familles face à la naissance, 2002. Jacky BEILLEROT, Pédagogie: chroniques d'une décennie (19912001), 2002. P. CARRE, M. TETART (coord.), Les ateliers de pédagogie personnalisée, 2002.

Ouvrage coordonné par Bernadette TILLARD

GROUPES

DE PARENTS

Recherches en éducation familiale et expériences associatives

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2003 ISBN: 2-7475-3788-9

SOMMAIRE Avant-propos Bernadette Tillard 7 Première partie - Parentalité et groupes de parents Parenté et Parentalité, réflexions sur les termes et les champs disciplinaires Bernadette Tillard .17 Les groupes de paroles: lorsque la recherche se fait action Jean-Marie Miron 37 Les finalités des groupes de paroles en question. Approche comparative et critique des groupes de paroles de parents Catherine Sellenet 57 Deuxième partie - Interventions auprès de parents Requalification paternelle: cadre associatif et modalités d'intervention pour un « atelier pères» Marie-Pierre Mackiewicz 81 Un « atelier pères» : aménagements de la parentalité, restauration d'une image et d'une sociabilité Carole Asdih, Dorinne Gez-M'Bembo 107 Interventions socio-éducatives auprès de familles accueillies en Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CRRS) Arnaud Chatenoud .127 Troisième partie - Relations entre chercheurs et parents Construction d'objets de recherche en anthropologie de la parenté Anne Cadoret .157 Parents adoptifs, parents adoptés Bruno Décoret, Joëlle Garbarini. 177 La Commission nationale des parents Chantal Bruno, Philippe Miet 207

Avant-propos
Bernadette Tillard

Depuis 1999, à la faveur de la circulaire relative aux réseaux d'écoute, d'appui et d'accompagnement des parents, des expériences sont tentées dans les domaines social et médico-social. Elles favorisent les interventions auprès de groupes de parents. À côté du tête-à-tête habituel entre un professionnel et un ou deux parents, ces initiatives permettent à des parents partageant des caractéristiques, des événements familiaux ou des modes de vie communs de se rencontrer en présence d'un ou de plusieurs professionnels. Ces interventions ont parfois fait l'objet de recherches. Les contacts entre les professionnels et les chercheurs ont suscité des réflexions sur les méthodes d'intervention déployées, l'explicitation des objectifs poursuivis par les animateurs de ces groupes de parents. De même, ces nouveaux terrains de recherche ont été l'occasion pour les chercheurs de s'interroger sur les méthodes les plus appropriées pour accompagner ces interventions et au-delà poursuivre leurs travaux sur les évolutions de la famille et les interventions sociales en direction des familles. Nous souhaitons rendre compte dans cet ouvrage d'expériences et ,de recherches récentes au contact de groupes de parents. La plupart des travaux de cet ouvrage relèvent du champ de l'éducation familiale. On pourra souligner également que l'observation participante est un point méthodologique qui se retrouve fréquemment au fil des pages. Aussi ne s'étonnera-t-on pas de découvrir parmi les auteurs, deux ethnologues dont la méthode repose sur la familiarisation progressive avec une population restreinte. Lors du congrès de l'Association des enseignants chercheurs en sciences de l'éducation (AECSE) qui s'est tenu à

Lille en septembre 2001, le thème des « groupes de parents»

s'est dégagé de plusieurs présentations des deux symposia1.
Ces contributions ont été développées à l'occasion de cet ouvrage. Nous avons eu également le souci de susciter d'autres contributions pour rendre compte des différentes approches de ces questions. Le terme « parentalité» a émergé dans le champ social et dans la sphère publique en même temps que se produisait l'expansion de ces expériences de groupes de soutien aux parents. En tant qu'anthropologue, je m'interroge dans la première partie sur l'émergence de ce terme parentalité et je le compare à la notion anthropologique de parenté. Les chercheurs en sciences humaines peuvent déployer des approches différentes pour mieux s'adapter au foisonnement d'initiatives au nom du soutien à la parentalité. Cette grande diversité des modalités d'aide aux parents est au centre des préoccupations de Catherine Sellenet. Jean-Marie Miron partage ce souci et nous apporte un éclairage québécois sur les principes de la recherche en sciences de l'éducation face à des groupes de parents. Une contribution, co-signée par Dorinne Gez et Carole Asdih rapporte une expérience relative à un groupe de pères. L'article rédigé par ces coauteurs à propos de l'association La Pose procède par interviews auprès des pères tandis que Marie-Pierre Mackiewicz décrit les enjeux institutionnels d'un tel dispositif En regard de la recherche de Marie-Pierre Mackiewicz, de Dorinne Gez et de Carole Asdih au contact d'une association valencienneoise affiliée à la Fédération nationale des associations d'accueil et de réadaptation sociale (FNARS), nous avons souhaité souligner l'originalité de la démarche en proposant une contribution de Arnaud
1Un autre ouvrage issu de ces rencontres est précédemment paru dans cette collection. Coordonné par Dominique Fablet, il s'intitule: Les Interventions socio-éducatives, actualité de la recherche. 8

Chatenoud sur les modalités ordinaires du travail social en Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) où les contacts individuels prévalent malgré la proximité géographique et sociologique des parents qui y sont accueillis. Enfin, la troisième partie relève un autre aspect d'intervention des groupes de parents dans la vie sociale. Cette fois, il ne s'agit plus d'une intervention sociale vers les familles mais d'une prise de parole des parents réunis en association. Le chercheur peut alors apparaître comme un médiateur entre des parents et la sphère publique. Nous avons également souhaité montrer combien la vie associative pouvait donner lieu à des terrains de recherche où la question de l'implication du chercheur se pose de manière plus ou moins importante. Anne Cadoret est présente en tant que chercheur auprès d'une association de parents qui, par ailleurs, cherche à faire connaître ses aspirations. Elle nous fait partager son cheminement et la construction d'un objet de recherche dans le domaine de l'anthropologie de la parenté. Bruno Décoret et Joëlle Garbarini partagent à la fois la condition de parents adoptifs et de chercheurs. Enfin, des parents d'enfants handicapés réunis au sein d'une association présentent ici leur démarche de recherche sur la collaboration entre les professionnels exerçant dans les structures gérées par l'association et les familles des enfants qui y sont accueillis. Cette démarche se traduit par une contribution commune de Sandra Bruno, membre de la Commission nationale de parents et de Philippe Miet, chargé de mission à l'Association des paralysés de France.

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Présentation des auteurs
Carole Asdih est psychologue, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Lille 3 et chercheur au laboratoire PROFEOR jusqu'en 2001. Depuis, maître de conférences à l'IUFM de Montpellier et chercheur au LIRDEF, elle travaille sur l'exercice de la parentalité chez des sujets en situation de précarité, les relations entre les familles et l'école, ainsi que sur l'intégration ou l'exclusion des enfants en milieu éducatif Elle s'intéresse particulièrement aux problématiques d'interculturalité. Elle coordonne actuellement un numéro sur le décrochage scolaire dans la revue Les
Sciences de l'éducation

- Pour

l'ère nouvelle.

Chantal Bruno est intervenante en « psychosociologie et handicaps» à l'Institut régional des travailleurs sociaux à Talence (33). Issue de l'École des hautes études en sciences sociales, elle s'est intéressée notamment aux aidants familiaux de personnes âgées. Élue en tant que parent à la Commission nationale des parents de l'Association des paralysés de France durant six ans, elle travaille depuis trois ans en tant que parent-ressource auprès de cette commission. Secrétaire de rédaction de la revue Iner-Parents, elle représente les parents avec d'autres associations européennes dans le cadre de recherches sur le partenariat familles-professionnels. Elle a coordonné un ouvrage collectif: Silence et Contre-Chant: avoir unfrère ou une sœur handicapée (2002) aux éditions de l'APF, et a écrit un ouvrage autobiographique paru chez Desclée de Brouwer autour de l'annonce du handicap (2002).

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Anne Cadoret est ethnologue, chargée de recherches au CNRS - Grass (Groupe d'analyse du social et de la sociabilité). Elle s'intéresse depuis plusieurs années aux structures familiales françaises. Après s'être penchée sur les familles d'accueil, elle a écrit Parenté plurielle, anthropologie du placement familial, (Paris, L'Harmattan, 1995). À la suite de nouvelles recherches sur les familles homosexuelles, elle vient de publier Des parents comme les autres, homosexualité et parenté, (Paris, Odile Jacob, 2002). Arnaud Chatenoud est allocataire de recherche en sciences de l'éducation à l'Université Paris X-Nanterre, après avoir exercé comme éducateur spécialisé dans divers dispositifs de la protection de l'enfance. Sa thèse de doctorat portera sur le réseau de soutien social des familles hébergées en CRRS. Il participe par ailleurs à différentes études dans le champ de la suppléance familiale, notamment autour de l'insertion sociale et professionnelle de jeunes adultes déficients intellectuels. Bruno Décoret est psychologue, maître de conférences à l'université Claude Bernard Lyon 1 et chercheur au CREF Paris X-Nanterre. Il travaille depuis quinze ans sur la question de la parentalité, en particulier de la paternité. Il a publié notamment Pères séparés, Pères tout de même (1997), et Familles (1998) aux éditions Anthropos - Économica. Mathématicien de première formation, il s'intéresse aussi aux modèles mathématiques utilisés en sciences humaines. Joëlle Garbarini, docteur en sciences sociales, formatrice enseignante en travail social, après une longue expérience en tant que cadre de l'action sociale, est chercheur associée au CREF dans l'équipe « Éducation familiale et interventions sociales en direction des familles» à Paris XIl

Nanterre. Elle a publié chez ESF éditeur Relation d'aide et travail social (1999) et Former à la relation d'aide en travail social (2002). Aujourd'hui ses recherches portent sur la parentalité en matière d'adoption et dans le cadre du placement familial. Une recherche-action menée avec des professionnels du placement familial sur la place du «père d'accueil» est en cours de publication.

Dorinne Gez-M'Bembo occupe un poste de chargée de mission à La Pose. Doctorante à Paris X-Nanterre, elle prépare une thèse de sciences de l'éducation sur l'implication précoce du père dans l'éducation des enfants de couples mixtes.
Marie- Pierre Mackiewicz est sociologue, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'Institut universitaire
de fonnation des maîtres (IUFM) du Nord - Pas-de-Calais et

chercheur au laboratoire PROFEOR (université Lille 3). Chargée de développer les enseignements concernant la santé à l'IUFM, elle a pour principaux objets de recherche la coopération entre parents et professionnels dans les champs éducatifs et sociaux, ainsi que l'étude des processus de requalification sociale, dans différents dispositifs mis en œuvre par les administrations ou le milieu associatif Sa thèse, Suppléance précoce et parent alité : une étude de la coopération entre parents et professionnels, est diffusée aux éditions universitaires du Septentrion (2001). Elle a coordonné l'ouvrage, Praticien et chercheur, parcours dans le champ social, publié chez L'Harmattan (2001). Philippe Miet, directeur adjoint à la direction nationale des actions associatives à l'Association des paralysés de France (APF). Ses principales missions consistent à l'accompagnement de la Commission nationale des parents et 12

à un travail de partenariat avec d'autres associations européennes particulièrement dans le cadre de recherches sur le partenariat entre familles et professionnels et sur la participation sociale des personnes porteuses d'une déficience motrice. Jean-Marie Miron est professeur au département des sciences de l'éducation à l'université du Québec à TroisRivières. Ses intérêts de recherche portent sur la famille et le soutien des parents dans les milieux d'éducation et d'accueil de la petite enfance. Les travaux en cours s'inscrivent dans une perspective d'empowerment des familles en difficulté ou risquant de le devenir, notamment pour ce qui est de la négligence. De plus, il s'intéresse aux questions relatives à l'éducation dans les familles atteintes par le VIR. Catherine Sellenet, maître de conférences en psychologie et sociologie à Nantes, est chercheur au CREF Paris X-Nanterre. Après avoir travaillé pendant dix ans comme psychologue clinicienne à l'Aide sociale à l'enfance, Catherine Sellenet travaille aujourd'hui sur la parentalité, la maltraitance, l'analyse des interventions sanitaires, sociales et juridiques en direction des familles. Elle est l'auteur de deux ouvrages récents Avoir mal et faire mal (2001) et Les Puéricultrices au cœur de l'enfance (2002) parus aux éditions Hommes et Perspectives. Bernadette Tillard est maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Paris X-Nanterre après avoir été chargée d'études à l'Observatoire régional de la santé Nord - Pas-de-Calais. Anthropologue et médecin de santé publique, elle s'est intéressée à la grossesse, la naissance et la nomination des enfants, plus particulièrement ceux dont les parents habitent un quartier populaire de la ville de Lille. 13

Ses travaux font l'objet d'une publication dans cette même collection Des familles face à la naissance. Actuellement, elle poursuit ses recherches sur les familles dans la région Nord en examinant les relations entre les familles et les techniciennes d'intervention sociale et familiale (autrefois appelées travailleuses familiales).

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Première partie

PARENT ALITÉ ET GROUPES DE PARENTS

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Parenté et Parentalité, réflexions sur les termes et les champs disciplinaires
Bernadette Tillard Le terme « parenté» appartient à la fois au domaine de l'anthropologie sociale et au vocabulaire commun; celui de « parentalité» fait partie du vocabulaire de l'éducation familiale et du travail social. Anthropologue récemment intégrée dans le secteur « Éducation familiale et interventions sociales auprès des familles» du CREF (Centre de recherche éducation et formation), je souhaite examiner dans cette contribution les deux notions de parenté et de parentalité en faisant apparaître leurs points de recoupement et leurs différences. Cette réflexion s'intéresse à la définition et à l'évolution de l'usage de chacun de ces termes, faisant l'hypothèse que ces éléments permettront de mieux comprendre les champs que ces deux tennes recouvrent. Définition de la parenté Tout individu ayant une expérience de la parenté, la notion semble aller de soi et faire l'économie d'une défmition dans la plupart des usages quotidiens. Néanmoins, si nous consultons Le Petit Larousse illustré, voici la défInition

proposée: «relation de consanguinité ou d'alliance qui unit des personnes entre elles». Cet énoncé présente la parenté comme une relation en lien soit avec la réalité biologique de la procréation soit avec l'expérience sociale du mariage. Cette définition si nous la retenions exclurait l'usage du tenne pour de nombreuses situations familiales, à commencer par le concubinage et l'adoption. D'un point de vue anthropologique, la définition de la parenté se réfère à deux notions complémentaires: d'une part l'atome (Lévi-Strauss C., 1958, p. 58) - ou élément (LéviStrauss C., 1958, p. 56) - de parenté qui décrit la structure familiale restreinte et d'autre part le système de parenté qui correspond à l'organisation sociale de la famille élargie. L'atome de parenté comprend les trois relations frèresoeur, homme-femme, parent-enfant. D'un point de vue épistémologique, la description de l'atome de parenté s'inscrit dans une vision structuraliste des échanges de femmes entre hommes. La relation frère-sœur (ou relation de germanité) précède alors la relation conjugale et la relation parent-enfant. L'adaptation de l'élément de parenté aux systèmes complexes s'accompagne d'un déplacement de la relation frère-sœur qui se trouve alors non plus à l'origine de la relation de couple mais comme résultat de sa procréation. En pratique, en ethnologie française, dans une recherche sur la naissance, les deux dimensions de la germanité coexistent. D'une part, les frères et sœurs des parents sont sollicités pour remplir les rôles de parrain et marraine de l'enfant, ils accueillent les aînés chez eux pendant que la mère est indisponible, etc. D'autre part, les parents tiennent compte de la nomination des frères et sœurs du nouveau-né pour définir sa propre identité civile. Telle que la rapporte Françoise Héritier citant Claude Lévi-Strauss, lui-même inspiré de l'anthropologue britannique Alfred Reginald Radcliffe-Brown, la définition minimale de la famille correspondant à la famille nucléaire est « l'union plus 18

ou moins durable et socialement approuvée d'un homme, d'une femme et de leurs enfants}) (Héritier, 2000). La sociologie parle de famille nucléaire. La mise en relation des atomes de parenté les uns avec les autres permet de prendre en considération la famille élargie. La parenté est alors considérée comme un ensemble de liens familiaux que des personnes se reconnaissent entre elles. Pour définir la parenté, nous parlons donc de liens, de relations entre les personnes. Ceci distingue la parenté de la parentèle qui désigne l'ensemble des personnes. Ces liens familiaux sont aussi variés que les formes d'organisation sociale à laquelle les individus appartiennent. Ils ont été décrits à partir des observations directes et des déclarations des personnes composant chaque société.
Description de la parenté

Pour décrire la parenté tout en rendant compte de la complexitéde ses formes, les trois relations complémentaires de l'atome de parenté suffisent. Pour cela l'anthropologie s'intéressenon seulementaux relations de consanguinité,mais également aux termes d'adresse (termes utilisés pour s'adresser à une personne; exemple « papa») et aux termes
de référence (termes nécessaires pour désigner quelqu'un à une

tierce personne; exemple « mon père»). Les différentes formes de parenté ainsi décrites montrent que les relations de parenté tiennent compte des représentations locales de la conception de l'embryon mais ne se résument pas à la lecture indigène de la procréation. « Un système de parenté ne consiste pas dans les liens objectifs de filiation ou de consanguinité donnés entre les individus; il n'existe que dans la conscience des hommes, il est un système arbitraire de représentations, non le développement spontané d'une situation de fait. Cela ne signifie certes pas que cette situation

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de fait soit automatiquement contredite, ou même simplement ignorée. » (Lévi-Strauss C., 1958, p. 61). Les observations ethnographiques relativisent donc la part attribuée aux faits biologiques par rapport aux constructions sociales de la parenté.
Parenté ou systèmes de parenté

En anthropologie, le terme «parenté» est le plus fréquemment employé dans l'expression «systèmes de parenté », expression au pluriel en raison des différents modèles observés dans le monde. En 1949, « six grands types de terminologie de parenté, croisés avec les principales formes de filiation patrilinéaire, matrilinéaire, bilinéaire, et indifférenciée ou cognatique » permettent à l'anthropologue américain George Peter Murdock « de dresser la liste de onze grands types de structure sociale» (Héritier, 1981, p. 20). Ces systèmes sont en relation étroite avec la nature des
relations entre les personnes. Leur description est facilitée par

cette correspondance entre terminologie de parenté et relations sociales à l'intérieur d'un système. La position d'un individu détermine à l'égard des autres la proximité affective, la familiarité, le respect, les relations de plaisanterie, la répartition des rôles éducatifs, etc. mais également les transmissions de biens concrets et symboliques, les interdictions de mariage ou les mariages préférentiels. De plus, l'organisation du système de parenté est généralement articulée aux autres champs de la vie sociale en particulier aux domaines religieux et politiques. Le système de parenté influence ce que localement on désigne comme une famille. D'autres éléments participent également à sa définition tel que, par exemple, le lieu de résidence du couple (virilocalité, matrilocalité).

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Parenté et genre

La position sociale des genres masculins et féminins s'appuie sur les théories biologiques en cours concernant la sexualité et la procréation. Ces théories justifient en retour les positions des genres. Maurice Godelier résume ceci en affirmant qu'« un système de parenté inclut toujours parmi ses composantes une série de représentations sur le corps et ses substances et les processus de genèse des enfants». (Godelier M., 1982, p. 354). Ce principe ethnologique énoncé à propos des sociétés exotiques se vérifie également dans l'histoire des représentations des sociétés occidentales. L'affmnation d'une égalité des sexes et des revendications telles que la parité ont évolué parallèlement à l'acceptation lente et progressive des découvertes de la science concernant les apports de l'homme et de la femme à la conception de l'embtyon. Depuis l'Antiquité, deux positions différentes avaient été énoncées: celle d'Aristote et celle d'Hippocrate. Celle d'Aristote qui donnait à l'homme l'initiative de la conception et lui attribuait la croissance de l'embryon a été retenue pendant des siècles et confortait l'autorité masculine dans la sphère publique et familiale. Celle d'Hippocrate plus égalitaire est tombée dans l'oubli. Par la suite, la découverte de De Graaf au cours du xxvne siècle qui mettait en évidence l'existence d'un gamète féminin n'a été prise en considération que plusieurs siècles plus tard.
Parenté et anthropologie sociale

En conclusion de cette rapide approche d'un des domaines de prédilection de l'anthropologie sociale et de l'ethnologie, nous pouvons retenir que: - les modes de représentation de la réalité biologique ne sont ni universels, ni permanents; 21

-l'organisation de la parenté tient compte des représentations biologiques en cours; - le système de parenté ne se réduit pas à l'approche locale des faits biologiques. Il s'articule à l'ensemble de la vie sociale. Non seulement il définit la position généalogique, mais il rend également compte d'un ensemble complexe de relations interpersonnelles, éducatives et sociales; -la parenté illustre et conforte la répartition sexuée des rôles. Elle s'articule également avec les autres réalités sociales telles que le pouvoir politique, économique et les domaines symboliques. Définition de la parentalité Les locutions « rôle du père» ou« rôle de la mère », les termes « paternité », « maternité» suffisaient jusque là dans notre vocabulaire. Même en cas d'adoption où les liens biologiques n'existent pas, les expressions semblaient suffisantes jusqu'au milieu des années 1990. On parlait déjà de parents adoptifs pour désigner cette situation et cela répondait aux besoins du moment, peut-être d'ailleurs, en raison de la radicalité de l'adoption en France qui, dans l'adoption plénière, substitue totalement les parents adoptifs aux parents biologiques. Le terme de «parentalité» est apparu dans l'édition 20002 du Petit Larousse illustré. «Fonction de parent, notamment sur les plans juridique, moral et socioculturel. » Catherine Sellenet signale son apparition dans le Dictionnaire de critique de l'action sociale dès 1995 dans lequel il désigne la fonction de parent sous ses aspects juridique, moral et éducatif D'un point de vue plus général, avant 1998, seules des contributions universitaires, et plus particulièrement le
2Ce dictionnaire est cité en raison de sa parution annuelle et de son usage courant.

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