Guérir d

Guérir d'un abus sexuel

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340 pages

Description

Un livre rassurant et thérapeutique pour
les victimes et leur entourage

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Date de parution 23 mai 2018
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EAN13 9782352049470
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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DU MÊME AUTEUR

Dire adieu. Petit guide psychologique du deuil, Payot, 2013, AFNIL, 2017.
Ouvrage publié sous la direction de Catherine Meyer.

La première édition de cet ouvrage a été publiée sous le titre
J’aimerais tant tourner la page en 2008 aux éditions Les Arènes.
© Les Arènes, Paris, 2018, pour cette nouvelle édition revue et augmentée
Tous droits réservés pour tous pays.

Les Arènes
27, rue Jacob, 75006 Paris
Tél. : 01 42 17 47 80
arenes@arenes.fr
Guérir d’un abus sexuel se prolonge sur www.arenes.frÀ Anne, Boris, Igor et Sarah
À ma mèreINTRODUCTION
Parmi les adultes qui souffrent de problèmes psychologiques ou de douleurs physiques
inexpliquées, beaucoup ont été victimes d’un abus sexuel dans leur enfance. La plupart du temps, ils
ne font pas le lien entre les deux. Souvent, ils restent murés dans leur secret. Comment pourraient-ils
savoir que la guérison est à portée de main ?
Parfois, ces personnes dépressives, anxieuses, voire suicidaires, consultent un « psy » pour faire
face à leur détresse. Il leur faudra beaucoup de temps avant d’évoquer devant un étranger leur
blessure intime. Si elles y arrivent un jour… Car la honte et la culpabilité verrouillent leur parole.
Je suis médecin psychiatre. J’écoute, j’accompagne et j’aide ceux qui viennent me trouver à
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réécrire leur passé. Mais c’est en utilisant l’hypnose puis l’EMDR , comme outils de ma pratique,
que les abus sexuels dans l’enfance me sont apparus dans leur terrible fréquence. Ces deux formes de
thérapie ont transformé ma manière d’être avec mes patients, me rendant plus proche, plus
empathique, plus chaleureux. J’ai abandonné ma position retranchée derrière mon bureau pour venir
m’asseoir auprès d’eux. Une relation thérapeutique différente qui a sans doute permis à certains
patients de se sentir suffisamment en sécurité pour me parler de leurs traumatismes.
Puis j’ai consulté la littérature scientifique sur ce sujet. Ce fut une véritable révélation : au moins
une fille sur quatre et un garçon sur six sont victimes d’un abus sexuel dans leur enfance ! Chiffres
terribles, qui font dire à certains qu’il s’agit bien d’une épidémie cachée !
Pourquoi ce livre ? Parce qu’en utilisant l’EMDR pour les adultes victimes d’abus sexuels dans
leur enfance, j’ai obtenu des résultats tels que j’ai voulu partager l’espoir de la guérison avec le plus
de lecteurs possible. J’ai aussi compris combien il était nécessaire de fournir des informations aux
patients pour leur permettre de comprendre ce dont ils souffrent. Savoir que leurs symptômes sont
habituels chez de nombreuses victimes et qu’ils ne sont pas les seuls à en souffrir, c’est déjà un
soulagement : ils ne sont plus des exclus. Les aider à comprendre leurs souffrances, que ce soient les
cauchemars répétitifs, les angoisses, les troubles dépressifs, les difficultés sexuelles et bien d’autres
manifestations, leur redonne un sentiment de plus grand contrôle sur ce qu’ils vivent.
On entend et on lit beaucoup de choses sur les abus sexuels. Malheureusement, ce sont souvent
des idées fausses. Et dangereuses ! Elles augmentent la culpabilité et renforcent le sentiment
d’impuissance déjà bien installé chez les victimes. Je développe, dans le premier chapitre, vingt de
ces idées fausses avant de décrire l’éventail très large des nombreuses complications psychologiques
et corporelles liées aux abus sexuels. J’aborde ensuite le sujet passionnant de la mémorisation des
événements traumatiques et de leur oubli, avant de survoler le vaste domaine des modalités
thérapeutiques. J’ai choisi de développer essentiellement une psychothérapie, l’EMDR, dont
l’efficacité m’a impressionné. D’autres thérapies existent qui peuvent également être efficaces dans
cette indication : les thérapies cognitivo-comportementales et les approches hypnotiques. J’en dirai
quelques mots. Je rassemble enfin dans le dernier chapitre des informations un peu plus développées
sur certains thèmes comme la mémoire, le processus d’attachement, la neurobiologie du traumatisme
ou les abuseurs.
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« Abus » sexuel ? Malgré ses défauts, j’utiliserai ce terme pour ce livre. Il correspond à la
traduction de l’anglais « sexual abuse » et ne possède pas d’autre équivalent en français. Sous cette
appellation, on regroupe un ensemble assez disparate d’agressions ou d’atteintes sexuelles : sans
contact (une personne qui s’exhibe devant un enfant ou qui lui montre des images ou des films
pornographiques), avec contact (oro-génital, génital ou anal, donné ou reçu par l’enfant), jusqu’au
viol, caractérisé par toute pénétration sexuelle, quelle qu’elle soit.

Mon désir est d’apporter à tous ceux qui en ont besoin des informations utiles sous une forme
accessible. J’ai surtout voulu encourager les victimes à consulter un thérapeute en leur montrant
qu’on peut guérir des conséquences d’un abus sexuel. À l’une de mes patientes qui me disait :
« J’aimerais tant tourner la page », j’ai pu répondre : « C’est possible, je suis là pour vous aider à y
parvenir. » Ce livre est également dédié aux familles et à l’entourage des victimes, pour les aider à
mieux comprendre et leur éviter des erreurs douloureuses dans leur accompagnement. Enfin, lesprofessionnels pourront trouver de quoi stimuler leur curiosité et les amener à se former à cette
thérapie si prometteuse qu’est l’EMDR.
1. Eye Movement Desensitization and Reprocessing (désensibilisation et retraitement par les mouvements
oculaires). Le nom a été modifié et s’appelle maintenant « intégration neuro-émotionnelle ». Voir plus
loin.
2. « Abus », en français, désigne un excès de quelque chose qui devrait être consommé en quantité
raisonnable. L’emploi de ce terme pour désigner les agressions sexuelles est critiquable, car peut-on dire
qu’un enfant peut être consommé sexuellement en quantité raisonnable ? Ce terme sous-entend que la
relation sexuelle avec un enfant est au départ normale (comme l’est le fait de manger, de boire ou de
fumer), et que seul l’abus serait répréhensible ! Ce qui bien entendu n’est pas vrai.CHAPITRE 1
NE PAS CROIRE TOUT CE QU’ON DIT
20 idées faussesJ’ai souvent constaté que mes patients victimes d’abus sexuels dans leur enfance connaissaient très
mal les mécanismes d’action du traumatisme et des possibilités thérapeutiques qui existent
aujourd’hui. De façon générale, je suis frappé par la fréquence des idées fausses qui circulent sur ce
sujet. Ces « croyances » sont néfastes. Elles entretiennent la culpabilité, la honte et le manque
d’espoir, mais elles conduisent aussi à adopter des solutions dangereuses et inefficaces pour tenter de
vivre avec ses blessures, ou pour les masquer. Elles sont nocives en raison de ce qu’on appelle
l’« effet Pygmalion » (nom d’un roi légendaire qui tomba amoureux de la statue qu’il avait sculptée,
tant et si bien qu’Aphrodite la changea en être humain), ou « effet Rosenthal », du nom du
psychologue américain qui l’a mis en évidence.
L’effet Pygmalion peut se résumer ainsi : plus vous croyez en quelque chose, plus vous augmentez
sa probabilité d’apparition. Pour prendre un exemple médical, l’effet thérapeutique d’un « faux »
médicament, c’est-à-dire dénué de produit chimiquement actif, est appelé « effet placebo » et peut
être assimilé à l’effet Pygmalion. En croyant que ce médicament va me faire du bien, je provoque
inconsciemment en moi un ensemble de mécanismes, non encore élucidés, qui vont aboutir à
l’apparition d’un effet thérapeutique. Notons que l’effet inverse est tout aussi vrai : c’est l’« effet
nocebo », responsable de nombreux effets secondaires d’autant plus fréquents qu’ils sont connus par
le patient. Conclusion : ne lisez pas les notices de vos médicaments !
L’effet Pygmalion joue aussi un rôle dans ma relation avec moi-même. Cela revient à dire que ce
que je pense, ce que je crois quant à moi-même, plus ou moins consciemment, aura des
conséquences, des effets sur moi. Tant en ce qui concerne le négatif (« Je ne pourrai jamais guérir »)
que le positif (« Mes ressources vont me permettre de tourner la page »). Pour prendre un exemple,
l’idée fausse (que je développe plus loin) selon laquelle toute personne abusée deviendra elle-même
un abuseur risque, si l’on donne foi à cette croyance, de favoriser inconsciemment l’apparition de ce
comportement, même si on ne le veut pas.
Toutes ces croyances fausses doivent donc d’abord être « démontées », critiquées, pour perdre leur
pouvoir néfaste et favoriser la mise en route des processus thérapeutiques.
Ces informations ont aussi pour but d’aider l’entourage de ces personnes qui souffrent à mieux les
comprendre et ainsi à mieux les soutenir.

1) « Ce que j’ai subi est définitivement gravé en moi, et rien ne peut m’aider à aller mieux ; je
vais garder cette blessure toute ma vie. »
Cette première idée fausse est malheureusement très répandue. Elle explique peut-être en partie
pourquoi de nombreuses victimes d’abus sexuels ne consultent pas (la honte est une autre raison). La
nature particulière de ce traumatisme conduit la victime à penser que sa douleur et sa souffrance sont
au-delà de tout traitement. Aussi la victime met-elle en place des solutions personnelles souvent
inefficaces ou aggravantes, pour tenter de survivre avec ses blessures (prise de médicaments ou
d’alcool en quantités excessives par exemple).
Ce sentiment d’impuissance peut s’expliquer par l’inefficacité de nombreuses approches
thérapeutiques sur les traumatismes. Pendant très longtemps, le seul traitement consistait à proposer
aux victimes de répéter les détails de leurs agressions, leur faisant ainsi revivre ces moments
douloureux et les plongeant dans ce qu’on appelle une « victimisation secondaire ». Cette croyance(« rien ne peut m’aider à aller mieux ») doit être combattue afin d’encourager les victimes, engluées
dans leur malheur, à faire une démarche thérapeutique. C’est l’un des objectifs de ce livre.

2) « Si je veux aller mieux, je vais devoir passer de nombreuses années en thérapie. »
Le temps est une donnée essentielle dans tout processus de reconstruction. Mais la durée d’une
thérapie peut varier de quelques mois à plusieurs années, en fonction de nombreux facteurs (âge de
survenue, nombre et intensité des traumatismes, ressources du patient, soutien social…). Une
personne ayant été abusée une seule fois par un étranger, qui en aura parlé à des parents chaleureux,
vivant dans un environnement protecteur et équilibré, aura peut-être besoin d’une thérapie. Mais plus
courte que pour une personne abusée pendant de nombreuses années, maltraitée et battue, élevée dans
une famille toxique et violente, et qui n’aura pu se confier à aucun adulte protecteur. Mais s’il est
impossible de prévoir la durée d’une thérapie, il est possible d’en évaluer régulièrement les résultats.

3) « Pour aller mieux, je vais être obligé de tout raconter, dans les moindres détails. »
On sait aujourd’hui que plus nous parlons d’une chose, plus nous la nommons, plus nous la
faisons exister et plus nous lui donnons de réalité. C’est ce qu’on appelle la proférence (fonction
créatrice du langage). Appliqué à un événement traumatique, cela signifie que plus nous en parlons,
plus nous lui donnons de réalité, et plus nous en souffrons.
Dans le domaine des traumatismes collectifs (explosion, catastrophe naturelle), il est fréquent de
faire parler les victimes juste après la survenue de l’événement. Ces techniques de débriefing ont été
accusées par certains d’aggraver l’évolution des personnes concernées, voire de favoriser (par effet
Pygmalion) la survenue d’un syndrome de stress post-traumatique (voir plus loin) : « S’il faut parler
longuement et en détail de tout ce que je viens de vivre pour éviter des séquelles, cela signifie sans
doute que ce que je viens de vivre est très grave… » C’est une suggestion très efficace !
En ce qui concerne les traumatismes individuels, il a aussi été montré que le « revécu » des
traumatismes passés pouvait induire une certaine détresse chez les patients. On a constaté que les
patients « obligés » par le cadre thérapeutique d’en dire le plus possible, comme si le moindre détail
devait absolument être noté, allaient parfois encore plus mal.
La réactivation des traumatismes peut donc aggraver la souffrance et conduire à des troubles
dépressifs ou anxieux, à des suicides, ou à l’arrêt de la thérapie. Redire le traumatisme conduit en fait
à une « revictimisation », car chaque mot est porteur d’un sens mais aussi d’un vécu, émotionnel et
corporel, qui est chaque fois réactivé mais pas « assimilé ». Le but du traitement n’est pas de revivre
le traumatisme, mais de le « digérer » et de l’intégrer dans l’histoire de la personne, tout en
développant ses ressources et la force de son moi en améliorant son fonctionnement quotidien.
Bien sûr, dans toute approche thérapeutique, le patient aura à parler de ce qu’il a vécu, senti et
ressenti. Cependant, en ce qui concerne les abus sexuels, il le fera dans un cadre thérapeutique très
différent de celui de l’image d’Épinal où le patient est allongé sur un divan, le thérapeute assis
derrière lui, silencieux. Cette fameuse « neutralité bienveillante » est maintenant bannie, au profit
d’une relation plus humaine. L’attitude de neutralité est trop souvent ressentie comme de la froideur,
ou du désintérêt. On considère au contraire que le thérapeute se doit d’être présent, attentif,
empathique, chaleureux, respectueux, mais non intrusif. Le patient doit conserver le choix de ce qu’il
souhaite confier, c’est-à-dire qu’il reste maître à chaque instant de ce qu’il dit. Vous découvrirez
dans le chapitre sur l’EMDR que le traitement du traumatisme peut même se faire avec un minimum
de mots, le thérapeute n’ayant pas besoin de tout savoir, de tout connaître.

4) « Tout cela, c’est du passé, il faut oublier maintenant. »
Phrase souvent prononcée par le conjoint ou la famille qui souffrent de la situation et ne savent
plus quoi faire. C’est absurde, au moins pour deux raisons. D’abord parce que l’oubli n’est pas une
opération que la volonté contrôle très efficacement, mais un processus complexe qui se déroule en
majeure partie à un niveau inconscient. La seconde raison, c’est simplement que l’oubli n’est pas
l’objectif du traitement. Guérir, cela signifie intégrer l’événement traumatique dans l’histoire de
l’individu pour finalement tourner la page. Il est utile de pouvoir se rappeler ce qui nous a blessés,
tout en donnant à ce passé une interprétation différente, parfois même positive : c’est le recadrage
que l’on retrouvera entre autres avec l’EMDR ou l’hypnose.
Me demander d’oublier mon traumatisme, c’est me culpabiliser encore plus, car ce conseil
sousentend que ce devrait être facile. Mon échec persistant témoigne vraiment de ma faiblesse, de ma​


nullité. Me demander d’oublier, c’est également vouloir effacer une partie de mon histoire ; ce que je
peux ressentir comme une non-acceptation de ce que je suis, comme un rejet. Nier la réalité ou la
gravité de ce qui a été subi constitue ainsi une nouvelle source de souffrance.

5) « Je ne pourrai pas guérir s’il n’y a pas une reconnaissance devant la justice, et si le
coupable n’est pas puni. »
Cette affirmation sous-entend que l’intervention de la justice ne peut être que bénéfique, et qu’elle
est même obligatoire pour qu’il y ait guérison, tout comme l’est la punition du coupable. C’est ce
que pensent de nombreuses personnes, y compris des professionnels, puisque le rôle de la justice
pénale est de sanctionner le coupable et celui de la justice civile d’indemniser la victime des
préjudices subis.
La justice a bien entendu un rôle à jouer dans la reconnaissance du statut de victime, et le procès
peut parfois aider celle-ci à mieux comprendre ce qui lui est arrivé. C’est le fameux « pourquoi ? »,
c’est-à-dire la recherche de la vérité sur les circonstances et les causes de l’agression.
Mais en réalité, il est important de bien comprendre que la victime n’a pas un rôle fondamental
dans le cadre du procès pénal, car l’enjeu majeur n’est pas ici la réparation de la victime mais la
sanction éventuelle d’un comportement déviant aux yeux de la société.
La justice pénale a surtout une fonction de régulation des relations sociales, centrée
principalement sur le coupable. Bien sûr, la condamnation pénale de l’agresseur, si elle est
prononcée, peut être vécue comme une réparation symbolique, mais celle-ci n’est pas le but premier
du jugement pénal. La réparation financière éventuelle sera déterminée lors du jugement civil et
viendra de la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI) si l’agresseur est
inconnu ou non solvable.
L’intervention de la justice peut même être nocive, aggravante, notamment dans les situations
suivantes :
• Le parcours judiciaire est souvent douloureux, toujours très long (plusieurs années), avec des
interrogatoires parfois mal menés, des confrontations blessantes ou humiliantes, l’absence
d’informations, le manque d’attention durant le procès, et la répétition de tout cela en cas d’appel.
Laurence a été abusée par un oncle (attouchements, fellations) de l’âge de 6 à 12 ans. Elle n’en
parle qu’à 22 ans et décide de porter plainte un an plus tard. Une de ses cousines, qui a subi les
mêmes abus, s’associe à cette plainte. Après deux ans d’instruction, elle est convoquée au
commissariat car son agresseur a porté plainte contre elle pour diffamation ! Les policiers qui
prennent sa déposition ne sont pas au courant du contenu de son dossier et la gardent une
journée entière en la traitant comme une coupable. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que son
avocat pourra la faire libérer. Cet interrogatoire a provoqué chez elle une « revictimisation »
importante avec réapparition d’un sentiment de culpabilité, de crises d’angoisse, de malaises,
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d’une perte d’appétit, de troubles du sommeil et d’idées suicidaires .
• La plainte de la victime peut être classée sans suite, notamment lorsque le délai de prescription
des faits est dépassé (un fait est prescrit lorsqu’il ne peut plus donner lieu à une poursuite pénale).
Ainsi Linda, qui décide de porter plainte à 27 ans pour des attouchements dont elle a été
victime à l’âge de 10 ans, et qui apprend que le délai de prescription pour des attouchements
n’est que de trois ans après la majorité de la victime, et non de dix ans comme c’est le cas pour un
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viol !
Signalons qu’une plainte classée sans suite par le procureur de la République peut quand même
donner lieu à des poursuites pour dénonciation calomnieuse. C’est le tribunal qui devra apprécier si
les accusations de la victime sont pertinentes ou non.
• Le procès peut finir par un acquittement (devant la cour d’assises), une relaxe (devant le tribunal
correctionnel) ou un non-lieu (devant le juge d’instruction) du fait d’une absence de charges
suffisantes pour condamner l’agresseur présumé. La victime risque alors d’être poursuivie par ce
dernier et condamnée pour dénonciation calomnieuse. Précisons quand même que celle-ci ne sera
retenue par les juges que si la soi-disant victime était de mauvaise foi au moment de la dénonciation,
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c’est-à-dire qu’elle connaissait la fausseté des faits dénoncés .
• Lorsque le procès a lieu, le coupable peut nier les faits, entraînant encore plus de souffrances. Il
arrive aussi que des proches accusent et culpabilisent la victime d’avoir révélé la situation, créantainsi un véritable raz-de-marée au sein de toute la famille. Sans compter le rôle joué par les
différents intervenants judiciaires. Les avocats de l’agresseur qui accusent la victime de provocation,
comme les défenseurs de la victime qui insistent sur la gravité des faits en employant des arguments
« choc ». Ceux-ci constituent malheureusement des suggestions très puissantes et très pessimistes
(« elle n’aura plus jamais une vie sexuelle normale… »).
• À l’issue du procès civil, certaines condamnations peuvent avoir un impact négatif. L’argent reçu
à titre d’indemnisation en réparation d’un abus sexuel peut faire penser à l’argent donné à une
prostituée, correspondant au prix à payer par le coupable pour avoir pu profiter du corps de l’enfant.
Cette perception de la réparation financière ne peut qu’augmenter le sentiment de honte déjà présent.
Ainsi, l’attente de la victime et la réponse de la justice ne se recouvrent pas toujours. La justice
semble parfois incapable d’aider la victime, qui risque au contraire de sortir blessée de cette
confrontation.
Développer la croyance que le coupable doive expier sa faute pour que la victime guérisse ou aille
mieux peut rendre plus difficile la guérison des victimes dont les agresseurs n’ont pu, pour une
raison ou pour une autre, être poursuivis ou punis. Enfin, cette croyance maintient la victime sous la
dépendance, d’une certaine façon, de son agresseur, ce qui risque d’aggraver le sentiment
d’impuissance déjà ressenti au moment de l’abus.
Pour résumer, il est parfois reproché à l’appareil judiciaire d’être responsable d’une seconde
victimisation : victime de son agresseur, l’enfant devenu adulte peut l’être une seconde fois de la
justice, incapable de répondre à ses attentes.
J’encourage les personnes abusées à bien prendre en compte tous les aspects et toutes les
conséquences d’une démarche juridique, avant de prendre leur décision, sans se laisser enfermer dans
une affirmation péremptoire, quelle qu’elle soit (il faut ou il ne faut pas). La reconnaissance du
statut de victime, par l’intermédiaire de la condamnation du coupable, n’est qu’un aspect du
processus thérapeutique, et non son objectif, celui-ci étant de sortir de ce statut de victime.

6) « J’aurais dû pouvoir en parler quand ça m’est arrivé. »
Beaucoup pensent qu’il devrait être facile à un enfant ou à un adolescent abusé sexuellement
d’aller trouver un adulte – parent ou professeur – pour se plaindre. Il n’en est rien, et ce pour
plusieurs raisons.
• L’enfant agressé peut se sentir lui-même « impliqué » dans un comportement interdit ou qui doit
rester secret, donc répréhensible. Dans l’incapacité de distinguer si c’est lui qui est mauvais ou si
c’est l’adulte qui se comporte mal, il n’a d’autre solution que de se taire. Lorsqu’un enfant subit une
agression sexuelle, la honte et la culpabilité surgissent, parfois accentuées par les commentaires de
l’agresseur, qui accuse l’enfant de l’avoir provoqué et excité. Ces sentiments peuvent même être
aggravés par le ressenti parfois agréable des caresses sexuelles. L’un des objectifs du traitement est
aussi d’apporter des informations sur les réactions physiologiques du corps, pour permettre à la
victime de comprendre et d’accepter la normalité d’un tel ressenti.
• Deuxièmement, l’abus sexuel constitue une véritable menace de destruction psychique. Pour s’en
protéger, une solution consiste à enfermer inconsciemment cette expérience, c’est-à-dire les images,
les sons, les odeurs, les sensations corporelles, les pensées, les émotions vécus lors de l’abus, dans
une sorte de crypte séparée du reste du psychisme, permettant ainsi à l’enfant de l’oublier. L’enfant
abusé pourra alors se rappeler ce qui s’est passé avant (la venue de l’agresseur dans sa chambre par
exemple) et ce qui s’est passé après (se retrouver nu sur son lit), mais pas l’acte sexuel lui-même, qui
se trouve comme effacé de la mémoire. Les mécanismes de cette amnésie seront développés plus
loin.
•  Troisièmement, le silence peut tout simplement être la conséquence de menaces directes
proférées par l’agresseur à l’enfant : « Si tu parles de ce qui s’est passé, je te tue », ou : « Si tu parles,
tu seras placé dans une autre famille », ou : « Si tu parles, j’irai en prison. » Terrifié, l’enfant ne peut
que se taire.
• L’enfant peut aussi se taire de peur de ne pas être cru et d’être traité de menteur, ce qui viendrait
alors redoubler le sentiment de honte qui l’habite déjà.
• Enfin, l’enfant peut décider, en cas d’inceste, de se taire pour protéger son parent agresseur ou en
préserver l’image. Il ment pour donner à ses camarades, sa famille ou ses voisins une bonne image de
ses parents, ce qui lui permet également de continuer à penser qu’il est comme les autres enfants qui​
vivent dans une famille normale. Préserver l’image de ses parents grâce au mensonge lui permet de
sauver sa propre image.
C’est pourquoi, si vous avez été victime d’un abus ou si quelqu’un de votre entourage a été abusé,
il est totalement injustifié de se sentir coupable – ou de se reprocher – de n’avoir rien dit au moment
des faits.

7) « Je devrais me rappeler tout ce qui m’est arrivé. »
Habituellement, les gens pensent qu’après avoir vécu un tel traumatisme, la victime ne peut pas
oublier ce qui s’est passé, et que tous les détails de l’abus vont rester accessibles à sa conscience.
Les idées ont beaucoup évolué sur ce point capital. De nombreuses études effectuées chez des
victimes de divers traumatismes (aussi bien d’abus sexuels, d’agressions, ou de catastrophes
naturelles) ont prouvé qu’elles pouvaient assez fréquemment développer une amnésie complète ou
partielle du traumatisme.
Cette question de l’amnésie a donné lieu à une énorme polémique, notamment après la publication
du livre d’une psychologue américaine spécialiste de la mémoire, Elizabeth Loftus, intitulé Le
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Syndrome des faux souvenirs . Dans ce livre, elle met en doute le fait que les abus sexuels puissent
être oubliés pour réapparaître plus tard. Je consacre un chapitre à cet intéressant sujet, car penser
qu’une amnésie est impossible, ou au contraire possible, va influencer non seulement le regard et
l’écoute du thérapeute, mais aussi sa manière d’utiliser ses outils thérapeutiques.

8) « J’aurais dû tout oublier. »
Certains se reprochent à l’inverse de se souvenir et de ne pas pouvoir oublier. D’abord, l’amnésie,
fréquente après un abus sexuel, n’est pas synonyme d’oubli définitif, comme lorsque le système
nerveux d’un individu ne conserve aucune trace de ce qu’il a vécu. Les détails sont mémorisés, de
manière différente selon l’âge de l’enfant, dans une sorte de pièce noire psychique, fermée par une
porte très hermétique, mais qui pourra, un jour ou l’autre, se rouvrir. Certains adultes pensent, à tort,
que l’enfant oubliera ce qu’il vit parce qu’il ne comprend pas ce qui lui arrive, comme si son cerveau
était incapable de mémoriser ces événements effectivement incompréhensibles pour lui. J’explique
dans un chapitre ultérieur les différents types de mémorisation : un enfant en bas âge conservera, dans
sa mémoire, des traces de l’abus qui seront différentes de celles mémorisées par un enfant plus âgé.
Cette idée fausse concernant l’oubli est à mettre en relation avec celle, restée longtemps vivace, que
l’enfant ne pouvait pas être atteint par un événement traumatique psychique, en raison de ce qu’on
appelait alors sa « plasticité cérébrale » – c’est-à-dire la malléabilité de son cerveau – et de son
immaturité intellectuelle. Tout comme on croyait, il y a peu, que les enfants en bas âge ne pouvaient
pas ressentir la douleur. Or les spécialistes ont montré que les enfants sont, tout autant que les
adultes, susceptibles de développer des troubles psychiques et somatiques à la suite des traumatismes
qu’ils subissent.

9) « J’aurais dû pouvoir réagir, me défendre ou crier. »
La confrontation à une agression sexuelle peut donner lieu à des réactions très diverses, qui
dépendent de nombreux facteurs : âge de la victime, agresseur étranger ou faisant partie de la famille,
abus accompagné ou non de violence physique ou de menaces, etc. Certains enfants vont parvenir à
fuir, ou à se défendre, mais la plupart du temps, l’enfant ne réagit pas, soit par incompréhension, soit
parce qu’il obéit à l’adulte ou parce qu’il est tétanisé par la peur. Cet « immobilisme » peut
apparaître dans le contexte d’une relation d’emprise, c’est-à-dire lors d’un abus perpétré par un
parent aimé de l’enfant et porteur d’une image d’autorité. Il peut également s’imposer au cours d’une
agression sexuelle commise avec violence par un étranger. Nous verrons plus loin qu’une façon de se
protéger d’un événement traumatique est de créer, involontairement bien entendu, un état de
dissociation, au cours duquel une partie de notre moi observe à distance ce que notre corps est en
train de subir. Cette dissociation se manifeste extérieurement par une immobilité comportementale,
qui peut faire croire que la victime reste passive. En fait, elle est dans l’incapacité de bouger. Vous
avez peut-être déjà vu des animaux sur la route qui, éclairés par les phares d’une voiture, restent
immobiles et se font écraser. C’est une réaction un peu similaire qui survient chez l’être humain
confronté à une situation traumatisante.

10) « Toute personne ayant été abusée va reproduire l’abus sur ses propres enfants. »
Assez répandue, cette croyance selon laquelle l’enfant martyr deviendra inéluctablement un parent
bourreau, exprimée sous des formes variées (« Tel père, tel fils », « Les chiens ne font pas des
chats »), est totalement erronée. Elle ne peut conduire qu’au découragement et au pessimisme des
victimes, sans compter l’éventuel aspect facilitateur d’une telle prédiction sur le comportement
redouté (effet Pygmalion). Bien qu’il existe, ce risque reste faible. Mais les conséquences de cette
croyance peuvent être graves. La victime devenue adulte, de peur d’en arriver, un jour ou l’autre, à
maltraiter ses futurs enfants, risque de retarder sa décision d’en avoir, ou même de décider de ne pas
en avoir du tout. Cette croyance peut également perturber l’épanouissement du parent et sa
spontanéité avec ses enfants, en créant une peur de mal faire et de ne pas avoir les comportements
adaptés. Ce qui peut aboutir à l’angoisse de ne pas être un assez bon parent, avec son cortège de
doutes, d’incertitudes et de culpabilité. Autre conséquence négative : un comportement de
surprotection pour tenter d’éviter cette tragique prédiction. Certaines mères victimes d’inceste
deviennent ainsi surprotectrices, dans l’objectif d’être des parents particulièrement efficaces, voire
parfaits. Mais la surprotection a aussi ses inconvénients, notamment sur le développement
psychosocial de l’enfant. Limiter le plus possible les sources de stress ou de souffrance chez un
enfant, c’est-à-dire l’apprentissage des situations difficiles, peut réduire son répertoire
comportemental et affectif face aux difficultés de la vie. Un peu plus tard, notamment à
l’adolescence, l’enfant risque de manifester des comportements suffisamment violents pour réussir à
s’échapper de cette prison affective dans laquelle il aura été élevé. Pour les mêmes raisons, certains
parents maltraités dans leur enfance évitent au maximum les contraintes et les punitions. Ils
privilégient ainsi la relation avec leurs enfants, sans faire intervenir la loi ni la discipline, et
deviennent ainsi des parents trop permissifs. Les enfants élevés dans ce style éducatif risquent d’être
moins mûrs, moins autonomes, et de développer moins de capacité d’affirmation que d’autres
enfants élevés dans un contexte plus ferme ou plus autoritaire.
On sait maintenant qu’un minimum de stress est nécessaire pour que les neurones du cortex
préfrontal se recouvrent de myéline. Plus il y a de substance blanche dans le cerveau (c’est-à-dire de
la myéline), mieux les neurones communiquent entre eux. Le cerveau devient ainsi de plus en plus
complexe et performant. Confronter l’enfant à une quantité de stress « gérable », dans un
environnement sécurisant, stimule donc le développement des fonctions du cortex préfrontal,
capitales pour une saine évolution de l’enfant : capacité à s’organiser, à planifier, à anticiper et
prendre des décisions et à contrôler ses pulsions et ses émotions.

Comment s’est construite cette idée fausse particulièrement nocive et répandue ? Elle part du
constat – exact – que beaucoup de parents maltraitants ont été maltraités dans leur enfance. Et selon
une belle erreur de logique, on en tire la conclusion, fausse, que la plupart des enfants maltraités
deviennent des adultes maltraitants.
Cette erreur de logique consiste à confondre étude rétrospective et étude prospective. Les deux
partent de la situation présente, mais l’une s’intéresse au passé (étude rétrospective) et l’autre à
l’avenir (étude prospective).
Dans une étude rétrospective, on s’intéresse au comportement actuel d’une personne et aux
événements passés susceptibles de l’expliquer : parmi les adultes maltraitants (comportement actuel),
combien ont été maltraités (comportement passé) ? La réponse doit être proche de 40 %.
Des données plus inquiétantes concernent les femmes puisque, dans certaines études, presque
100 % des femmes agresseurs sont d’anciennes victimes et ont subi des abus particulièrement
5
sévères, c’est-à-dire des viols répétés .
Pour prendre un exemple quotidien, celui du jeu du Loto, parmi les gagnants, combien ont joué ?
La réponse est devenue une publicité : « Tous les gagnants ont joué », soit 100 %.
Dans une étude prospective, on s’intéresse à la situation actuelle d’une personne, mais aussi à son
avenir : parmi les enfants maltraités (situation actuelle), combien vont devenir maltraitants (avenir) ?
La réponse est : de 5 à 10 %. Pour reprendre l’exemple du Loto, parmi les gens ayant joué (situation
actuelle), combien vont gagner le gros lot ? La réponse est proche de zéro.
Une étude prospective publiée en 2003 a montré que, parmi 224 hommes victimes d’abus sexuels
6
dans leur enfance, 12 % sont devenus des abuseurs sexuels . Un homme abusé par une femme de sa​
famille a deux fois plus de risques de devenir abuseur lui-même que si l’abus est commis par un
7
homme de sa famille ou par une personne étrangère à sa famille .
Pourquoi certains enfants abusés deviennent-ils à leur tour abuseurs ?
Le maltraité reproduit en quelque sorte sur autrui ce qui lui a été imposé durant sa propre enfance.
Les spécialistes, qui étudient le fonctionnement humain tant sur le versant psychologique que sur
celui des neurosciences, ont tenté de donner des réponses à cette question de la répétition. Le
mécanisme le plus connu, que je détaillerai dans le chapitre « Revictimisation et agression »
s’appelle « Identification à l’agresseur ». Cette notion, issue de la théorie psychanalytique, postule
que l’enfant va inconsciemment intérioriser l’agressivité de son parent maltraitant et la diriger
ensuite contre son enfant. En prenant le rôle de l’agresseur, le parent se transforme : de menacé, il
devient menaçant, passant d’un rôle passif à un rôle actif, pour tenter d’assimiler son propre
traumatisme. Une autre explication serait qu’il tente d’évacuer ce qu’il a subi faute de pouvoir
8
l’intégrer dans son histoire. Pour d’autres auteurs , reproduire l’agression passée permettrait à
certains agresseurs de fuir leur propre mémoire traumatique. La répétition de l’agression
déclencherait la sécrétion par leur propre cerveau de drogues mimant les effets de la morphine et de
la kétamine, entraînant un état de dissociation et d’anesthésie émotionnelle. Mais quelle que soit
l’explication retenue, elle ne permet pas de comprendre pourquoi elle ne concerne qu’environ 15 %
des enfants abusés ! Avoir subi un abus sexuel est un facteur de risque de développement d’un
comportement sexuel déviant, mais d’autres facteurs doivent s’y associer pour qu’il se réalise.
Notons que d’autres traumatismes de l’enfance, notamment les abus émotionnels (parents froids,
cruels, qui terrorisent leur enfant, le dévalorisent, l’humilient ou l’ignorent), sont également des
facteurs de risque pour le développement d’un comportement abuseur.
Ces éclairages pourraient-ils permettre de prévenir de tels comportements ? Il semble
malheureusement que les hypothèses formulées restent très générales et sans impact sur cette optique
préventive.

11) « Si je veux vraiment guérir, je dois pardonner. »
Pour certains, il n’y a qu’un seul pardon possible : celui qui est demandé à la victime par le
coupable. Pour d’autres, le pardon peut être accordé par la victime de manière unilatérale, sans qu’il
soit sollicité. Il est vrai que la demande de pardon exprimée par l’agresseur, reconnaissant ainsi son
acte et sa culpabilité, est toujours préférable pour la victime. Elle se sent alors reconnue comme telle
et peut ainsi plus facilement se débarrasser de sa culpabilité.
Pardonner recouvre deux sens différents : renoncer à la vengeance et ne pas ressentir de rancune.
Le premier exprime la décision de sortir du cercle vicieux de la violence et de la vengeance : il
concerne le domaine du faire, de l’action (par exemple, je décide de ne pas porter plainte). Le second​
témoigne de la disparition du ressentiment, de la rancune ou de l’amertume : il concerne la sphère
psychologique émotionnelle.
Alors que le premier sens renvoie à un acte de volonté (je veux pardonner et, pour ce faire, je
renonce à faire punir le coupable), le second sens dépend d’un tout autre processus. Ce qui explique
que l’on puisse vouloir pardonner, et continuer à souffrir de ces émotions négatives. Vouloir n’est
pas pouvoir ! Les émotions négatives demandent plus de temps pour disparaître, si elles disparaissent
un jour.
Parfois cependant, rancune et hostilité s’évanouissent. Au cours de la thérapie, la décision de
pardonner, inexistante au départ, peut émerger comme une nécessité pour se libérer. Comme une
manière de tourner la page. Parallèlement à cette décision, il arrive que la disparition du ressentiment
survienne, parfois de manière très rapide, notamment au cours du traitement par l’EMDR : c’est
alors une surprise, tant pour le patient qui vit ce changement d’état intérieur en l’espace de quelques
minutes, d’une manière spontanée, que pour le thérapeute qui observe cette transformation de
l’extérieur.
Le processus curatif se déroule progressivement, laissant apparaître successivement toutes les
émotions enfouies dans le psychisme, pour parvenir éventuellement au pardon. Même si, dans les
convictions de la victime, le pardon semble inconcevable.
J’observe souvent que le pardon est précédé par des émotions beaucoup plus « négatives » que la
simple rancune, comme la haine. Elle peut représenter une défense contre la culpabilité (« je hais
mon agresseur car c’est lui qui est coupable »), ou même un moyen de survie, car le désir de
vengeance permet alors d’éviter le suicide en donnant un but à la victime.
Il faut parfois attendre beaucoup de temps pour que la décision de pardonner puisse mûrir. Elle ne
doit en aucun cas survenir sous la pression, ni constituer un devoir imposé par le milieu social ou
religieux. Ou par le thérapeute !
Le pardon n’est pas une condition nécessaire ni obligatoire pour guérir de son traumatisme ; alors
pourquoi vouloir pardonner ? Le pardon constitue un acte de libération pour la victime. Il peut être
perçu comme une manière de sortir du statut de victime. Si je pardonne, je ne réduis plus mon
agresseur à l’agression que j’ai subie : l’individu qui m’a agressé est aussi autre chose que ce
monstre, il a d’autres caractéristiques, c’est aussi un être humain. Par là même, je ne me réduis plus à
la victime que je suis encore : je ne m’assimile pas uniquement à mon traumatisme, je suis aussi bien
autre chose.
Pardonner ne veut pas dire « oublier », comme je l’ai noté plus haut, mais peut procurer un
sentiment de force permettant de poursuivre le processus de reconstruction et de guérison.
Rappelons-nous que la disparition des émotions de rancune et de ressentiment n’est pas liée à la
volonté. Insister auprès d’une victime pour qu’elle pardonne peut être traumatisant, car cette
injonction la met face à son impuissance à y parvenir. Impuissance qui risque de réactiver
l’impuissance souvent ressentie lors de l’abus.
Vous l’avez compris, le pardon peut en aider certains, mais pas d’autres. La décision appartient à
la personne concernée.

12) « Il faut être malade pour faire des choses comme ça. »
Lorsque des abus sexuels sont dévoilés, dans notre entourage ou dans les médias, certains pensent
qu’il faut être « malade » pour commettre de tels actes. Il n’en est rien.
Bien sûr, certains abuseurs présentent des maladies mentales décrites dans les classifications
9
psychiatriques (DSM ). Certains sont atteints de « pédophilie » et d’autres de schizophrénie par
exemple. J’aborderai plus en détail ce sujet dans le chapitre sur les agresseurs, à la fin de ce livre.
De plus, certains abuseurs sont, au moment du passage à l’acte, sous l’emprise de l’alcool ou
d’une autre drogue. Les diverses drogues favorisent directement l’agression par leurs effets
désinhibiteurs. L’alcool peut avoir en plus, à faible dose, un effet aphrodisiaque. Mais les drogues
risquent aussi d’entraîner une séparation conjugale et une solitude affective, la perte d’un travail et
une désocialisation qui pourraient avoir un impact indirect sur de nouveaux abus sexuels.
Cependant, la majorité des abuseurs sexuels (80 %) ne souffrent pas de maladies psychiatriques
10
précises . De nombreuses études mettent l’accent sur le passé traumatique des abuseurs sexuels. La
plupart d’entre eux ont subi l’influence d’un milieu familial déséquilibré : parents négligents,​
rejetants ou qui ont abandonné leurs enfants. Être séparé précocement de ses parents ou être rejeté
entraîne de profondes carences affectives qui ne permettent pas le développement d’un attachement
sécure (voir « L’attachement »). Avoir des parents maltraitants et violents ne permet pas davantage le
tissage des liens d’empathie. Rappelons que jusqu’à 40 % des agresseurs sexuels ont eux-mêmes été
abusés dans leur enfance. Tous ces antécédents traumatiques favorisent la construction d’une identité
psychologique très fragile et d’une faible estime de soi, retrouvées chez la majorité des abuseurs.
Beaucoup manifesteront des traits névrotiques, essentiellement phobiques, avec un mal-être
relationnel confinant parfois à la phobie sociale. Cette fragilité de la personnalité n’est bien sûr pas
suffisante pour expliquer de tels comportements. D’autres facteurs viendront s’y associer pour
aboutir à l’agression.

13) « Seules les filles sont abusées » ou « Les garçons sont plus rarement des victimes ».
Les agressions sexuelles touchant les garçons sont fréquentes, sous-estimées et rarement
11
traitées . Déjà, en 1997, on constatait qu’environ 30 % des victimes d’abus sexuels de l’enfance
12
étaient des garçons . Une étude américaine en 2005 a montré que 16 % des hommes adultes (et
13
25 % des femmes) avaient subi des abus sexuels dans leur enfance . Parmi les garçons agressés,
presque la moitié avaient subi une pénétration. Pour quelles raisons la société a-t-elle cru pendant
aussi longtemps que seules les filles étaient victimes d’abus sexuels ? Peut-être parce que les
spécialistes n’ont ni recherché ni vu les abus commis sur les garçons, et que les hommes dévoilent
rarement les abus dont ils ont été victimes. Seuls 31 % en ont parlé enfants, alors que 61 % des filles
l’ont fait. Les raisons de ce silence sont nombreuses et probablement liées en partie à l’image de
l’homme dans notre société, c’est-à-dire celle d’un être invulnérable et qui n’a pas besoin d’aide.
Alors que les abus sexuels féminins ont été dénoncés par les mouvements féministes, avec le schéma
d’un homme agresseur et d’une femme victime, les hommes n’ont pas bénéficié de mouvements
similaires pour faire reconnaître par la société la violence sexuelle dont ils sont aussi victimes. De
plus, les hommes dénient souvent l’impact que leur agression sexuelle a pu avoir sur leur vie.
14
Lorsqu’un garçon est abusé sexuellement, l’agresseur est une femme dans 40 % des cas . Certains
garçons, et beaucoup d’adultes, considèrent à tort qu’une relation sexuelle avec une femme peut être
une initiation à la vie sexuelle, voire un signe de virilité. L’apparition de réactions physiologiques
d’excitation sexuelle (érection, voire éjaculation pour les plus grands) lors de l’abus peut leur faire
15
penser qu’ils sont complices ou même qu’ils ont désiré cette relation . Le public et certains
professionnels ont longtemps cru que, pour un garçon, être abusé par une femme était moins grave
16
que par un homme. Il n’en est rien ! Alors que les femmes souffrent plus de troubles dépressifs ou
anxieux, les hommes développent plus de toxicomanies (drogues, alcool).

14) « L’abus sexuel, ça se passe uniquement entre un adulte et un enfant. »
L’abus sexuel peut survenir entre deux mineurs, une différence d’âge de cinq ans étant requise en
France sur le plan juridique pour pouvoir qualifier la relation d’abus sexuel. Mais même si l’écart
d’âge est inférieur à cinq ans – ce qui s’est passé n’étant donc pas considéré comme un abus sexuel
sur le plan pénal –, il s’agit quand même d’un abus sexuel ! Que l’écart d’âge soit de trois, quatre ou
cinq ans, les conséquences psychologiques pourront être les mêmes.
Julie, 17 ans, a été agressée à l’âge de 10 ans par un cousin, de 4 ans son aîné, qui a tenté de la
violer dans une chambre de la maison familiale. Seuls ses cris lui ont permis d’éviter le pire.
Poussée par sa meilleure amie, et malgré les injonctions au silence de son cousin, elle en parle à
ses parents, qui portent plainte. Malgré cela, la culpabilité et la honte qui s’installent, associées à
une colère persistante, perturbent ses relations avec les garçons. Sa crainte de la sexualité,
notamment sa peur de souffrir physiquement, la pousse à rompre toute relation amoureuse dès
lors qu’elle devient un peu sérieuse.

15) « Les agresseurs sexuels des enfants sont le plus souvent des gens qu’ils ne connaissent
pas. » ​

Il est maintenant bien connu que la majorité des abuseurs appartiennent au milieu familial ou
amical de l’enfant : 60 % des garçons abusés et 80 % des filles le sont par une personne connue
17
(famille, amis, baby-sitter, éducateur, professeur…) .

16) « L’abuseur est toujours haï par la victime. »
L’abuseur, au contraire, est souvent aimé de l’enfant puisqu’il s’agit fréquemment d’un proche. Et
c’est ce qui explique parfois le silence de l’enfant, qui cherche à protéger son agresseur des
conséquences graves qu’il encourt.

17) « Le viol n’existe que chez la femme adulte mais pas chez l’enfant. »
Il est surprenant d’apprendre que les enfants ont trois fois plus de risques de subir un viol que les
adultes. Presque 30 % de tous les viols chez les femmes surviennent avant l’âge de 11 ans, et 32 %
18
entre 11 et 17 ans . Les deux tiers des viols dont les femmes sont victimes ont donc lieu avant l’âge
de 17 ans.
Une décision de justice inquiétante
En 2017, la plainte de parents contre un jeune adulte ayant eu une relation sexuelle avec leur fille
âgée de 11 ans a permis de mettre en relief une faille dans la loi concernant les agressions sexuelles
sur les enfants de moins de 15 ans.
L’homme de 28 ans n’a en effet été poursuivi, dans un premier temps, que pour « atteinte
sexuelle », et non pour viol. Les enquêteurs en ont décidé ainsi car cette enfant de 11 ans était à leurs
yeux « consentante » ! Puisqu’elle n’avait manifesté aucune opposition à cette relation sexuelle, les
magistrats ont considéré qu’il n’y avait eu ni violence, ni contrainte, ni menace, ni surprise ; il ne
pouvait donc s’agir d’un viol.
La justice n’a manifestement pas encore assimilé les connaissances disponibles sur le processus de
dissociation, qui permet d’expliquer dans un certain nombre de cas l’absence de comportement
d’opposition.
Ce que dit le code pénal
Le code pénal énonce qu’il est strictement interdit, pour une personne majeure, d’avoir des
relations sexuelles avec un mineur de moins de 15 ans : « Le fait, par un majeur, d’exercer sans
violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d’un mineur de 15 ans
est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende » (code pénal, article 227-25).
La présence de violence, menace, contrainte ou surprise transforme l’atteinte sexuelle en viol,
soumis à une tout autre juridiction pénale, les assises, et à des peines de vingt ans d’emprisonnement.
L’âge de 15 ans est donc considéré comme celui de la « majorité sexuelle » permettant de
consentir à une relation sexuelle. À partir de 15 ans, une relation sexuelle consentie ne donnera donc
lieu à aucune poursuite. Une relation sexuelle non consentie restera qualifiée de viol.
Pas d’âge minimum légal de consentement
Existe-t-il un âge minimum de consentement en deçà duquel la relation sexuelle avec un majeur
devrait toujours être considérée comme un viol, étant donné que l’enfant est dans l’incapacité de
donner un consentement éclairé (en raison de son développement physique ou intellectuel) ?
Actuellement, la jurisprudence considère qu’un âge inférieur à 5 ans est en soi une preuve de
nonconsentement. Cela signifie que, même en l’absence de violence, contrainte, menace ou surprise, une
relation sexuelle entre un majeur et un enfant de moins de 5 ans sera qualifiée de viol, donc relevant
des assises.
Entre 5 et 15 ans, c’est aux juges qu’il convient actuellement d’apprécier, au cas par cas, si
l’enfant est consentant.
Un enfant de 5 ans ou moins ne dispose donc pas a priori de son libre arbitre pour consentir à une
relation sexuelle avec un adulte. Et un enfant de 7 ans ? de 9 ans ? de 11 ans ? de 14 ans ? Faut-il
fixer un seuil, automatique, le même pour tout le monde, quel que soit le degré de maturité, de​

développement psychologique et corporel, ou faut-il continuer à laisser aux juges la liberté de
décider au cas par cas ?
19
Un peu d’histoire
En 1832, l’âge au-dessous duquel la violence était toujours présumée était de 11 ans révolus. On
considérait alors que l’enfant de moins de 11 ans n’avait pas encore le discernement nécessaire pour
donner un consentement sérieux et libre. En 1863, la protection des mineurs est renforcée et cet âge
est porté à 13 ans (et 21 ans en cas d’inceste). Cette limite de 13 ans est portée à 15 ans par une
ordonnance de juillet 1945.
Mais la réforme des violences sexuelles de 1980 crée un vide juridique favorable aux agresseurs :
l’enfant de moins de 15 ans est présumé « consentant » à tout âge et c’est à lui de prouver la
contrainte. Ce sont donc les magistrats qui auront à décider si la victime de moins de 15 ans était
consentante et pouvait user de son libre arbitre…
Depuis la loi de 1980, confirmée par le code pénal de 1994, les agresseurs plaident toujours le
« consentement » de la victime, quel que soit son âge, puisqu’ils s’assurent ainsi une très forte
réduction de peine !
Comment s’étonner que l’idée fausse que le viol n’existe pas chez l’enfant soit si répandue,
puisque la loi elle-même semble la soutenir ?
Et maintenant ?
Plusieurs associations demandent que la loi française soit changée, car elle ne prévoit pas de seuil
d’âge en dessous duquel une relation sexuelle est automatiquement qualifiée en viol.
Le ministre de la Justice a proposé très récemment de retenir pour la future loi l’âge de 15 ans.
Qu’en est-il dans les autres pays d’Europe ? Le viol sera automatiquement retenu lorsque la
relation sexuelle a lieu entre un majeur et un mineur de moins de 15 ans au Danemark, de moins de
14 ans en Allemagne et en Belgique, de moins de 13 ans en Angleterre et de moins de 12 ans en
Espagne.

18) « Les femmes ne sont jamais des abuseurs. »
Contrairement à cette idée fausse, il semble qu’il y ait plus de femmes abuseurs sexuels qu’on ne
l’avait pensé. Si les femmes n’abusent que 6 % des filles, elles seraient responsables de 40 % des
20
abus commis sur les garçons . Les femmes abuseurs appartiennent à trois catégories différentes :
celles qui abusent les jeunes enfants, celles qui abusent les adolescents, et celles qui sont complices
d’un partenaire masculin. La plupart de ces femmes ont elles-mêmes subi des abus sexuels ou
21
physiques dans leur enfance .

19) « Seul le viol est un abus sexuel. »
Certaines personnes ont subi des atteintes sexuelles mais n’en parlent pas ; elles pensent, à tort,
que ce ne sont pas des abus car il n’y a pas eu de violence, de contrainte, ni de pénétration. Qu’est-ce
qu’on entend par « abus sexuel » ? Pour les spécialistes, un abus sexuel est « la participation d’un
enfant ou d’un adolescent mineur à des activités sexuelles qu’il n’est pas en mesure de comprendre,
qui sont inappropriées à son âge et à son développement psychosexuel, qu’elles soient subies sous la
22
contrainte, par violence ou séduction, ou qui transgressent les tabous sociaux ». On peut ainsi
classer les abus sexuels en trois catégories :
• les abus sexuels sans contact : une personne ou un couple qui s’exhibe devant un enfant ou qui
lui montre des images ou des films pornographiques ;
• les abus sexuels avec contact : toutes les formes de contact oro-génital, génital ou anal, donné ou
reçu par l’enfant : toucher les organes génitaux d’un enfant, masturber, faire une fellation ou un
cunnilingus à un enfant ou faire pratiquer ces actes par un enfant sont des exemples d’abus sexuels ;
•  les viols, qui se caractérisent par toute pénétration sexuelle, quelle qu’elle soit : pénétration
vaginale ou anale, par une partie du corps ou par un objet. La fellation imposée est un viol.


Un auteur américain a élaboré un mini-questionnaire qui permet de savoir rapidement si
l’expérience sexuelle vécue pendant l’enfance ou l’adolescence peut être qualifiée d’abus sexuel :
« Certaines personnes, au cours de leurs dix-huit premières années, ont eu une expérience sexuelle
avec un adulte ou quelqu’un âgé d’au moins cinq ans de plus qu’elles. Cette expérience peut avoir
impliqué un parent, un ami de la famille ou un étranger. Pendant les dix-huit premières années de
votre vie, est-ce qu’un adulte, parent, ami de la famille ou étranger :
• a touché ou caressé vos organes génitaux ;
• vous a fait toucher ses organes génitaux ;
• a tenté d’avoir avec vous une relation sexuelle (orale, anale ou vaginale) ;
• a eu avec vous une relation sexuelle orale, anale ou vaginale.
Une seule réponse positive permet de dire que la personne a subi un abus sexuel dans son
enfance. »

20) « L’abus sexuel, on en parle beaucoup, mais ça ne concerne que quelques familles. »
Cette affirmation est malheureusement fausse. Les abus sexuels sur les enfants sont très fréquents
et existent dans toutes les sociétés, dans tous les milieux socioprofessionnels et dans toutes les
religions. L’abus sexuel des enfants n’est considéré comme un problème social, médical et
psychologique majeur que depuis relativement peu de temps, et uniquement dans certains pays. Cet
intérêt se traduit en particulier par l’élaboration de nouvelles lois, la création de services de
protection de l’enfance, et par des centaines de recherches sur les abus, leurs causes et leurs
conséquences. Les résultats de ces études fournissent des résultats controversés, critiquables pour de
multiples raisons (voir « Les limites méthodologiques ») mais qui convergent pour mettre en
lumière la grande fréquence des abus sexuels durant l’enfance et l’adolescence : 10 à 30 % des
enfants et des adolescents subissent un abus sexuel. Les 10 % correspondent aux situations qui ont
entraîné des poursuites judiciaires (c’est donc un chiffre minimal) et les 30 % comprennent une
estimation de tous les cas non déclarés. Les chiffres réels d’abus sexuels dans l’enfance sont très
probablement sous-estimés en raison de nombreux facteurs : comme nous le verrons dans le chapitre
sur les faux souvenirs, un certain nombre d’adultes ne se rappellent pas avoir été abusés dans
l’enfance alors que des preuves l’attestent ; certaines victimes ne souhaitent pas aborder ces
antécédents et les dissimulent, peut-être de peur de réactiver leur souffrance ou à cause de la honte
ou de la culpabilité qui les habitent encore ; de nombreux hommes victimes n’en parlent pas : ils
dénient l’impact que ces expériences infantiles ont sur leur vie, car l’abus sexuel des garçons n’a pas
encore acquis de légitimité sociale, contrairement à l’abus féminin ; enfin, certaines victimes,
notamment des hommes, ne définissent pas ce qu’elles ont vécu comme « abus sexuel » : elles vont
évoquer une « initiation » ou une « expérience sexuelle » sans prendre conscience de son caractère
23
abusif .
Rappelons que le tiers des victimes d’abus sexuels sont des garçons, et que des femmes en sont
24
responsables dans 40 % des cas, alors qu’elles n’agressent sexuellement que 6 % des filles .

Il existe probablement de nombreuses autres idées reçues sur les agressions sexuelles dont
souffrent les enfants et sur leurs conséquences. À vous de compléter cette liste afin de faire évoluer
la perception de ce problème grave par la société.
1. Dans chaque vignette clinique, le prénom et certains détails ont été modifiés afin de respecter
l’anonymat.
2. Depuis les nouvelles lois de 2004 et 2006, le délai de prescription a été étendu de dix à vingt ans à
partir de la majorité de la victime pour les crimes (viols sur mineur) et certains délits (les agressions
sexuelles et les atteintes sexuelles sans violence, contrainte, menace ni surprise) lorsque la victime a
moins de 15 ans et lorsque l’agresseur est un ascendant ou une personne ayant autorité. Le délai de
prescription pour les délits (agressions et atteintes sexuelles sur mineur de moins de 15 ans) a été porté
de trois à dix ans, toujours à compter de la majorité de la victime. Une loi devrait être votée en 2018 pour
allonger les délais de prescription de 20 à 30 ans et de 10 à 20 ans.
3. JCN Pénal – Version 3/2007.
4. Loftus E., Ketcham K., Le Syndrome des faux souvenirs, Éditions Exergue, 1997.5. Johnson R. J., Shrier D., « Past sexual victimization by females of male patients in an adolescent
medicine clinic population », American Journal of Psychiatry, 1987, 144 : 650-652.
6. Salter D., McMillian D., Richards M., Tablot T., Hodges J., Bentovim A., Hastings R., Stevenson J.,
Skuse D., « Development of sexually abusive behaviour in sexually victim males : a longitudinal study »,
Lancet, 2003, 361 : 471-476.
7. Ibidem.
8. Salmona M., Le Livre noir des violences sexuelles, Dunod, 2013.
9. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (Manuel diagnostique et statistique des troubles
mentaux), dont la version actuelle porte le numéro 5.
10. « Qui sont les auteurs d’agression sexuelle ? » in « Psychopathologie et traitements actuels des
auteurs d’agression sexuelle », 5e conférence de consensus de la Fédération française de psychiatrie,
2001.
11. Holmes W. C., Slap G. B., « Sexual abuse of boys, Definition, Prevalence, Correlates, Sequelae and
Management », Jama, 1998, 280 (21) : 1855-1982.
12. Holmes G. R., Offen L., Waller G., « See no evil, hear no evil, speak no evil : why do relatively few
male victims of childhood sexual abuse receive help for abuse-related issues in adulthood ? », Clinical
Psychology Review, 1997, 17 (1) : 69-88.
13. Dube S. R. et al., « Long-term consequences of childhood sexual abuse by gender of victim », Am J
Prev Med, 2005, 28 (5) : 430-438.
14. Ibidem.
15. Holmes G. R., op. cit.
16. Denoy M. S., « The long-term effects of child sexual abuse by female perpetrators : a qualitative study
of male and female victims », J Interpers Violence, 2004, 19 (10) : 1137-1156.
17. Lieb R., Quinsey V., Berliner L., « Sexual predators and social policy », Crime and Justice, 1998,
22 : 43-114.
18. Van der Kolk Bessel A., Fisler R., « Dissociation and the fragmentary nature of traumatic memories :
overview and exploratory study », Journal of Traumatic Stress, 1995, 8 (4) : 505-525.
19.
https://aivi.org/medias/communiques/2900-le-jour-ou-la-france-a-legalise-le-consentement-sexueldes-enfants.html
20. Dube S. R. et al., op. cit.
21. Tardif M., Lamoureux B., « Les femmes responsables d’abus sexuels : refus d’une certaine réalité »,
Forensic, 1999, 21 : 26-30.
22. Krugman R., Jones D. P., « Incest and other form of sexual abuse » in Battered Child, University of
Chicago Press, 1980.
23. Lab D. D., Moore E., « Prevalence and denial of sexual abuse in a male psychiatric inpatient
population », Trauma Stress, 2005 ; 18 (4) : 323-330.
24. Barclay L., Lie D., « Consequences of childhood sexual abuse similar for both sexes », Am J Prevent
Med, 2005, 28 : 430-438.CHAPITRE 2
LES BLESSURES
Les conséquences peuvent être graves, même longtemps aprèsPOURQUOI L’ABUS SEXUEL EST-IL TRAUMATISANT POUR UN ENFANT ?
L’impact d’un abus sexuel sur un enfant dépend de nombreux facteurs que je détaillerai dans le
chapitre sur la résilience. Certains, par exemple la gravité de l’agression sexuelle, favorisent
l’apparition de complications psychologiques : on les appelle des facteurs de vulnérabilité. D’autres
viendront en contrebalancer les effets : ce sont les facteurs de résilience.
Mais au-delà de ces évidences, d’autres explications peuvent nous aider à mieux comprendre ce
qui rend l’agression sexuelle traumatisante pour un enfant.
Quand l’abus est une agression, commise avec menaces ou violences
Lorsque l’abus sexuel est commis avec des menaces ou des violences physiques, l’impact
traumatique semble aller de soi. Ces agressions physiques et psychiques sont vécues comme un
danger immédiat, et elles déclenchent une peur, voire une terreur, face à quelque chose que l’enfant
ne comprend pas. Tétanisé, sidéré, l’enfant devient incapable de se soustraire aux exigences de son
agresseur.

De 5 à 12 ans, Pierrette est contrainte, sous la menace, de masturber l’un de ses cousins, plus
âgé. À cette peur immédiate s’ajoute celle, terrifiante, de commettre un péché mortel. Pierrette
reçoit en effet une éducation religieuse qui lui enseigne de confesser toutes ses mauvaises pensées.
Mais elle ressent tellement de honte qu’elle ne peut raconter durant la confession ce qu’elle subit
depuis plusieurs années.
Non seulement les pensées de Pierrette sont devenues des actes, mais elle continue de
communier, en état de péché. Elle s’enferme dans le piège terrifiant de la culpabilité.
Quand l’abus est commis sans violence
Contrairement aux précédents, certains abus se déroulent dans un contexte dénué de toute
violence, parfois même lors de jeux ou de câlins avec un parent aimé, un père, un grand-père.
Comment un attouchement sexuel devient-il dès lors traumatique ?
L’abus, subi à un jeune âge, prendra sens à l’adolescence
L’enfant ne perçoit pas toujours le caractère traumatisant de ce qu’il est en train de vivre, même
s’il se rend compte que ce n’est pas normal. Il n’a ni la maturité ni la compréhension nécessaires pour
en saisir vraiment le sens.
L’enfant mémorise cet événement, ou l’oublie, jusqu’au moment où il est réactivé. Que ce
moment surgisse à l’adolescence n’a rien d’étonnant : c’est à cette période importante de maturation
psychosexuelle que l’adolescent intègre les tabous et les interdits sociaux, notamment celui de
l’inceste, et devient capable de comprendre.
L’abus sexuel devient alors traumatique a posteriori.
Annette, âgée de 45 ans, parle pour la première fois des attouchements et de la tentative de viol
qu’elle a subis à 7 ans de la part de son grand-père maternel. Elle a eu peur sur le moment et a pu
s’enfuir, mais c’est à 11 ans, après un cours d’éducation sexuelle, qu’elle a vraiment compris ce à
quoi elle avait échappé : et la honte l’a envahie pour ne plus la lâcher.

C’est un peu comme si l’enfant, ne comprenant pas complètement la situation mais percevant une
anomalie, une chose à ne pas dire, conservait cet événement en attente de « digestion ». L’abuseur lui
fait d’ailleurs souvent comprendre que c’est un secret entre eux et qu’il ne doit en parler sous aucun
prétexte. Et ce n’est qu’au début de l’adolescence que la signification de ce qui s’est passé est enfin
décodée. L’acte est nommé – c’était un abus sexuel, un inceste, un viol – et acquiert ainsi une
existence sociale. L’adolescent intègre les critères culturels associés à l’abus et donne à celui-ci un
sens nouveau qui le rend traumatique.
Ce que l’enfant a vécu, éclairé par cette compréhension nouvelle, devient traumatique pour
l’adolescent qu’il est devenu, car contraire à ses croyances sur ce qui est bien et mal, contraire à sa
« morale ».
L’abus génère la honte
L’enfant peut être submergé par la honte après coup, lorsqu’il se souvient de ce qu’il a subi,
comme dans le cas d’Annette. Mais il peut aussi ressentir la honte au moment de l’abus. L’enfant
n’est absolument pas préparé à vivre toutes ces sensations dans ses organes sexuels. Il ne reconnaît
plus celles qui lui sont familières et qu’il perçoit lorsque c’est lui qui touche son sexe. Outre les
douleurs, il peut ressentir des sensations agréables qui risquent d’être plus tard source de culpabilité
et de honte.
La honte peut également surgir lorsque l’enfant est accusé par l’agresseur de l’avoir provoqué,
lorsque les adultes à qui il se confie refusent de le croire, le traitent de menteur et le punissent, ou
lorsqu’il vit douloureusement l’étalage public de son intimité ou de sa vie familiale. C’est ce qui
peut se produire quand les différents intervenants judiciaires, dans le cadre d’une plainte, sont
maladroits ou peu respectueux. L’enfant, totalement dépossédé de son identité, est alors
« revictimisé ».
Nous reviendrons plus loin sur les ravages de la honte (►).
Je ne pense pas exagérer en disant que pratiquement toutes les victimes d’abus sexuels sont
envahies par un sentiment de honte. Sa disparition lors du traitement est un bon indice de guérison.
L’abus perturbe l’identité psychologique de l’enfant
Les sensations corporelles familières et quotidiennes qu’a un enfant de ses organes génitaux sont
pour lui des repères qui contribuent à un sentiment de sécurité intérieure. S’il est victime d’un abus,
il subit des sensations inhabituelles et contradictoires car associant étrangeté, douleur et plaisir, qui
lui font perdre ses repères.
D’autres facteurs font éclater l’univers balisé et sécurisé de l’enfant. L’abus sexuel efface les
limites entre l’enfant et l’adulte, entre son intimité et ce qui n’en fait pas partie : c’est la barrière des
générations qui disparaît. L’interdit du toucher est transgressé par la personne même qui est censée
l’exprimer et le faire respecter, l’adulte, le parent. Cette transgression augmente à son tour la
confusion de l’enfant. La perte des repères entraîne une perturbation de l’identité qui peut être vécue
par l’enfant comme un risque d’anéantissement.
L’atteinte à l’identité psychologique sera encore plus grande si l’agression est un inceste. Car
l’inceste détruit le lien de filiation, c’est-à-dire le fil qui relie l’enfant à sa famille. L’enfant se
retrouve alors sans attache, sans base solide sur laquelle se construire.
Les quatre facteurs en jeu dans le traumatisme
Deux sociologues américains ont établi quatre facteurs dont les différentes combinaisons
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permettent de comprendre l’impact traumatique d’un abus sexuel chez un enfant . Les conséquencesseront d’autant plus graves que le nombre de facteurs retrouvés sera grand. Ils distinguent la
sexualisation traumatique, la stigmatisation, la trahison et l’impuissance.
La sexualisation traumatique : l’abus sexuel risque de transmettre à l’enfant des conceptions sur
le comportement sexuel totalement inadaptées à son âge et qui vont perturber ses relations avec les
autres. Obtenir l’attention d’un adulte grâce à des comportements sexuels risque dans certains cas
d’encourager l’enfant à réutiliser ces mêmes comportements sexuels avec d’autres adultes ou
d’autres enfants, à moins qu’il ne développe au contraire un dégoût face aux sensations sexuelles.
L’aspect traumatique sera plus marqué si l’agresseur obtient de l’enfant une excitation sexuelle ou
une participation active. De plus, l’abus associe dans son esprit la sexualité à des souvenirs chargés
de peur et de détresse.
La stigmatisation : l’enfant abusé développe le sentiment d’être différent des autres enfants. La
honte, la culpabilité et la conviction d’être mauvais le conduisent à s’isoler des autres, d’autant plus
si son agresseur ou les adultes à qui il s’est confié l’accusent d’être responsable de ce qui s’est passé.
Cette stigmatisation entraîne une perte de l’estime de soi qui peut aller jusqu’au sentiment de ne plus
faire partie de l’humanité.

Nicole a subi les attouchements de son père de 8 à 15 ans, sans pouvoir en parler à quiconque.
Elle a développé par la suite une anorexie mentale et des troubles obsessionnels compulsifs, un
vécu dépressif chronique, une culpabilité envahissante et une dévalorisation permanente. Elle se
sent tellement différente, exclue, honteuse et coupable, que les idées suicidaires ne la quittent
guère.
La trahison : l’enfant se sent trahi par l’adulte censé le protéger. Il n’a plus confiance en cette
personne qui s’est transformée en agresseur. Cette défiance peut s’étendre parfois aux autres
personnes de la famille. Cette trahison affective est d’autant plus forte que la relation a commencé
d’une manière affectueuse. C’est Ferenczi, un psychanalyste ami de Freud, qui a le premier souligné
la « confusion des langues » entre l’adulte et l’enfant. Lorsqu’on parle de « sexualité infantile » ou
de « sexualité adulte », le qualificatif vient spécifier qu’il ne s’agit pas de la même sexualité. Mais
pour l’adulte abuseur, il n’y a qu’une sexualité, la sienne. Il interprète les comportements et les jeux
sexuels de l’enfant dans sa langue à lui, où sexualité rime avec sexe, alors que pour l’enfant,
sexualité rime avec tendresse. L’adulte abuseur trompe l’enfant qui croit s’engager avec lui dans une
relation tendre et affectueuse.
L’impuissance : l’impression de vulnérabilité apparaît lorsque l’enfant se rend compte qu’il n’a
aucune maîtrise de ce qui lui arrive. L’enfant est souvent dans l’incapacité de dévoiler l’abus et de le
faire cesser, et s’il parle, il peut ne pas être cru. Ce vécu d’impuissance pourrait expliquer en partie
qu’il cherche à reprendre le contrôle en devenant agresseur à son tour.
La maltraitance est un traumatisme aggravant
Enfin, lorsque les abus sexuels sont répétés, parfois pendant de nombreuses années, et sont
associés à une maltraitance physique ou émotionnelle, ils acquièrent un potentiel traumatique encore
plus important. Cet impact traumatique chronique aura des conséquences sur le développement des
différentes structures du cerveau de l’enfant, mais aussi sur son développement psychologique. La
répétition des agressions sexuelles, souvent associée à une maltraitance physique, constitue l’un des
traumatismes les plus difficiles et les plus longs à traiter. La personnalité de la victime est souvent
très perturbée et différents troubles psychiatriques peuvent s’y associer.
LES CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE L’ABUS​



LES CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE L’ABUS
Pour connaître les liens entre les abus sexuels de l’enfance et la pathologie psychiatrique, les
experts ont réalisé de nombreuses études chez des patients consultant en milieu hospitalier ou chez
des individus pris au hasard dans la population générale. Ces études, effectuées dans le monde entier,
par des équipes différentes, chez des populations différentes et avec des méthodologies différentes,
utilisant des définitions différentes de l’abus sexuel et des troubles psychiatriques, n’aboutissent pas
toutes aux mêmes conclusions. Aussi, la plus grande prudence s’impose (voir « Les problèmes de
méthodologie dans les études sur les abus », ►). Néanmoins subsiste un élément constant : les abus
sexuels de l’enfance sont associés à une plus grande fréquence de troubles psychologiques à l’âge
adulte.
Une étude prospective a montré que les enfants abusés avaient presque trois fois et demie plus de
risques que la population générale de développer des troubles psychiatriques, notamment des
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troubles anxieux, des troubles de la personnalité et des troubles de l’humeur (12,4 % contre 3,6 %).
D’autres troubles sont également retrouvés : les tentatives de suicide, le syndrome de stress
posttraumatique, les toxicomanies (appelées aussi « addictions »), les troubles alimentaires et les
perturbations du caractère (perte d’estime de soi, irritabilité, agressivité). Les hospitalisations en
milieu psychiatrique sont aussi plus nombreuses que dans la population générale. Souvent, plusieurs
troubles sont associés chez la même personne ; c’est ce qu’on appelle la comorbidité. Notons
également la fréquence des plaintes physiques fonctionnelles (douleurs abdominales, céphalées).
Enfin, bien que les conséquences négatives des abus sexuels touchent aussi bien les filles que les
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garçons , ces derniers présenteraient deux fois plus de risques que les filles .
Toutes les études ne s’accordent pas quant aux trois complications à long terme les plus
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fréquentes. Pour certaines, ce sont : dépression, tentatives de suicide et dépendance aux drogues , et
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pour d’autres : boulimie, alcoolisme et dépendance aux drogues .
Aucun symptôme n’est spécifique de l’abus. La relation entre traumatisme sexuel et
complications psychiatriques n’est pas une relation causale simple. Tous les abus sexuels ne
provoquent pas des complications psychiatriques, et tous les patients souffrant psychologiquement
n’ont pas été abusés dans leur enfance. Chez l’adulte abusé dans l’enfance, il n’y a aucun symptôme
psychiatrique spécifique : les troubles dont souffrent les victimes devenues adultes existent aussi
chez des adultes n’ayant jamais été abusés. Tout comme la fièvre n’est pas spécifique de la grippe
mais peut être présente dans bien d’autres maladies. Si l’abus sexuel dans l’enfance favorise
l’apparition de nombreux troubles psychiatriques, d’autres facteurs (génétiques, environnementaux,
familiaux) interviennent très certainement pour déterminer lequel va se développer. Il est fréquent
que les victimes d’abus sexuels subissent dans la même période des violences physiques et/ou une
maltraitance émotionnelle qui auront elles-mêmes des conséquences sur leur santé psychologique.
Ces différents traumatismes représentent des facteurs de risque cumulatifs, et il est souvent difficile
d’estimer l’influence de chacun d’eux, donc la part qui revient aux abus sexuels seuls.