Handicap et maladie mentale
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Description

Comment notre société affronte-t-elle les deux problèmes majeurs que sont la folie (ou maladie mentale) et l’invalidité (ou handicap mental) ? L’un est pris en charge par le secteur sanitaire, l’autre relève du secteur social. Pourtant, il s’agit là de deux états pour un même sujet.
Cet ouvrage analyse les rapports étroits entre deux concepts qui ont chacun leur histoire, présente les acteurs des deux secteurs et ceux qui agissent en marge du psychiatrique et du social, et propose une nouvelle nomenclature de la maladie mentale handicapante.

À lire également en Que sais-je ?...
Les personnes handicapées, Claude Hamonet
Le facteur humain, Christophe Dejours



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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 mai 2015
Nombre de lectures 30
EAN13 9782130731436
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0049€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

QUE SAIS-JE ?
Handicap et maladie mentale
Rapports dialectiques
ROMAIN LIBERMAN
Lauréat de l’Académie de médecine
Neuvième édition mise à jour 29e mille
Du même auteur
Les Enfants devant le divorce. Étude psychopathologique et médicosociale, 2e éd., mai 1984 (corrigée), 234 p.
Psychopathologie de l’enfant psychosomatique, « Nodules », décembre 1985, 88 p.
978-2-13-073143-6
Dépôt légal – 1re édition : 1988 9e édition mise à jour : 2015, mai
© Presses Universitaires de France, 1988 6, avenue Reille, 75014 Paris
Sommaire
Page de titre Du même auteur Page de Copyright Prologue Introduction générale PARTIE I – Introduction au mouvement dialectique Première étape –L’institutionnalisation de la folie I. –L’histoire II. –La situation actuelle Deuxième étape –L’institutionnalisation du handicap I. –L’histoire II. –La situation actuelle PARTIE II – Les forces sociales en présence I – L’espace de santé mentale I. –Les moyens du secteur public de psychiatrie II. –Les moyens du secteur privé associatif III. –Les moyens du secteur privé à but lucratif II – Le champ du handicap et de l’inadaptation I. –Handicap et inadaptation II. –Le traitement social de la maladie mentale et du handicap PARTIE III – Les marges du psychiatrique et du social I – L’intégration scolaire des enfants handicapés et/ou malades mentaux II – Le problème des enfants autistes et/ou psychotiques III – Les adultes handicapés mentaux et le problème du vieillissement PARTIE IV – La maladie mentale « handicapante » I – La déficience Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent Classification étioclinique des maladies mentales II – L’incapacité III – Le handicap mental I. –Le principe de compensation II. –Compensation familiale du tout-petit III. –Compensation sociale de l’enfant IV. –Compensation sociale de l’adulte V. –Compensation sociale de l’adulte handicapé mental vieillissant VI. –L’accompagnement IV – Nouvelle nomenclature des handicaps Nomenclature des déficiences, incapacités, désavantages Conclusion Bibliographie Notes
Prologue
Les lois du 2 janvier 2002 et du 11 février 2005, comDlétant le disDositif général mis en Dlace Dar les deux lois du 30 juin 1975 en faveur des Dersonnes handicaDées et des services et institutions les accueillant, viennent consacrer la Drédominance du handicaD sur la maladie chronique. La maladie mentale chronique, conceDt archaïque Dour certains, mais très Dorteur Dour d’autres, se chosifie au bénéfice de celui Dlus moderne de handicaD mental dont les effets sont quantifiables, mesurables en termes de coût et comDensables en valeur argent, travail ou insertion sociale. Parallèlement, l’esDace Dsychiatrique DroDrement dit se réduit et tend à se dissoudre dans une dimension élargie à l’esDace de santé mentale où œuvrent au Drofit de la communauté des Drofessionnels venant de tous horizons, dont les missions s’articulent autour d’un même Drojet d’insertion sociale. Le fait Dsychiatrique, monument hérité de la Révolution de Pinel, dérive lentement au fil des ans et des nouvelles Dolitiques vers une normalisation sociale Dar le biais du handicaD mental instrumentalisé, moyen nouveau d’intégration de la Dersonne déviante dans notre société. La loi « Roselyne Bachelot » va encore accroître la confusion entre handicaD et maladie mentale en fusionnant le budget de l’action médico-sociale et celui de la santé Dar le biais des agences régionales de santé chargées de les gérer. Tous les Drojets de loi en cours visent à sécuriser les Dersonnes atteintes de maladie mentale, au Drix de leur liberté. L’évolution du conceDt de handicaD mental, sous la Dression des familles de Dersonnes handicaDées, a fait émerger deDuis quelques années la notion de handicaD Dsychique Dour désigner les Dersonnes souffrant de maladie mentale chronique, leur Dermettant de s’intégrer ainsi dans le système social de comDensation financière et institutionnelle.
Introduction générale
L’apparition Pans la vie Pes Français P’une nouvelle réglementation Pes obligations contractées par notre société, à l’égarP Pe ses enfants parmi les plus Péfavorisés, questionne ceux qui ont pour mission Pe leur venir en aiPe et, plus particulièrement, les acteurs Pe la santé mentale. S’il est vrai, comme l’affirme Montesquieu PansDe l’esprit des lois,que « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires », il nous revient P’en Pémontrer la justesse à l’opinion et au législateur en prouvant le Panger Pe textes qui sont porteurs P’effets pervers parce qu’ils encouragent la ségrégation et l’arbitraire là où Pevraient régner la tolérance et la liberté. La réflexion que nous nous proposons P’introPuire ici s’appuie sur une approche historique et sociologique Pe la situation actuelle qui voit s’opposer, Pe façon aussi raPicale, Peux concepts utilisés par le corpus social pour traiter Peux problèmes majeurs Pe notre société, celui Pe la folie (la malaPie mentale) et celui Pe l’invaliPité (le hanPicap mental). Dans cette étuPe, nous nous intéresserons plus particulièrement aux problèmes Pe « reconnaissance » Pe ces Peux concepts sur lesquels reposent actuellement la prise en charge et la rééPucation. roblèmes Pe Péfinition, reconnaissance Pes champs P’application, il s’agit ici P’appréhenPer les rapports entretenus entre les Peux concepts. Nous partirons Pe l’hypothèse selon laquelle la malaPie mentale et le hanPicap mental corresponPent à Peux secteurs anciens (secteur méPical et secteur Pe l’enfance inaPaptée) qui semblent se rejoinPre lorsque émerge le problème Pe l’enfance Péficitaire. C’est à partir Pe l’itinéraire psychiatrique et Pe la Pialectique historique entre la société et ses Péviants que nous Pécouvrirons au travers Pe six siècles (Pu XIVe siècle, Pate Pe la fin Pes léproseries, au XXe siècle, conPamnation Pe l’asile et Pe la ségrégation), et selon trois étapes principales, ce qui fait l’état actuel Pes Pispositifs Pe prise en charge, et les concepts sur lesquels reposent ces Pispositifs, alors que s’affirme Pe plus en plus précisément une volonté P’« intégration Pans la société » Pu « hanPicapé mental ». Au-Pelà Pes préjugés Pes uns masquant le refus conscient ou inconscient Pe la folie et Pes réflexes corporatistes conscients ou inconscients Pes autres masquant leur propre sentiment P’impuissance à guérir la folie, nous tentons, Pans l’intérêt même Pe ceux que la société Pésigne comme malaPes mentaux ou étiquette Pe hanPicapés mentaux, Pe rapprocher les points Pe vue en réPuisant le concept Pe hanPicap mental à la simple notion P’un effet social, Ponnant lieu à compensations, résultat P’une cause pathologique relevant Pu Pomaine Pe la méPecine et traitée comme telle. Ainsi libérée P’une iPéologie exclusivement socialisante, la personne reconnue comme hanPicapée mentale pourra-t-elle bénéficier, outre les mesures sociales prévues par la loi, P’une prise en charge psychiatrique Pont l’objectif premier n’est pas l’insertion sociale à tout prix, mais la reconnaissance Pes avatars Pe la vie psychique et leur réPuction par les moyens que la science méPicale offre à tous les citoyens atteints Pans leur intégrité corporelle ou psychique ?
PARTIE I
Introductionau mouvement dialectique
L’état actuel de la psychiatrie française est le produit naturel d’une dialectique historique entre la société et ses déviants dont la dimension pathologique a toujours plus ou moins consciemment procédé d’une démarche politique. De la société d’antan qui maintenait ses fous dans son sein, sous le contrôle des prêtres et des sorciers, à la société de demain qui promet l’intégration des marginaux grâce au développement des structures intermédiaires, il aura fallu six siècles, du XIVe, date de la fin des croisades qui voit la disparition de la lèpre et la désoccupation des léproseries et maladreries, à la fin de XXe siècle qui condamne l’asile et la ségrégation et exige l’éclatement des hôpitaux psychiatriques, six siècles pour accomplir une révolution complète de la « société intégrée » à « l’intégration dans la société ». Deux étapes fondamentales jalonnent ces six siècles d’itinéraire psychiatrique.
Première étape
L’institutionnalisation de la folie
I. – L’histoire
La psychiatrie a sa préhistoire qui commence à l’aube des temps avec son cortège de prêtres, de sorciers ou de chamans et leurs corollaires : les fous assimilés à des possédés du diable jusqu’au XIVe siècle, du moins en Europe. À partir du XIVe siècle, un fait social nouveau va surgir en Occident et rejaillir sur le destin des fous de cette époque. En effet, avec la fin des croisades, c’est le déclin du mal arabe venu d’Orient (la lèpre) par raréfaction des moyens de transmission humaine de la maladie. Se pose alors un problème institutionnel grave : que faire des léproseries, sortes de grandes bâtisses construites en rase campagne à l’intention des lépreux et des maladreries aménagées dans le même but à la périphérie des grandes villes ? Les malades atteints de lèpre y croupissaient jusqu’à la fin de leurs jours, mais leur longue survie entretenait un réseau social d’emplois et de débouchés économiques qui pesait déjà lourd dans l’évaluation politique du gouvernement de l’époque (2 000 léproseries recensées en France en 1266 sont en rupture d’effectifs et menacent de licencier les nombreux personnels qui y sont affectés). Par ailleurs, l’immense fortune accumulée par ces établissements (biens fonciers et successions) risque d’échapper au roi qui entreprend alors d’y remédier en décrétant la maintenance des structures. L’idée vint au pouvoir politique du moment de remplir ces établissements vidés de leurs occupants lépreux par tous les indésirables de la société d’alors, mêlant déjà indistinctement les prostituées, les délinquants, les opposants politiques, les débiles avec les fous authentiques. C’est donc un très lourd héritage que les malades mentaux vont assumer à partir de l’instant où l’on commence à les parquer hors de la ville dans de grands quartiers réservés. C’est l’époque du « grand renfermement hors de la ville » (Foucault) qui prélude à la création ultérieure des asiles psychiatriques pour « pauvres, vagabonds, correctionnaires et têtes aliénées ». Au milieu du XVIIe siècle, un décret royal parachève ces dispositions en fondant le statut de l’hôpital général où l’on enferme pêle-mêle dans un même quartier : les idiots, les fous, les possédés, les vésaniques, les prostituées, les asociaux de tout acabit, y compris les opposants politiques avec pour thérapeutique la contention par chaînes et le cachot pour les agités, la mise au travail pour les autres et une possibilité de libération conditionnelle après acceptation contractuelle d’un pacte moral avec l’existence humaine. Mirabeau fut un des plus célèbres internés de Vincennes. C’est l’époque du grand renfermement dans la ville. En pleine Révolution française, un grand médecin parisien exerçant à l’hôpital général de Bicêtre, Philippe Pinel, obtient de la Convention la libération des enchaînés et la séparation des fous et autres possédés de la masse des délinquants et asociaux. C’est la première reconnaissance officielle du fou. Cependant, la société continue à se protéger de ce dernier qui lui reste étranger (alienusétranger) et maintient son isolement, mais dans des = conditions particulières concédées à Pinel. Pour mieux protéger ceux qu’il considérait comme des malades, Pinel et son élève Esquirol édifient une méthode humaine d’observation et de classification des désordres mentaux ainsi que les moyens de les traiter. Les fous et avec eux les idiots et les arriérés sont alors répertoriés et classés selon une méthodologie particulière qui leur permet d’échapper au pouvoir