Héra. Images, espaces, cultes

Héra. Images, espaces, cultes

Livres
270 pages

Description

L’ouvrage présenté ici réunit les communications entendues lors des XVIes Journées d’Études du Centre de Recherches Archéologiques de l’Université de Lille, qui étaient consacrées à une réflexion sur les sanctuaires d’Héra. Notre objectif a été de favoriser un dialogue entre les historiens des religions et les archéologues qui explorent les espaces sacrés d’Héra d’une rive à l’autre de la Méditerranée.


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Date de parution 24 septembre 2015
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EAN13 9782918887201
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Langue Français

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Couverture

Héra. Images, espaces, cultes

Actes du Colloque International du Centre de Recherches Archéologiques de l’Université de Lille III et de l’Association P.R.A.C. Lille, 29-30 novembre 1993

Juliette de La Grenière (dir.)
  • Éditeur : Publications du Centre Jean Bérard
  • Année d'édition : 1997
  • Date de mise en ligne : 24 septembre 2015
  • Collection : Collection du Centre Jean Bérard
  • ISBN électronique : 9782918887201

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • ISBN : 9782903189549
  • Nombre de pages : 270
 
Référence électronique

DE LA GRENIÈRE, Juliette (dir.). Héra. Images, espaces, cultes : Actes du Colloque International du Centre de Recherches Archéologiques de l’Université de Lille III et de l’Association P.R.A.C. Lille, 29-30 novembre 1993. Nouvelle édition [en ligne]. Naples : Publications du Centre Jean Bérard, 1997 (généré le 29 septembre 2015). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pcjb/905>. ISBN : 9782918887201.

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© Publications du Centre Jean Bérard, 1997

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Sommaire
  1. Présentation

    Juliette de La Genière
  2. Recherches archéologiques récentes à l’Héraion d’Argos

    Marie-Françoise Billot
    1. I. Les époques géométrique et archaïque
    2. II. Le sanctuaire à l’époque classique (fig. 1 et 2)
    3. III. Le sanctuaire à l’époque hellénistique
    4. IV. Le sanctuaire à l’époque impériale
    5. V. Personnalité d’Héra, cultes, personnel du sanctuaire et affranchissements
    6. VI. Le concours et ses institutions
    7. VII. En guise de conclusion : l’Héraion d’Argos, un modèle ?
  3. Annexe. Propositions pour une restitution du temple archaïque

    Marie-Françoise Billot et M.-G. Froidevaux
  4. Héra en Béotie et en Thessalie

    Erika Simon
  5. Le thème des disputes entre Héra et Zeus en Arcadie et en Béotie

    Madeleine Jost
  6. Héra, la sans pareille ou l’épouse exclue ? À travers l’image

    Nassi Malagardis
  7. Héra, le navire et la demeure : offrandes, divinité et société en Grèce archaïque

    François de Polignac
  8. Offrandes de l’époque géométrique et archaïque à l’Héraion de Samos

  1. Philip Brize
  2. L’Héraion de Samos : quelques aspects de l’évolution du sanctuaire du ve siècle à l’époque hellénistique. Essai d’interprétation

    Andreas Furtwängler
  3. La relation entre l’Héraion et la ville de Samos

    Photini Zapheiropoulou
  4. La beauté d’Héra : de l’iconographie à l’archéologie

    Aliki Kauffmann Samaras
  5. Premiers résultats des nouvelles fouilles de l’Héraion de Foce del Sele

    Juliette de La Genière
  6. Lettura délia sequenza stratigrafica al tempio maggioredell’Heraion del Sele

    Roberta Donnarumma
  7. Des étoffes pour Héra

    Giovanna Greco
  8. L’Héraion de Foce del Sele : quelques aspects du culte d’Héra à l’époque hellénistique d’après les terres cuites

    Martine Dewailly
    1. 1. Premier type de dépôt : les bothroi
    2. 2. Second type de dépôt : les loculi
    3. 3. Les fosses votives
  9. Il ruolo di Hera nel santuario meridionale di Poseidonia

  1. Marina Cipriani
    1. Gli edifici consacrati alla dea
    2. Le testimonianze del culto
    3. Culti con partecipazione maschile
    4. Culti con partecipazione mista ma con prevalenza femminile
    5. Il culto di Hera nella città lucana
    6. Le altre divinità del santuario meridionale in età greco-lucana
  2. Il culto di Hera ad Elea

    Giuliana Tocco Sciarelli
  3. Santuari di Hera a Crotone

    Roberto Spadea
    1. 1. Il Santuario di Hera Lacinia (figg. 1-2)
    2. 2. Il tempio
    3. 3. L’edificio B (figg. 7, 8)
    4. 4. Considerazioni
    5. 5. Il santuario di “Vigna Nuova”
    6. 6. L’edificio sacro
  4. Appendice. Note sur une muserolle disparue

    Juliette de La Genière
  5. Bilan des travaux. La personnalité d’Héra

    Pierre Lévêque
    1. Héra mycénienne
    2. Héra au cœur des triades
    3. Entre virginité et viduité
    4. La Mère terrible
    5. Les dépôts des sanctuaires et le vécu religieux

Présentation

Juliette de La Genière

1L’ouvrage présenté ici réunit les communications entendues lors des XVIes Journées d’Études du Centre de Recherches Archéologiques de l’Université de Lille, qui étaient consacrées à une réflexion sur les sanctuaires d’Héra.

2Notre objectif a été de favoriser un dialogue entre les historiens des religions et les archéologues qui explorent les espaces sacrés d’Héra d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

3Le mythe des Argonautes rappelle que la déesse était déjà présente dans la Grèce mycénienne ; et la tradition antique veut que son culte ait été transporté par Jason de sa demeure péloponnésienne vers l’Est égéen comme vers la rive tyrrhénienne de l’Italie. C’est pourquoi, au cours de ces Journées, la réflexion s’est d’abord portée sur Argos. Ensuite, un itinéraire maritime nous a conduits d’une demeure à l’autre d’Héra, d’Argos à Samos, et même à Lesbos, puis d’Argos à Paestum et Crotone.

4Le profil d’Héra était-il malléable ? Pouvait-il, à Samos, être remodelé par le contexte local qui domine la vigoureuse culture anatolienne ? Un examen attentif des composantes du sanctuaire, une révision systématique des offrandes enrichissent et précisent les données légendaires, illustrent l’importance du lieu sacré et son rayonnement. Une question analogue se posait pour l’Héra occidentale, celle de Poseidonia, celle de Crotone, toutes deux installées sur la frange de régions barbares : un monde étrusque réceptif, mais aussi dynamique et créateur, pour Poseidonia ; des populations plus passives et perméables, les Chônes, pour Crotone.

5Pour ces sanctuaires, la lecture des ex-voto permet un regard sur la pratique du culte. Tous sont extra-urbains, ce qui pose le problème de leur rôle dans la polis, de leur importance économique au-delà de leur mission religieuse. Entre les uns et les autres on a pu déceler certaines convergences ; mais on ne peut ignorer les contrastes qu’explique la diversité des terres d’accueil, ni les évolutions différentes provoquées par des circonstances extérieures.

6Voilà quelques-unes des questions qui ont été abordées au Colloque ; je souhaite que cet ouvrage permette de mieux connaître le visage ou les visages de la grande déesse, c’est-à-dire de mieux comprendre l’attente de ses fidèles.

7Ma reconnaissance va aux donateurs, et notamment à la Société C.N.I.M., qui ont permis à l’Association P.R.A.C. (Promotion de la Recherche en Archéologie Classique) de contribuer à la réalisation de ce projet ; j’ai plaisir à remercier également toute l’équipe du Centre Jean Bérard qui s’est chargée de préparer cette publication.

Recherches archéologiques récentes à l’Héraion d’Argos1

Marie-Françoise Billot
Note de l'auteur

Note portant sur l’auteur2

1Les recherches “récentes” sur l’Héraion d’Argos1 couvrent en réalité plus d’un demi-siècle. Depuis que C. W. Blegen2 en 1937 et 1939, puis P. Amandry et J. Caskey3 en 1952 ont publié des fouilles aux résultats trop nouveaux et trop décisifs pour ne pas réveiller ou susciter des intérêts scientifiques très variés, le rythme des publications est resté très soutenu. De nouvelles études des édifices et du matériel mis au jour par la première expédition américaine4 contribuent à fonder les réflexions de ces dernières années sur les origines, le développement, la fréquentation et le rôle du sanctuaire, sur les cultes funéraires dits “héroïques”, et sur la production argienne, céramique, métallurgie et petite plastique.

2Le bilan critique5 que je tente de dresser ici se limite à trois domaines6 : le sanctuaire, son mobilier et ses aménagements, donc son histoire ; les représentations d’Héra ; les institutions, notamment les concours7.

3Fouilles et prospections effacent très vite l’image trompeuse d’un sanctuaire spendidement isolé sur sa hauteur en bord de plaine8. Certes, et surtout vu d’Argos9, le paysage fait illusion, masquant de ses contrastes les passages à travers une montagne pourtant faiblement escarpée, très praticable et très fréquentée. La tentation subsiste d’oublier qu’un arrière-pays géographique s’étend au-delà, au Nord et à l’Est de l’Héraion. Or l’arrière-pays archéologique s’imposait déjà sur la carte de la région de Mycènes dressée par le Capitaine Steffen en 1884 ; le commentaire qu’en a donné H. Lolling reste une mine de renseignements sur les sites et les routes antiques des vallées intérieures10. Les recensements et synthèses dressés, pour l’Age du Bronze11, par R. Hope Simpson en 1965, J. L. Bintliff en 1977, R. Hope Simpson et Ο. T. P. K. Dickinson en 1979, et pour les viiie et viie siècles12 par A. Foley en 1988 sont déjà éloquents. Les prospections de l’Institut Suédois d’Athènes dirigées par B. Wells de 1988 à 1990 à l’Est de Mycènes et au Nord de l’Héraion, dans la vallée de Berbati et de Limnes13, révèlent une occupation dense de ces territoires fertiles ; des routes antiques empruntent les traversées naturelles vers la plaine par Mycènes et par le défilé de la Klissoura, notamment la Kontoporéia, grande voie d’intérêt commercial et stratégique qui reliait la Corinthie à l’Argolide14 et débouchait sur la plaine à 1,5 km environ à l’Est/Sud-Est du sanctuaire. Des prospections sont actuellement en cours sur les versants corinthien et argien de son tracé et de ses variantes15.

4Au cours des quelque douze siècles de fonctionnement du sanctuaire, ses environs retrouvent la fréquentation qu’ils avaient connue à l’époque mycénienne ; en particulier, les sépultures de toutes époques y sont nombreuses16. A Chonika, à 1 km environ du site, au lieu-dit Kokkinia, dans la propriété de G. Meletis, un important habitat du ive siècle et de l’époque hellénistique était desservi par une me empierrée17. Dans le même village, sur la propriété de V. Gamvroulas, un très long édifice d’époque classique, doté d’un toichobate de 78 m, de soubassements pour des arcs-boutants, peut-être de colonnes, et de sols imperméabilisés par des couches d’argile et de gravier, paraît se situer à proximité d’une route conduisant d’Argos à l’Héraion, non loin du site probable de l’hippodrome, et devoir son importance au voisinage du sanctuaire18. Ainsi s’ouvre un nouveau thème d’investigations, le rôle du sanctuaire dans l’aménagement et la vie de ses environs.

5Enfin, C. W. Blegen a mis au jour, à 750 m au N-O du sanctuaire, en bordure de la route mycénienne, une terrasse de 12,50 m x 8,50 m, construite en gros blocs et où furent célébrés depuis le milieu du viiie siècle un ou plusieurs cultes, en tout cas, attesté par des graffitis, celui d’Héra19. Y était-elle divinité première et principale, unique ? Etait-ce une filiale du grand sanctuaire ? Il reste difficile d’en décider.

I. Les époques géométrique et archaïque

6I.1. Entre la fin de l’établissement mycénien et la fondation du sanctuaire, l’état des lieux est désormais plus clair. La chronologie mycénienne s’est affinée. Une partie du matériel des époques ultérieures est publié : deux ouvrages sont ici de première importance, CGA, et Kilian-Dirlmeier 1984. Ils éclairent et précisent plusieurs synthèses antérieures, de V. R. d’A. Desborough20 sur les “Siècles Obscurs” parues en 1964 et 1972, d’A. M. Snodgrass sur la même période21, en 1971, et de J. N. Coldstream22 sur la céramique grecque et la Grèce à l’époque géométrique, en 1968 et 1977.

7Quatre études récentes concernent les premiers siècles du sanctuaire, en 1988 et 1995 deux articles d’I. Strøm sur les débuts de l’Héraion et ses relations extérieures du viiie au début du vie siècle23, et en 1992, dans Polydipsion Argos, les contributions de R. Hägg sur les sanctuaires d’Argolide à l’époque géométrique, et de Cl. Rolley24 sur la métallurgie du bronze à Argos, Corinthe et Athènes à même époque.

8I.1.1. D’après la céramique recueillie par Ch. Waldstein, mais surtout par C. W. Blegen, J. Caskey et R Amandry25, le site mycénien de Prosymna – habitat et tombes – est abandonné à l’HR III Β 2, comme l’ont récemment précisé Kl. Kilian, M. J. Alden, J. H. Crouwel, P. A. Mountjoy et K. S. Shelton26, soit aux environs de 1200 av. J.-C., en même temps que les palais de Mycènes et de Tirynthe subissent leurs plus graves destructions. Mais alors que les palais sont en partie réparés et encore habités durant le siècle et demi de l’HR III C, cette période n’est représentée à l’Héraion que par un seul vase lié à une ultime déposition dans la tombe n° 20 et susceptible d’être daté du début de l’HR III C. C’est sur ce seul document, désormais, que repose l’affirmation d’I. Strøm27 selon qui les derniers vases mycéniens des tombes et de l’habitat dateraient de cette époque.

9I.1.2. L’époque protogéométrique – au minimum un siècle et demi en Argolide, de la seconde moitié du xie jusque dans la première moitié du ixe siècle28 – est représentée par un tesson, peut-être laconien29, et par deux épingles, l’une submycénienne ou protogéométrique, l’autre du protogéométrique récent30. D’après les descriptions de J. C. Hoppin dans la publication de 1905, et d’après ses références31, I. Strøm tente aussi d’identifier quelques vases PG et GA, sans grande certitude32 : V. R. D’A. Desborough en 1952 n’en recense pas, et A. Snodgrass affirme en 1971 qu’il n’y en a pas trace sur le site33. En attendant la réouverture des nombreuses caisses de matériel de l’ancienne fouille qui restent encore inaccessibles au Musée National d’Athènes, il faut se fier à l’avis provisoire de P. Courbin et de J. N. Coldstream34 : la première céramique connue à l’Héraion n’est pas antérieure au GM II. Quant aux deux épingles, Cl. Rolley, rappelant que 12 sur 13 des épingles de type PG recensées en Argolide35 ont été trouvées dans des tombes d’époque géométrique, estime qu’elles doivent « décourager de tirer des conclusions » chronologiques pour l’Héraion, « où, visiblement, les offrandes commencent au Géométrique Moyen II »36. Ajoutons qu’en bordure d’une route tracée à flanc de coteau, équipée de ponts depuis l’époque mycénienne, et qui n’a jamais cessé d’être parcourue durant toute l’antiquité, le site, même déserté, mais agréable, pouvait être fréquenté au PG, et quelques objets y être abandonnés ; il n’est donc même pas nécessaire d’imaginer que ces deux épingles ont été expressément déposées sous forme d’offrandes bien après avoir été fabriquées et portées. En tout cas, attestée au plus par trois documents, la fréquentation du site au PG ne signifie pas qu’un sanctuaire y ait alors fonctionné. A cette époque, les épingles, toutes de taille normale, ne sont que des pièces courantes du vêtement masculin et féminin : on les dépose, avec le vêtement ou en surnombre, dans la tombe du défunt, mais l’habitude n’est pas de les offrir dans un sanctuaire. I. Kilian y insiste à plusieurs reprises : nous ne connaissons pas d’offrande d’épingles dans un sanctuaire avant l’époque géométrique37.

10I.1.3. Le Géométrique Ancien est représenté par 4 épingles dont le type (I B)38 ne dure pas au-delà du GA II. Elles sont accompagnées de 227 épingles dont les types (I A et I D)39 pourraient remonter au GA mais durent aussi jusqu’au GR II. Peut-être faut-il associer aux quelques exemplaires du ixe siècle une figurine masculine de trépied, dont H.-V. Herrmann, Fr. Croissant et Cl. Rolley40 pensent qu’elle peut remonter à la fin du siècle.

11I.1.4. Vient ensuite, mais seulement au deuxième quart du viiie siècle, la première céramique géométrique, du GM II, très peu nombreuse41.

12I.1.5. Après avoir collecté une grande partie de ces données, I. Strøm conclut en 1988 dans les termes suivants : « Although the published material does not prove an unbroken cult function at the site of the Argive Heraion from the Late Mycenaean times onwards, there seems no reason for questioning the existence of a sanctuary in the Protogeometric Period. The Greek sanctuary may have developed gradually out of an ordinary Late Mycenaean house cult, but until the early vases from these almost 100 year old excavations are published, we have no conclusive evidence for the theory »42.

13Malgré sa prudence, cette conclusion – que l’auteur eût souhaité mieux fondée – trahit quelque déception de ne pouvoir fournir la preuve décisive d’une continuité du culte depuis l’HR III. Or aucun culte n’est attesté pour l’époque mycénienne43, et l’HR III C n’étant pratiquement pas représenté à Prosymna, le site était, qu’on le veuille ou non, quasi désert entre l’HR III B 2 et, au plus tôt, l’époque PG, où il n’a pas non plus été occupé, mais probablement un peu fréquenté44.

14De même, l’arrière-pays de l’Héraion (Berbati, Limnes), la vallée de Némée et l’Argolide méridionale paraissent quasi déserts jusqu’au milieu du viiie siècle : une trace de passage au sud de la Klissoura au PG, deux tombes du GA II et du GM I à Berbati45.

15Il serait tout aussi imprudent d’affirmer l’existence d’un sanctuaire du GA très tôt dans le ixe siècle, sur la seule base de 4 épingles du GA I ou II, fussent-elles accompagnées de quelques autres susceptibles d’être ou contemporaines, ou beaucoup plus récentes. En effet, cette époque non plus ne paraît pas avoir laissé de céramique. De même que des épingles du PG ont été déposées dans des tombes géométriques, l’hypothèse d’épingles du GA I/II offertes seulement au GM pourrait être formulée. En 1988, Cl. Rolley écrivait qu’il n’y avait pas d’offrandes, à l’Héraion, avant le GM II46 ; sans doute veut-il tenir compte de la figurine masculine de trépied lorsqu’il écrit en 1992 que l’Héraion a été fondé à la fin du ixe siècle47. Mais il fait aussi remarquer que les premières épingles de fabrication sûrement argiennes (groupe I D), qui élèvent soudain le nombre des offrandes, ne sont pas antérieures au GM II. Non sans éluder l’éventualité d’un début du culte au tournant du ixe au viiie siècle, R. Hägg, qui ne cite lui aussi que les épingles et la céramique, préfère, selon ses propres termes, la date plus précise et plus assurée que donne la céramique du GM II48.

16Toutefois, la figurine de trépied paraît signaler trop explicitement un sanctuaire pour être négligée. Si vraiment elle remonte à la fin du ixe siècle, et si elle n’a pas été déposée à Prosymna bien après avoir été fabriquée ailleurs ou détachée ailleurs du trépied d’origine, il est vraisemblable que le culte commence aux alentours de 800 av. J.-C. C’est vraiment l’époque la plus ancienne que l’on puisse proposer. Si elle se confirmait, la “fondation” de l’Héraion serait postérieure de deux siècles environ à celle du sanctuaire d’Olympie, et d’une ou deux générations à celle des sanctuaires de Delphes et de Délos49.

17I.1.6. Le nombre des épingles s’élève très rapidement à partir du GM et surtout du GR. Sur un total de 3 000 environ, 68 % sont antérieures au milieu du viie siècle50. Parmi elles, désormais, beaucoup de pièces très longues (40 à 70 cm, parfois plus), strictement votives, dont le total, à l’Héraion, s’élève à plus de 2 200. La céramique argienne, en très grande majorité du GR II (725-700 av. J.-C. selon P. Courbin51, 730-690 et contemporain du Protocorinthien Ancien selon N. Coldstream52), souligne aussi l’essor du sanctuaire dans le dernier tiers ou quart du viiie siècle.

181.1.7.Enfin, d’autres catégories d’objets (voir ci-dessous) n’apparaissent pas avant le milieu du viiie siècle, les sceaux, pour la plupart de fabrication locale, les fibules, dont Kl. Kilian ne date les plus anciennes que de la deuxième moitié du siècle, les pendentifs, tous du GR, sept pieds de chaudrons, 14 petits chevaux en bronze du GR et quelques importations orientales recensées par I. Strøm53, toutes datées entre la fin du viiie et le vie siècle.

19Bref, les documents disponibles indiquent que le site n’a pas été occupé quatre siècles durant, de 1 200 environ jusqu’aux alentours de 800 av. J.-C., qu’il n’est guère fréquenté avant le deuxième quart du viiie siècle, et qu’il gagne en importance à partir du dernier tiers du même siècle54.

20I.2. Quel est alors l'aspect du sanctuaire? (fig. 1)

21I.2.1. Sur la date de la puissante plate-forme pseudocyclopéenne, le débat n’est pas clos. Construite en gros blocs de conglomérat local, mais dans un appareil très différent de celui des murs de Mycènes et de Tirynthe55, elle est pour partie dallée sur deux et, par endroits, trois couches d’épaisses plaques de calcaire également local, sur lesquelles se dresse encore le stylobate Sud d’un temple archaïque56.

22Dès 1894, Ch. Waldstein avait essayé de dater la plate-forme par le matériel découvert au pied de et sous le mur de soutènement Est : « Below and partly underneath this Cyclopean wall, there were large masses of pottery, iron, bronze, and smaller objects, the majority belonging to the “Dipylon” and Mycenaean period »57.

23En 1910, A. Frickenhaus et W. Müller avaient trouvé, entre les blocs, des tessons de GR et quelques-uns de Protocorinthien Ancien58. C. Weickert en concluait dès 1929 que la terrasse avait été construite au début du viie siècle59. En 1927, C. W. Blegen effectue des sondages contre les murs Ouest et Est de la plate-forme, sur la plate-forme elle-même, au Nord-Ouest, à un endroit où il n’y a pas de dallage, et surtout à l’intérieur du mur Sud et au-dessous de lui, assez profondément, précise-t-il, pour que le matériel recueilli ne puisse s’être tardivement introduit. Il date ainsi la construction de l’époque géométrique60, confirmant Ch. Waldstein, A. Frickenhaus, W. Müller et C. Weickert, mais sans excessive précision. Après quoi, chacun chiffre son appréciation personnelle, un peu avant 70061, au tournant du siècle62, au début du viie63. Toutefois, H. Drerup64 estime qu’il est impossible qu’une plate-forme si puissante et orthogonale ait été construite dans cette région à l’époque géométrique, considère que les tessons mycéniens et géométriques qui y ont été trouvés appartiennent à des remblais d’origine plus ancienne, et en abaisse la date sans la préciser, le motif secondaire se révélant que manifestement construite pour porter le temple archaïque, la plate-forme ne peut être beau coup plus ancienne qu’un temple périptère qu’il ne conçoit pas de dater au viie siècle. Tout au contraire, H. Plommer considère que les tessons géométriques sont des intrusions récentes et défend jusqu’à sa mort, en 1984, la vieille interprétation mycénienne de E. L. Tilton65 ; mais il finit par accepter l’éventualité que le dallage puisse être postérieur aux murs et contemporain du temple : à l’occasion de la pose du dallage pour la construction du temple, on aurait constitué ou complété la plateforme avec des remblais contenant de la céramique mycénienne et géométrique. Il répond ainsi à l’importante étude conjointe des techniques de construction de la plate-forme et du temple archaïque publiée en 1982 par J. C. Wright66. Celui-ci démontre très clairement que la comparaison des stéréotomies et des appareils de conglomérat de Mycènes et de l’Héraion67 interdit d’attribuer les murs de la plate-forme à l’époque mycénienne, et qu’il faut donc s’en remettre à la céramique, d’une part celle qui fut trouvée dans les sondages effectués à l’intérieur de la construction et qui indique, écrit-il, la fin de l’époque géométrique, la fin du viiie siècle68, d’autre part la céramique géométrique et protocorinthienne recueillie en abondance, selon J. C. Hoppin69, sur la plate-forme, dans la couche d’occupation et de destruction accumulée sur le dallage. A. Kalpaxis dès 1976, I. Strøm en 1988 précisent judicieusement qu’une grande pyxide du PCA, manifestement une offrande70, confirme la date de la construction – murs et dallage – par celle de l’entrée en fonction de la terrasse aux alentours de 700 av. J.-C. ou peu après71.

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