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Histoire ancienne des peuples de l'Orient

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459 pages

L’EGYPTE est presque une terre française. Elie a été régénérée par nos compatriotes, qui ont renouvelé son antique histoire, en déchiffrant les caractères sacrés de ses monuments et de ses papyrus. Ce sont eux encore qui ont ouvert à son commerce et aux destinées de l’humanité comme une ère nouvelle par le percement de l’isthme de Suez. L’Egypte nous appartient donc par les services que nous lui avons rendus et par ceux que nous lui rendons ; par son passé, que nos savants reconstituent siècle par siècle, et par son avenir, qu’auront créé nos ingénieurs et nos négociants.

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Paul Gaffarel

Histoire ancienne des peuples de l'Orient

Jusqu'au premier siècle avant notre ère

PRÉFACE

L’AUTEUR de ce Résumé élémentaire connaissait les difficultés de la tâche qu’il a entreprise. Essayer de fondre dans un ouvrage élémentaire les antiques traditions et les systèmes contemporains ; concilier, dans la mesure du possible, les contradictions des divers auteurs, et tenir compte des progrès quotidiens de l’épigraphie et de la philologie ; rompre résolument avec les légendes convenues, et ne pas accepter au hasard les découvertes et les hypothèses de la science ; certes de plus habiles n’y ont pas réussi, et il n’a pas la prétention d’avoir été mieux inspiré. Son excuse sera d’avoir cherché à se rendre utile. Il n’espère pas non plus ne choquer aucune opinion préconçue ; mais, comme il n’est pas de ceux qui poussent jusqu’au fanatisme l’admiration de leurs propres écrits, il remercie à l’avance tous ceux de ses lecteurs-qui voudront bien l’honorer de leurs critiques. Trop heureux sera-t-il de s’y conformer on de les discuter.

INTRODUCTION

§ 1. Les quatre races humaines. — Quand l’homme parut-il pour la première fois sur la terre ? Quelle région occupa-t-il tout d’abord ? Quels étaient ses moyens d’existence ? Quelle fut son histoire avant l’histoire ? Tous ces problèmes sont à peu près insolubles, si toutefois on se dégage des affirmations de la théologie ou des spéculations philosophiques pour ne tenir compte que des tâtonnements et, des recherches de l’érudition. Aussi bien ces études préhistoriques naissent à peine et n’offrent encore à nos investigations qu’un terrain peu solide. Malgré l’intérêt qu’elles présentent, nous ne les aborderons pas, et nous commencerons nos recherches à l’époque historique proprement dite.

Sans entrer ici dans les discussions des savants modernes sur la diversité ou l’unité du type humain, nous pouvons avancer comme une vérité à peu près démontrée, que l’espèce humaine est une, mais qu’elle comprend quatre variétés principales ou races, désignées communément par leur couleur. Ce sont les races noire, rouge, jaune et blanche. De ces quatre races, il en est deux, la race noire et la race rouge ; dont l’histoire est encore inconnue ou du moins ne repose que sur des légendes confuses et sans authenticité. La race noire occupe l’Afrique australe et centrale, et s’est étendue, dans la zone torride, jusqu’en Océanie. La race rouge habite exclusivement l’Amérique. Nous n’avons à nous occuper ni de l’une ni de l’autre, La race jaune, qui existe en Chine de toute antiquité, et s’est étendue en Indo-Chine, au Japon et en Malaisie, rentrerait plutôt dans le cadre de notre ouvrage, d’autant mieux que les peuples de race jaune constituent à eux seuls près des deux cinquièmes de la population totale du globe, et qu’ils possèdent un corps d’annales régulières. Mais comme leur civilisation est toute localisée, et qu’ils n’entrent pas encore dans le cercle des études classiques, nous les laisserons également de côté. Reste la quatrième race, ou race blanche, appelée à tort race caucasique, et que les anthropologistes modernes dénomment avec plus de raison la race indo-européenne. C’est de cette race que nous nous occuperons exclusivement.

 

§ 2. Le dixième chapitre de la Genèse. — Un document ethnographique de la plus haute antiquité, le dixième chapitre de la Genèse, nous servira de guide. Ce document, abstraction faite de son autorité spéciale en matière de foi, présente tous les caractères de la vraisemblance historique, Sans doute des lacunes et des omissions regrettables se présentent dans cette histoire de l’humanité primitive, mais l’auteur de la Genèse n’a cherché qu’à se mettre à la portée de son peuple, et son récit laisse le champ le plus large aux investigations scientifiques. D’ailleurs la comparaison des traditions, des langues et des caractères physiologiques des diverses nations en confirme chaque jour l’authenticité.

Dans ce dixième chapitre de la Genèse, Moïse énumère les peuples connus de son temps, et en rattache la filiation au patriarche Noé, qui survécut au déluge universel. Cham, Sem et Japhet, ses trois fils, auraient eu le premier quatre fils, le second cinq, et le troisième sept. Or ces seize descendants de Noé, seraient les ancêtres de tous les peuples qui occupèrent l’Europe, l’Asie occidentale et l’Afrique du Nord c’est-à-dire des peuples de race blanche.

 

S3. La descendance de Cham. A, Kousch. — Les quatre fils de Cham se nommaient Kousch, Misraïm, Phut et Chanaan. Les descendants de Kousch ou Kouschites (Séba, Havila, Sabtha, Raama, Nimrod, etc.) paraissent avoir occupé d’abord la plus grande partie de l’Asie occidentale et orientale. Ce furent les premiers habitants de la Mésopotamie, de l’Iran, de l’Arabie et même de l’Inde septentrionale. On retrouve leurs traces jusque sur les bords de l’Oxus, et peut être les Cariens, habitants primitifs de l’Asie Mineure, étaient-ils dit même sang. Leurs progrès matériels furent rapides, mais bientôt ils furent vaincus, chassés des pays qu’ils occupaient, et refoulés dans la vallée supérieure du Nil. Les Abyssins actuels, bien que fortement mélangés, sont leurs descendants directs.

B. Misraïm. — Misraïm est l’ancêtre des Égyptiens. La Bible désigne toujours sous ce nom les habitants de la vallée du Nil, et les Arabes de nos jours l’appliquent tantôt à la capitale, tantôt à la région tout entière. Les enfants de Misraïm (Ludîm, Ananîm, Lehabîm, Naphthouhîm, Pathrousîm, Caslouhîm et Caphthorîm) ont occupé toute la vallée du Nil et se sont peut-être avancés en Afrique jusqu’aux rivages de l’Atlantique, et dans la Méditerranée jusque dans l’île de Crète.

C. Phut. — L’identité de Phut avec les peuples établis sur les côtes de l’Afrique septentrionale n’est pas aussi certaine, car ces côtes ont été et sont encore comme un laboratoire humain où se rencontrent et se mêlent les races les plus opposées ; et, depuis plusieurs siècles que dure cette fusion des peuples, les caractères des descendants de Phut ont été singulièrement transformés, s’ils n’ont pas disparu.

D. Chanaan. — Chanaan et ses on le fils (Sidon, Heth, Yebousi, Emori, Guirgasi, Hivvi, Arki, Sini, Anvadi, Semari, Hamathi) sont les ancêtres des peuples qui occupèrent la région du Liban et les côtes de Syrie avant l’arrivée des Hébreux.

Les Chamites ont les traits distinctifs de la race blanche : leurs lèvres sont grosses, leur taille peu élevée, leur barbe rare et leurs cheveux frisés, mais leur peau passe du brun clair au bronzé et presque au noir. La malédiction de Noé sur Cham : « Tu seras le serviteur des serviteurs de tes frères, » s’est accomplie dans toute sa rigueur. Les Chamites ont toujours obéi et obéissent encore à des maîtres étrangers. Ils ont encore gardé l’empreinte des instincts grossiers qui caractérisaient l’auteur commun de la race. Leurs religions furent impures, leurs cultes entachés de grossières superstitions, leurs mœurs abjectes. En un mot, la partie matérielle l’emporta toujours en eux sur la partie spirituelle, et ils portèrent devant l’histoire la peine de leurs vices.

 

§ 4. La descendance de Sem. A. Elam. — Le second des fils de Noé, Sem, eut cinq fils : Elam, Assur, Arphaxad, Lud et Aram. Les Sémites chassèrent les Chamites des régions qu’ils avaient occupées en Asie, ou du moins se substituèrent à eux comme population dominante. Ils s’étendirent à leur tour de l’Oxus au Yémen, et de l’Euphrate à la Méditerranée. L’aîné d’entre eux, Elam, est l’ancêtre des Élyméens de la Perse, qui se confondirent d’abord avec les premiers possesseurs du sol qu’ils avaient vaincus, et ensuite avec leurs propres vainqueurs, les Aryas japhétites.

B. Assur. — Les Assyriens, qui jouèrent à plusieurs reprises un rôle prépondérant dans la Mésopotamie. reconnaissaient pour ancêtre Assur ; mais ils s’étaient, eux aussi, fortement mélangés avec les Kouschites, qui occupaient le pays avant eux et y restèrent nombreux malgré la conquête.

C. Arphaxad. — Parmi les descendants d’Arphaxad, nous distinguerons son petit-fils Heber et son arrière-petit-fils Jectan. Le premier est l’ancêtre des Hébreux, le second, avec ses nombreux enfants (Almodad, Jerah, Hadoram, Hobal, Abimaël, Ophir, Havila, Johah), donna naissance aux tribus arabes.

D. Lud. — Lud est le père de cette mystérieuse population des Lydiens, qui, d’abord voisins de la Mésopotamie, se fixèrent ensuite à l’extrémité occidentale de l’Asie Mineure avec leur langue, leur culte et leurs traditions originales.

E. Aram. — D’Aram enfin descendent toutes les tribus qui occupèrent le pays entre le Liban) le Taurus et l’Euphrate : Syriens, Palmyrénéens, etc.

Les Sémites se rapprochent plus que les Chamites au type idéal de la race blanche. Leur teint est plus clair, leur barbe mieux fournie, leurs cheveux moins crépus. Ils sont plus grands et mieux faits. On les reconnaît à leur nez aquilin, à leur menton fuyant, à leurs yeux noirs et brillants. Les Sémites occupent dans l’histoire de la civilisation un rang plus élevé que les Chamites. Ils renoncèrent de bonne heure aux croyances impures du polythéisme, et, bien qu’adonnés eux aussi aux pratiques matérielles, au moins ne se laissèrent-ils pas absorber par l’amour des jouissances grossières. Aussi, après avoir été envahisseurs et conquérants, bien qu’ils aient cédé la place à une race mieux douée, ils ont longtemps résisté, et parfois se sont maintenus.

 

§ 5. La descendance de Japhet. A. Gomer. — Le nom du troisième des fils de Noé, Japhet, signifie, parait-il, extension. En effet, les descendants de Japhet se sont prodigieusement étendus sur la surface de la terre, puisqu’on les retrouve de l’Inde à l’Angleterre, et des déserts glacés de la Scandinavie aux plages brûlantes de l’Afrique. Japhet eut sept fils, Gomer. Magog, Madaï, Iavan, Thubal, Mosoch et Thiras. Le premier d’entre eux, Gomer, est l’ancêtre des peuples établis d’abord autour du Pont-Euxin et sur les Alpes helléniques ; ce sont les Cimmeriens, Cimbres ou Kimrys qui souvent menacèrent l’Europe et l’Asie de leurs barbares incursions, et dont les descendants occupent de nos jours une partie de l’Europe. Gomer eut en effet trois fils, Askennaz dans lequel on s’accorde à reconnaître l’ancêtre des Ases primitifs, Germains et Scandinaves actuels ; Riphat, l’ancêtre des Celles jadis campés sur les monts. Riphées ou Karpathes, et Thogorma, l’ancêtre des Arménien,

B. Magog. — Magog représente un groupe populations mystérieuses, sur le compte desquelles la science contemporaine est encore réduite à des conjectures. Ce sont les nombreuses tribus que, par convention, on nomme aujourd’hui les Touraniens. Les Touraniens, dont la Bible déplore la férocité et les ravages, sont les Massagètes et Scythes de l’antiquité : les Turcs, Hongrois, Finlandais et Esthéniens actuels ; ainsi que les Tamouls, Telingas et Carnates de l’Hindoustan. Cette race, une des plus anciennes du monde, a toujours eu des instincts guerriers. Elle occupait jadis la plus grande partie de l’Europe et de l’Asie. Partout où s’établirent les Sémites ou les Japhétites, ils eurent à lutter contre des populations touraniennes qu’ils exterminèrent ou qu’ils s’assimilèrent. Il n’est pas impossible que les Touraniens soient d’origine japhétique. Seulement ce rameau se détacha du tronc commun avant les autres, et, grâce à cette séparation, garda une physionomie tellement accentuée et un caractère si particulier que, lorsque les autres Japhétites se trouvèrent de nouveau en contact avec les Touraniens, ils entrèrent immédiatement en lutte, car les uns et les autres avaient oublié leur commune filiation.

C. Madaï. — Madaï, le troisième des fils de Japhet, est l’ancêtre des Mèdes et des Iraniens ou Persans. C’est à lui que se rattachent encore les autres tribus aryennes, qui ont joué un rôle si important parmi les populations japhétiques.

D. lavan. — Iavan ou Ioun est le père des Ioniens ou Grecs. De ses quatre fils, Élisah peuple la Hellas ou Grèce ; Dodamin, le pays de Dodone ou Épire ; Kétim, les îles de l’Archipel et Chypre ; Tharsis, la Tyrrhénie ou Italie et l’Espagne,

E. Thubal. - Thubal est l’ancêtre d’une population fort clair-semée, mais qui a gardé dans sa pureté le type originel. Ce sont les tribus du Caucase qui jadis occupaient la Colchide, et dont l’une d’entre elles, les Tibaréniens, rappelait par son nom l’ancêtre légendaire.

F. Mosoch. — Mosoch paraît correspondre aux Moschi d’Hérodote et à toutes les tribus qui s’étendirent en Asie Mineure, Paphlagoniens, Pantins, etc.

G. Thiras. — Les Thraces ont pour ancêtre Thiras. L’identité est d’autant plus complète que, d’après les traditions grecques, les Thraces étaient originaires d’Asie, et avaient, à une époque très-reculée, franchi l’Hellespont pour se fixer dans la contrée qui garda leur nom.

Il est impossible de ne pas reconnaître que quelques-unes des attributions de ce résumé ethnographique sont fort arbitraires. De plus, on aura remarqué d’importantes lacunes. Mais la science contemporaine s’est appliquée à préciser davantage et à combler ces lacunes. Les Japhétites sont aujourd’hui connus et délimités. Leur teint est blanc, leur taille élancée, leur barbe abondante, leurs cheveux ondulés, l’angle facial fortement prononcé, l’œil vif et brillant. C’est la race intelligente et perfectible par excellence, celle à qui sont dévolues les plus hautes destinées : « Béni soit Japhet, avait dit Noé, que Dieu étende au loin sa postérité. Qu’il habite dans la tente de Sem, et que Cham soit son serviteur. » Tous les jours se réalise cette prédiction, non-seulement les fils de Japhet sont les plus nombreux, mais tous les jours ils refoulent ceux de Sem et dominent ceux de Cham.

 

§ 6. Divisions de l’Histoire ancienne d’Orient. — Il n’entre pas dans le cadre de cette histoire de nous occuper de tous les descendants de Noé. Nous énumérons ici ceux qui formeront l’objet de notre étude et dont l’histoire constitue ce qu’on est convenu d’appeler l’Histoire ancienne de l’Orient,

I. — RACE CHAMITIQUE.

MISRAÏMA. Égyptiens.
CHANAANA. Chananéens.
 — B. Phéniciens.

II. — RACE SÉMITIQUE.

ASSURA. Assyriens.
B. Babyloniens.
ARPHAXADA. Hebreux et Juifs.
 — B. Arabes du Yémen.
 — C. Arabes du Hedjaz.
 — D. Arabes de l’Arabie Pétrée.
LUDA. Lydiens.
ARAMA. Araméens.
 — B. Palmyrénéens.

III. — RACE JAPHÉTIQUE.

GOMERA. Arméniens.
MADAÏA. Aryas de Bactriane
 — B. Mèdes.
 — C. Perses.
 — E. Indiens.
THUBALA. Caucasiens.
MOSOCHA. Peuples de l’Asie Mineure.

PREMIÈRE PARTIE

LES PEUPLES DE RACE CHAMITIQUE

CHAPITRE I

LES ÉTUDES ÉGYPTIENNES

L’EGYPTE est presque une terre française. Elie a été régénérée par nos compatriotes, qui ont renouvelé son antique histoire, en déchiffrant les caractères sacrés de ses monuments et de ses papyrus. Ce sont eux encore qui ont ouvert à son commerce et aux destinées de l’humanité comme une ère nouvelle par le percement de l’isthme de Suez. L’Egypte nous appartient donc par les services que nous lui avons rendus et par ceux que nous lui rendons ; par son passé, que nos savants reconstituent siècle par siècle, et par son avenir, qu’auront créé nos ingénieurs et nos négociants.

 

§ Ier. Sources grecques de l’histoire d’Égypte. — Avant qu’on eut déchiffré les textes égyptiens, on ne connaissait sur les Pharaons que quelques traditions confuses et contradictoires : noms des souverains reproduits au hasard par des récits incomplets, religion défigurée par des assimilations arbitraires, œuvres artistiques brouillées et méconnues à plaisir ; on en était réduit ou à des conjectures ou à de graves erreurs. Quelles étaient en effet les seules autorités ? Deux historiens grecs avaient parlé avec quelque détail de l’Egypte, Hérodote dans le second des neuf livres de son Histoire, Diodore de Sicile dans le premier livre de sa Bibliothèque historique ; mais Hérodote ne connaissait pas la langue du pays. Il s’est contenté d’enregistrer les anecdotes que lui racontèrent les prêtres des divers sanctuaires, en mêlant tous les règnes et en confondant les personnages. On eut le tort de prendre pour une histoire méthodique des dynasties égyptiennes ce qui n’était qu’une série de traditions sans aucun lien chronologique. Hérodote ne mérite donc pas plus de créance que n’en méritera, dans quelques siècles, l’auteur d’un itinéraire en Bretagne ou sur les bords de la Loire, qui aura enregistré toutes les historiettes à lui débitées par des guides plus ou moins ignorants sur les princes armoricains et sur les Valois. Ce n’est pas à dire qu’il faille absolument rejeter son témoignage ; il est au contraire précieux pour la description des monuments qu’il a visités, et, sur ce point, son exactitude est confirmée par les voyageurs actuels. Quant à Diodore, très-intéressant pour l’étude des mœurs et des lois égyptiennes, qu’il avait observées sur place, son témoignage est à peu près nul en tant qu’historien des dynasties indigènes, car son livre n’est qu’une compilation mal digérée.

Un troisième écrivain, Manéthon, de Sébennytos, longtemps méconnu et dédaigné, acquiert de nos jours une grande autorité. Ce prêtre d’Héliopolis avait composé un ouvrage intitulé : Abrégé des choses naturelles, dans lequel il exposait les idées égyptiennes sur les dieux, la morale et les origines ; mais on ne le connaît plus que par quelques extraits. C’est une perte fort regrettable. Plus regrettable encore est la perte de l’Histoire d’Égypte, d’après les inscriptions sacrées, qu’il avait entreprise pour satisfaire la curiosité des Ptolémée. Il ne reste de cet ouvrage que la liste des dynasties, conservée par Jules l’Africain, Eusèbe et Georges le Syncelle ; or, non-seulement cette liste a subi de nombreuses altérations de la part des copistes dans les chiffres et les noms propres, mais encore les écrivains qui l’ont conservée l’ont mutilée et comme dénaturée à plaisir, pour l’accommoder à leurs systèmes chronologiques. Aussi le témoignage de Manéthon était-il attaqué, même du temps de Josèphe ; mais les découvertes modernes lui ont rendu son autorité, et en font le meilleur des guides pour l’histoire égyptienne.

 

§ 2. Sources égyptiennes de l’histoire d’Égypte. —  De nos jours, ce ne sont plus les anecdotes d’Hérodote, ou de Diodore, ni les renseignements incomplets de Manéthon, qui forment le fond de l’histoire égyptienne. Les savants contemporains s’adressent directement aux documents indigènes, qui avaient traversé les âges sans laisser pénétrer leurs secrets. Bien des générations s’étaient en effet succédé, qui contemplaient avec étonnement les temples colossaux, les nécropoles, les statues dont le sol de l’Égypte est comme jonché ; bien des savants avaient manié les bandelettes roulées autour du corps, des momies, ou les précieux papyrus, sans pouvoir déchiffrer les caractères mystérieux qui les couvraient, car le prêtre n’était plus là pour expliquer les scènes figurées sur les monuments, le nom des rois victorieux et des nations conquises. Tout était retombé dans un oubli qu’on pouvait croire éternel. Soudain le bruit se répandit qu’on avait trouvé la clef de ces signes, ou pour leur donner le nom consacré, de ces hiéroglyphes. En 1798, pendant l’occupation française, on avait découvert à Rosette une inscription du temps de Ptolémée V, conçue en trois sortes d’écriture. La partie grecque, qu’on lisait couramment, apprenait que le même texte était reproduit par les deux autres écritures, qui étaient l’écriture sacrée et l’écriture populaire de l’Égypte. Restait à fixer la valeur des écritures. L’anglais Thomas Young s’y appliqua le premier et réussit à formuler deux principes importants : 1° les signes renfermés dans des enroulements elliptiques ou cartouches correspondent aux noms propres ; 2° les caractères représentent non des idées, mais des sons. Il avait deviné juste, mais son essai demeura stérile, parce qu’il ne sut pas démêler les vrais principes de l’écriture égyptienne.

 

§ 3. L’Œuvre de Champollion. — Enfin parut le véritable fondateur de l’égyptologie, notre illustre compatriote, Champollion. Depuis plusieurs années il étudiait avec ardeur les langues orientales, et surtout le copte, langue usuelle des premiers chrétiens d’Egypte, patois actuel des paysans de la vallée du Nil ou fellahs, car il était persuadé que les anciens Égyptiens s’étaient servis de l’idiome national pour composer leurs inscriptions, et, une fois maître de cette langue, il espérait arriver à retrouver l’alphabet hiéroglyphique de vingt-cinq caractères, jadis mentionné par Plutarque et Clément d’Alexandrie. Le problème à résoudre était ardu. On pouvait apprendre le copte et composer au besoin une grammaire et un dictionnaire coptes ; mais, à travers les siècles, après les invasions et les occupations étrangères, cette langue avait subi de telles modifications, qu’on la considérait comme une langue morte, Or, pour un, Français, essayer de trouver une langue morte à travers un patois corrompu, c’était presque tenter l’impossible, une tâche analogue à celle d’un Russe qui s’aviserait d’étudier le latin avec l’auvergnat ou le provençal. Ce n’était rien que de posséder à peu près la langue, il fallait encore recomposer l’alphabet, et on savait, par les auteurs anciens, que les Egyptiens ne se contentaient pas des caractères phonétiques, mais encore qu’ils avaient adopté des caractères symboliques, c’est-à-dire des signes qui valaient à eux seuls un mot, une idée entière. La confusion de ces signes phonétiques et symboliques aggravait encore la difficulté : c’était de l’inconnu à la troisième puissance. Pourtant, à force de patience, de génie investigateur et d’inépuisable érudition, Champollion réussit à formuler des principes qui n’ont plus varié.

Dès 1821, sans connaître le sens des mots qu’il avait sous les yeux, et par la seule intensité de son attention, il était parvenu à s’assurer, en comparant les inscriptions et les papyrus, que certains textes, accompagnant la même scène figurée, devaient contenir les mêmes mots, bien qu’écrits d’une façon différente. En 1822, à propos de l’inscription de Rosette, il opérait la séparation des groupes représentant chaque mot, distinguait ceux qui correspondent aux particules grammaticales, et constatait que les mots étaient disposés dans le même ordre qu’ils le seraient dans les phrases coptes traduisant le texte grec correspondant. En 1824, il avait, dans son ensemble, la clef de son système de déchiffrement. Dès lors les mémoires et les travaux se succédèrent, et, dans ce champ, vierge encore, ce grand ouvrier travailla si résolûment, que partout on retrouve sa trace. Les règles ont été posées par lui d’une main si sûre que, malgré quelques modifications de détail, elles n’ont pas été et ne seront pas ébranlées. Peut-être n’y aurait-il rien d’exagéré à parler de certitude mathématique au sujet de la découverte de Champollion,

Le fondateur de l’égyptologie fut chargé par le gouvernement, en 1828, d’une mission en Égypte. L’importance des résultats de ce voyage répondit à l’attente générale. Champollion préparait la publication d’un grand ouvrage sur cette expédition scientifique, quand la mort le surprit au milieu de ses travaux (4. mars 1832). « Depuis la naissance des lettres, écrivait S. de Sacy, peu d’hommes ont rendu à l’érudition des services égaux à ceux qui consacrent le nom de Champollion à l’immortalité. » — « Ses découvertes, disait Chateaubriand, auront la durée des monuments immortels, qu’elles nous ont fait connaître. »

 

§ 4. Les Successeurs de Champollion. — La tâche des continuateurs de Champollion restait immense. Il s’agissait non-seulement d’achever, et, sur quelques points, de rectifier les découvertes du savant français, mais encore de profiter de ces découvertes pour étudier l’ensemble des documents. Ils y sont arrivés grâce à de persévérants efforts. Ce sont surtout ses successeurs au Collége de France, MM. Lenormant, de Rougé et Maspero, qui. fidèles à la tradition du maître, ont réussi à faire de l’égyptologie une science toute française. Letronne se tailla comme un domaine dans l’histoire de l’Egypte grecque et romaine ; Lenormant traita pendant onze années devant ses auditeurs des questions d’égyptologie. De Rougé, par son enseignement et ses travaux, par la netteté de sa critique et l’étendue de son érudition, élargit singulièrement le champ de la science nouvelle. Le titulaire actuel de la chaire est à la hauteur de ses devanciers. En dehors des représentants officiels de l’égyptologie, M. Mariette, le directeur des fouilles entreprises par le gouvernement égyptien, entasse les documents précieux et accumule des richesses inespérées. MM. Nestor L’Hôte, Deveria, Brunet de Preste, Chabas et plusieurs autres éclairent par leurs travaux les points les plus divers.

A l’étranger, depuis le célèbre voyage du Prussien Lepsius (1842), qui visita avec tant de zèle et de succès l’empire des Pharaons, et rapporta de son expédition tout un trésor de connaissances nouvelles, les Allemands Brugsch, Duemichen et l’Autrichien Reinich ont publié de nombreux ouvrages, dont quelques-uns capitaux, sur les antiquités égyptiennes. En Angleterre, Birch, Goodwin, Le Page Renouf et Hinks ont continué, mais avec plus de méthode et de succès, les travaux de Yung. Citons encore en Italie Rosellini et Salvolini, en Hollande, Pleyte, et jusqu’en Norvége le savant professeur de Christiania, Lieblein. Grâce aux efforts persévérants de tous ces érudits, l’égyptologie s’est fait une large place dans la science contemporaine. Aujourd’hui tout document égyptien que le temps n’a pas trop endommagé est susceptible d’une traduction, certaine dans l’ensemble et à peu près littérale dans les détails.

 

§ 5. Les trois Écritures hiéroglyphiques. — On distingue trois sortes d’écritures égyptiennes : l’hiéroglyphique, l’hiératique et la démotique. La première écriture représente des animaux, des plantes ou d’autres objets empruntés à la nature. On compte à peu près huit ou neuf cents de ces caractères. Ils ne signifient pas toujours l’objet représente, mais souvent une idée rappelée par cet objet. Ainsi la justice sera figurée par des plumes d’autruche, parce que les anciens les croyaient toutes de la même grandeur ; l’écriture, par un encrier ou un roseau taillé ; la force, par un lion ; l’immortalité, par un serpent qui se mord la queue. Cette écriture était comprise par toutes les classes de la nation. On la retrouve partout : sur les monuments, les rochers et les pierres taillées. Les caractères sont gravés avec un soin qui a défié la destruction des temps. On dirait l’entaille d’une pierre fine. Pourtant les Égyptiens ne connaissaient pas l’acier, et la pierre de leurs monuments, le basalte, a un grain réfractaire qui émousse les aciers les plus durs.

La seconde écriture, ou écriture hiératique, c’est-à-dire consacrée, est une abréviation des signes précédents appliquée à l’usage rapide du calamos, instrument de bois ou de cuivre analogue à nos plumes de fer. Cette écriture est plus difficile à déchiffrer que la précédente, car elle n’est, à vrai dire, que le signe d’un signe. Au lieu d’un épervier ou d’un lion, on ne dessinait que la tête de l’oiseau ou les membres inférieurs de l’animal, et on conservait à cette abréviation la même signification qu’au mot tout entier. La difficulté est donc double, puisqu’il faut d’abord reconnaître le signe du signe, puis expliquer le signe. Les Égyptiens se servaient de cette écriture abrégée pour écrire des livres sur le papier indestructible que donne le papyrus. Ils disposaient cette écriture en lignes horizontales, et la lisaient de droite à gauche comme les écritures sémitiques.

Avec la troisième écriture, ou écriture démotique, c’est-à-dire populaire, la difficulté augmente encore, car on se contente de figurer la première lettre du signe hiératique, en sorte qu’on est obligé de deviner l’abréviation de l’abréviation d’un signe symbolique. Cette écriture fut la plus répandue : elle est en effet la plus expéditive, la plus pratique, et se rapproche le plus de nos signes phonétiques.

On a dit avec raison des Egyptiens qu’ils étaient un peuple de scribes. Ils ont partout laissé le souvenir impérissable de leurs annales et de leur existence.

L’Égypte tout entière est une vaste bibliothèque de pierre, aux milliers de volumes gigantesques, qui n’attendent que des lecteurs, et le sol, dans ses profondeurs, recèle encore bien des trésors inconnus. Nous n’avons donc pas la prétention d’indiquer ici toutes les sources de l’histoire égyptienne. Contentons-nous d’énumérer les principales, celles qu’on pourrait appeler les sources classiques.

 

§ 6. Documents généraux de l’histoire d’Égypte. —  On distingue les documents qui embrassent l’ensemble des annales ou documents généraux, et les documents particuliers.