//img.uscri.be/pth/47df721ccf193039faeb13efe61a9a2e8935d7e7
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Histoire chevaleresque du Portugal

De
186 pages

Le Portugal formait anciennement une contrée que l’on désignait sous le nom de Lusitanie.

Enclavée dans la péninsule ibérique dont elle partagea longtemps le sort, elle eut, comme elle, à subir tour à tour le joug des Carthaginois, des Romains, des Goths et enfin des Arabes.

Les commencements de son histoire sont intimement liés à l’histoire de l’Espagne.

Plusieurs peuples occupaient dans les premiers âges la partie occidentale de la Péninsule.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Eugène Mougins de Roquefort

Histoire chevaleresque du Portugal

A SA MAJESTÉ

 

 

LE ROI DE PORTUGAL ET DES ALGARVES.

INTRODUCTION

Ce livre, son titre l’indique, n’est pas une œuvre politique.

Mettre en lumière, parmi les grandes choses accomplies par le peuple portugais, les traits les plus saillants et les plus propres à caractériser son esprit national ; détacher, dans le passé comme dans les temps modernes, les pages les plus chevaleresques de ses riches annales ;

Et contribuer ainsi à populariser en France l’histoire, attachante à tant de titres, d’une nation qui dès le commencement du XIIe siècle prenait vaillamment sa place au rang des royaumes européens,

Telle est la pensée qui a inspiré ce volume.

Pourquoi ne le dirions-nous pas ? tandis que nous suivions d’âge en âge l’essor de son génie à travers ce mouvement de fortunes diverses qui est la loi commune des nations, nous étions impressionné et comme pénétré d’admiration en présence des hautes vertus, des nobles et mâles passions, des prodiges d’énergie qu’à toutes les époques enfanta le patriotisme portugais.

Il est des peuples qui semblent avoir reçu de Dieu la mission de donner l’exemple du dévouement à la foi de leurs pères et au trône qui assura leur indépendance, de l’héroïsme guerrier, de la persévérance dans les courageuses entreprises, de l’élan vers le beau et vers la gloire.

Cette noble destinée fut celle du Portugal : son histoire, à tous ces points de vue, est féconde et instructive.

Le spectacle des vicissitudes et des transformations qu’il a eues à subir offre un puissant intérêt : nous y avons puisé la matière de ce livre.

Il sera le récit des luttes infatigables que les Portugais ont soutenues contre les ennemis de leur nationalité ou de leur religion, — de leurs intrépides expéditions sur des mers et dans des contrées inconnues, — de leur asservissement momentané à une puissance rivale, — et enfin des troubles civils au milieu desquels l’illustre dynastie qui occupe aujourd’hui le trône a su maintenir le pays dans des voies de prospérité et de progrès.

Associés pendant plusieurs siècles aux Espagnols pour combattre dans la domination des Maures un oppresseur commun, les Portugais se montrèrent constamment les dignes descendants des vieilles phalanges de Viriates et de Sertorius. La péninsule hispanique était alors, comme aujourd’hui, le pays chevaleresque par excellence. Nulle part peut-être on ne vit les ordres religieux et militaires rester plus longtemps florissants et exercer une plus salutaire influence. Durant cette longue et opiniâtre guerre contre les infidèles, les chevaliers portugais, souvent unis à l’élite des chevaliers de Castille et de Léon, se signalèrent par une bravoure antique et par des faits d’armes héroïques.

Quand les Maures, chassés à jamais des plaines ibériques et lusitaines, laissèrent le Portugal libre de s’adonner aux travaux de la paix, la fière nation chercha un autre aliment à son activité et à son énergie. A ces hommes hardis, rompus à la vie des camps, endurcis aux fatigues et aux privations, il fallait encore des périls à courir et des ennemis à vaincre.

Ils les trouvèrent sous une forme nouvelle.

Ce ne fut plus contre des bataillons hérissés de fer qu’ils eurent à lutter, mais contre la mer et ses tempêtes qui leur cachaient un monde dont ils avaient soupçonné l’existence et dont ils voulaient la possession.

Des navigateurs illustres sillonnèrent l’Océan ; l’étendard qui les protégeait alla flotter sur des terres vierges de tout contact européen.

Et l’on vit un roi de Portugal proclamé Empereur de l’Orient et de toutes les mers !

C’est l’époque des Zarco, des Diaz, des Gama, des Covilhan et des Païva, des Cabrai, des Almeïda, des Albuquerque, des Castro, et de tant d’autres qu’il faudrait pouvoir tous rappeler ici, dont le noble courage et les hauts faits étonnèrent le monde.

Un moment la puissance portugaise allait s’étendre du golfe Persique à la Chersonèse d’or des anciens.

L’Asie était devenue sa conquête, une partie de l’Afrique obéissait à ses lois, l’Amérique était sa tributaire.

Mais l’apogée était atteint. A ce splendide rayonnement que la dynastie d’Avis projette autour d’elle va succéder une douloureuse et humiliante épreuve.

Autrefois l’alliée du Portugal, l’Espagne est maintenant sa rivale. Attentif à profiter des circonstances, Philippe II saisit le moment où ce trône voisin qu’il convoite est disputé par des prétendants. Il met une armée en campagne et s’empare de ce beau pays.

La dynastie de Philippe règne par la force. Le peuple est asservi, la noblesse est exilée, la fortune publique est dissipée. Mais la nationalité est vivace sur la terre lusitaine.

Après soixante années d’oppression, les victimes se lèvent, le patriotisme fait un effort et l’usurpation castillane est vaincue.

Le Portugal a reconquis son indépendance.

Mais il faut bien le reconnaître : de tels événements ne peuvent se produire sans amener une profonde perturbation dans les conditions d’existence d’un peuple. Le joug ennemi avait pesé d’un poids si lourd sur la nation portugaise qu’on aurait pu la croire accablée pour toujours. Sa puissante marine était presque anéantie. Une grande partie de ses riches colonies, successivement envahies, lui échappaient. Les forces vives du pays, en un mot, semblaient épuisées sans retour.

Et cependant tout n’était pas fini pour lui. Rendu à une vie nouvelle par la maison de Bragance dans laquelle il venait de retrouver ses rois, régénéré par le gouvernement sage et fort de cette dynastie qui devait donner des souverains à deux trônes, le Portugal pouvait affronter les mauvais jours que le commencement du XIXe siècle lui réservait encore.

Ici se placent une série d’événements que nous n’avons pas à juger, — et dont nous ne dirons que ce qui est nécessaire pour le but que nous nous sommes proposé.

Les uns appartiennent à cette politique de grandeur pour la France qui, après avoir porté victorieusement notre drapeau à travers l’Europe, vint échouer sur le sol portugais devant une des résistances patriotiques les plus opiniâtres dont l’histoire ait gardé le souvenir. On appréciera notre réserve en présence des sentiments d’étroite et loyale amitié qui unissent aujourd’hui les deux nations et qui ont depuis longtemps fait mettre en oubli les malheurs d’une guerre née de la force des circonstances.

Les autres se rattachent à une époque de luttes intérieures, page douloureuse des annales portugaises, qu’il était cependant impossible de passer sous silence, car elles firent du moins éclater l’attachement du pays à ces principes de liberté progressive qui élèvent le génie des nations et son inviolable dévouement aux souverains qu’il s’était donnés.

Nous avons dû consigner tout ce qui, dans le cadre que nous nous étions tracé, se rattache au Brésil, ce riche et florissant Empire, dont le Portugal fut le berceau, et qui partage aujourd’hui avec lui, dans une sincère alliance, le patrimoine commun de traditions glorieuses et de popularité nationale qui font la force et l’éclat des deux couronnes de Bragance.

Notre travail s’arrête au règne de S.M. le Roi Don Louis Ier qui promet au Portugal un heureux avenir, et dont l’avénement au trône a excité de si vives et si universelles sympathies.

Après avoir respectueusement salué les premières douleurs comme les premières joies de son règne, nous avons complété notre œuvre par l’historique abrégé des Ordres religieux et militaires, dans ce royaume, si étroitement associés au développement de la civilisation et à la gloire des armes portugaises.

DIVISION DU SUJET

ET TABLE CHRONOLOGIQUE DES ROIS DE PORTUGAL

Les grandes époques qui se partagent l’histoire du Portugal se sont naturellement imposées à notre esprit comme plan et division de ce travail.

Après avoir rapidement esquissé les destinées de la Lusitanie dans les temps primitifs, sous la domination des Carthaginois et des Romains, les rois barbares et les Wisigoths, nous arrivons à sa conquête par les Arabes dans la première moitié du VIIIe siècle, et aux guerres que dirigent contre eux les princes chrétiens de la Péninsule, jusqu’au moment où un vaillant chevalier français, arrière-petit-fils de Robert, roi de France, Henri de Bourgogne, reçoit d’Alfonse VI de Castille (1095), pour prix de ses victoires sur les ennemis du Christ, le comté de Porto, ou Porto-calle, et asseoit ainsi les bases du royaume de Portugal.

Nous voyons ensuite son fils, Alfonse Henriquez, proclamé Roi (1139), et nous assistons sous ses successeurs au développement et à la consolidation de la monarchie pendant plus de quatre siècles, jusqu’au jour où Philippe II d’Espagne, grâce aux divisions qu’amène la mort du roi Henri II, parvient à réunir à sa couronne celle de Portugal.

Une place particulière est réservée au récit des expéditions maritimes dont l’infant Henri donna le signal après la prise de Ceuta en Afrique (1415), et qui valurent au pays de vastes et riches colonies.

Le règne de la dynastie castillane, les mécontentements qu’elle soulève et la grande révolution de 1640 qui rend enfin à la nation ses souverains légitimes, forment l’objet d’un chapitre spécial.

Avec la branche de Bragance commence une ère nouvelle, dont nous suivons toutes les phases jusqu’aux événements contemporains.

Tel est l’ordre dans lequel se placent les faits historiques que nous avons à raconter.

Pour en faciliter le classement dans le cadre nécessairement resserré que nous avons donné à nos récits, nous croyons devoir les faire précéder d’un tableau chronologique des rois de Portugal.

La monarchie portugaise ne comprend, à proprement parler, qu’une seule dynastie, la maison de Bourgogne.

 

 

Branche directe.

HENRI DE BOURGOGNE, comte de Portugal1095
ALFONSE-BENRIQUEZ, ou fils de Henri, dit le Conquérant.1112
Avec le titre de roi de Portugal1139
SANCHE Ier1185
ALFONSE II1211
SANCHE II, dit le Chapel1223
ALFONSE III1245
DENYS, dit le Laboureur1279
ALFONSE IV, dit le Brave1325
PIERRE Ier, dit le Justicier ou le Sévère1357
FERDINAND1367
Il meurt en1383

En lui se termine la branche directe.

Après deux ans de régence, le prince Jean, fils de Pierre Ier est proclamé roi sous le nom de Jean Ier. Comme il était grand-maître de l’ordre religieux et militaire d’Avis, la branche qui commençait dans sa personne en conserva le nom.

Branche d’Avis.

JEAN Ier, dit le Grand1185
ÉDOUARD Ier1433
ALFONSE V, dit l’Africain1438
JEAN II, dit le Parfait1481
EMMANUEL, dit le Fortuné1495
JEAN III1521
SÉBASTIEN Ier1557
HENRI II, le Cardinal1578
Il meurt en1580

Intervalle de soumission à l’Espagne.

PHILIPPE II d’Espagne1580
PHILIPPE III.1598
PHILIPPE IV1623

En 1640 le Portugal s’affranchit du joug de l’Espagne et place sur le trône le duc Jean de Bragance qui descendait du roi Jean 1er, et faisait ainsi revivre l’ancienne dynastie.

Branche de Bragance.

JEAN IV1610
ALFONSE VI1636
PIERRE II, régent depuis 1667, roi en1683
JEAN V1706
JOSEPH 1er1750
MARIE Ire ET PIERRE III1777
MARIE Ire règne seule1786
Régence de Jean VI1792
JEAN VI, roi en PIERRE IV (Don Pedro), empereur du Brésil, règne aussi un moment comme roi de Portugal, à la mort de son père Jean VI1816
1826
Il abdique en faveur de sa fille dona Maria, qui est proclamée reine, et il continue à occuper le trône du Brésil.
MARIE II1826 à 1853

Usurpation de don Miguel — Luttes entre les troupes de la reine et celles de don Miguel, qui finit par signer une capitulation, le 26 mai 1834, et s’éloigne du Portugal.

Régence du roi Ferdinand, époux de Marie II, pendant la minorité de son fils don Pedro1853
PIERRE V1855
S.M. LOUIS Ier1861

I

LA LUSITANIE

Car dans ces champs foulés par tant de bataillons
Il n’est pas un écho qui ne parle de gloire.

ANCELOT.

 

 

Le Portugal formait anciennement une contrée que l’on désignait sous le nom de Lusitanie.

Enclavée dans la péninsule ibérique dont elle partagea longtemps le sort, elle eut, comme elle, à subir tour à tour le joug des Carthaginois, des Romains, des Goths et enfin des Arabes.

Les commencements de son histoire sont intimement liés à l’histoire de l’Espagne.

Plusieurs peuples occupaient dans les premiers âges la partie occidentale de la Péninsule. Tous paraissent être sortis d’une souche commune, les Celtes. C’étaient les Turdétains, les Sarriens, les Turdulles, les Éminiens, les Pesures, les Beirons, les Vectones, les Galliciens et les Lusitaniens qui ont donné leur nom à cette contrée.

Toutes ces tribus se gouvernaient d’après des lois ou des coutumes qui leur étaient propres. Elles étaient adonnées à la guerre. Si aucun ennemi ne se présentait, elles engageaient entre elles des luttes acharnées.

Fiers, braves, pleins de résolution et d’audace, endurcis aux plus rudes travaux, industrieux à façonner eux-mêmes leurs armes, tels étaient les Lusitaniens. Ils formaient leurs compagnes au métier de la guerre, et celles-ci les suivaient aux combats. Plusieurs d’entre elles furent des amazones célèbres.

Strabon représente cette intrépide race comme le peuple le plus civilisé et le plus instruit de toute l’Espagne (liv. III). D’après le savant géographe, elle possédait une législation bien réglée, un langage soumis depuis longtemps à des principes fixes, et avait même des poëmes en vers.

Les écrivains espagnols ont souvent invoqué ces précieuses données historiques pour établir leur ancienne civilisation. Mais il faut reconnaître qu’elles sont un privilége tout spécial des annales lusitaines.

Après avoir énergiquement résisté aux troupes d’Amilcar qui était venu porter ses armes dans la Péninsule, les Lusitaniens durent, comme les autres peuples celtibères, subir le joug carthaginois. Ils combattirent ensuite, mêlés aux soldats d’Annibal, contre les armées romaines qui à leur tour envahissaient le sol ibérique, et dans plus d’une rencontre le succès fut dû à leur bravoure.

La prise de Carthagène, la riche cité fondée par Asdrubal, assura enfin en Espagne le triomphe de la domination romaine sur celle de ses irréconciliables ennemis, qui furent refoulés sur leurs rivages africains (225 av. J.C.). Elle devait s’y perpétuer jusqu’au Ve siècle de notre ère.

On sait l’héroïque histoire de ce hardi Lusitanien, Viriates, qui pendant plus de onze ans brava les plus formidables armées et déjoua l’habileté des meilleurs généraux de Rome ; Viriates, l’ennemi le plus acharné peut-être qu’ait rencontré la république après Annibal et Mithridate, noble et austère figure, qu’on a voulu comparer au Wallace d’Écosse, mais qui jeta encore plus d’éclat que celle du courageux patriote du Nord. Le préteur romain ne parvint à réduire les Lusitaniens qu’à l’aide d’une perfidie. Il séduisit à prix d’argent parmi les compagnons d’armes de Viriates quelques traîtres qui le poignardèrent sous sa tente. Mais le sénat ne ratifia pas ce crime. Quœ victoria, quia empla est, a senatu non probata, dit un historien. L’indigne préteur fut banni de Rome, d’après Cicéron (pro Balbo), et même, selon Valère Maxime, il fut puni du plus humiliant supplice (140 av. J.C.).

Sertorius, ce type des vertus guerrières, exalté dans des âges différents par Plutarque et Corneille, peut être aussi revendiqué par la Lusitanie comme une de ses gloires. Proscrit de Rome par Sylla, il se réfugia en Espagne, réunit à son parti plusieurs peuples, et exerça bientôt sur eux un ascendant qu’augmenta encore la conviction où ils étaient qu’il recevait ses inspirations des dieux. Les Lusitaniens cédèrent plus vivement que les autres au prestige qui entraînaît sur les pas du noble exilé. Grâce au sentiment d’indépendance qu’il réveilla en eux, il battit successivement les troupes de Sylla, de Métellus et de Pompée. Comme Viriates, il mourut assassiné au milieu de ses triomphes par un de ses lieutenants, Perpenna, qui espérait par cette odieuse trahison gagner la faveur du général romain (73 av. J.C.). Mais celui-ci, indigné de tant de bassesse, ordonna de le mettre à mort. Dévoué à sa patrie d’adoption, Sertorius a été salué par elle comme un des régénérateurs de la Péninsule. Il y avait apporté, en effet, la plupart des institutions de Rome, et organisé avec soin l’administration, la justice, l’armée, les sciences. Il fit d’Evora la capitale de la Lusitanie, y fixa sa résidence, l’embellit et y appela des professeurs grecs et latins. A sa mort, on le pleura pour la noblesse de son caractère, sa générosité, et les services qu’il avait rendus au pays.

Après lui, la Lusitanie obéit à Pompée.