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Histoire critique du magnétisme animal

De
352 pages
Le second volume de J. P. F. Deleuze (1753-1835) est l'édition fac simile originale de L'histoire critique du magnétisme animal (1813). Cet ouvrage, qui est une revue des travaux sur la question de l'hypnose jusqu'en 1813, fit époque dans les annales de la science; il est d'ailleurs encore considéré par les historiens comme un des plus importants livres jamais écrits sur le sujet. Deleuze en vint à s'intéresser et à se former au magnétisme animal après avoir lu en 1785 le détail des cures opérées à Buzancy par le marquis A. M. J. de Chastenet de Puységur (1751-1825).
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HISTOIRE CRITIQUE

DU MAGNÉTISME ANIMAL

Première édition: MAME, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 14, rue du Pot-de-Fer, Paris, 1813.

@L'Hannatian,2004 ISBN: 2-7475-6819-9 EAN: 9782747568197

Joseph- Philippe- François DELEUZE

HISTOIRE CRITIQUE

DU MAGNÉTISME ANIMAL
Volume II

Introduction

de

Serge NICOLAS

L'Harmattan 5-7~rue de I~École-Polytechmque 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui.

Dernières parutions Théodule RIBOT, La psychologie anglaise contemporaine (1870), 2002. Serge NICOLAS, La psychologie de W. Wundt (1832-1920), 2003. Serge NICOLAS, Un cours de psychologie durant la Révolution, 2003. Alfred BINET, Psychologie de la mémoire (Œuvres choisies I), 2003. Théodule RIBOT, La psychologie allemande contemporaine (1879), 2003. Pierre JANET, Conférences à la Salpêtrière (1892), 2003. L.F. LELUT, La phrénologie: son histoire, son système (1858), 2003. Pierre FLOURENS, Examen de la phrénologie (1842), 2004. H. BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique (1884),2004. Paul BROCA, Ecrits sur l'aphasie (1861-1869), 2004. Serge NICOLAS, L'hypnose: Charcot face à Bernheim, 2004. Pierre JANET, Leçons au Collège de France (1895-1934), 2004. Alexandre BERTRAND, Du magnétisme animal en France (1826), 2004. Auguste A. LIEBEAULT, Du sommeil et des états analogues (1866),2004 1. DELEUZE, Histoire critique du magnétisme animal (1813, vol. 1),2004

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

Le second volume1 de l 'Histoire critique justifie pleinement le titre de l'ouvrage; il est consacré à l'analyse et à l'examen des écrits qui ont été publiés sur le magnétisme, et dont le nombre est considérable2. lP.F. Deleuze (1753 -183 5) a rempli cette tâche difficile avec un grand discernement. Il résulte de ses recherches que les adversaires du magnétisme ont fait de vains efforts pour ébranler les fondements de la doctrine et l'authenticité des faits sur lesquels elle est établie. « Il serait à désirer, dit-il, en fmissant, que la science du magnétisme fût associée aux autres connaissances humaines; qu'après avoir constaté l'existence de l'agent, on déterminât le rôle qu'il joue dans la nature; et qu'après avoir classé les faits selon leur degré de probabilité, on les rapprochât des autres phénomènes physiques pour décider s'ils dépendent d'un principe nouveau ou d'une modification d'un principe connu. » Nous avons montré dans le premier volume comment ce livre a été appricié par Moreau de la Sarthe. L' œuvre de Deleuze a aussi été remarquée par de purs philosophes comme Maine de Biran (1766-1824) (cf. Œuvres de Maine de Biran, 1990, tome XI-3, Commentaires et marginalia: Dix-neuvième siècle, pp. 355-360) et surtout Ernest Bersot3 (1816-1880) qui a écrit en
1

Le premier

volume

vient d'être

réédité chez L'Harmattan

en 2004, il est précédé

d'une

introduction sur la vie et l'œuvre de Deleuze vue par Moreau de la Sarthe (1771-1826). 2 D'après le catalogue de M. S., dans l'Exposé des cures opérées par le magnétisme, il s'élève à près de trois cents. Voir aussi A. Crabtree (1988). Animal magnetism, early hypnotism, and psychical research, 1766-1925. New York: Kraus. 3 Ernest Bersot n'est pas un inconnu à l'époque. Il est né le 22 août 1816 à Surgères (Charentes). C'est le fils d'un horloger suisse calviniste. Admis à l'École Normale Supérieure en 1836 il fut reçu à l'agrégation de philosophie en 1839. Il devint professeur de philosophie au collège de Rennes, puis agrégé suppléant à Paris. En 1840, il devint

1853 un ouvrage classique (Mesmer et le magnétisme animal) sur le sujet. Bien que rédigé dans un souci de précision et de clarté, le livre de Bersot se démarque des autres productions connues par son caractère littéraire, attrayant et anecdotique. L'édition originale date de 1853 et fut publiée chez L. Hachette dans la « bibliothèque des chemins de fer». Il s'agissait d'une collection spécialement destinée aux voyageurs afm de les « amuser honnêtement et de leur être utile». Voici ce qu'écrit Bersot (1853, pp. 41-51) au sujet de l'œuvre de Deleuze: « En 1813 parut 1'Histoire critique du magnétisme, de Deleuze. C'était une bonne fortune pour une doctrine assez malfamée de rencontrer un (42) défenseur honorable, savant, judicieux, modéré dans ses opinions et dans l'expression de ces opinions, un de ces patrons qui donnent aux timides le courage de confesser leur croyance. Il donnait des conseils pour
secrétaire du philosophe et politicien Victor Cousin devenu ministre de l'instruction publique dans le ministère Thiers. Après la chute du ministère, il est nommé professeur de philosophie au collège royal de Bordeaux. C'est à partir de cette époque qu'il s'intéresse au magnétisme animal. Mais en 1842, il fut mis en congé par mesure disciplinaire à la suite d'une polémique avec le clergé. Il prépare son doctorat et présente en 1843 ses thèses: Doctrine de Saint Augustin sur la providence et De controversis quibusdam Anaxagorae doctrinae. En 1843-44, il professe à la faculté de Dijon un cours dont il ne reste que le Discours d'ouverture (1844). Devant son insistance à demander sa réintégration dans l'enseignement secondaire dans la région parisienne (à l'époque l'enseignement dans le secondaire était mieux considéré et mieux rétribué que l'enseignement supérieur en province), Salvandy le nomme professeur au collège de Versailles (1845-1852). Son premier ouvrage Du spiritualisme dans la nature (1846) fait aujourd'hui partie de la longue biographie établie par Adam Crabtree (1988) sur le magnétisme animal et les premiers travaux sur l'hypnose qui commencent avec Mesmer. C'est alors qu'il publie ses études sur Voltaire (1848), Rousseau (1848), Diderot (1851) et Montesquieu (1852). Partisan du général Cavaignac, il fut très affecté par le coup d'État du 2 décembre. Bersot refuse de prêter serment et doit quitter l'enseignement. C'est à cette époque qu'il rédige ses premiers ouvrages importants: Mesmer et le magnétisme animal (1853) et la même année son Essai sur la providence (1853) suivis des Études sur le XV]Ir siècle (1855) qui reprennent ses travaux précédents sur le sujet. Dans ses Lettres sur l'enseignement (1857), il se livre à une critique sérieuse et approfondie du système d'instruction secondaire institué par l'Empire. Grâce à Saint-Marc-Girardin, il entre au Journal des débats en 1859 et s'y fait très vite une place comme critique politique et littéraire. Après deux échecs (1861 et 1865), il fut élu à l'Académie des sciences morales en 1866. C'est durant les années 1860 qu'il va surtout se faire connaître comme un moraliste en littérature et en politique. Après sa nomination comme directeur de l'École Normale Supérieure en octobre 1871, il renonce à toute activité politique et au journalisme. Il collabore avec Albert Dumont à la direction de l'enseignement supérieur et appelle A. Fouillée comme maître de conférences de philosophie en prolongeant l'enseignement kantien de Lachelier. Il réalise de nombreuses réformes pédagogiques dans l'enseignement en accord avec Jules Simon. Lorsqu'en 1875, Batbie succède à Simon au ministère, Bersot est nommé le 31 juillet membre du conseil supérieur de l'Instruction publique. Les questions d'enseignement resteront au centre de son opération au visage réalisée par Paul Broca.

activité au cours des dernières années de sa vie. Il meurt le 1cr février 1880 après une

VI

l'observation des procédés physiques, mais en même temps il énonçait comme indispensables de certaines conditions morales qui reviennent à la foi, à l'espérance et à la charité, transportées dans le magnétisme: » Volonté active vers le bien; Croyance ferme en sa puissance; Confiance entière en l'employant. « Tous les préceptes se réduisent à celui-ci: Toucher attentivement les malades avec la volonté de leur faire du bien, et que cette volonté ne soit distraite par aucune autre idée. Les discussions sur les moyens de se convaincre peuvent également se réduire à cette maxime: Veuillez et vous croirez. » « Deleuze explique l'action du magnétisme par une analogie: Quand je veux soulever un corps, j'envoie à mon bras une quantité de force proportionnée au poids présumé de ce corps, de même « lorsque je magnétise, j'envoie par ma volonté le fluide à l'extrémité de mes mains, je lui imprime par cette même volonté une direction, et ce fluide communique son mouvement à celui du malade. (43) Rien ne m'empêche de le lancer, mais il peut se trouver dans l'individu sur lequel j'agis un obstacle aux effets que je veux produire: alors j'éprouve plus ou moins de résistance; cette résistance peut même être invincible. Le fluide magnétique s'échappe continuellement de nous, il forme autour de notre corps une atmosphère qui, n'ayant point de courant déterminé, n'agit pas sensiblement sur les individus qui nous environnent; mais lorsque notre volonté le polisse et le dirige, il se meut avec toute la force que nous lui imprimons: il est mû comme les rayons lumineux envoyés par les corps embrasés. Le principe qui le met en action est donc notre âme, comme celui qui envoie la force à notre bras, et il est de la même nature. » « Il a publié une Instruction pratique, une sorte de manuel du magnétiseur. Nous en extrayons les procédés principaux. » « Une fois que vous serez ainsi d'accord et bien convenu de traiter gravement la chose, éloignez du malade toutes les personnes qui pourraient vous gêner; ne gardez auprès de vous que les témoins nécessaires (un seul, s'il se peut) ; demandez-leur de ne s'occuper nullement des procédés que vous employez et des effets qui en sont la suite, mais de s'unir d'intention avec vous pour faire du bien au malade; arrangez-vous de manière à n'avoir ni trop chaud ni trop froid, à ce (44)

VII

que rien ne gène la liberté de vos mouvements, et prenez des précautions pour n'être pas interrompu pendant la séance. » « Faites ensuite asseoir votre malade le plus commodément possible, et placez-vous vis-à-vis de lui, sur un siège un peu plus élevé, de manière que ses genoux soient entre les vôtres et que vos pieds soient à côté des siens. Demandez-lui d'abord de s'abandonner, de ne penser à rien, de ne pas se distraire pour examiner les effets qu'il éprouvera, d'écarter toute crainte, de se livrer à l'espérance, et de ne pas s'inquiéter ou se décourager si l'action du magnétisme produit chez lui des douleurs momentanées. » « Après vous être recueilli, prenez ses pouces entre vos deux doigts, de manière que l'intérieur de vos pouces touche l'intérieur des siens, et fixez vos yeux sur lui. Vous resterez de deux à cinq minutes dans cette situation, ou jusqu'à ce que vous sentiez qu'il s'est établi une chaleur égale entre ses pouces et les vôtres. Cela fait, vous retirerez vos mains, en les écartant à droite et à gauche, et les tournant de manière que leur surface intérieure soit en dehors, et vous les élèverez jusqu'à la hauteur de la tête: alors vous les poserez sur les épaules, vous les y laisserez environ une minute, et vous les raménerez le long des bras jusqu'à l'extrémité des doigts, en touchant (45) légèrement. Vous recommencerez cette passe4 cinq ou six fois, toujours en détournant vos mains et les éloignant un peu du corps pour remonter: vous placerez ensuite vos mains au-dessus de la tête. Vous les y tiendrez un moment, et vous les descendrez, en passant devant le visage à la distance d'un ou deux pouces, jusqu'au creux de l'estomac: là, vous vous arrêterez encore environ deux minutes, en posant les pouces sur le creux de l'estomac et les autres doigts au-dessous des côtes. Puis vous descendrez lentement le long du corps jusqu'aux genoux, ou mieux, et si vous le pouvez sans vous déranger, jusqu'au bout des pieds. Vous répéterez les mêmes procédés pendant la plus grande partie de la séance. Vous vous rapprocherez aussi quelquefois du malade, de manière à poser vos mains derrière ses épaules pour descendre lentement le long de l'épine du dos, et de là sur les hanches et le long des cuisses jusqu'aux genoux ou jusqu'aux pieds. Après les premières passes, vous pouvez vous dispenser de poser les mains sur la tête, et faire les passes

4

J'emploie ici le mot passe, qui est connu de tous les magnétiseurs; il s'entend de tous les
légèrement,

mouvements qu'on fait avec la main en passant sur le corps, soit en touchant soit à distance.

VIII

suivantes sur les bras en commençant aux épaules, et sur le corps en commençant à l'estomac. » (46) « Lorsque vous voudrez terminer la séance, vous aurez soin d'attirer vers l'extrémité des mains et vers l'extrémité des pieds, en prolongeant vos passes au-delà de ces extrémités et secouant vos doigts à chaque fois. Enfm vous ferez devant le visage, et même devant la poitrine, quelques passes en travers, à la distance de trois ou quatre pouces. Ces passes se font en présentant les deux mains rapprochées, et en les écartant brusquement l'une de l'autre, comme pour enlever la surabondance de fluide dont le malade pourrait être chargé. Vous voyez qu'il est essentiel de magnétiser toujours en descendant de la tête aux extrémités, et jamais en remontant des extrémités à la tête. C'est pour cela qu'on détourne les mains, quand on les ramène des pieds à la tête. Les passes qu'on fait en descendant sont magnétiques, c'est-à-dire qu'elles sont accompagnées de l'intention de magnétiser. Les mouvements qu'on fait en remontant ne le sont pas. Plusieurs magnétiseurs secouent légèrement leurs doigts après chaque passe. Ce procédé, qui n'est jamais nuisible, est avantageux dans certains cas, et, par cette raison, il est bon d'en prendre l'habitude. » « Quoique vers la fm de la séance on ait en soin d'étendre le fluide sur toute la surface du corps, il est à propos de faire en fmissant quelques passes sur les jambes, depuis les genoux jusqu'au bout (47) des pieds. Ces passes dégagent la tête. Pour les faire plus commodément, on se place à genoux vis-à-vis de la personne qu'on magnétise. » « Je crois devoir distinguer les passes qu'on fait sans toucher, de celles qu'on fait en touchant, non seulement avec le bout des doigts, mais avec toute l'étendue de la main, et en employant une légère pression. Je donne à ces dernières le nom de frictions magnétiques: on en a fait souvent usage pour mieux agir sur les bras, sur les jambes et derrière le dos tout le long de la colonne vertébrale. » « Cette manière de magnétiser par des passes longitudinales, en dirigeant le fluide, de la tête aux extrémités, sans se fixer sur aucune partie de préférence aux autres se nomme magnétiser à grands courants. Elle convient plus ou moins dans tous les cas, et il faut l'employer dans les premières séances, lorsqu'on n'a pas de raison d'en choisir une autre. Le fluide est ainsi distribué dans tous les organes, et il s'accumule de luimême dans ceux qui en ont besoin. Aux passes faites à une petite distance, on en joint, avant de fmir, quelques-unes à la distance de deux IX

ou trois pieds. Elles produisent ordinairement du calme, de la fraîcheur et un bien-être sensible. » « Il est enfm un procédé par lequel il est très avantageux de terminer la séance. Il consiste à se placer à côté du malade qui se tient debout, et faire (48) à un pied de distance, avec les deux mains, dont l'une est devant le corps et l'autre derrière le dos, sept ou huit passes en commençant au-dessus de la tête, et descendant jusqu'au plancher, le long duquel on écarte les mains. Ce procédé dégage la tête, rétablit l'équilibre et donne des forces. » « Lorsque le magnétiseur agit sur le magnétisé, on dit qu'ils sont en rapport; c'est-à-dire qu'on entend par le mot rapport une disposition particulière et acquise, qui fait que le magnétiseur exerce une influence sur le magnétisé, qu'il y a entre eux une communication de principe vital. }) « Ce rapport s'établit quelquefois très vite, quelquefois après un temps plus ou moins long. Cela dépend des dispositions morales et physiques des deux individus. Il est rare qu'il ne soit pas établi dans la première séance. Les magnétiseurs exercés sentent ordinairement en euxmêmes lorsque ce moment est arrivé. }) « Une fois que le rapport est bien établi, l'action se renouvelle dans les séances suivantes à l'instant où l'on commence à magnétiser. Alors, si l'on veut agir sur la poitrine, l'estomac ou l'abdomen, il est inutile de toucher, à moins qu'on ne trouve cela plus commode. Ordinairement le magnétisme agit aussi bien et mieux dans l'intérieur du corps, à la distance d'un ou deux pouces que par attouchement. On se contente, en commençant la séance, (49) de prendre un moment les pouces. Quelquefois il est nécessaire de magnétiser à la distance de plusieurs pieds. Le magnétisme à distance est plus calmant, et quelques personnes nerveuses n'en peuvent supporter d'autre. » « Pour faire les passes, il ne faut jamais employer aucune force musculaire autre que celle qui est indispensable pour soutenir la main et l'empêcher de tomber. On doit mettre de l'aisance dans ses mouvements, et ne pas les faire trop rapides. Une passe de la tête aux pieds peut durer environ une demi-minute. Les doigts de la main doivent être un peu écartés les uns des autres, et légèrement courbés, de manière que le bout des doigts soit dirigé vers celui qu'on magnétise. « C'est par l'extrémité des doigts, et surtout par les pouces que le fluide s'échappe avec le plus d'activité. C'est pour cela qu'on prend x

d'abord les pouces du malade, et qu'on les tient dans les moments de repos. Ce procédé suffit ordinairement pour établir le rapport. Il est un autre procédé que vous emploierez avec succès pour fortifier ce rapport : il consiste à opposer vos dix doigts à ceux du malade, de manière que l'intérieur de vos mains soit rapproché de l'intérieur des siennes, et que la partie charnue de vos doigts touche la partie charnue des siens, les ongles étant en dehors. Il paraît qu'il sort beaucoup moins de fluide de la surface extérieure (50) des mains que de la surface intérieure, et c'est une des raisons pour lesquelles on détourne des mains en remontant, sans les écarter beaucoup du corps. » « Voici selon Deleuze encore, les effets caractéristiques du somnambulisme magnétique. » « Le somnambule a les yeux fermés et ne voit pas par les yeux, il n'entend point par les oreilles, mais il voit et entend mieux que l'homme éveillé. » « Il ne voit et n'entend que ceux avec lesquels il est en rapport. Il ne voit que ce qu'il regarde, et ne regarde ordinairement que les choses sur lesquelles on dirige son attention. » « Il est soumis à la volonté de son magnétiseur, pour tout ce qui ne peut lui nuire, et pour tout ce qui ne contrarie point en lui les idées de justice et de vérité. » « Il sent la volonté de son magnétiseur. » « Il aperçoit le fluide magnétiseur. » « Il voit, ou plutôt il sent l'intérieur de son corps, et celui des autres; mais il n'y remarque ordinairement que les parties qui ne sont point dans l'état naturel et qui troublent l'harmonie. » « Il retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses qu'il avait oubliées pendant la veille. » « Il a des prévisions et des présentations qui peuvent être erronées dans plusieurs circonstances, et qui sont limitées dans leur étendue. » (51) « Il s'énonce avec une facilité surprenante. » « Il n'est point exempt de vanité. » « Il se perfectionne de lui-même, pendant un certain temps, s'il est conduit avec sagesse; il s'égare s'il est mal dirigé. » « Lorsqu'il rentre dans l'état naturel, il perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il a eues dans l'état de somnambulisme, tellement que ces deux états sont aussi étrangers XI

l'un à l'autre, que si le somnambule et l'homme éveillé étaient deux êtres différents. » « Nous oublions trois commandements de l'honnête Deleuze; il

veut: 10 qu'un somnambulesoit toujours assisté d'un médecin; 2° qu'on
ne lui fasse jamais savoir qu'on le consulte sur des maladies pendant son sommeil; 30 que dans aucun cas, le magnétiseur ne permette qu'on donne au somnambule, de quelque manière que ce soit, la plus légère marque de reconnaissance. » Nombreux sont les historiens qui par la suite vont souligner l'importance de l'œuvre de Deleuze.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale à l'Université de Paris V - René Descartes. Directeur de la revue électronique « Psychologie et Histoire» : http://lpe.psycho.univ-paris5 .fr/membres/nicolas/nicolas.francais.html Institut de psychologie Laboratoire de Psychologie expérimentale EPHE et CNRS UMR 8581 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

XII

HISTOIRE CRITIQUE
DU

MAGNÉTISME ANIMAL.
~~'1)",,,,,,,,,,,,,,,~,'~I'i'\I,,,,,,,,,,,,~,,,,,,"/~""''''''~I\,,~~I1NU,.''' ~1\I1I1t'U

SECONDE PARTIE.
OBJET DE CETTE SECONDE PARTIEG'
---ApRÈs avoir exposé ce que mes propres obser,ratio11S et la comparaison ({es faits q11e j'ai recueillis m'ont appris sur la théorie et la pratique (lu 111agllétisn1e, je crois dèvoir faire connaître les ou\'rages l)ubliés ]JOllr et contre cette (lé COllverte. Il est essentiel d'écouter ceux qui l'ont attaquée, ann d'admettre uniquement les principes et les pre11ves dont ils n'ont pu é]Jra111erla cerlitt1tle. On s'égarerait si l'oIl accordait lIne aveugle confiance à ceux qui l'ont défendue. Les écrits de ces derniers, bien plus nombreux que ceux de leurs adversaires, de\ iendront cepel1datit l111eSOllrce d i]Jstruc~ioll, et ])OUrrollt nlêlne former un corps de doctrine, lorsqu'après les avoir èomparés e11Lreeux, on les aura soulnis à'
PART. IX. 1:

~

I-IISTOIRE

CRITIQUE

1111e critiqllc

jl1(licÎellse. Je viens de relire ceu~

que j'ai pu me procl~rer. J'ai reconnu dans plusieurs de l'exagél'ation, (le~ Dlerveilles adnlises avec trop de légèreté, llne théorie C011traire à La Sai!1e ph jrsiqtle; mais j'ai trol1"vé dans tOllS des observations exaCles, des faits qui ne peuvent avoir été supposés, et des preuves qui doivent eng~lger tou L11on11nesage à exaluiner lui-n'lême. J'ose aSSllrel" (Ille cellli CIllÎliroit ces écrits sans pl"éve11tion serait con,rai11CU, 11011poil1t de' t011t ~e q1.le (lisent ICllI'Sal.ltellrs, Inais de la réalité dlI lTIagnétisme, et de son efficacité pour le sou!,lgen1ent et la gllérison de l}lusiellrs maladies. Je m'étois proposé de donner une notice de tOlIS ces olivrages, et j' [lvois fait de nombrellx extraits; mais, voyant qne cela me jetoit dans des répétitions inuliles, j'ai choisi cenx où l'on peut puiser des renseignemens sur la découverte, ceux qui o1frent la conDrmation des principes cIlle j' ~li étal)lis, et CetIX (fl1i prése11te11t des exag~ératio11Squ'il f<l11t })précier) ou des :objections a allxquelles il est t1.tile tle répo11(lre. ]?our Illettre 1)1115 ' orclre daIls mon travail, d j'ai (lisLribué ces extraits en qlla tre classes, relalivement aux divers points de vue soas lesquels ., . ., . aVOISenvlsag"'e fil011sr~Jet. J

Ainsi dans la première sec"lion je parlerai (les ouvrag'es cpti fon t connaître l'origine de la

bU MAG.NÉTISME ANIMAL.

5

découverte du magnétisme, l'idée qu'on se fît d'abord de sa nature, les opinions de ses partisans et de ses détractel1rs ;et les (lébats qlli l'tIrent lél SllÎte ,de ces opiniolls. Dans la seconde je traiterai de ceux qui sont postérieurs à l'observation du somnambulisme, et j'indiquerai les recueils qui contiennent des fait~ clégagés de tOlIte théorie, et Qlli, ellofFrant la preuve de la puissance du magnétisme, nous condllisent à discernel"\ les cas Oll il peut être elnployé avec le plus de cOllfiance. La tr.oisième section sera consacrée à }'exan1en critique (les o11vrages qlle les Inagnétisellrs doivent étudier. Ce sont ceux qui présentent des relations détaillées de traitmnens magnétiques, et des instructions sur la pratique du m.agnétisme et sur la direction des SOm11alYlbules. Enfin dans une dernière section je ferai mention de quelques ouvrages qui n'ont point le magnétisme pour objet, et dont la plupart sont alltérielIrs à la connaissance de cet agent, mais où l'on trouve, soit des f(litsqlli paroissel1t en dépendre, soit des idées singulières ([ui tendent à en expliquer les effets, soit d.es objections qu'il est à propos de disclller. J'ai si souvent recon11U vrai ce qlli ln' avoit d'abord paru incroyable, que je ne serais point surpris de m'être plusieurs fois trompé dans mei

4

HISTOIRE

CRITIQUE .

jugelnens. Ainsi, lorsque je n'admets point un fait extraordinaire, il n'en faut pas conclure que
ce f"O '? (lILr1e~~tl)(iS .vraI, lTI.alS l se11em'e11t qlle Je ne je c p?:' étc4bli sur des preuves suffisantes. Lorsque je rejette rrae thLéorie, il11es'ensuitpas ~Ill'e]le est fallsse, ll1aÎs qli' elle Ine paroît il1t1t.ile,
..

qne je ne la crois pas la conséquence nécessaire des faits, qu'elle ne nie semble pas d'accord avec certaines lois de la nature, etc. J'ai cru qu'il valoi t mieux rester en-deçà que d'aller au-delà du vrai, que le scepticisme étoit moins dangereux que l'enthousiasme. Le vraisemblable n'est point la limite dn possible, je le sais bien; n1aissi nous quittons le fil de l'analogie, nous FlOUSxposons e à tOtltes sortes d'illusions, nous nOt1sprivons dll sell] 1110yel1de parvenir à des '7érités générales. En observant (les fails (l'tll1 ordre nOllveall, il est essel1tiel de ne IJ38perdre (te vue les notions ql1e
nous aVOl1SacqllÎses Sllr les sciences, et qlli sont

le réSllltat (les observations et des expériences accumulées depuis plusieurs siécles par les physiciens et les philosophes.

--

DU MAC.NÉTISl\fE

ANIMAL.

5

SECTIOii

ID

Ouvrages de M. lVlesmer.-Prerniers écrits pour et contre le 111agnétisme.-Rapports des commissaires et réponses à ces rapports. - Recherches et doutes par M. Thouret. - E:xtrait de la correspondance de la Société royale de médecine. - Discussions de quelques médecins avec la F acùlté. - Exan1en in1partial.
~ "'VVlt'I.I'\,~NIfL"I\NVI~""""~""""""""'-""""I'\."""""'''L "'1\N'aI..~'UJ't,'"
,.."."t'I\I\

CHAPITRE I.
OUVRAGES DE M. MESMER.

~. I. Afé}}zoire sur la décollveJ'Ite du Mag'nétisnz8

anÙnal pal' M. Mesmer. In - 80, 88 l)ages.

Paris, 1779,
C'EST dans ce ,mémoire que M. Mes'mer a pour la première fois exposé sa doctrine. Elle y est ré:mmée en 27 propositions, les mêmes qui ont été depuis développées, réfutées, défendues, etc. Il dit qu'elle n'est obscure que pour

6

HISTOIRE CRITIQUE

cellX qtli prétendent deviner ce qlli n' y est pas, et que les médecins sont seuls capables de la j.uger et de la mettl"e el1 1)ratiql1e. Je ne 111' arrête POil1t sur cet o11vrage , parce q11e tOtIt ce q.l1'il contiel1t d'essel1tiel se retro11ve clans lln autre, pU]Jlié dellx ans après, et dOl)t je vais rC11dre compte. ~. II. Précis historiqzle des fitits l'Jelatifs all M~~ g'nétislne anilnal) j.usqu:Jert avril 1781) pallif. Mes/ne}'». Ou()]-'ag'e tradzlit de l'allelnandff In-8o, 229 pag. Londres, 1781.

On peut distinguer trois choses dans cet ou.., vrage :
10

La théorie de M. Mesmer;

2° Les faits qui prouvent que le magnétisme ~
1111 effet Cllratif; 50 L'histoire de la conduite réciproque de

IVI. MeSlTIer et de ses 3cl,rersaires. Quant au premier objet, M. Mesmer expose la série des o])servations, des idées et (les expé~ ricllces qui l'ont conduit à sa décOl1verte, et les principes,auxquels il s'est arrèté. Le tableau de ~es méditatio11S et de 1'état d'exaltation qtl' elles pr()d1.1isoient chez lui est extrêll1el11e11t Îlltél'es~ant. Après avoir reconnu les phénomènes du P1agnétisme, et les avoir distingués des antres

DI] ~(IAGr{ÉTIS~IE

ANI~IALG

7

phénomèntts phy~iolo~'iques, il a voulu s'en rendre compte, et il les a tlÎt dépendre d'une
faculté qu'ont tC)USles hOffill1e5, et qll1 11'~rfoit point encore été relnarq1H~e, celle lle C011ce11trer, de nlodifier, et de dirige)' le Jltlide llUiverse! par lequel tOllS les corps. de l~l nature i11flt1ellt les lIns Sllr les attires. J'ai (l~~~jà que. cette t13éorie étoit 11Y}1otllé(1it tiqlle et sujette à tle 1]On1brellses objectio11S; filais elle est indi..lférente à la réalité du magnétisule. On ne doit point être surpris qu'un homme d'une imagination ardente n'ait trouvé de repos qu'après av'oÏr créé lIll systèn1e qui 111i selTIJ)ll)it ra-

mener à nne cause générale tons les prodiges dont il étoit frallpé, et ql1'il se soit ellS11itel)ersuadé que cette cause étoit]a pren1ière loi de la nature. Ceux qui ont vu les phénomènes du magnétislne savel1t c!tl'ils sont ég'aleI11elltinCOIDpréhensibles et merveilleux. La première fois qu'on les produit, le doute se mêle à l'éLonnenlent, et l'on est à la fois tOllrmell té l)ar l(t C"tlriosil.é et par la crainte de l'illusion. VIle tl1éorie qui explique ces phénomènes augmenle la COl1victi0n, et 11arcela nlêil1e les e1f~ts, et l'on croit trollver dalls ces effets l11ê111e 11reu,'e du prÎll-la cipe ({11'00a a(lop~é. Il f(~lltune raÎsol1 fro](le pour séparer les- faits, des opinions; et si les. hommes doués de celte sagesse sont les plus

8

HISTOIRE

CRITIQUE

propres à suivre la pratique du magnétisme e1 à en obtellir d'heure11x rés1.11tats, certaineme11t de tels hommes n'en auroient jamais fail.-la déCOtlVertc. M. Mesn1er nOllSa fait reconnoître en nous lIne factllté clorlt nous ignorions l'existence: en1,ployons cette faculté à ÜtÏre du hi.en à nos semblables, sans nous occuper de son système. S'il s'est égaré, en embrassant d'un coup d'œil tOllt~ ]a nature, en voulant expliquer ce qui jusqu'à présent est incompréhen!:Jible, les phénomènes qll'il a Qbservés n'en sont pas n10111sréels, et pOllS pouvons les vérifier à c}laque instant. Ceci me ralnèlle à p~lrler des faits. Je consens que, dans le nOD]bre des guérisons qlle cite M. l\feslner, il yell ait de fort cloutel1ses; mais 1)111sie on tété bie}} COIls9~atr\es; t, ors e

parmi les pIns extI'30rdinaires, il en est dont j'ai acquis la cerlÜude par le témoignage de ceux qn'il a guéris. Lorsqu'un certain nOlllbre de preuves sont irrécusables, les autres deviennt;nt
superfl11es.

Je crois cependant que l\'I. Mesmer attrihue beaucoup trop d'efficacité au magnétisme pour la guérison -(lesmaladies; il avoit Vll tallt de rnerlTeilles qu'il est excusable d'avoir trop présumé .de l'agent par lequel il les avait opérées. Peutêtre aussi avoit-il une force supérieure à celle de

9 la plupart des nlagnétiseurs, soit par sa consLÎtution physique, soit parce qu'il avoit plus de conviction et de volonté. Je pense enfin que les moyens qu'il employoit pour augmenter l'aetioh sil}1pleet naturelle du magnétisllJe }1roduisoie11t des effets plus étonnahs que salutaires; mais dans la position où. il se trouvoit, lorsqu'étant seul à employer sa Inéthode, il étoit chargé d'un grand non1bre (le Inalades, il11e 1)011".0] faire autret ment, et il ne lui restait pas le loisir de se livrer à des observations sur les moyens les plus propres à modifier, tempérer et diriger l'agent dont jl

DU lVIAGNÉTISrtlE

ANIl\IAL.

faisoit usage.

TI n'a

jamais cherché à en imposer;

màis il s'est peut-être SOllvent fait illllsÎol1 à luimêlne. Il a surtollt nég~lig'étlne 11récaution abso7
1lln1ent 11écessaire au S11ccèsd'llne 11011velle doc-

tri ne, celle de n'a1111onceret de ne monlrer allX autres que peu à peu les choses qui cm1trarient leurs Opillions. Venons à la conduite réciproque de M. Mes~ me]~et de ses adversaires~ M. Mesmer prouve, jusqu'à l'évidence, qu'il 11'a rien nég"ligé pour engager les savans et les Inédecins à examiner sa doctrine, et qu'il a été repoussé avec mépris. Il prétend que plusi~urs d'entre eux, ayant été d'abord convaincus, sont e11suÎte devenus ses ennen1is, et ont em.ployé COl1trelui 1'111trigt1e la caloll1nie : il se mOfiet

10

I-IISTOIRE CRITIQUE

tre en butte à la plus odieuse persécution. TIest .clair qu'il a raison de se plaindre; mais la passion l'égare, lorsqu'il trace le tableau de la conduite et des motifs de ses adversaires. On peut les accuser de prévention et de légèreté,
m.ais 110nde JnallVaise roi.. La t11éorie dll magné-

tisn1e leur paroissa11tabsllrde, ils se sont refusés à l'exaulen des faits et des témoignages qui t.el1doient à l'établir; ils ont regardé M. Mesmer comme un charlatan, et dès-lors ils se sont ~crllS dispensés d'avoir des égards pour lui. L'amourpropre exerce UI1grand empire, même sur les hommes les plus distingués; souvent il nons Ütit illusion, et ne nous laisse pas apercevoir l'inj ustice de 110tre conduite. Ul1e fois qu'on a répandu le ridicule sur une doctrine, ceux qui en sont les partisans les plus sincères n'osent p]us
érloncer leur seri.ti111ent.

M. Mesmer a cepcndant trouvé des défenseurs: I11aisc'étoiellt des individus isolés; que. pouvoient-ils contre des corps puissans chez qui l'esprit de parti 'paroissoit être le zèle de la vé-rité, et qui, par les hunières et le caractère de. la plllpaI't de le1Irsn1elnbres, avoie11t acqtl1Sle droit de diriger l'opinion publique? Aujourd'hui que les passions sont calmées, on a peine à cO:f)cevoir l'acharnement avec lequel on poursuivoit
la cléCOll,rerte et 5011 auteur.

DU MAGNÉTISI\iE

AN°IMAL.

Il

Quant au caractère moral de :lU. Mesmer, je dois attester que plusieurs de ceux qui l'ont connu m'ont parlé avec éloge, et 111ême avec ,attenclrÎsseme11t,de sa b011té, de sa complaisance et de son dévouement pour ses Inalades. Il traitoit avec le même soin les pauvres et les riches. Il étoit tourmenté par l'ambition de la gloire, mais il s'oubliait lui-n1ême pour rendee service; et c'était pour son cœur la plus douce des jouissances. Il s'est fait payer par ses élèves: il eût été plus noble d'en agir autremen.l; mais, comme je l'ai déjà dit, cette conduite n'avait rien de Inalhonnête. M. Mesmer ayant embrassé l'état de médecin, c'est sur sa pratique qu'a avait fondé .ses moyens d'existence. Repoussé, bafoué même par ceux qui auroientdû l'accueillir, il était dans
l'il11])Ossibilité d'exercer la médecille . Ne sacllant Otl il iroit chercller tIll asile, il VOlllut assurer son indépendance; et peut-être n'avait-il pas tort de penser qll'ill1.]i serait utile d'être au dessus du besoin pour pouvoir établir sa doctrine, et qtl'U11secret payé fort cl1er de'7oit ])Îen pIllS fixer l'attention. On n'a pas assez réfléchi qùe
ce moyell lIe pOlI voit l'éllssir qtl'auta11t qlle ]a

décOllvertc était U1contestable. Si les élèves eussent reconnu qu'elle était une chimère, tOllS auroient attaqué celui qui les avait trompés.

l~

I-IISTOIRE

CRITIQUE

L'ouvrage dont je viens de rendre compte est encore re~arquable par la chaleur avec laquelle il est écrit, par une bonne logique, et par des observations très-philosophiques sur la marche de l'esprit humain. 5. III. Aphorismes de M. Mesmer; par M. Caullet de Veaumorel. In--16, 17~ p.
Paris, 17 8L~_

Ces aphorismes, que M. Mesmer avoit dictés et développés à ses élèves, offrent l'ensemble de ses principes. Ils sont au nombre de 354, et relatifs à trois objets principaux; la physique générale de l'auteur, ses observations physiologiques, et l'exposition/ des procédés employés dans son traitement. C'est d'après celte distinction que je vais tâcllel"' d'apprécier le lTIériteréel de l' o11vrage, en reconl1oissant la justesse des cri~ tiques qU'Dl}en a lilites. La première partie, ou l'exposition du système du monde, des propriétés de la matière et du lllouvement, de la formation des êtres organisés, de leur conservation, de lellr réparation, et de l'action que tous les corps de la na-. tllre exercent les lIns sur les autres, est lIne hypothèse qui me paroît inintelligible, et qui ne conduit à aUCll11résultat. Les 150 premiers~

aphorismes ne nous apprennent ni ce que c'est.

D"U MAGNÉrrISlVIE

ANIMAL.

15

que l'agel1t nommé Inag11étjsme, 11Îquel est le principe de son action; et même, après avoir lu l~s alltres, on n'a pas StIr cela des idées bien claires. La partie relative aux procédés est systématique; tOllt le monde convient l11ai11tenant qlle

ces procédés ne sont point essentiels, et qu'il n'est nlIllenlent nécessaire de reCOllnoÎtre ou d'établir des pôles pour magnétiser avec succès. lVlais les observations sur les maladies ner... Vellses, stIr l'extension des sens, S1lrl'irritabilité dès organes, sur les sensations, sur les causes de
nos jugemens, Sl11'le sens Î11ter11e011 instinct', f)ur l'ordre de développement des symptômes critiques dans la gllérison des maladies, sur les phénomènes que présente l'état de crise I11ag11étiqtle, sont d'lIne profol1dellr et d'ulle exacti-

tllde admirables. On n'a rien écrit sur le mêmesujet dont le germe ne$e trouve dans ces ,aphoIisll1es; et ce l)etit 110mbre de pages, alors si neuves que les esprits n'étoient pas préparés à en, sentir tou t le 11lérite, suffiroit seul pour faire placer< M. Thlesmer au rang des homnles de génie. On a lieu de s'étonner que dans les aphorismes il ne soit question ni de la croyance, ni de la volonté, ni de la dîrection de la volonté. Je dois dire pourquoi M. lVlesmer a gardé le silence sur ces objets, et pourquoi cette omission

p

14

HISTOIRE CRI1'IQU~

n'a pas empèché que ses élèves n'obtinssent des succès. Pour agir avec efficacité, il n'est pas nécessaire de connoÎtre la nature de l'agent dont on se sel'\t, il Sllffit de }'elnployer conveI}.ableI11ell. t IVI. Mesmer avait tIlle volonté forte et lIne COllfiance sans bornes: peut.-être n'avait-il pas d'abor(l recOnntl 1l1i Inême que ces conditions étaient les principales causes de sa puissal1ce : quoi qu'il en soit, il est clair que, s'il eût commencé par expo-ser à ses élèves les principes {'otld(lmentallX, il n'a11roit pas eu de COllrs à

-

faire:

'1O\:ltallroit été dit ell tIn mOmeJlt:

lIne

cl'lose si simple et si éloignée des idées reçlles auroit fait peu d'impression, et le souve11Ïrde ce qu'on auroit entendu dans une ',séance >eût été
bientôt effacé. l'vI. TVleslner jugea d011C à propos

de fixer l'attel1tion de ses élèves l)ar des IJrocédés compliql1és, de fi"apper lellr imagi11atioll par une théorie ql1Ï embrassait tous les phénoInènes de ]a natt1Te, et de let1r donner une ener... gie extraordinaire en excitant leur 'enthousiasme. Ce mo yen n'aurait pas réussi, s'il s'était adressé seulement à quelques indi"idns qui auroient dis-cuté avec lui; mais dans une grande assemhlée, oil l'on s'électrise mutuellement, où peu de gens C011servent une l'iaisoll froide, le stlccès était certain. En effet, il entral11a le pIlls g~ra11d nOffi-

DU lVIAG.NÉTISME

ANtMAL.

1;)

bre: le parti qu'il avoit pris était donc favorable à l'établisselnent lie S~ldoctrine, et nOllSallons voir pourquoi l'ignorance des causes ne nuisit point à l'application qu'on en £t. Les élèves étaient convaincus par les phénomèlles clont ils avoie11tété témoills; ils désiroient vivement en prodl1ire de semblables, ils rétlssissoient par les procédés qu'on le11ravoit el1seig11és, et ils attribuoient les effets à ces procédés: cela revenait au même. D'ailleurs M. Mesmer parloit de la volonté et de la croyance: set11eme11til n'avait pas dit que ces conditions étoient les premières, et que d'elles dépendoit l'efS-cacité de tOtItes les alltres. La théorie physique et métaphysique de M. Mesmer a été défendue par des hommes très-éloquens; m.ais la magnifique architecture dont ils ont entouré l'édifice n'a pu l'empêcher de tomber en ruine. La partie physiologique au co.ntraÎre devient pIlls certai11e et pIllS Itlmineuse à mesure qu'on accmnule et qu'on compare les observations.

,~. IV. Ménzoire de F. Â. Mesnzer sur ses déoou()el1les. Paris, an 7. 111-80, 110 pag. L'analyse de ce mémoire seroit placée plus cO'n\ienableIne11tdans la sectioll sllivante, ou plutôt da.ns celle où je parlerai des ouvrag~s

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HIS1'OI.RE

CRI1'IQUE

.lqlle qu on aIt satls1~tlSai1te et l a plIS P h l Iosap h I jan1ais l~réseIl~ée. rrOllS les faits (SOI1t liés entre

que les -magnétiseurs doivent particulièrement étudier; mais comme il fait suite à ceux dont je viens de rendre compte, je ne crois pas devoir l'en séparer. Il.est d'ailleurs trop précis pour que je puisse en faire un extrait. J'invÏie ceux qui velllent s'instrtlire à le lire attenti,'ement. Ce mémoire est le discQurs préliminaire d'un grand ouvrage dans lequel1\I. Mesmer se pro-posoit de développer son système, et d'expliquel', en les r~unenant à une cause unique, tous les phénomènes, de la nature. Les principes sont les mêmes qu'il avoit déjà annoncés, et, malgré l'art qu'illnet à les enchaîner, ils Ille paroissent toujours également hypothétiques; mais lorsqu'il arrive' au magnéÛsme, il n'y a plus rien de vague; ses idées sont claires, ses raisonnemens solides, et l'explication qu'il donne du somnanlbulismc et des phénomènes s,urprenans qui l'accompagnent. est certainelnent Ja plus . (\ . ,_

eux, tous dépendent d'une cause physique trèsbien appréciee. M~ Mesn1e:r admet clans l'11on1111e se11S un interne qui a po~ursiég--etln Jcentre conlm11nforn1é par la réunion et l'entrelacell1ent des nerfs, dont
les extrémités que r.lOllS appelons leJ" Se'lZ$ne SOIlt

que les prolongemens.

Ce sens interne est en

DU MAGNÉTISME

ANIMAL.

11

t'apport avec toute la nature, par le moyen d'un fluide subtil qui agit sur lui comme la lumière 'sur nos yeux, mais dans toute sorte de direc.. tions. 11peut, d.ans certaines circonst.ances, acquérir une irritabilité excessive: alors il remplit les f011CtiOJ1S tOllS les alltres, qlli par cela de mêlne sen1blent avoir reçu une extensioll prodi.... gieuse, et il nous rend capables de faire les comhinaisons les plus étonnantes. Ce sont les phé.... n01l1ènes que présente cet état désigné sous le pom de somnambulisme qui ont donné lieu à une. foule de croyances sllperstitieuses. Selon M. IVIes.... 111er, le sonlnambulisD1e n'est jalnaÏs produit, à moins que la santé ne soit dérangee; c'est Une crise que la nature emploie pour la guérison, et qui devient dangereuse par elle-mêtne lorsqu'elle n'est plus nécessaire. Selon lui encore, la plupart des maladies nerveuses, la folie, l'épilepsie, la catalepsie, etc. , ne sont qu'un somnambulisme imparfait ou dégét]éré, et 1'011 allroÎt remédié à ces maladies, si l'on en eût reCOllntl l'origine, et qu'on eût employé le magnétisme pOllr aider la natllre à perfectio'nner la crise et à l~établir l'harmonie. Jamais on 11'amieux montré qne ne le fait M. Mesmer à combien de dangers on s'expose si l'on abuse de ce lnoyen naturel et simple, et dans combien d'erreurs on s'égare si l'on en cherche l'explication hors du cercle de
PARTIJ II. ~~

18

HISTOIPtE

CRITIQUE

nos sensations et des propriétés physiques ét connues des êtres organisés. M. l\'Iesn1er se plaint de ce qu'on a confondu It~Inag'nétisme avec le s0111namb111isme, de ce et qu'on a voulu constater la réalité de run par les effets surprenans de l'autre; il me semble qu'il faut mettre quelques restrictions à ce qu'il dit à ce SlJjet. Le son1nambulisme est une crise de la natllre pour la guérison; il fait lui-même partie de la maladie, et doil cesser avec elle; j'el1 conviens: prolongé après la guérison, il est lui-même une n1aladie nerveuse, j'en conviens e.ncore : Inais cotnme il est fréquemlnent produit par le magnétisme, il olFre une pretlve de son action. M. Meslller établit (Ille les son1naln]Jl11essont en ~apI)ort avec tOlIte la Ilature, q\l'ils OI1tdes pré'7isions, des pressensations, et une perspicacité hien supérieure à celle des hommes éveillés; il suit de là qu'ils ont pu nous donner de grandes
Itlmières Stlr 1'action dtl magnétisD1e.

M. Mesmer se plaint enfin des exagérations, des abus et des ahsurdités auxquelles sa découverte a.donné lieu, et des étranges explications qui en ont été données par des hommes qui n'en avoient qu'une connoissance très-super.6cielle. TI a parfaitement raison. Il paroJt penser qu'il eût été av:.mtageux qu'on eût pratiqué le magnétisme

DU MAGNÉTISME

ANIl\IAt.

19

empiriquement et après une instruction conve.... nab1e, sans rechercher le somnaln])1.ùisn1e, et

cela est peut être vrai. Il est du moins certain
que si l'observation dll son1naln])ulisll1e a fait C011DoÎtre e nouvelles vérités, elle a fait dire d aussi les pIns grandes extravagances. Quelque opinion qu'on ait de la théoTie gé~érale de M. Meslner, il est impossible de ne pas reconI10Ître ell lui, après avoir lu ce mémoire, un métaphysicien distingué, un grand observateur et ]nême un homme de génie. Bien des gens se feront dans la suite une réputation en développant quelques -unes des vérités qu'il
la annoncées.,

20
~~""'~~~~tNtN"I~,~

HIS1'OIRE

CRITIQUE

CI'IAPITRE
OUVRAGES DE 1\£. D ESLON;

II.
DE M. 11ERG.A.SSB

,

LETTRES

ET DE M. COUR.T DE GEB.ELIN.

~. I. Obse,,'pations Sllr Ie Mag'nétisme aninlal par M. dJEslon. In-12, 151 pages'. Paris, 1780.

]VI. d'Eslon donne l'histoire de ses relations ~vec M. Mesmer: il expose les circonstances qui l'ont déterminé à examiner' la doctrine du n1agnétisme, et les expériences qu'il a faites ponr fixer son opinion: il rapporte ensuite l'histoire d'une vi11g"tainede Cllres opérées SOllSses yeux par le magnétisme, et il prouve qu'elles 80nt dues à cet agent. Il répond enfin avec beau~ çoup de dignité aux imputations faites, soit C011trelui, soit COlltre M. Mesmer~ Il n'y a pas la moindre exagération dans cet écrit: le ton en est simple et décent. M. d'Eslon ne s'attribue aucune découverte, il ne paroît nlû par aucun intérêt de fortune ou de réputation

, mais

uniquement

par l'amour

de la vérité,
i~

le zèle de la justice et le sentiment de ses de-

voirs. Il se Pl"ésente comn1e observateur, et
enc11aÎne les faits et les raisonnemenstt

DU MAGNETIS~IE

II'

ANIl\IAL.

21

Je dois dire ici que je connois l'une des personnes d,ont IV!. d'Es10n raconLe la guérison. Cette personne, qui croit devoir la vie à l\{. Mesmer, m'a connrnlé le fait, et m'a peint l'état dans lequel elle étoit comme bien plus alarmant que ne le dit M. d'Eslon. Je dois remarquer encore dans cet écrit une observation qui a été constamment vérifiée depuis; c,'est que plusieurs malades s'attachent au ,. ..... magnetlsl11e, non pOInt par Imagl11atlon, I11alS par un effet du remède. Nous' avons aujourd'hui bien d'autres preuves dn magnétisme qu'on n'en avoit en 1780; lTIhis
il est t011jOl1l"S i11téressa11t de COllll0Ître les effets

qu'on en a d'abord éprouvés, et les obstacles qu'on a opposés à ceux qui ont voulu se Hvre~ à l'examen et à l'application d'une nouvelle décotlverte. S. II. Lettre de M. d'Es/on, docteur-régent de la faculté de médecine de Paris, premier nzédecin de monseig'nellr le conzte d' A rtoi~; à M. Philip, doyen en, charge de' la 1'llêmê

faculté. In-8o, 144 pages. La Haye, 1782.
Quoique l'ouvrage dont je viens de parler soi.t rédigé avec beaucoup de sagesse, et que l'auteur y montre partout les plus grands égards

22

HISTOIRE CRITIQUE

pourses confrères, et le plus profond respect pour la compagnie dont il était nlembre, sa pU,blication excita l'i11c1ig11ation la faculté. On nt un crime de it. M. d'Eslon d'avoir examiné le mag'nét~me, d'a"voir ell des relations avec M. Meslner, d' (l.voir osé [aire connoître son opinio11 ; on convoql1a des assemblées 1)o11r délibérer con tre llli, on l'attaqua de la nlanière la plus indécente et la plus injurieuse, et on lui enjoignit de désavouer son livre, sous peine d'être rayé du tableau. C'est pour justifier sa conduite, et pour se plaindre de celle qu'on tenoit à SOIl ég'arcl, qlle

M. d'Eslon :6.timprimer sa lettre à M. Philip. Il se défend avec autan~ de modération que de
force, et sans oublie!" lIn D10ment le respect dû à la faculté. Ill'a.ut lire cette lettre, si l'on veut avoir une idée de la violence avec laquelle on attaquoit une découverte dont plusieurs médeCi11Staient partisclllS. Je n1e !Jornerai à remaré quer que le rapport des commlssaires n'étant pas., ellCOl"efait, cel1X qui n'avoient rien examiné n' ~-lvoientnul droit de S011mettreles 'allttes' à le11r opinion, et je deI11an(le si des 110mmes qui s'étoie11t prononcés avec un tel emporteme11t pouvaient être regardés comme des juges impartiallx.. En parlant des obstacles qu'on oppose à fexamen du magnétisme, M. d'Eslon est conduit à

DI] l\IAGNÉTIS~fE

.Lt\.NIM.A.L.

25

traitér plusieurs q.uestions importantes. Ce'qu'il dit de la constitu Liail d.e 1'ancienne llIli""~ersité,

et des services que ce corps célèbre a rendus avant le dix-septième siècle, est plein de justesse. Ses réflexions Stlr l'établissement des académies , SlTr!'influe11ce atl' elles ont exercée, et ï. sur les Înconvéniens qui naissent de leur régime, sont assllrélnent digt1Csd'être exalllinées p(1Fl'esprit philosophique: le tableau qu'il trace des ab~ls qui se sont introduits, sûit dans l'éducation de la jeunesse, soit dans les institutions destinées à répandre les conr10issances, et des moyen&les plus propres à remédier à ces abus, est d'autant plus intéressant, que la plupart des uéformes qll'il prQPose ont été fllites depllis. Je ne pré~ends past que nous en ayons l'obligation à M. d'EsloIJ; mais cela prouv~ du moins la sagesse. de ses vues et la jllstesse de SOl1 esprit. La lettre de M. d'Esla.n est te-l'minée par lIn très-bel éloge .de l\f. MeSl11eI\En lisallt ce 111{)rteat1, 011 est vraiment afflj.gé de pensel"' qll'url

an ~près M. Mesmer crut avoir à se plaindre ,de celui qui l'avoit si dignement célébré, et qni 'avoÏt été exposé pour lui à tant de désagrémens. Pourquoi faut il que de petits intérêts puissent troubler l'union qui devroit régner touj01.11"'811tre les all1is (le la vérité,? e