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Histoire de l'Internationale

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L’Exposition universelle de Londres, en 1862, fut le point de départ de l’Association internationale. Déjà, en 1861, dans un festival monstre, composé de plus de cinq mille orphéonistes français, et organisé au Palais de Cristal par M. Delaporte, les ouvriers anglais, d’abord défiants et soupçonneux, fraternisèrent avec les chanteurs, et l’on manifesta le désir de voir se renouveler ces fêtes internationales. L’exposition fournit bientôt ce prétexte.

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Jacques Populus

Histoire de l'Internationale

I

Origine de l’Association

L’Exposition universelle de Londres, en 1862, fut le point de départ de l’Association internationale. Déjà, en 1861, dans un festival monstre, composé de plus de cinq mille orphéonistes français, et organisé au Palais de Cristal par M. Delaporte, les ouvriers anglais, d’abord défiants et soupçonneux, fraternisèrent avec les chanteurs, et l’on manifesta le désir de voir se renouveler ces fêtes internationales. L’exposition fournit bientôt ce prétexte.

Les journaux qui s’occupaient plus spécialement des questions ouvrières, ainsi que quelques grands industriels, avaient, longtemps avant l’ouverture, vivement engagé les ouvriers à se cotiser entre eux, afin de permettre à leurs délégués d’aller à Londres étudier « les grands travaux artistiques et industriels » qui devaient figurer à l’Exposition. La commission impériale, favorable, elle aussi, à ce projet, déclarait par l’organe de M. Arlès Dufour « qu’elle ne négligerait rien pour obtenir des compagnies de chemins de fer les plus grandes facilités et des prix exceptionnellement bas » en faveur des délégués.

Conseillée par la presse, appuyée par le gouvernement, et surtout par Napoléon III, malgré la vive résistance du préfet de police, M. Boitelle, qui disait à Tolain : « J’aimerais mieux voir abolir la loi contre les associations que de voir s’effectuer ce voyage, » l’idée fil son chemin, et les délégués, nommés pour la plupart par leurs camarades, débarquèrent à Londres pendant l’été de 1862. Quelques-uns d’entre eux, prenant leur tâche au sérieux, voulurent étudier les problèmes économiques qu’ils avaient sous les yeux, et cherchèrent surtout comment avec un salaire plus élevé, la fabrication pouvait obtenir un prix de revient moindre C’est dans ce but que ; guidés dans leurs recherches par leurs collègues d’outre-Manche, ils étudièrent le mécanisme des sociétés coopératives ou Trade’s Unions, et particulièrement de l’une des plus célèbres, celle des Équitables pionniers de Rochdale.

Le 5 août, un grand banquet réunit tous les délégués à la taverne des francs-maçons. « On s’y donna l’accolade fraternelle, on but à la ronde dans les hanaps corporatifs ; enfin des toasts furent portés à l’alliance future entre les travailleurs du monde1. » Les ouvriers anglais y Jurent une adresse aux ouvriers français dont voici les principaux passades :

« Nous, ouvriers anglais, saisissons avec bonheur l’occasion de votre présence à Londres, pour vous tendre une main fraternelle, et nous vous disons de tout cœur : Soyez les bienvenus....

Dans des siècles d’ignorance et d’obscurantisme, nous n’avons su que nous haïr ; c’était le règne de la force brutale. Aujourd’hui, sous l’égide de la science civilisatrice, nous nous rencontrons comme enfants du travail ; le règne de la force morale est venu...

Quoique l’avenir semble nous promettre la satisfaction de nos droits et de nos espérances, nous ne devons pas nous dissimuler que nous n’y arriverons pas sans des luttes sérieuses : l’égoïsme rend trop souvent les hommes aveugles à leurs véritables intérêts et produit la division et la haine là où il devrait n’y avoir qu’amour et solidarité.

Aussi longtemps qu’il y aura des patrons et des ouvriers, qu’il y aura concurrence entre les patrons et des disputes sur les salaires, l’union des travailleurs entre eux sera leur seul moyen de salut.

La concorde entre nous et nos patrons est le seul moyen de diminuer les difficultés par lesquelles nous sommes entourés.

... Nous ne prétendons pas résoudre ces questions, mais nous disons qu’elles doivent être résolues et que, pour cette tâche, ce n’est pas trop de demander le concours de tous : des philosophes, des hommes d’État, des historiens, des patrons et des ouvriers de tous les pays. Il est du devoir de tout homme de prendre sa part de ce travail.

... Nous pensons qu’en échangeant nos pensées et nos observations avec le souvriers des différentes nationalités, nous arriverons à découvrir plus vite les secrets économiques des sociétés. Espérons que maintenant que nous nous sommes serré la main, que nous voyons que comme hommes, comme citoyens et comme ouvriers, nous avons les mêmes aspirations et les mêmes intérêts, nous ne permettrons pas que notre alliance fraternelle soit brisée par ceux qui pourraient croire de leur intérêt de nous voir désunis ; espérons que nous trouverons quelque moyen international de communication, et que chaque jour se formera un nouvel anneau de la chaîne d’amour qui unira les travailleurs de tous les pays. »

A la suite de ce discours, M. Melville-Glover, interprète des délégués français. manifesta en leur nom le désir que des comités ouvriers fussent établis pour l’échange de correspondances sur les questions d’industrie internationale. Cette proposition fut reçue par de chaleureux applaudissements2.

Cette adresse forma en quelque sorte le premier anneau de la chaîne qui devait par la suite unir les travailleurs des deux pays. Quelques-uns des délégués, d’ailleurs, parmi lesquels Eugène Dupont, se fixèrent à Londres, moins sans doute à cause des places avantageuses qu’ils y trouvèrent que pour être à même d’étudier avec plus de fruit l’organisation économique de l’Angleterre, et pour resserrer les liens encore fragiles nés d’une première rencontre. Un fréquent échange de correspondances s’établit alors entre les ouvriers restés à Londres et leurs collègues revenus en France et il parut bientôt très utile de constituer un centre commun de correspondance, où l’on pût grouper et centraliser tous ces renseignements.

Les délégués de Paris, après cette visite à l’Exposition, rédigèrent des mémoires professionnels, indiquant le résultat de leurs observations et exprimant leurs vœux. Leurs conclusions furent loin d’être identiques. Le plus grand nombre, déshabitué de toute initiative individuelle, s’en remettait au chef de l’Etat, à l’ancien écrivain socialiste du Progrès du Nord, qui avait autrefois réclamé le droit intégral d’association pour tous les citoyens, du soin de trouver la solution des problèmes complexes qu’ils se contentaient de poser. Quelques-uns demandèrent le retour pur et simple à l’ancien ordre de choses, c’est-à-dire le rétablissement des corporations et des priviléges spéciaux pour chaque industrie. Une très faible minorité, dont Tolain était le membre le plus actif et le plus influent, réclamait l’abolition des lois restrictives, affirmant hautement que la liberté seule permettrait de donner satisfaction aux vœux exprimés dans ces cahiers du travail.

Au printemps de 1863, une nouvelle agitation en faveur de la Pologne régnait en France. Tandis qu’aux élections de Paris l’opposition venait de triompher, six délégués ouvriers, parmi lesquels Tolain, qui avait pris part à la rédaction d’une pétition adressée à l’empereur en faveur de la Pologne, et Cohadon, le gérant de l’Association des maçons, partaient pour Londres, afin, disaient-ils, de prendre part au grand meeting polonais que les Anglais devaient tenir à St-James, mais en réalité pour essayer d’arrêter les bases d’une association internationale.

« En quelques heures, dit M. Fribourg dans son livre, Polters, un des chefs des Trade’s Unions ; Collet, journaliste, réfugié français ; Géo Odger, un Anglais ; Eugène Dupont, un Français, et nombre de travailleurs des différentes nations productrices reçurent les confidences de Tolain. Le temps manquait pour organiser ; mais l’idée était lancée, déjà il eût été difficile de porter obstacle à son éclosion. »

Rien, comme on le voit, n’avait pu être arrêté définitivement, tant la législation française apportait d’entraves au développement de l’idée nouvelle.

Par suite de la double élection de deux députés de Paris et de leur option pour la province, il y eut à élire deux députés dans le capitale. C’est alors qu’au grand étonnement de tous et en pleine lutte électorale parut le manifeste dit des soixante, signé par soixante ouvriers qui demandaient que l’un des siéges vacants fût réservé à un travailleur.

Entre autres signatures, ce manifeste portait celles de MM. Tolain (ciseleur). Murât (mécanicien), Limousin (passementier), et Camélinat (monteur en bronze).

Pour la première fois depuis la fondation de l’Empire, les ouvriers affirmaient leur existence collective, et pour la première fois aussi la question sociale était nettement et publiquement posée.

« Le suffrage universel, disaient-ils, nous a rendus majeurs politiquement, mais il nous reste à nous émanciper socialement......

Ceux qui, dépourvus d’instruction et de capital, ne peuvent résister par la liberté et la solidarité à des exigences égoïstes et oppressives, ceux-là subissent fatalement la domination du capital...... »

Puis tout en demandant l’abolition de articles du code qui interdisaient les coalitions, ils ajoutaient :