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Histoire de la franc-maçonnerie française

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Description

Établie en France vers 1725 à partir d’une tradition ancienne venue de Grande-Bretagne, la franc-maçonnerie y a trouvé une terre d’élection. Très influente à travers toute l’Europe, elle a développé une orientation originale, conjuguant une approche initiatique et spirituelle avec une préoccupation humaniste et civique.
À plus d’un titre, elle est le reflet, dans un milieu discret sinon secret, de divers problèmes fondamentaux de la société française depuis trois siècles. Cet ouvrage en retrace, des origines à nos jours, l’aventure historique, culturelle et humaine.

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Informations

Publié par
Date de parution 29 avril 2015
Nombre de lectures 46
EAN13 9782130730774
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0048€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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QUE SAIS-JE ?

 

 

 

 

 

Histoire de la franc-maçonnerie française

 

 

 

 

 

ROGER DACHEZ

Directeur de la revue d’études maçonniques

Renaissance traditionnelle

Président de l’Institut maçonnique de France

 

Cinquième édition mise à jour

14e mille

 

 

 

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Ouvrage proposé par Alain Bauer

À Alain Bauer, à qui ce livre doit d’avoir été écrit.

À Pierre Mollier, pour ses précieux conseils et sa fidèle amitié

Du même auteur

Le protestantisme aux origines de la franc-maçonnerie : où, quand et comment ?, inProtestantisme et franc-maçonnerie, de la tolérance religieuse à la religion de la tolérance ?, (Colloque de l’Institut d’études et de recherches maçonniques), Paris, Edimaf, 2000.

Le grade de maître et les autres grades, inLes grades de sagesse du rite français, (dir. A. Bauer), Paris, À l’Orient, 2000.

Des maçons opératifs aux francs-maçons spéculatifs : les origines de l’ordre maçonnique, Paris, Edimaf, 2001.

Les francs-maçons, de la légende à l’histoire, (dir.), Paris, Tallandier, 2003.

Les mystères de Channel Row, (avec Alain Bauer), Paris, J.-C. Lattès, 2007.

Les 100 mots de la franc-maçonnerie, (avec Alain Bauer), Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2008.

L’invention de la franc-maçonnerie – des Opératifs aux Spéculatifs, Paris, Véga, 2008.

Article « Franc-maçonnerie », Encyclopædia Universalis, 2008.

Le Convent du sang, (avec Alain Bauer), Paris, J.-C. Lattès, 2009.

Hiram et ses frères – Essai sur les origines du grade de Maître, Paris, Véga, 2010.

Le Rite Écossais Rectifié, (avec Jean-Marc Pétillot), Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2010.

Les ouvrages ci-dessous ont été publiés aux Presses Universitaires de France dans la série proposée par Alain Bauer

Alain Bauer, Roger Dachez, Les 100 mots de la franc-maçonnerie, n° 3799.

Alain Bauer, Pierre Mollier, Le Grand Orient de France, n° 3607.

Roger Dachez, Jean-Marc Pétillot, Le Rite Écossais rectifié, n° 3885.

Marie-France Picart, La Grande Loge Féminine de France, n° 3819.

Andrée Prat, L’ordre maçonnique, le droit humain, n° 3673.

 

 

 

978-2-13-061478-4

Dépôt légal – 1re édition : 2003

5e édition mise à jour : 2011, mars

© Presses Universitaires de France, 2003
6, avenue Reille, 75014 Paris

Ouvrage proposé par Alain Bauer
Du même auteur
Les ouvrages ci-dessous ont été publiés aux Presses Universitaires de France dans la série proposée par Alain Bauer
Page de Copyright
Introduction

I. – Mythes et réalités de la maçonnerie de métier au Moyen Âge (XIIIe-XVe siècle)
II. – Les théories de la transformation spéculative (XVIe-XVIIe siècle)
III. – La source écossaise (XVIIe siècle)
IV. – La conception de l’Architecte après la Renaissance
V. – Fondation de la première Grande Loge de Londres (1716-1723)
Chapitre II – Le Siècle d’or (1725-1793)
I. – Une préhistoire de la maçonnerie française ? (1688-1725)
II. – La première maçonnerie française (1725-1738)
III. – La France, Fille aînée de la maçonnerie (1738-1771)
IV. – La fondation du Grand Orient de France et la grande maîtrise du duc de Chartres (1773-1793)
Chapitre III – Le temps des épigones (1796-1852)
I. – Les chaînes dorées de la maçonnerie impériale
II. – Les mutations de la maçonnerie française sous la Restauration
III. – La révolution de 1848 : un sursaut maçonnique ?
Chapitre IV – L’Église de la république
I. – La vie maçonnique française sous le Second Empire (1852-1870)
II. – Le combat républicain et laïc (1870-1905)
III. – Rites et obédiences avant la Première Guerre mondiale (1880-1913)
IV. – Les problèmes de la maçonnerie française dans l’entre-deux-guerres
Chapitre V – Le IIIe siècle de la maçonnerie française
I. – La reconstruction du paysage maçonnique français (1945-1958)
II. – Les crises des années 1960
III. – Vers l’unité maçonnique française ?
Conclusion
Bibliographie
Notes

Introduction

Société de pensée, ordre initiatique, association philosophique, communauté fraternelle ou simple réseau politique, la franc-maçonnerie demeure pour beaucoup, surtout en France, environnée d’ombres et de fantasmes.

En raison même de sa nature, difficile à cerner, et de ses origines en partie obscures, elle a suscité depuis longtemps une littérature abondante, mais de valeur très inégale.

Position et problèmes de l’histoire maçonnique en France

L’histoire de la franc-maçonnerie soulève a priori des difficultés nombreuses, en raison de sa longue exclusion du champ de l’histoire universitaire classique et du caractère volontiers très fautif de nombreux livres de « référence » écrits au XIXe siècle.

Pour ne citer que quelques exemples parmi les plus fameux, si les ouvrages du fondateur de l’historiographie maçonnique française, Claude Antoine Thory (1757-1827), comme l’Histoire de la fondation du Grand Orient de France (1812) et les Acta latomorum (1815), ne méritent peut-être pas toujours le mépris dont les couvrent certains, il est vrai que le souci de vérifier les sources et de contrôler les hypothèses n’y domine manifestement pas et que presque tout y est douteux. Une trentaine d’années plus tard, inaugurant une longue tradition de recopiages minutieux et d’enrichissements aventureux, F.-T. Bègue-Clavel (1798-1852), dans son Histoire pittoresque de la franc-maçonnerie (1843), justement intitulée, contribua puissamment, notamment à travers ses trop célèbres – mais souvent belles – gravures, à fixer la vulgate d’une histoire maçonnique parfois très fantaisiste, dont certaines fables connurent pourtant un grand destin jusqu’à nos jours. Il faudra attendre 1865 pour qu’avec un auteur comme Achille Godefroy Jouaust (1825-1889), produisant une très honnête Histoire du Grand Orient de France, commencent à paraître des ouvrages plus dignes d’intérêt. Dans ce sillage, au siècle suivant, il faut encore mentionner Albert Lantoine (1869-1949) dont l’Histoire de la franc-maçonnerie française, publiée en trois volumes de 1925 à 1935, quoique non exempte de reproche, occupa longtemps une place de choix.

Outre ces difficultés méthodologiques générales qui ont longtemps retardé sa constitution en un domaine d’étude reconnu, l’histoire maçonnique nécessite, en France, une distanciation particulière de l’historien, du fait de l’implication fort ancienne de l’institution maçonnique dans la vie intellectuelle et sociale du pays. À plus d’un titre, l’histoire de la franc-maçonnerie française est le reflet, dans un milieu très spécifique, discret sinon secret, de quelques problèmes fondamentaux de la société française depuis trois siècles.

Il est remarquable d’observer que jusqu’à une date récente dans notre pays, l’historiographie maçonnique s’est partagée presque exclusivement entre des auteurs nettement hostiles – pour des raisons habituellement politiques ou religieuses – à la maçonnerie, et d’autres résolument favorables – et souvent maçons eux-mêmes. Il en est résulté au moins deux conséquences fâcheuses : la première est la qualité très inégale des ouvrages produits sur ce sujet ; la seconde est qu’un esprit polémique les ayant le plus souvent inspirés, les auteurs ont plus ou moins consciemment et délibérément choisi de privilégier, dans un vaste panorama historique, les scènes, les personnages ou les événements qui convenaient le mieux à leur dessein. Pour toutes ces raisons, l’histoire maçonnique est parfois devenue le champ clos de débats idéologiques où des doctrines s’avançaient masquées et s’affrontaient à coups de récits historiques tronqués, falsifiés ou reconstruits.

Un exemple typique en est fourni par l’implication supposée de la franc-maçonnerie dans la préparation et le déclenchement de la Révolution française. Ainsi, dans le premier quart du XXe siècle, tout en prétendant à la même rigueur historique, des auteurs comme l’historien royaliste Gustave Bord (1852-1917) et l’universitaire maçon Gaston Martin (1886-1960) parvenaient l’un et l’autre presque aux mêmes conclusions, mais pour des raisons exactement inverses : le premier parce qu’il entendait stigmatiser le rôle social destructeur de la maçonnerie dans la seconde moitié du XVIIIe siècle2 – en accord avec les théoriciens de l’Action française dont il était proche –, le second parce qu’il voulait mettre en relief son action émancipatrice à la fin de l’Ancien Régime, dans le sillage des Lumières3 – ce que la maçonnerie revendiquait elle-même hautement, mais seulement depuis la fin du XIXe siècle. Le lieu n’est pas ici d’aborder dans le détail les faits qui seront exposés plus loin, mais d’indiquer simplement qu’en s’affranchissant de ces querelles doctrinales, la recherche historique moderne, se fondant sur une documentation sensiblement identique et ne trouvant à l’appui de leur thèse qu’un dossier presque vide, a renvoyé dos à dos les deux historiens quelque peu égarés.

D’une manière à la fois paradoxale et surtout douloureuse, le profond traumatisme éprouvé par la maçonnerie française en raison des persécutions subies lors de la dernière guerre a eu, parmi d’autres effets, des conséquences sensibles sur les perspectives et les tendances de l’historiographie maçonnique. En opérant un difficile mais profond retour sur elle-même et en procédant, à partir des années 1950, à une certaine révision de ses rapports avec la société civile et plus précisément avec l’ordre politique, à mesure aussi que s’apaisait – sans pour autant se résoudre au fond – le conflit qui l’avait opposée à l’Église catholique, la maçonnerie française est devenue peu à peu un objet historique susceptible d’une étude cohérente, sérieuse et « dépassionnée ». Un domaine nouveau pouvait ainsi s’ouvrir aux historiens de métier. Il a pourtant fallu attendre les années 1970 pour que soient enfin produites les premières synthèses relevant d’une authentique histoire critique, au premier rang desquelles il faut citer les trois volumes de la toujours limpide et irréprochable Histoire de la franc-maçonnerie française (1974) de Pierre Chevallier. Depuis lors, fort heureusement, hormis dans de rares cas, cette orientation nouvelle et féconde n’a plus été abandonnée.

Plus récemment, quelques revues sont venues prolonger et illustrer ce travail. Nous nous bornerons à mentionner les Chroniques d’histoire maçonnique, publiées par l’Institut d’études et de recherches maçonniques (IDERM) du Grand Orient de France, et la revue d’études Renaissance traditionnelle, fondée en 1970 par le grand érudit maçonnique René Désaguliers (1921-1992) et considérée aujourd’hui par beaucoup comme la plus brillante revue dans son domaine en langue française, à l’égal de la revue britannique Ars Quatuor Coronatorum qui sera évoquée plus loin.

De l’École authentique à la maçonnologie

Alors même que dans le champ de l’histoire générale la conception positiviste fondée sur la recherche des documents s’est rapidement imposée à la fin du XIXe siècle, elle est longtemps demeurée sans influence notable, du moins en France, sur l’historiographie maçonnique, pour les raisons que nous venons de mentionner.

C’est d’Angleterre que jaillit l’impulsion qui devait donner naissance à la désormais classique École authentique de l’histoire maçonnique. Constituée dans un milieu d’érudits maçonniques autour de la plus ancienne loge de recherches du monde, Quatuor Coronati 2076, à Londres, elle inspira l’œuvre d’un de ses membres les plus éminents, l’imposante History of Freemasonry de Robert F. Gould (1836-1915), dont la première édition, parue en 1885-1887, connut de nombreux tirages et fut suivie de deux autres éditions jusqu’en 1951, rencontrant toujours un légitime succès. Dans le même esprit, les travaux annuels de cette loge à présent plus que centenaire, Ars Quatuor Coronatorum, constituent aujourd’hui un thésaurus de l’érudition historique dans le domaine maçonnique, où les chercheurs ne se lassent pas de puiser.

Finalement convertie aux principes et aux méthodes de l’érudition classique, l’historiographie maçonnique a pu sortir de l’ombre. Il y subsiste cependant bien des problèmes et des énigmes non résolues, non seulement à cause des lacunes inévitables de la documentation mais plus fondamentalement en raison de la complexité même du phénomène maçonnique, qui emprunte à des domaines aussi variés que l’histoire des idées philosophiques ou religieuses, l’histoire économique, l’histoire politique et sociale. Au cours des trente dernières années, c’est néanmoins cette approche qui l’a constituée en discipline autonome, dans le cadre d’une vision plus large de tout un univers culturel et intellectuel : la maçonnologie. Aboutissement d’un long cheminement, ce champ d’études ne se limite plus à une perspective purement historique, mais envisage la maçonnerie dans toutes ses dimensions et tente même de décrire son actualité sans s’y impliquer, s’efforçant ainsi d’en dégager les fondements anthropologiques et d’en caractériser les invariants.

Les sources de l’historiographie maçonnique française

Le champ documentaire offert à l’historien de la maçonnerie française est très étendu. À l’image d’une institution aux multiples facettes, ce domaine comprend, outre les sources primaires que sont les documents maçonniques eux-mêmes (manuscrits, diplômes, gravures, imprimés divers), la littérature, la musique, la peinture, la sculpture et divers beaux-arts (faïence, soierie, ébénisterie, etc.). Phénomène culturel par excellence, la maçonnerie, autour d’un rituel et de quelques symboles, a en effet suscité très tôt l’émergence de tout un monde d’objets.

Certains sont liés à son activité même et rendent compte de sa vie interne : les tabliers maçonniques, exploitant toutes les ressources et les luxuriances – voire les extravagances – d’un artisanat alors très en vogue ; les bijoux qui en sont l’indispensable ornement – selon les époques et les lieux, tantôt précieux, tantôt simples mais pourtant expressifs ; les tableaux de loge, où s’exprime l’ingéniosité d’artistes anonymes – parfois talentueux, parfois naïfs ; la vaisselle, indissociable du banquet, lieu majeur de la sociabilité maçonnique ; les meubles – tables, sièges, armoires, coffres – ou encore les médailles et les jetons servant à la vie des loges, sont ainsi des témoignages précieux – et souvent aussi de troublantes énigmes – que l’historien doit exploiter et décrypter pour restituer un visage vivant de l’institution. Il faut y ajouter les objets de la vie quotidienne que des maçons ont inspirés de leurs symboles : ainsi sont nés, pour ne citer que quelques exemples, des montres et des horloges maçonniques, des pipes et des tabatières, des trumeaux maçonniques et d’admirables sujets en faïence.

De remarquables expositions, dans les années récentes, ont permis d’en révéler l’incroyable richesse. Les catalogues établis en ces occasions sont de véritables instruments de travail pour l’historien et tout laisse à penser que le recensement de ce patrimoine considérable est loin d’être terminé. Il faut ici mentionner l’important travail de mise en valeur effectué dans le cadre de quelques collections mises à la disposition du public et des chercheurs, et notamment celle du musée de la franc-maçonnerie situé à Paris, dans l’hôtel du Grand Orient de France.

Il reste que, parmi les sources de l’historiographie maçonnique française, les manuscrits forment la plus importante. Au nombre des fonds les plus riches, il faut en premier lieu citer celui du cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, comptant plusieurs milliers de pièces, et celui de la Bibliothèque municipale de Lyon (en particulier le fonds Willermoz). En dehors des pièces assez nombreuses figurant encore dans des collections particulières, beaucoup de documents d’intérêt demeurent dans les bibliothèques publiques et dans les archives départementales. L’inventaire n’en est sans doute pas achevé, en dépit de quelques travaux méritoires4 et leur exploitation exhaustive nécessitera sans aucun doute encore de nombreuses années.

Le pillage systématique opéré pendant la dernière guerre par les occupants avait fait disparaître de nombreux fonds appartenant à des loges. Les péripéties de la guerre avaient finalement fait aboutir des milliers de documents dans des archives conservées à Moscou. En 2001, le Gouvernement russe, à l’initiative des autorités françaises, a restitué aux obédiences la totalité de ces archives. Leur dépouillement, qui ne fait que commencer, a déjà révélé quelques perles qui relancent pour longtemps sans doute l’intérêt de la recherche.

Mentionnons enfin les allusions maçonniques observées chez les peintres ou les dessinateurs, notamment au XVIIIe siècle. Au même titre que les chinoiseries quelques décennies plus tôt, les allusions maçonniques sont le plus souvent des fantaisies d’artistes traduisant « l’air du temps ». Propres à égarer l’historien, elles qualifient parfois de manière arbitraire des œuvres dont on cherche vainement le caractère maçonnique.

Ces références plaisantes ont surtout l’intérêt de montrer la curiosité que n’a cessé de susciter la maçonnerie, tout au long de son histoire, et l’attrait qu’elle a toujours exercé sur des esprits tentés par ses mystères ou simplement curieux.

Chapitre III

Le temps des épigones (1796-1852)

I. – Les chaînes dorées de la maçonnerie impériale

1. Le réveil de la maçonnerie française. – Avec le Directoire, une relative paix civile s’établit à nouveau. Dès le printemps 1796, une assemblée peu nombreuse réunie à Paris élit, en qualité de Grand Vénérable du Grand Orient – la charge de grand maître précédemment détenue par le duc d’Orléans, « passé à l’Orient éternel » en 1793, étant reconnue vacante –, Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau (1748-1808).

Héritier d’une famille jacobite, Roëttiers de Montaleau dirige la Monnaie de Paris pendant la Révolution. Initié en 1774, il est Grand Officier du Grand Orient dès 1780. C’est sur sa proposition qu’est créé le Grand Chapitre général, organisme central chargé de régir les hauts grades du Rite français. Passionné de maçonnerie, on lui doit d’avoir mis en lieu sûr les archives du Grand Orient pendant la Terreur. Rallié à Napoléon, il sera comblé d’honneurs maçonniques jusqu’à la fin de sa vie.

En février 1797, le Grand Orient peut annoncer son réveil, et les loges rouvrent les unes après les autres, partout en France, suscitant çà et là des réactions mitigées. En 1800, on en compte environ 75 de nouveau en activité, dont un peu plus d’une vingtaine à Paris, puis une trentaine de plus deux ans plus tard : début modeste qui ne présageait pas de l’incroyable croissance qui allait marquer les années impériales, avec un apogée à près de 1 200 loges – mais au prix, nous le verrons, d’une profonde dépendance à l’égard du pouvoir.

Dès que l’Empire est proclamé, la prise en main de l’institution s’opère rapidement : en novembre 1804, les frères apprennent qu’après dix années de vacance la grande maîtrise sera de nouveau occupée : Joseph Bonaparte (1768-1844) doit devenir grand maître, roi de Naples, puis d’Espagne, entre 1806 et 1813, il sera comme ses prédécesseurs un grand maître presque toujours absent. Une brochette de maréchaux fournit les Grands Officiers, et tandis que le « ministre de la Police générale » devient Grand Conservateur – les frères étaient désormais bien gardés – l’administration effective est bientôt confiée à l’archichancelier de l’Empire, Jean-Jacques Régis de Cambacérès (1753-1824) en qualité de grand maître adjoint omniprésent et tout-puissant. Conventionnel et régicide, ce fut surtout un juriste hors pair et l’un des principaux rédacteurs du Code civil. Maçon zélé au demeurant, prenant sa fonction très au sérieux, il dirigera tous les grands corps maçonniques de hauts grades pendant l’Empire (Suprême Conseil du Rite écossais ancien et accepté, Rite d’Hérédom, Rite écossais philosophique et Régime écossais rectifié).

La vie interne de la maçonnerie sous le Premier Empire est d’une morne platitude, constamment observée par la police, bien plus que sous l’Ancien Régime. Après avoir peut-être hésité à supprimer les loges pendant le Consulat, l’Empereur y renonça, mais à condition d’anesthésier totalement l’institution.

On s’est interrogé sur l’appartenance personnelle de Napoléon à la maçonnerie. Malgré quelques légendes tenaces, il paraît à peu près certain qu’il ne fut jamais initié. L’eût-il été, du reste, cela n’aurait eu guère de portée car les propos tenus à Sainte-Hélène, en 1816, en disent long sur ce qu’il pensait de l’Ordre :

« C’est un tas d’imbéciles qui...