Histoire de la psychologie

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Mieux comprendre les principes qui fondent l'activité des psychologues contemporains, tel est l'objet de cet ouvrage.
Psychologie expérimentale, animale, différentielle, pathologique et clinique, de l'enfant, ou encore sociale : l'histoire des différentes branches de la psychologie moderne depuis la fin du XIXe siècle à nos jours est présentée, ainsi que les œuvres des principaux auteurs qui ont contribué à ses progrès.



20150124

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Date de parution 10 novembre 2010
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EAN13 9782130610663
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Langue Français

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QUE SAIS-JE ?

 

 

 

 

 

Histoire de la psychologie

 

 

 

 

 

MAURICE REUCHLIN

Professeur honoraire à l’Université René-Descartes (Paris V)

 

Vingtième édition mise à jour

196e mille

 

 

 

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Du même auteur

Les méthodes quantitatives en psychologie, Paris, PUF, 1962, 2e éd., 1975.

Méthodes d’analyse factorielle à l’usage des psychologues, Paris, PUF, 1964.

L’orientation à la fin du premier cycle secondaire, (avec F. Bacher), Paris, PUF, 1968.

La psychologie différentielle, Paris, PUF, 1969, 8e éd., 2001.

Les méthodes en psychologie, Paris, PUF, 1969, 12e éd., 2002.

Traité de psychologie appliquée, (direction), Paris, PUF, 10 vol., 1970-1974.

Guide de l’étudiant en psychologie, (avec M. Huteau), Paris, PUF, 1973, 9e éd., 1998.

L’hérédité des conduites, (direction), Paris, PUF, 1973.

L’enseignement de l’an 2000, Paris, PUF, 1973.

Cultures et conduites, (direction), Paris, PUF, 1976.

Précis de statistique, Paris, PUF, 1976, 7e éd., 1998.

Psychologie, Paris, PUF, 1977, 15e éd., 2002.

Les différences individuelles dans le développement cognitif de l’enfant, (avec F. Bacher), Paris, PUF, 1989.

Cognition : l’individuel et l’universel, (codirection, avec J. Lautrey, C. Marendaz, T. Ohlmann), Paris, PUF, 1990.

Connaître différemment, (codirection, avec F. Longeot, C. Marendaz, T. Ohlmann), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1990.

Les différences individuelles dans le développement conatif de l’enfant, Paris, PUF, 1990.

Les différences individuelles à l’école, Paris, PUF, 1991.

Introduction à la recherche en psychologie, Paris, Nathan, 1992.

Totalités, éléments, structures en psychologie, Paris, PUF, 1995.

Évolution de la psychologie différentielle, Paris, PUF, 1999.

 

 

 

978-2-13-061066-3

Dépôt légal — 1re édition : 1957

20e édition mise à jour : 2010, novembre

© Presses Universitaires de France, 1957
6, avenue Reille, 75014 Paris

Sommaire

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Introduction
Chapitre I – La psychologie expérimentale
I. – L’origine des problèmes et des méthodes
II. – Les pionniers
III. – Les influences ultérieures
IV. – L’évolution récente
Chapitre II – La psychologie animale
I. – L’évolution des idées
II. – L’évolution des méthodes
Chapitre III – La psychologie différentielle
I. – Origines de l’étude des différences individuelles
II. – Les théories relatives aux différences individuelles
III. – Le développement des applications
Chapitre IV – La psychologie pathologique et la méthode clinique
I. – Th. Ribot (1839-1916)
II. – P. Janet (1859-1947) et G. Dumas (1866-1946)
III. – La suggestion et l’hypnotisme. L’école de la Salpêtrière
IV. – La psychanalyse
V. – La méthode clinique et la psychologie clinique
Chapitre V – La psychologie de l’enfant
I. – Caractères généraux
II. – Les méthodes
III. – De la description des faits aux théories explicatives
IV. – Quelques théories analogiques du développement de l’enfant
V. – Applications
Chapitre VI – La psychologie sociale
I. – Les principes généraux
II. – Les travaux expérimentaux et leurs applications
III. – La psychologie historique d’I. Meyerson
Conclusion
Bibliographie

Introduction

Si la psychologie était restée cette branche de la philosophie consacrée à l’« âme », son histoire commencerait avec les premières traces de la pensée humaine.

Mais il n’y a guère qu’une centaine d’années que l’on a entrevu la possibilité d’une psychologie scientifique, consistant à étudier par l’observation et par l’expérience les réactions d’organismes complets aux diverses conditions du milieu qui les entoure. Faire varier systématiquement ces conditions afin de mettre en lumière les « lois » qui régissent les réactions de ces organismes – Homme ou animaux –, telle a été dès lors la tâche du psychologue. Dans les cas où, surtout en psychologie humaine, ces variations expérimentales étaient irréalisables, il s’est efforcé du moins d’utiliser aussi bien que possible les observations qu’il pouvait recueillir.

Il ne sera question ici que de cette psychologie que l’on qualifiait de « nouvelle » dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle se distingue de la psychologie philosophique non seulement par son objet, mais aussi par sa méthode qui est, essentiellement, celle des autres sciences : elle consiste à mettre des hypothèses à l’épreuve de faits établis objectivement, c’est-à-dire d’une manière telle qu’ils puissent être vérifiés par n’importe quel observateur connaissant le maniement des techniques ayant servi à les établir.

Quant aux hypothèses mêmes qu’il s’agit de vérifier, il semble bien qu’elles aient été assez directement héritées, au début de la période qui nous intéresse, des préoccupations philosophiques antérieures. On n’hésite pas, tout d’abord, à tenter de mettre expérimentalement en équation les rapports du corps et de l’âme ou à rechercher s’il existe ou non une solution de continuité dans la série des êtres vivants, en particulier entre l’Homme et les animaux.

On s’est vite aperçu que de tels problèmes, ainsi formulés, n’avaient pas de contenu scientifique, que les préoccupations dont ils témoignaient devaient, pour relever d’une méthode objective, être traduites en d’autres termes, et que cette traduction supposait un patient travail de résolution de problèmes beaucoup plus modestes. C’est vers l’accumulation de faits solidement établis dans un domaine limité que s’est alors orientée la majeure partie des travaux scientifiques, en psychologie.

Les recherches se sont très vite multipliées pour explorer un domaine qui se révélait extrêmement vaste. Il s’agissait en effet de prendre comme objet d’étude l’animal aussi bien que l’Homme, de considérer celui-ci dans ses caractères généraux et aussi dans les différences qui distinguent les individus, d’étudier le malade et l’homme normal, l’enfant et l’adulte, l’homme seul aussi bien qu’inclus dans les multiples groupes sociaux qui l’intègrent. La grande diversité de ces problèmes a entraîné une certaine diversification des méthodes, et il est devenu légitime de distinguer aujourd’hui des domaines différents. Nous pourrons ainsi aborder successivement l’histoire de la psychologie « expérimentale », « animale », « différentielle », « pathologique », « génétique » et « sociale ». Nous signalerons aussi les applications les plus importantes de ces branches de recherche.

Dans quel type de problèmes chacune s’est-elle progressivement limitée, c’est ce qui apparaîtra peut-être dans la suite de ce travail. Mais il devrait y apparaître aussi la communauté de certaines origines, de certaines influences, de certaines évolutions. Devant le morcellement de leur domaine, beaucoup de psychologues s’interrogent. L’unité de la psychologie n’est-elle pas en train de disparaître alors qu’il est unanimement reconnu que les problèmes humains sont essentiellement des problèmes de synthèse, solubles seulement par une collaboration de toutes les sciences de l’homme ? Mais est-il possible, d’autre part, d’aller à l’encontre de cette loi de spécialisation, de division du travail, qui semble régir le travail scientifique aussi inéluctablement que le travail industriel ?

Un effort de réflexion historique plus soutenu que le nôtre pourrait aider peut-être à surmonter le dilemme. L’existence du problème qu’il pose est du moins pour quelque chose dans l’orientation de ce travail.

Chapitre I

La psychologie expérimentale

I. – L’origine des problèmes et des méthodes

Les travaux actuels qui constituent le domaine de la psychologie expérimentale sont les héritiers les plus directs de ceux qui ont marqué, de façon générale, l’apparition d’une discipline nouvelle, distincte de la psychologie philosophique, et qui tenait à se différencier de celle-ci par l’usage de l’adjectif « expérimental ». Depuis que cette psychologie nouvelle a donné naissance à des branches spécialisées, l’emploi de cet adjectif risque de créer une ambiguïté. Le domaine de la psychologie expérimentale, qui s’est limité à l’étude de l’homme normal dans des situations réalisables en laboratoire, n’est pas le seul maintenant à être exploré par la méthode expérimentale. On utilise aussi cette méthode en psychologie animale, en psychologie de l’enfant, en psychologie sociale, etc.

Son apparition en psychologie peut être considérée, en un sens général, comme une manifestation d’une évolution commune à toutes les branches du savoir. Mais elle a été, de façon plus précise, suscitée par l’évolution de certaines sciences physiques et par celle de la physiologie.

On sait que, dans les sciences physiques, les mesures ou les observations se font à l’aide d’une série plus ou moins compliquée d’instruments, intercalée entre le phénomène et l’observateur. Les sens de l’observateur lui-même peuvent être considérés comme le dernier de ces instruments. Les progrès réalisés dans les méthodes de mesure et d’observation ont permis dans bien des cas de limiter le rôle de l’observateur. Cependant, au XIXe siècle, ce rôle était encore considérable, par exemple, dans l’observation de l’heure exacte à laquelle un astre passait au centre du réticule d’une lunette, par la méthode de Bradley.

Bessel, un astronome allemand, s’aperçut à cette occasion, vers 1820, que les erreurs commises par les astronomes effectuant cette observation n’étaient pas totalement imprévisibles : chacun avait son type d’erreur, et il y était à peu près fidèle. On dit que chacun avait son « équation personnelle ». Cette constatation ouvrait sans doute des possibilités d’utilisation en astronomie, permettant d’envisager la correction des observations de chacun. Mais elle posait aussi un problème au physiologiste et au psychologue : Comment expliquer cette stabilité individuelle ? Le problème fut l’une des recherches « classiques » de l’époque où les physiologistes du système nerveux, entraînés par leur sujet d’étude, devenaient des psychophysiologistes et des psychologues.

On éprouve toujours une certaine difficulté à délimiter de façon précise les domaines respectifs de la physiologie et de la psychologie : l’existence d’une discipline intermédiaire, la psychophysiologie, en témoigne. La distinction porte sur le degré de généralité des réactions étudiées, le domaine du psychologue commençant en principe lorsque l’organisme tout entier est affecté par les modifications du milieu. Or, le fonctionnement du système nerveux a précisément pour effet de coordonner, d’intégrer, les réactions de l’organisme aux stimulations qui lui parviennent (Sherrington, 1857-1952). On conçoit donc bien que le physiologiste étudiant le système nerveux rencontre des problèmes intéressant également le psychologue et que, historiquement, la psychologie expérimentale ait pu, entre autres dons, recevoir à sa naissance certains problèmes, certains résultats et certaines méthodes d’une physiologie ayant accédé avant elle au statut de science expérimentale.

L’évolution et les acquisitions de la physiologie du système nerveux ne sauraient, de toute évidence, être rappelées de façon cohérente en quelques lignes. On ne trouvera ici que quelques faits illustratifs empruntés à trois niveaux : celui de la constitution et des propriétés élémentaires des tissus nerveux, celui de la physiologie des sensations, celui de la physiologie du cerveau.

L’organisation des tissus nerveux en cellules est découverte grâce aux perfectionnements optiques du microscope et aux perfectionnements chimiques des méthodes de coloration entre 1833, date à laquelle Remak montre que la matière grise du cerveau est cellulaire, et 1889, année de la découverte par Cajal de l’unité de la cellule nerveuse et de ses fibres (le neurone) et du rôle des lieux de contact entre les neurones (les synapses). Ce système de cellules contiguës est parcouru par des impulsions, et l’on croit d’abord que leur vitesse est trop grande pour être mesurée (60 fois la vitesse de la lumière selon certains). C’est un progrès dans les méthodes d’inscription des contractions musculaires qui permet à Helmholtz de montrer, vers 1850, qu’elle était beaucoup plus lente et, par conséquent, mesurable. Ces découvertes anatomophysiologiques étaient évidemment capitales pour les progrès ultérieurs de la physiologie elle-même. Elles avaient déjà une incidence sur l’orientation des idées en psychologie : la découverte de cellules dans le système nerveux, en particulier dans le cerveau, pouvait fournir une sorte de « modèle » anatomique aux théories des psychologues cherchant à analyser les phénomènes en « éléments » dont il fallait rechercher les lois d’association. La vitesse mesurable des influx nerveux rendait concevables des méthodes d’étude, comme celle des « temps de réaction » (d’ailleurs employée par Helmholtz lui-même), dont nous aurons à parler.

À un niveau d’organisation plus élevé, il est intéressant de constater que la physiologie du mouvement est antérieure à la physiologie des sensations. Le mouvement est en effet un fait expérimentalement observable sans difficulté. Il n’en est pas de même de la sensation, qui paraît n’être qu’une « expérience immédiate » propre au sujet. Cette difficulté méthodologique, qui, nous le verrons, sera vaincue, explique peut-être que l’étude de la sensation ait semblé marquer les limites des méthodes physiologiques et l’entrée dans un nouveau domaine, celui de la psychologie. La formulation physiologique du problème de la sensation est à rechercher dans la constatation, faite par l’Anglais C. Bell en 1811 et par le Français F. Magendie en 1822, de l’existence de fibres nerveuses sensorielles différentes des fibres nerveuses motrices. J. Müller (1801-1858) donne, en 1838, une formulation systématique du principe de l’« énergie spécifique des nerfs » : l’excitation d’un nerf visuel donne naissance à une sensation visuelle, et à nulle autre ; il en est de même pour chaque sens. Ce principe figure dans le volumineux Handbuch der Physiologie des Menschen publié entre 1833 et 1840 et dont certains tomes traitent déjà de problèmes qui vont être ceux des psychologues. Les progrès des connaissances psychophysiologiques pour chacun des sens ne peuvent être rapportés en détail. Parmi les chercheurs qui y ont contribué le plus, figure précisément Müller, dont nous venons de parler en tant que physiologiste, et Helmholtz, dont nous reparlerons en tant que psychologue : l’arbitraire de ce classement ne fait que refléter une période et un sujet de transition entre deux domaines contigus.

Les connaissances relatives à la partie la plus complexe du système nerveux, le cerveau, font également des progrès considérables pendant la période où se développe la psychologie scientifique. Tout d’abord, le cerveau apparaît clairement comme un organe jouant un rôle essentiel pour la pensée. La « phrénologie » de F. J. Gall (1758-1828) joue à cet égard un rôle utile. Elle cristallise beaucoup de constatations ou d’affirmations antérieures, et, dès ce moment, il est évident que l’« esprit » n’est plus un domaine réservé exclusivement au métaphysicien. Il a un substrat matériel dont l’étude anatomophysiologique devient un centre d’intérêt. A une autre échelle, son influence a la même portée que celle qu’Helmholtz a exercée en montrant que, les phénomènes nerveux n’étant pas instantanés, l’étude de leur succession dans le temps était concevable. Mais les modalités de fonctionnement du cerveau sont expliquées tour à tour par des systèmes différents. Les uns considèrent surtout le cerveau comme un organe unitaire, dont les différentes régions ont ou peuvent jouer le même rôle. Des opinions de ce genre sont défendues par P. Flourens à partir de 1824, par Lashley un siècle plus tard. Les autres attribuent à chaque région du cerveau un rôle spécifique. La phrénologie de Gall, d’après laquelle les facultés d’un individu pourraient être appréciées en fonction de la forme de son crâne, connaît un grand succès vers 1820, mais n’a que les apparences d’une théorie scientifique, et elle est battue en brèche par Flourens en 1842. C’est un fait beaucoup plus solidement établi qu’invoque P. Broca (1824-1880) pour affirmer que le pied de la troisième circonvolution frontale de l’hémisphère gauche constitue le « centre du langage ». Ayant eu l’occasion d’examiner complètement un malade incapable de parler, il n’avait trouvé à ce trouble aucune raison apparente. Le cerveau de ce malade révéla, après sa mort, une lésion unique dans la région indiquée. D’où la conclusion de Broca (1861). D’autres chercheurs localisent des centres moteurs et sensoriels dans les années qui suivent 1870.

Cette étude des centres corticaux éclaira directement certains problèmes psychologiques, comme celui de la distinction entre sensations et perceptions. De façon plus générale, on retrouve, dans l’étude des « processus supérieurs » de l’intelligence, une alternance entre des théories unitaires considérant globalement ces processus et des théories analytiques s’efforçant de les dissocier en aptitudes distinctes, qui rappelle l’alternance des conceptions physiologiques relatives au fonctionnement du cerveau.

Ajoutons que des méthodes physiologiques d’enregistrement (de la respiration, du pouls, etc.) vont être largement utilisées par les psychologues, en particulier dans l’étude de l’émotion.

Les remarques qui précèdent à propos du rôle des sciences physiques et de la physiologie dans le développement de la psychologie expliquent peut-être que l’on trouve le plus souvent, chez les fondateurs de la psychologie, cette double formation. Ajoutons qu’ils ont souvent aussi gardé des préoccupations philosophiques restées inhérentes à certains des problèmes psychologiques qu’ils se posent, ou constituant peut-être, dans ce milieu et à cette époque, la raison d’être et l’aboutissement d’une culture encyclopédique. Les travaux qui ont contribué le plus manifestement à faire prendre conscience de l’autonomie de la psychologie sont dus à des Allemands. Il est évidemment difficile de dater avec précision cette « prise de conscience », qui semble s’être effectuée dans les années qui ont suivi 1860, date de publication des Elemente der Psychophysik, de Fechner.

II. – Les pionniers

G. T. Fechner (1801-1887) était connu comme un brillant physicien et mathématicien lorsqu’il traversa, en 1839, une crise grave qui orienta ses intérêts vers un effort de réflexion métaphysique sur les problèmes de l’Âme. Il en publie les résultats en 1851 dans Zend Avesta, affirmant en particulier que la conscience est diffuse partout dans l’univers, que la Terre notre mère est un être vivant, que l’âme ne meurt pas. C’est pour apporter une base expérimentale à ses affirmations qu’il va s’attaquer au problème étonnant consistant à rechercher l’équation établissant la relation entre l’âme et la matière. Cette équation, permettant le passage d’un domaine à l’autre, montrerait bien leur équivalence, en un sens leur identité. Le résultat de cette tentative parut, en 1860, dans les Elemente der Psychophysik.

La relation cherchée était, de façon plus précise, celle qui s’établirait entre l’excitant physique des organes des sens (lumière, son, poids, etc.), de l’ordre de la matière, et la sensation produite par cet excitant, de l’ordre de l’âme. Mais, tout d’abord, comment mesurer la sensation en elle-même ? Pour le faire, Fechner utilise des résultats établis par un physiologiste allemand dont il avait été l’élève, Weber (1795-1878). Celui-ci avait montré en 1834, dans son ouvrage De tactu, que si un individu est à peine capable de distinguer un poids de 29 onces d’un poids de 32 onces (en les soupesant), il est également à peine capable de distinguer un poids de 29 drachmes d’un autre de 32 drachmes. L’intensité absolue du stimulus, le poids, est devenue huit fois moindre (1 once vaut 8 drachmes), mais la plus petite diminution de poids nécessaire pour que la distinction soit possible est restée proportionnellement la même (dans l’exemple, 3/32). Cette loi avait d’ailleurs été découverte antérieurement dans le domaine visuel par un opticien français, Bouguer, qui l’avait énoncée en 1760 dans son Traité d’optique sur la gradation de la lumière. Ce fut elle qui fournit à Fechner la possibilité d’apporter une solution au problème de la relation entre la mesure de l’excitation et la mesure de la sensation. Une relation analogue avait été établie antérieurement entre la fortune morale (le bonheur) et la fortune physique (la richesse), par un mathématicien, Bernoulli (1738). Laplace avait repris cette idée dans sa Théorie analytique des probabilités (1812).

Les travaux de Fechner ont suscité bien entendu de multiples controverses, et rien n’a survécu de leurs prétentions métaphysiques. Mais ils ont cependant été à l’origine de l’introduction de la mesure en psychologie et, sur le plan expérimental, ils ont marqué le début de l’étude des méthodes permettant de déterminer le plus petit stimulus perceptible, ou la plus petite différence perceptible entre deux stimuli, pour un sujet donné (mesure des « seuils » sensoriels).

On ne retrouve pas les préoccupations métaphysiques de Fechner dans les travaux de H. von Helmholtz (1821-1894), physicien lui aussi, et qui aborde en physicien la physiologie puis la psychologie. Il accumule des recherches expérimentales d’une telle solidité qu’elles gardent encore, après un siècle de perfectionnements révolutionnaires dans les techniques, une valeur propre. Elles portent essentiellement sur le mécanisme de la vision des couleurs (1852) et sur celui de la perception de la hauteur des sons (1863). De façon générale, après que Weber et Fechner ont montré la possibilité de la mesure en psychologie, Helmholtz prouve la fécondité de recherches systématiques dans ce domaine.

C’est alors qu’il est professeur de physiologie à Königsberg que Helmholtz publie son Handbuch der physiologischen Optik (1856-1866). Le tome II reprend sa théorie de la vision des couleurs, déjà publiée en 1852, et dont Helmholtz a trouvé l’idée dans T. Young (1801). La spécificité reconnue par Müller pour les nerfs y est étendue aux fibres qui les composent. Trois types de fibres transmettraient respectivement les sensations rouge, verte, violette issues, dans la rétine, d’organes indépendants. La théorie relative à la perception des sons est contenue dans Tonempfindungen (1863).

Helmholtz enseigne alors la physiologie à Heidelberg. Sa théorie attribue également à des organes différents, répartis le long d’un « résonateur » (organe de Corti et, en particulier, membrane basilaire), les sensations provoquées par des sons de hauteur différente. Chacun de ces organes posséderait sa fibre spécifique dans le nerf.

Les différences qualitatives entre couleurs ou entre sons étaient donc ramenées à des différences de localisation ou de structure. Ainsi, après avoir montré que les phénomènes nerveux se déroulaient à une échelle de temps qui permettait l’observation de leur enchaînement, Helmholtz plaçait également les différences qualitatives dans le domaine des faits matériellement observables en les ramenant à des différences de localisation.

Mais l’homme qui établit définitivement l’autonomie de la psychologie expérimentale fut incontestablement W. Wundt (1832-1920). Il en a profondément marqué les origines par le volume de ses travaux, par les voies qu’ils ont ouvertes, par sa création à Leipzig, en 1879, du premier laboratoire de psychologie expérimentale, et par ses nombreux élèves qui, venus recueillir à Leipzig son enseignement, en sont repartis pour fonder des organismes de recherche et d’enseignement consacrés à la nouvelle science : de nombreux Américains, dans la décennie 1880-1890 ; le Français B. Bourdon (1860-1943) qui enseigna la psychologie à Rennes de 1895 à 1931 et consacra sa vie à des recherches de laboratoire portant en particulier sur La perception visuelle de l’espace (1902). Les réactions mêmes que Wundt a suscitées ont abouti à la formation d’écoles nouvelles ou à la découverte de nouveaux champs d’étude.

Bien qu’il ait été amené à étudier, pour gagner sa vie, la médecine, la physique et la chimie, ses intérêts principaux vont d’abord vers la physiologie. Il est à Berlin, en 1856, l’élève de J. Müller qui s’attache de son côté à établir l’autonomie de la physiologie expérimentale. Il est assistant de physiologie à Heidelberg au moment où Helmholtz y est professeur (1858-1871). Pendant cette période, son intérêt à l’égard de la philosophie se développe, en même temps que ses travaux dans le domaine d’une psychologie encore très proche de la physiologie : il étudie en 1861 l’équation personnelle des astronomes et publie, de 1858 à 1862, son Beiträge sur Theorie der Sinneswahrnehmung. La « perception sensorielle », dont il traite, a constitué, depuis Helmholtz jusqu’à nos jours, un sujet frontière entre la physiologie et...