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Histoire de Philippeville

De
364 pages

« Située au fond du Sinus Numidicus des Romains, plus spécialement appelé par Ptolémée : Sinus Olkachites et par nos géographes : Golfe de Stora, Asthoret (Stora), le Mers Estora d’Edrisi, l’Istoura d’El-Bekri, dont l’origine est tout au moins contemporaine des Phéniciens qui, avant le peuple-roi, y avaient établi des comptoirs, servait de port à Rusicade (Philippeville).

Ces deux colonies romaines étaient tellement voisines et si entièrement reliées entre elles par une série ininterrompue de villas et de tombeaux qu’elles ne formaient réellement qu’une seule ville, fréquentée plus tard par les navigateurs Génois pour leurs échanges avec l’intérieur des terres africaines.

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Louis Bertrand

Histoire de Philippeville

1838-1903

AU LECTEUR

 

 

Dans ce recueil de longues et patientes recherches, nous avons voulu continuer et compléter les Histoires de Philippeville, d’Emmanuel-Vincent FENECH et de Charles FÉRAUD. Les documents que nous mettons sous les yeux de nos concitoyens ont été recueillis par nous un peu partout, mais ils sont authentiques et puisés à des sources certaines.

Ils permettront au lecteur de faire lui-même la comparaison entre les jours heureux de notre cité et sa décadence actuelle.

Nous nous abstenons de toutes réflexions dans le cours de cet ouvrage ; la brutalité des faits les fera tout naturellement affluer au cerveau de tous ceux qui le liront avec attention.

Nous remercions M. Henri FEUILLE, qui a bien voulu mettre à notre disposition non seulement la collection entière du journal le Zéramna, mais encore celles du Courrier de Philippeville et du Saf-Saf, qui ont paru : le premier dès 1845 et l’autre en 1849.

Nous devons aussi notre reconnaissance à M. le Dr René RICOUX, maire, qui nous a autorisé à compulser les archives municipales, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont répondu si obligeamment à nos questionnaires.

 

LOUIS BERTRAND.

I

ORIGINES DE PHILIPPEVILLE

« Située au fond du Sinus Numidicus des Romains, plus spécialement appelé par Ptolémée : Sinus Olkachites et par nos géographes : Golfe de Stora, Asthoret (Stora), le Mers Estora d’Edrisi, l’Istoura d’El-Bekri, dont l’origine est tout au moins contemporaine des Phéniciens qui, avant le peuple-roi, y avaient établi des comptoirs, servait de port à Rusicade (Philippeville).

Ces deux colonies romaines étaient tellement voisines et si entièrement reliées entre elles par une série ininterrompue de villas et de tombeaux qu’elles ne formaient réellement qu’une seule ville, fréquentée plus tard par les navigateurs Génois pour leurs échanges avec l’intérieur des terres africaines.

De même, de nos temps, Stora a été, du 9 avril 1838 au 15 décembre 1870, époque où il fut érigé en commune, un village annexe de Philippeville ; il en resta même le port officiellement reconnu jusqu’en 1872.

A Stora, non plus qu’à Philippeville, on ne retrouve aucun monument ni aucune trace de l’occupation arabe, qui pourtant a duré plusieurs siècles.

Les deux communes (Stora et Philippeville) sont séparées par l’Oued El-Kantara (la rivière du pont), qui, avant de se jeter dans la mer, passe sous un ancien pont d’origine romaine, restauré par les Français, à environ 180 mètres au Sud de l’endroit dit, d’après la tradition arabe, la Baie des Pirates et où l’on voit encore quelques importantes ruines.

Rien n’empêche de supposer que la limite était déjà la même pendant l’occupation romaine, car la nature impose cette limite, l’Oued El-Kantara étant le seul cours d’eau important entre Stora et Philippeville (Asthoret et Rusicade).

Sans entrer dans de trop profondes considérations historiques pour rappeler les origines romaines des deux cités qui nous occupent, disons que les auteurs spéciaux (Salluste et Pline) s’accordent pour assigner l’année 45 avant J.-C. à la fondation de Rusicade, laquelle suivit de très près l’établissement du port, abri ou refuge d’Asthoret. On admet généralement que Rusicade n’existait plus en l’an 484 de J.-C. ; elle a donc duré environ 450 ans.

Rappelons aussi que le nom de la ville romaine était bien Rusicade et non Rusicada, Russicada ou Russicade, comme on l’a souvent écrit. Cela résulte, en effet, de l’inscription Genio Coloniae Veneriae Rusicadis, actuellement déposée au musée du Louvre, et d’une borne milliaire du musée de Philippeville, indiquant que, sous le règne de l’empereur Hadrien, la voie nouvelle A Cirta Rusicadem fut réparée aux frais des habitants de Cirta (Constantine).

Ainsi que nous l’avons dit plus haut et en raison des trouvailles faites à Stora et du commerce important de ce port avec l’intérieur de la Numidie, Rusicade fut vraisemblablement bâtie sur l’emplacement d’une ville phénicienne, Rousicada (cap du phare ou du fanal). Les Romains lui conservèrent ce nom (Rusicade) et lui donnèrent, sous Commode, le titre de Colonia Veneria (an 186 de J.-C.).

Les Arabes appellent notre ville Skikda et le cap, situé entre la ville actuelle et le Saf-Saf, Ras-Skikda. C’est à peu près, comme consonnance, le Rousicada phénicien. (Jules Chabassière et Louis Bertrand. Rusicade d’après ses ruines). »

*
**

« Après la prise de Constantine, la nécessité de mettre cette ville en communication avec la mer par la voie la plus courte se fit immédiatement sentir.

L’occupation d’un point rapproché, sur le littoral, avait donc été résolue. Plusieurs reconnaissances avaient déjà été faites depuis 1830 le long de la côte, mais très incomplètes, parce qu’on ne pouvait l’observer qu’à distance ; néanmoins les marins ayant examiné successivement le golfe de Stora et le port de Collo, signalaient celui-ci comme offrant plus de sûreté et d’un mérite nautique plus réel. Diverses causes déterminèrent cependant à donner la préférence à Stora.

Une colonne mobile sous les ordres du général Négrier, forte de 1.200 hommes d’infanterie, de 250 chasseurs ou spahis et de 300 cavaliers de goum, partit le 7 avril 1838 de Constantine pour Stora. Elle bivouaqua le soir aux Eulmas, le second jour à El-Arrouch, et le troisième jour, le 9 avril, elle arrivait sur les ruines de Rusicade. Le lendemain, après avoir exécuté des reconnaissances topographiques et géodésiques sur Stora, on leva le camp à deux heures de l’après-midi et on reprit la route de Constantine, où la colonne rentra le 11.

En octobre 1838, le Gouverneur Général Valée vint prendre lui-même le commandement des troupes pour les conduire vers Stora, où cinq mois auparavant le général Négrier avait accompli sa première reconnaissance. Le 7, le corps expéditionnaire, composé du 62e de Ligne, d’un bataillon du 12e de Ligne, du 3e bataillon d’Afrique et d’un détachement du 3e Chasseurs d’Afrique, en tout 4.000 hommes, vit s’ouvrir devant lui le vaste horizon de la Méditerranée et salua le golfe de Numidie.

Une tribu, dont le nom a été donné par quelques géographes à une source qui descend sur la plage, les Beni-Melek, avait abrité ses misérables gourbis dans le ravin où fut Rusicade. Les hommes de cette tribu se présentèrent au camp et se contentèrent de demander une indemnité pour l’abandon de leurs gourbis et de leurs jardins. Le maréchal donna l’ordre de leur payer les 150 francs auxquels ils bornaient leurs prétentions. Ils se retirèrent ravis de cette justice débonnaire et s’applaudissant d’avoir vendu ce qu’ils ne pouvaient empêcher de prendre.

Le Moniteur du 17 novembre 1838 annonçait que le roi a décidé, sur la proposition du Ministre de la Guerre, que la ville qui s’élève sous le Fort-de-France, rade de Stora, portera le nom de Philippeville et que le mouillage situé à l’Ouest de la rade conservera le nom de Port de Stora. (L.-Charles Féraud. Histoire des villes de la province de Constantine. Philippeville). »

Ainsi fut faite pacifiquement la conquête de notre cité.

II

ARMES DE LA VILLE

Le savant archéologue Stéphane Gsell dit dans son ouvrage intitulé Musée de Philippeville :

« Une petite stèle en grès, dont il ne reste que la partie supérieure, remonte peut-être à l’époque où Rusicade était un comptoir punique. Le sommet pointu constitue une sorte de fronton qui est séparé du reste de la pierre par un bandeau saillant et qui est orné d’un croissant aux cornes montantes, surmonté d’un disque. Sous ce fronton sont placés, à côté l’un de l’autre, un caducée et la figure symbolique de la divinité (cône tronqué, flanqué à sa partie supérieure de deux branches recourbées en dehors et sommé d’un croissant retourné).

D’un autre côté, un petit bas-relief, sculpté sur une plaque de marbre, offre l’image d’une femme vêtue à la grecque. Debout, elle tient de sa main droite abaissée un caducée, de sa main gauche une corne d’abondance et une longue hampe dont la partie supérieure semble se terminer par un morceau d’étoffe quadrangulaire ; ce serait donc une enseigne (vexillum). La couronne tourelée qui entoure la tête montre que cette figure représente soit la Fortune protectrice d’une cité ou sa Tutela, soit la personnification même de cette ville ».

Si le comptoir phénicien de Rousicada et la colonie romaine de Rusicade avaient gravé leur personnification l’un sur le grès, l’autre sur le marbre, Philippeville ne pouvait moins faire que d’avoir ses armoiries.

M. Jauffret, greffier en chef du Tribunal civil, présenta au Conseil municipal, le 15 avril 1858, un projet d’écusson armorial pour la ville de Philippeville ; pris en considération dans la séance extraordinaire du 21 avril 1858, il fut définitivement adopté par délibération du 5 février 1859.

Ce blason se décrit ainsi, en langage héraldique : « d’azur à une clef d’argent en pal, surmontée d’une cigale d’or et accostée de deux autres de même ».

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« Philippeville ayant été édifiée sur les ruines romaines de l’antique Rusicade (le pays des cigales, comme les archéologues la désignaient alors), le champ ou écu est en partie occupé par trois de ces insectes, afin de révéler l’origine de notre cité.

Tous les faits, auxquels se rattachent naturellement l’existence et l’avenir de Philippeville, sont sommairement figurés sur le blason. Dans le langage héraldique, la couronne murale dont il est surmonté marque la dignité, l’autorité, la prépondérance ; elle est aussi un ornement que l’on regarde comme le symbole de la Victoire.

La croix, image de la civilisation chrétienne, domine l’orgueilleux croissant qui est isolé dans la partie inférieure de l’armorial pour donner, aux yeux de tous, une preuve vivante de notre puissance en Algérie.

La clef d’argent fixée au cœur du tableau se lie essentiellement à l’allégorie des cigales. Elle veut dire que, d’après la tradition et par sa position topographique, notre ville moderne est, comme l’était jadis l’antique cité, la clef nécessaire et obligée de la province.

La couleur sympathique, adoptée pour les armes de Philippeville, est l’azur ou bleu. Ce symbole du ciel d’Afrique forme, par conséquent, le fond de l’écu où se trouvent distribuées, suivant les principes, la clef d’argent et les cigales d’or.

Cette couleur, qui est aussi celle de la France, détermine le titre du blason et signale son existence, dans la gravure, par des raies horizontales répétées d’une manière uniforme et peu sensible dans toute l’étendue du champ.

Ainsi établies, ces armoiries constituent, dans leur ensemble, un blason historique traduisant une vérité dont la clef consacre le principe et les cigales donnent la physionomie d’armes parlantes qu’elles empruntent, à juste titre, aux annales célèbres de l’antiquité.

Enfin une devise sur un ruban vert-espérance, festonné, flottant à l’entour de la couronne, est inscrite en lettres d’or : Laborem honoremque fati nostri pignora habemus. Le travail et l’honneur sont les gages de notre avenir.

Cette devise est tirée de Quinte-Curce (Rufus).

L’armorial est orné à sa base par les attributs qui lui sont propres : une branche de laurier, signe de victoire, et une branche de myrte fleuri, en souvenir des traditions antiques portant : « Rusicade, fille de Vénus, déesse de la beauté, couronnée de myrte et de roses ». Une inscription, aujourd’hui au Musée du Louvre, indique que la cité de Rusicade était placée sous l’égide de Vénus : Genio Coloniae Veneriae Rusicadis. Au Génie de la Colonie de Rusicade, consacrée à Vénus.

Les couleurs des ornements sont :

Couronne : couleur terne, analogue à la pierre de taille ;

Ecusson : acajou donnant sur le rouge ;

Croix et croissant : argent, en relief ;

Myrte et laurier : au naturel.

Dans sa séance du 21 avril 1858, où le Conseil prit en considération le projet de M. Jauffret, étaient présents :

MM. Wallet, maire ; Delay, De Nobelly, Alby, adjoints ; Grémilly, adjoint pour Stora ; Chirac, Allaman, Primard, De Marqué, Cullerre, conseillers.

Absents : MM. Arnold, adjoint ; Fabre, Nielli, Grech, conseillers.

Dans celle du 5 février 1859, où le projet fut définitivement adopté, étaient présents :

MM. Vallet, maire ; Delay, De Nobelly, adjoints ; De Marqué, Primard, Cullerre, Fabre, Grech, conseillers.

Absents : MM. Chirac, Nielli, en voyage, Grémilly, Arnold, Allaman.

Le Conseil vota à l’unanimité des remerciements à M. Jauffret pour le zèle et le dévouement qu’il avait apportés dans la rédaction d’un travail aussi consciencieux. »

Ces renseignements sont extraits de l’Histoire de Philippeville, de E.-V. Fenech (imprimerie Chevalier et Luth) et d’une petite brochure que M. Jauffret fit paraître en 1859 ; éditeur : C. De Franceschi.

III

POPULATION, ÉTAT-CIVIL

Année 1841. Par suite de la distribution des terres autour de Philippeville, les cultures commencent à naître, débutant par le jardinage le plus ordinaire, comme il était naturel de s’y attendre. Déjà, cependant, le marché aux légumes, qui suffit aux besoins de la population civile, est approvisionné par les maraîchers du Saf-Saf. Cette situation ne fait que s’améliorer.

Année 1842. Philippeville, dont les commencements, qui remontent à la fin de l’année 1839, ne consistèrent qu’en quelques baraques de cantiniers, est aujourd’hui (1842) une ville couverte de belles constructions et la plus européenne des villes de toute l’Algérie, puisque sur 3.565 habitants il n’y existe que 300 indigènes musulmans ou juifs. Jusqu’à présent cette population, dont on ne saurait trop reconnaître l’énergie et l’activité, a concentré ses efforts dans des constructions et l’établissement d’une zone de jardins autour de la ville.

Année 1844. Un arrêté du 26 août crée trois villages dénommés : l’un Damrémont, sur la rive gauche du Saf-Saf ; l’autre Valée, sur la rive droite de cette rivière : le troisième Saint-Antoine, dans la vallée du Zéramna. Les circonscriptions de ces villages sont :

Pour Damrémont450 hectares.
Pour Valée550 — 
Pour Saint-Antoine600 — 

y compris les terres de la ferme Brincard et du hameau qui sera créé ultérieurement près du blockaus.

Les arrêtés déterminant la distribution, les alignements et les nivellements de la ville et de la banlieue sont du :

14 décembre 1848, pour la ville.

24 décembre 1852, pour Valée.

8 mai 1854, pour Damrémont.

2 juin 1854, pour Saint-Antoine.

Un arrêté du 12 mars 1844 autorise toutes transactions relatives aux biens immeubles situés dans Philippeville et sa banlieue.

Année 1846. La population au 31 décembre 1846 est de :

Français2.520
Anglais5
Anglo-Maltais1.366
Espagnols :226
Portugais5
Italiens676
Allemands114
Polonais13
Russes3
Grec1
Suisses64
Belges ou Hollandais10
TOTAL5.003habitants,

ainsi divisés :

Hommes2.974
Femmes978
Enfants1.051
5.003

La moyenne des décès, y compris la banlieue, est de 5.53 %.

La création de la banlieue ne date que du 19 novembre 1844. et c’est par arrêté du 26 août précédent qu’ont été fondés les trois villages de Valée, Saint-Antoine et Damrémont. La situation des crédits n’a pas permis de commencer les travaux avant l’exercice 1845 et s’ils ne sont pas entièrement terminés dans les deux derniers centres, c’est par suite encore de l’insuffisance des ressources budgétaires.

Quoi qu’il en soit, la colonisation s’est franchement assise sur l’espace qui lui a été livré en arrière de la ville ; mais, avant d’aller plus loin, il convient de s’arrêter un moment à Philippeville pour constater les progrès inattendus de son développement.

Fondée depuis huit ans à peine, elle compte déjà près de 6.000 habitants, sur lesquels 700 musulmans et 200 juifs. Le commerce de transit avec Constantine, dont elle est l’entrepôt pour les marchandises venant de France, est d’une grande importance. Le revenu des Douanes, qui s’est élevé à 400.000 francs en 1844, monte à près de 500.000 francs en 1846. Une douane, un caravansérail, un phare, des conduites d’eau, la reconstitution des anciennes citernes de Rusicade, une église, tels sont les établissements dont l’année 1846 aura doté notre ville.

C’est là beaucoup sans doute, mais c’est encore trop peu pour les besoins. Tous les services publics sont établis dans des maisons louées par l’administration et dont la location grève sans profit le budget de 50.000 francs par an. Il est nécessaire de les installer successivement, d’une manière définitive et convenable, car les locaux de tous sont insuffisants ou défectueux. Il faut construire un hôpital civil, un hôtel pour la Sous-Direction de l’Intérieur, un hôtel pour la Mairie, une maison pour la Police, un Tribunal, une maison d’arrêt, un presbytère, des écoles, un corps de garde pour la milice, un dispensaire, deux casernes de gendarmerie (l’une en ville, l’autre à Stora), un dépôt pour les ouvriers, un oratoire protestant et enfin des maisons pour le bureau arabe, le Service des Domaines, celui des Contributions diverses et celui de la Trésorerie et des Ports.

Le village Valée, situé à six kilomètres, est un des centres de colonisation créé par l’Etat qui offre les plus heureux résultats. Le territoire a été concédé à 49 familles, toutes françaises ; tous les lots sont bâtis et les constructions sont estimées à 144.000 francs. La population, qui s’est accrue de 20 individus en 1846, est maintenant de 163 habitants, qui fournissent 60 miliciens. Les cultures ont été portées de 122 à 226 hectares, champs labourés et prairies nettoyées. Dans les jardins, des puits destinés à l’irrigation des cultures maraîchères ont été creusés ; 14.000 arbres ont été plantés. Les troupeaux sont évalués à plus de 18.000 francs. Enfin les récoltes faites pendant l’année représentent une valeur de 30.352 fr. ; moyenne par famille : 1.027 francs. Une route a été ouverte de ce village à Philippeville, mais elle n’a pu encore être empierrée que sur une partie de sa longueur.

Saint-Antoine, situé à 7 kilomètres, est beaucoup moins avancé que Valée et dans une situation moins saine. Sa population est néanmoins de 112 habitants, dont 53 chefs de famille, y compris 4 individus formant le noyau d’un petit hameau prévu dans le projet de création de Saint-Antoine et placé près du blockaus, à l’entrée de la montagne, sur la route (quartier Brincard). Sur les 42 lots à bâtir dont se compose Saint-Antoine, 12 constructions sont achevées et 14 en cours d’exécution. Dans le hameau, qui comprend huit lots, deux sont bâtis. La valeur totale de ces constructions est de 44.500 francs ; 137 hectares sont en rapport. Tout le territoire de Saint-Antoine, éminemment propre à la culture du foin, et sur lequel des essais de trèfle et de luzerne ont bien réussi, offre aux colons cet avantage qu’ils peuvent fournir des bestiaux à la boucherie à l’époque où les arabes, qui n’emmagasinent point de fourrages, ne peuvent plus en livrer. Les plantations de mûriers et la culture du tabac leur ont déjà fourni de beaux produits et la route de Constantine leur amènera chaque jour des éléments de prospérité.

Damrémont, primitivement alloti par le Domaine qui y faisait des concessions à titre onéreux, vient, par prescription du Ministre de la Guerre, d’être remis à la Direction de l’Intérieur et de la Colonisation. Tous les acquéreurs ont été mis en demeure de bâtir et de cultiver dans un bref délai, sous peine d’éviction. L’enceinte du village est terminée, mais la situation des crédits n’a pas permis d’achever les travaux de nivellement et d’alignement des rues. Un puits public est en construction ; le voisinage du Saf-Saf peut dispenser provisoirement de lavoir et d’abreuvoir. Les constructions élevées par les colons représentent une valeur de 74.000 francs ; 102 hectares sont en culture.

Un fait remarquable qui se manifeste dans la banlieue de Philippeville, c’est la plus-value toujours acquise par les exploitations particulières aussitôt que l’administration fonde auprès d’elles un village. Depuis longtemps des concessions avaient été faites dans un large rayon autour de la ville, mais, en général, les concessionnaires se bornaient à la récolte des foins. A peine Saint-Antoine a-t-il été créé que des bâtisses, des plantations et des cultures ont animé les bords des routes. On y compte 12 maisons de campagne ou d’exploitation, parmi lesquelles une véritablement importante et qui ne vaut pas moins de 80 à 100.000 francs, terres et bâtisses.

Autour et en arrière de Valée, l’existence du village a déterminé la fondation de 4 fermes déjà considérables.

Enfin la banlieue de Philippeville compte maintenant 111 exploitations particulières, évaluées à 439.000 francs et sur lesquelles existent 9.000 mûriers et 8.500 oliviers greffés. Le temps est venu de reculer les limites du territoire affecté à la colonisation civile et de lui livrer en majeure partie la riche vallée du Saf-Saf jusqu’à El-Arrouch, en ayant soin de ménager les intérêts indigènes assis dans cette contrée.

La tribu arabe des Beni-Mehenna, qui en occupe les 40.000 hectares, ne se compose que de 369 tentes et de 556 gourbis et ne compte que 2.272 individus, ce qui donne pour chacun une moyenne de 17 hectares. En cantonnant cette tribu sur la rive droite de l’Oued, qu’elle occupe plus particulièrement, l’élément européen trouverait place sur l’autre rive. Le Ministre de la Guerre vient de décider que 12.000 hectares à prendre dans cette vallée, entre Philippeville et El-Arrouch, principalement sur la rive gauche, seront immédiatement livrés à la colonisation.

En 1846 il a été complanté : à Valée, 2 hectares en vignes et 150 oliviers greffés, 300 mûriers et 200 autres arbres de rapport ; à Saint-Antoine, 800 oliviers greffés, 150 mûriers et 300 arbres de rapport ; rien à Damrémont. Le matériel agricole se compose dans les trois villages et la banlieue de : 77 charrettes, 11 chariots, 55 tombereaux, 41 charrues.

Le village de l’Oued-Zerga (aujourd’hui Saint-Charles), en cours de fondation en 1846, est situé à moitié chemin de Philippeville à El-Arrouch, au lieu dit la Grand’Halte ; un crédit ayant pu être alloué pour cette création, un bataillon du 43e de Ligne a commencé le fossé d’enceinte. 5 maisons et quelques baraques y existent déjà au 31 décembre 1846 et plusieurs colons se préparent à s’y établir d’une façon permanente. Il en est, parmi eux, plusieurs qui possèdent des ressources importantes. L’allotissement du terrain affecté à ce village, et qui comprendra 1.200 hectares, a été fait dans des conditions telles que la petite et la grande propriété s’y prêteront mutuellement secours.

Nombre d’animaux possédés par les colons de Valée, de Saint-Antoine et de Damrémont, ainsi que de la banlieue au 31 décembre 1846 :

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Soit pour 78.068 fr. 50 d’animaux divers.

Au 31 décembre 1846, il reste au dépôt des ouvriers, rue des Colons, fondé depuis quelques mois seulement, 207 colons. On voit, en 1847, qu’il est entré dans ce dépôt, 5.282 ouvriers, soit avec les 207 de 1846, 5.489 ; il en est sorti, en 1847, 5.480 ; il ne reste à placer au 31 décembre 1847 que 9 colons.

Les entrées se répartissent ainsi : 2/5e venus de France, 1/5e venus des différents points de l’Algérie et d’Alger principalement, et 2/5e se composant des convalescents et des ouvriers sans ouvrage rentrant peu de temps après leur sortie.

Les Français sont pour les 2/3 dans ce nombre. Dans l’autre tiers, les Allemands sont pour les 6/10e, les Suisses pour 2/10e, les Italiens pour 1/10e et les Prussiens, les Espagnols et les Belges pour l’autre 1/10e.

La répartition par sexe est : 7/10e hommes, 1/10e femmes, 2/10e enfants de tous âges.

Les prix de la journée des maîtres et des ouvriers à Philippeville sont, en 1846, les suivants :

Maîtresmaçons5 fr.
 »tailleurs de pierres6 »
 »menuisiers, charpentiers8 »
 »forgerons, charrons8 »
 »carriers6 »
Ouvriersmaçons5 fr.
 »tailleurs de pierres6 »
 »menuisiers, charpentiers5 »
 »scieurs de long6 25
 »forgerons, charrons5 »
 »peintres, vitriers6 »
 »ajusteurs6 »
 »frappeurs2 50
 »ferblantiers4 »
Ouvriersserruriers5 fr.
 »mineurs7 »
 »paveurs5 »
 »terrassiers2 50
 »manœuvreseuropéens3 »
 » »indigènes2 »
 »boulangersde 1re classe5 »
 » »2e classe4 »