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Histoire de sainte Isabelle de France

De
194 pages

Sainte Isabelle et le treizième siècle. — Le père et la mère de Sainte Isabelle. — Les Franciscains. — Histoire de frère Jean-le-Nattier. — L’abbaye de Citeaux. — Comment vivaient et mouraient les grandes dames au treizième siècle. — La féodalité.

« ET finalement, dirons nous avec un de nos naïfs chroniqueurs, moult-joie, Sainct Denis ! de ce que dans le plus beau parterre de la France est née Saincte Isabelle, cette fleur unique, qui a eu tant de participation et correspondance avec les éminentes vertus du roy Sainct Louis, son frère.

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À propos de Collection XIX

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SteISABELLE.

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Saint Louis lui demanda le couvre-chef qu’elle tricotait. Elle refusa, en disant avec une grâce charmante : — Je propose qu’il soit donné à Nostre Seigneur, car c’est le premier que je filasse oncques. Saint Louis répondit : — Sœur, vous prie je que vous en filiez un autre que j’aye.

Jean-François André

Histoire de sainte Isabelle de France

Sœur de Saint Louis et fondatrice de l'abbaye de Longchamp

PROPRIÉTÉ.

ARCHEVÈCHÉ D’AVIGNON.

Avignon, le 11 avril 1854.

A MONSIEUR L’ABBÉ BERNARD,

Chanoine de la Métropole d’Avignon.

J’AI pris connaissance, mon cher abbé, du plan de publication des Vies des Saints que vous m’avez soumis : j’en approuve le titre « GALERIE DES SAINTS », mais ce n’est pas assez de dire que j’en approuve le dessein : je l’encourage, je le patronne de toute mon âme, et je suis assuré que vous trouverez dans tous les vénérés prélats de France un même concours de sentiments.

A une époque où la lecture est devenue un besoin universel, il était indispensable de fournir un aliment à cette faim de livres, et, après les Saintes Ecritures, nulle lecture n’est plus substantielle, plus utile, plus intéressante que celle de la vie des Saints : c’est l’Evangile en action. Vous avez conçu votre publication sous un point de vue d’à-propos qui mérite d’être signalé et qui la distingue des autres publications de ce genre, déjà souvent tentées. En divisant les Vies des Saints en plusieurs catégories, en appropriant à chaque classe de lecteurs, les vies des Saints, enfants, pauvres. artisans, femmes, veuves, cultivateurs, servantes, domestiques, soldats, pénitents,etc., vous leur donnez un attrait tout nouveau, et vous remettez en lumière des trésors ignorés,

Les travaux auxquels vous vous êtes livré pour propager les bonnes doctrines parmi le peuple ne peuvent être mieux couronnés que par cette entreprise apostolique : elle est le complément de votre mission, et je ne doute pas que vous n’y réussissiez, avec le zèle que je vous connais et le tact que vous avez de ce qui convient au temps présent

Je verrai avec plaisir que le clergé et les laïques catholiques vous secondent dans cette œuvre qui, je le sais, ne dépasse pas votre courage, mais qui excèderait les forces d’un seul.

Je félicite l’éditeur, M. Devillario, d’avoir mis ses presses et sa fortune au service d’une si belle et si méritoire entreprise.

J’ai la bonne confiance qu’il trouvera, dans le succès de l’œuvre et dans la considération que ses sacrifices lui mériteront auprès du clergé et des hommes de bien, une légitime rémunération.

 

Recevez, mon cher abbé, l’assurance de mon affectueux dévouement.

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† J.-M. MATHIAS,

Archevêque d’Avignon.

AVANT-PROPOS

Présenter à notre siècle frivole et sensuel la Vie admirable de cette fidèle épouse de Jésus-Christ, c’est lui montrer par des faits qu’il y a un autre héroïsme que celui qu’on déploie sur le théâtre du monde, une autre grandeur que celle qui consiste dans l’illustration du nom et dans les hautes dignités, une autre gloire que celle qui s’acquiert dans la conduite des affaires, dans l’accroissement des richesses et dans les applaudissements de la foule. Cette Vie nous convaincra aussi que l’exercice des plus éminentes vertus peut s’allier à tous les états, et qu’il n’y a aucune position sociale, si élevée qu’elle soit, qui ne puisse se plier au joug doux et léger du Sauveur.

Sainte Isabelle de France fut, sans contredit, une des plus belles fleurs qui se soient épanouies, au XIIIe siècle, dans le champ du Père de famille, dans cette Eglise catholique toujours si féconde en sainteté. Pour ne point défigurer, sous l’alliage de nos pauvres idées du XIXe siècle, la rayonnante et sereine physionomie de sainte Isabelle, nous avons cité bien souvent les bons vieux chroniqueurs qui avaient écrit sa Vie avant nous. On verra par ces citations qu’ils sont nos maîtres en hagiographie comme en bien d’autres choses. Le lecteur trouvera, en outre, dans cette mosaïque une agréable diversion.

Voici les sources principales où nous avons puisé nos renseignements :

 

  • Vie de madame saincte Isabelle, par Agnès d’Harcourt, sa dame d’honneur ;
  • Vie de madame saincte Isabel de France, par Sébastian Rouillard, advocat en parlement, 1618 ;
  • Fleurs de la Vie des Saints, par le P. Ribadeneira, 1621, in fol. ;
  • Annales Fratrum Minorum, à R.P. Lucâ Wadding.

 

Nos citations sont généralement empruntées soit à Rouillard, soit aux Fleurs des Saints. comme plus intelligibles aux lecteurs. Nous citons rarement Agnès d’Harcourt, que tous les autres biographes ont suivie pour les faits, parce que son style serait peu compris.

CHAPITRE I

Sainte Isabelle et le treizième siècle. — Le père et la mère de Sainte Isabelle. — Les Franciscains. — Histoire de frère Jean-le-Nattier. — L’abbaye de Citeaux. — Comment vivaient et mouraient les grandes dames au treizième siècle. — La féodalité.

« ET finalement, dirons nous avec un de nos naïfs chroniqueurs, moult-joie, Sainct Denis ! de ce que dans le plus beau parterre de la France est née Saincte Isabelle, cette fleur unique, qui a eu tant de participation et correspondance avec les éminentes vertus du roy Sainct Louis, son frère. » En effet, au milieu d’un siècle remarquable lui-même par la foi ardente et par la charité sublime dont le catholicisme pénétra les hommes et les grandes œuvres d’alors, la céleste figure d’Isabelle, ressort avec une auréole de grâce ineffable, d’angélique pureté et de douce candeur. Elle dépasse tellement le niveau de grandeur et de magnificence morale que les idées du XIXe siècle sont habituées à mesurer, que notre Sainte risquerait de passer pour une fiction intéressante, mais impossible, si d’avance nous n’écartions ce préjugé. Or, afin de comprendre, à une époque courbée vers la terre et esclave des sens, l’admirable beauté de cette fleur unique dont nous allons raconter l’histoire, nous dirons quelques mots sur le siècle qui la produisit, sur les milieux qui l’entouraient.

Dans le treizième siècle, l’esprit chrétien circulait en quelque sorte dans les veines du corps social ; il avait pénétré partout : il saisissait tout, individu, famille, corporations, gouvernement, institutions politiques. On naissait catholique ou on aspirait le catholicisme sur le sein de sa nourrice. De cet état de choses, il résultait dans la société un ensemble de fortes vertus qui se transmettaient avec le sang. Chez le chevalier comme chez le moine, chez le savant comme chez l’artiste, toutes les facultés étaient excitées ou développées sous l’influence de la pensée chrétienne. Et cette pensée se produisait sous mille faces différentes, dans les lois, dans les mœurs, dans la littérature, dans les arts. Le Christ, vraie lumière du monde, dominait tout et vivifiait tout, comme le soleil distribue sa féconde chaleur à l’arbrisseau, au roseau, aussi bien qu’au cèdre. Une foi sincère et ardente se transmettait héréditairement de génération en génération, au sein des familles, et ceux que la Providence plaçait au dessus des autres hommes par la naissance et par l’autorité, comptaient ordinairement, parmi les privilèges de leur rang, celui de se distinguer par un respect plus grand et une pratique plus exemplaire de la religion. Entre tous, le père et la mère de notre bienheureuse Isabelle brillèrent par leurs vertus chrétiennes ; elle reçut le jour de Louis VIII, roi de France, et de Blanche de Castille.

Louis VIII, fils de Philippe-Auguste, à qui il succéda en 1223, fut le modèle du parfait chrétien. Il ne pouvait mieux terminer sa sainte vie que par la mort d’un martyr, selon l’expression du pape Grégoire IX. Frappé d’une maladie mortelle, dont il ne pouvait espérer la guérison qu’au prix de la chasteté, il renonça généreusement au reste de vie promis à une ; action coupable et réprouvée par sa conscience : — Il vaut mieux mourir, dit-il, que de sauver sa vie par un péché mortel1. Il mourut, en effet, dans cette résolution, à Montpensier, en Auvergne, le 8 novembre 1226. Son testament, tout empreint du véritable esprit de piété et de charité, pourvoit largement aux hôtels-Dieu, aux ladreries et aux maisons religieuses. Il y avait à cette époque deux mille ladreries ; ce qui montre l’effrayante intensité de la lèpre au commencement du XIIIe siècle. Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires les évêques de Senlis, de Paris, de Chartres, et l’abbé de Saint-Victor de Paris.

Blanche était fille d’Alphonse IX, roi de Castille, et d’Aliénor d’Angleterre. Semblable à la femme forte de l’Ecriture, elle donna l’exemple de toutes les vertus ; elle eut l’incomparable honneur d’être la mère de saint Louis et de sainte Isabelle de France, et la tante de saint Ferdinand de Castille, fils de sa sœur Bérengère. Son père, véritable héros chrétien, avait écrasé l’Islamisme dans la célèbre bataille de Las Navas de Tolosa, dans laquelle périrent près de 200,000 musulmans. En souvenir de cette mémorable victoire, ce prince religieux fit établir par l’Eglise une fête annuelle, qui se célèbre encore en Espagne sous le nom de Triomphe de la Croix. Devenue mère de famille, Blanche comprit dans toute son étendue la grandeur et l’importance de ce titre. « Elle inspira à saint Louis, nous dit un historien, les sentiments d’une haute vertu, le faisant élever avec ses autres enfants par des hommes de grande probité et de rare doctrine... Elle fit beaucoup de bien aux religieux de Saint-Dominique et de Saint-François, qu’elle prit sous sa protection, fonda plusieurs couvents de leurs ordres, et les abbayes de Maubuisson et du Lys qu’elle dota richement2. » Cette dernière était dans le diocèse de Sens.

L’abbaye de Maubuisson ou de Notre-Dame la Royale, près de Pontoise, fut fondée, en 1241, pour des religieuses de Cîteaux. La pieuse fondatrice y mit pour mère abbesse sa nièce Wilhelmine d’Angleterre. Saint Louis allait bien souvent faire des retraites spirituelles de plusieurs jours dans cet asile du recueillement et de la vertu. Enfin la reine Blanche, sentant approcher sa dernière heure, manda auprès d’elle l’abbesse de Maubuisson, et prononça entre ses mains les trois vœux de religion. Elle mourut peu de jours après, pleine de mérites devant Dieu. Elle fut inhumée, selon sa volonté, dans cette abbaye, en 1252, revêtue de l’habit de religieuse de Cîteaux avec la couronne en tête. Nous croyons devoir traduire l’épitaphe qui fut gravée sur sa tombe.

« Cette Blanche, que la nation française pleure, est sortie de toi, ô Castille, comme une étoile radieuse au firmament.

Elle eut pour père le roi Alphonse, pour époux le roi Louis ; devenue veuve de lui, elle gouverna comme régente, afin que la nation pût jouir de la tranquillité.

Pendant le voyage d’outre-mer de son fils, elle gouverna comme auparavant.

Enfin celle sous le gouvernement de qui la nation française acquit tant de puissance, se consacra à Jésus-Christ dans son monastère. Si grande auparavant, elle gît aujourd’hui ici sous l’habit d’une pauvre religieuse3. »

 

Après les influences de l’esprit de famille, qui sont toujours les plus puissantes sur le cœur de l’homme, ce qui réagit le plus fortement sur lui, ce sont les institutions et les mœurs publiques. Le XIIIe siècle reçut son impulsion, on peut le dire, des deux ordres de Saint-Dominique et de Saint-François. Sainte Isabelle notamment avait choisi parmi ces derniers les directeurs de sa conscience. Faire une courte esquisse de ces deux rameaux illustres du grand arbre catholique qui couvre le monde, c’est donc jeter un éclair de lumière sur la vie intime de la royale vierge que nous proposons pour modèle à toutes les âmes pieuses.

En qualité de conseillers des princes, des seigneurs et des hommes de toutes les positions sociales, les religieux de Saint-Dominique et de Saint-François exerçaient sur les opinions et les actions individuelles une direction, une impulsion forte et conduite toujours vers un même but, c’est-à-dire vers la loi de Dieu, accomplie jusque dans les plus petits détails de la vie commune, et écoutée comme règle des mouvements de l’esprit et du cœur. — L’apparition de ces deux grands Saints et la fondation de leurs ordres, qui vinrent donner une sève nouvelle à l’Eglise et peupler le ciel d’un nombre prodigieux d’élus, furent généralement regardées comme un miracle de la bonté divine, voulant régénérer le monde après la barbarie des Xe et XIe siècles. Dante résume, dans un de ses chants, l’opinion universelle, quand il s’écrie : « La Providence qui gouverne le monde... envoya, pour son salut, deux chefs à l’épouse du Christ, afin de lui servir de guide. L’un fut un Séraphin d’amour divin, l’autre par sa sagesse fut un Chérubin de lumière4. » Selon Jacques de Vitry, au déclin du jour, au moment où la puissance de l’antechrist semblait prendre un accroissement effrayant, l’Eternel avait suscité ces deux nouveaux champions pour la défense de son Eglise, et afin qu’ils pussent, semblables à l’aigle, rajeunir le monde vieillissant. La vie fervente de ces deux ordres religieux, leurs chaleureuses prédications leur gagnèrent d’abord la vénération des peuples et la confiance des papes qui choisissaient bien souvent leurs légats parmi eux. Les rois les prirent à leur tour pour conseillers et ambassadeurs. On ne s’étonnait pas alors de voir, dans les palais des rois, ces hommes austères et si simplemeut vêtus. Bientôt ils parurent avec éclat dans les chaires de l’Université de Paris, cette mère et maîtresse des sciences. A l’époque de saint Louis et de sainte Isabelle de France, ces deux ordres illustres brillaient du plus vif éclat par le savoir et par la perfection religieuse. Il suffit de dire que les Dominicains comptaient alors saint Thomas d’Aquin, le B. Albert le Grand, Vincent de Beauvais, lecteur de saint Louis, saint Raymond de Pégnafort, Jacques de Bragio ; de leur côté, les Franciscains pouvaient montrer saint Bonaventure, saint Antoine de Padoue, saint Louis, évêque de Toulouse, et le célèbre théologien Alexandre de Halès. Saint Louis avait une affection singulière pour ces deux ordres, et il disait que s’il pouvait se partager en deux, il donnerait une partie de sa personne aux Dominicains et l’autre aux Franciscains. Il avait résolu, quand son fils aîné serait en âge, de lui céder la couronne et d’embrasser l’un de ces deux instituts, du consentement de la reine, son épouse. Mais celle-ci lui allégua des raisons très-solides pour le détourner de son projet.