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Histoire du commerce français

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522 pages

Le commerce de la France remonte, ainsi que son histoire politique, à plus de deux mille ans. Comme il a beaucoup varié pendant un si grand nombre de siècles, il convient de partager son histoire entre plusieurs périodes. On peut la diviser de la façon suivante :

1° Le commerce de la France jusqu’aux Croisades : 2° depuis les Croisades jusqu’à la fin du XVe siècle ; 3° le XVIe siècle ; 4° le XVIIe siècle jusqu’à la mort de Louis XIV ; 5° le XVIIIe siècle jusqu’à la Révolution ; 6° depuis la Révolution jusqu’à nos jours.

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Charles Périgot
Histoire du commerce français
A MONSIEUR GUSTAVE ROY
ANCIEN PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE PARIS COMMANDEUR DE LA LÉGION D’HONNEUR
MONSIEUR, L’Histoire du commerce français ne peut être mieux dédiée qu’à l’ancien président de la Chambre de commerce de Paris. C’est dans les établissements fondés par cette Chambre, l’Ecole commerciale de l’avenue Trudaine et l’Ecole supérieurela rue de Amelot, que l’enseignement de l’Histoire du commerc e a été inauguré, par l’auteur de ce livre. C’est en particulier grâce à vos soins persévérants qu’une troisième institution d’un ordre plus élevé encore, l’Ecole des hautes études commerciales a été récemment créée à Paris, pour être comme une véritable facult é des sciences du commerce. C’est vous qui m’ayez appelé à occuper dans cette é cole la chaire d’Histoire du commerce ; j’acquitte donc une dette de reconnaissa nce en vous dédiant ce livre né sous vos auspices. Veuillez en agréer l’hommage et recevoir, Monsieur, les respects de votre tout dévoué serviteur CH. PÉRIGOT.
PRÉFACE
Dans les histoires de France destinées à l’enseigne ment, ou même dans les grands ouvrages relatifs à notre histoire nationale, on trouve plus particulièrement exposés les événements politiques, c’est-à-dire les guerres et les institutions. Une place étroite est faite dans ces livres (sauf d ans celui de Henri Martin) à l’histoire du commerce, dont la part est néanmoins considérable dans le e développement de la grandeur nationale. Il n’en est guère parlé qu’au XVII siècle, à l’occasion de Sully et de Colbert. Cependant la sav ante géographie de la Gaule Romaine par M.E. Desjardins, la publication des Doc uments inédits sur l’histoire de France, les ouvrages spéciaux de MM. Chéruel et Dar este sur l’administration française, les recherches de M. Boutaric sur saint Louis et Philippe le Bel, de M. Pierre e e e Clément sur les ministres et lés financiers des XVI , XVII et XVIII siècles, enfin les livres de M. Levasseur sur le système de Law et l’h istoire des classes ouvrières en France nous offrent aujourd’hui tous les éléments d ’une histoire du commerce français. C’est à l’aide de ces savants ouvrages et de plusie urs autres, auxquels il a joint ses études personnelles, que l’auteur a entrepris cette Histoire du Commerce de notre pays. Il s’y est préparé par quinze ans d’enseignem ent dans les trois établissements appartenant à la Chambre de commerce de Paris, l’Éc ole commerciale, l’École supérieure de commerce et la nouvelle École des hau tes études commerciales. Certes, il n’a pas la prétention d’avoir fait un ou vrage complet sur une aussi vaste matière. Il a voulu seulement montrer aux jeunes Fr ançais comment s’est développée à travers les âges l’une des formes particulières d e notre grandeur nationale. Ce livre est accompagné de cartes intercalées dans le texte. La géographie n’éclaire pas moins l’histoire commerciale que les événements politiques. Cet abrégé du commerce français fait partie d’une h istoire générale du commerce que l’auteur publiera peut-être, s’il connaît par l e succès de cet ouvrage qu’il peut rendre un nouveau service aux études commerciales d ans notre pays.
LIVRE PREMIER
DIVISIONS LE COMMERCE DE LA FRANCE JUSQU’AUX CROISADES
Le commerce de la France remonte, ainsi que son his toire politique, à plus de deux mille ans. Comme il a beaucoup varié pendant un si grand nombre de siècles, il convient de partager son histoire entre plusieurs p ériodes. On peut la diviser de la façon suivante : 1° Le commerce de la France jusqu’aux Croisades : 2 ° depuis les Croisades e e e jusqu’à la fin du XV siècle ; 3° le XVI siècle ; 4° le XVII siècle jusqu’à la mort de e Louis XIV ; 5° le XVIII siècle jusqu’à la Révolution ; 6° depuis la Révolu tion jusqu’à nos jours. La première partie renferme plus de 1500 ans, depui s les commencements de e Marseille jusqu’à la fin du XI siècle. Elle se partage elle-même en trois période s, d’après les événements de l’histoire politique : le commerce de la Gaule indépendante, celui de la Gaule Romaine, celui de l a France depuis les invasions des barbares.
CHAPITRE PREMIER
LE COMMERCE DE LA GAULE INDÉPENDANTE. MARSEILLE
Notre pays s’est d’abord appelé la Gaule, du nom de s Gaulois ses premiers habitants. Ils occupèrent la contrée comprise entre la mer du Nord, la Manche, l’Atlantique, les Pyrénées, la Méditerranée, les Al pes et le Rhin. Si leur histoire militaire et politique présente beaucoup d’intérêt, leur histoire commerciale est nulle comme celle de tous les peuples demeurés dans un ét at voisin de la barbarie. C’est à des nations plus avancées dans la civilisation qu’i l appartenait de commencer le trafic dans notre pays. Les Phéniciens en Gaule. —Les Phéniciens de Tyr et de Sidon sont les plus célèbres parmi les peuples commerçants de l’antiqui té. Dès l’an mille avant Jésus-Christ, ils fondèrent Cadix en Espagne et explorère nt les côtes de la Gaule entre les Alpes et les Pyrénées. Les noms de plusieurs villes où l’on reconnaît des racines de la langue phénicienne, le culte des deux grandes divin ités tyriennes, Hercule et Vénus, permettent d’affirmer qu’ils ont établi des comptoi rs sur nos côtes de Provence et de Languedoc depuis Monaco (port d’Hercule Monœcus) ju squ’à Port-Vendres (port de 1 Vénus). Entre ces deux points s’ouvrent les embouchures du Rhône par lequel ils remontaient facilement dans l’intérieur du pays. Il s en exploitaient les mines d’or, d’argent, de fer et de cuivre alors abondantes et p resque à fleur de terre. La tradition leur attribue la fondation de Nîmes et d’Héraclée d u Rhône (ville d’Hercule, aujourd’hui Saint-Gilles). Peut-être même ont-ils occupé les pr emiers, avant les Grecs, l’emplacement de Marseille ; car l’heureuse positio n de cette ville, dans un port garanti des alluvions du Rhône, semblait appeler des marins aussi intelligents. Cette supposition paraît confirmée par la découverte faite à Marseille, en 1845, d’une longue inscription phénicienne. Les Grecs en Gaule : fondation de Marseille.Les Phéniciens furent remplacés — par les Grecs. On place vers 600 ans avant Jésus-Ch rist l’arrivée du premier vaisseau
parti de Phocée en Asie Mineure et la fondation de Marseille. D’après les Grecs, dont l’imagination embellit toutes les origines, le chef des Phocéens, Euxène, fut reçu par le chef d’une peuplade Gauloise qui mariait ce jour-là sa fille. Il invita les étrangers au festin. La jeune fille devait paraître à la fin du repas et choisir son époux en lui présentant une coupe. Elle l’offrit à Euxène qui re çut de son beau-père le terrain où il avait abordé. Il y fonda Marseille et envoya des me ssagers à Phocée pour en ramener de nouveaux colons. Un grand nombre de jeunes gens s’embarquèrent, apportant des plants de vigne et d’olivier qui prospérèrent rapid ement dans les cantons fertiles situés au nord de Marseille.
Carte 1. — Ancienne Marseille d’après Rouby et E. Desjardins. (Les lignes pointées indiquent le rivage en 1830 avant les nouveaux ports.)
La ville, construite sur une presqu’île jointe au c ontinent par un isthme fort étroit, était également propre au commerce et à la guerre (carte 1). Une enceinte de murailles avec une citadelle intérieure défendait s es arsenaux et son port appelé Lacydon,large à peine de cent creusé en fer à cheval. On y entrait par un goulet mètres. Les recherches des savants ont démontré que l’emplacement de l’ancienne Marseille occupait à peine le cinquième de la ville actuelle ; sa population ne devait pas dépasser 60 à 70,000 habitants. Colonies de Marseille.e pour— Cependant cette population devint assez nombreus fonder à son tour des colonies, ou occuper les anci ens établissements des Phéniciens (carte 2) : à l’est du Rhône, les sites actuels de Monaco, Nice, Antibes, avec les îles de Lérins qui la rendaient maîtresse du Var, Toulon et les îles d’Hyères (Grandes Stœchades), Tarento, (Tauroentum) et la Ciotat (Citharista) ; à l’ouest du Rhône, Agde, Port-Vendres et jusqu’à Ampurias (Empories) au sud des Pyrénées. A l’intérieur elle conquit sur les peuplades gauloises presque tout le département actuel des Bouches-du-Rhône, et même au nord de la Durance les villes de Cavaillon et d’Avignon. Géographie physique de la Gaule. —Ce vaste territoire généralement abaissé du sud-est au nord-ouest présente dans une proportion inégale : à l’ouest de vastes plaines propres aux cultures, mais alors couvertes de forêts dont la principale, l’Ardenne, s’étendait de l’Escaut au Rhin inférieur ; à l’est des plateaux formant le prolongement des Cévennes jusqu’aux Vosges et au Ju ra ; au centre et au sud les massifs des Cévennes avec les monts d’Auvergne, les Alpes et les Pyrénées riches en métaux et en pâturages. Plus de 2,400 kilomètres de côtes invitent au commerce lointain. Cinq grands fleuves, Rhône, Garonne, Loir e, Seine et Rhin, grossis de plusieurs milliers de rivières et de ruisseaux, por tent partout la fertilité et dessinent les
voies naturelles du trafic intérieur. Les hauteurs qui séparent leurs bassins s’abaissent en plusieurs endroits pour laisser passer les route s, aujourd’hui les canaux et les chemins de. fer.
Carte 2. — Établissement des Phéniciens, des Grecs et des Romains au sud de la Gaule.
Les avantages de cette situation ont été reconnus d ès l’antiquité. Le géographe grec Strabon écrivait, au temps d’Auguste :les fleuves de ce pays correspondent si bien entre eux que les marchandises peuvent être facilem ent transportées d’une mer à l’autre, à la descente ou à la remonte des rivières , sans avoir de longues, routes de terre à parcourir.ailleurs il ajoute : Et il semble que ce soit là, non pas un effet du hasard, mais une intention de la Providence. Enfin la Gaule, tenant à l’Espagne et à l’Italie par les cols des Pyrénées et des Alpes, un ie à l’Europe centrale par la vallée du Rhin, séparée seulement par un détroit de 34 kilomè tres de la Grande-Bretagne, est vraiment le lien de toute l’Europe occidentale. Commerce deMarseillesur la Méditerranée.Le littoral du midi fournit à Marseille les premier s objets de son commerce. Les plants d’oliviers furent propagés au nord jusqu’à V alence et à l’ouest jusqu’à Toulouse ; aussi l’huile de Marseille était-elle au ssi renommée dès lors qu’aujourd’hui. La vigne fut portée dans la vallée du Rhône jusqu’à Vienne. On citait les vins épais des coteaux de Marseille servant au coupage, les vi ns blancs de Béziers, les vins doux des Voconces (Drôme), des Helviens (Ardèche) e t ceux de Vienne au goût de résine. Les figues de Marseille n’étaient pas moins recherchées. Les Marseillais arrachaient le corail aux îles d’Hy ères ; ils tiraient du sol l’escarboucle tellement prisée en Orient qu’ils la vendaient 40 pièces d’or. Ils exploitaientles bancs d’huîtres de l’étang de Vendr es près Narbonne, et ceux du Stomalimné (étang de l’Estomac à l’ouest de Berre) maintenant fermé, mais jadis communiquant librement avec la mer. Ils pêchaient l es mulets ou muges dans tous les étangs de la côte du Languedoc, le rouget prodigieu sement abondant au Stomalimné, surtout le thon qu’on harponnait avec des hameçons de fer ; Antibes connaissait déjà l’art de le conserver en le marinant. Dans les terr es, ils élevaient les moutons de la Crau à la laine encore grossière, et les chèvres do nt les peaux fournissaient des outres pour le transport des liquides. Commerce deMarseilledans l’intérieur de la Gaule.— Les Marseillais s’avançaient dans l’intérieur du pays par les vallées des fleuve s occidentaux où ils rencontraient de nouvelles richesses. Par le cours del’Aude depuis N arbonne et par le portage du col de Naurouze (191 m.), ils pénétraient dans le bassi n de la Garonne. Les Gaulois recueillaient les paillettes d’or roulées par l’Ari ège et l’Adour ; ils savaient aussi creuser les mines, extraire les pépites, les fondre en lingots déposés dans le temple de Toulouse, ou les transformer en ornements de tou te espèce, bagues, colliers et bracelets. Les fers de l’Ariège, des Landes et du P érigord étaient déjà exploités, comme le prouvent les scories anciennes trouvées pr ès de ces mines. Le cuivre, bien plus abondant qu’aujourd’hui, était extrait des Pyr énées occidentales par les Sotiates dont César vante l’habileté dans le percement des g aleries souterraines : les mines de Saint-Étienne-de-Baigorri, maintenant abandonnées, renfermaient plus de 50 puits de l’époque gauloise. Les Cévennes donnaient d’autres métaux, On citait l es mines d’argent des Rutènes (Aveyron), des Gabales (Lozère) et des Arvernes (Pu y-de-Dôme et Cantal), mêlé au plomb encore abondant aujourd’hui dans ces montagne s. Les flancs des Pyrénées étaient couverts de belles forêts de buis d’une gra nde hauteur ; leurs pâturages nourrissaient de petits chevaux de montagne renommé s. Dans les Cévennes, on élevait, des boeufs pour le labour, surtout des vac hes dont le lait était transformé en fromages appréciés plus tard jusqu’à Rome. Enfin la vallée de la Garonne donnait le millet, et celle du Lot le lin dont on faisait à Ca hors des toiles vantées pour leur finesse.