Histoire du Second Empire

Histoire du Second Empire

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Français
582 pages

Description

Une protestation de Joseph Bonaparte. — Le duc de Reichstadt ; sa mort. — Transmission du droit napoléonien. — La filialité de Louis-Napoléon ; l’insurgé des Romagnes ; sa fuite et son permis de séjour à Paris. — Le citoyen de Thurgovie. — Conseils de la reine Hortense à son fils. — Espérances et caractère de M. Louis Bonaparte. — M. Fialin, dit de Persigny. — Les deux aventuriers s’accordent. — La conspiration de Strasbourg ; ses résultats.

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Date de parution 26 juillet 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9782346087082
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Hippolyte Magen
Histoire du Second Empire
LE PROLOGUE DU SECOND EMPIRE
CHAPITRE PREMIER
Une protestation de Joseph Bonaparte. — Le duc de Reichstadt ; sa mort. — Transmission du droit napoléonien. — La filialité de Louis-Napoléon ; l’insurgé des Romagnes ; sa fuite et son permis de séjour à Paris. — Le citoyen de Thurgovie. — Conseils de la reine Hortense à son fils. — Espérances et caractère de M. Louis Bonaparte. — M. Fialin,ditPersigny. — Les deux de aventuriers s’accordent. — La conspiration de Strasbourg ; ses résultats. — M. Louis Bonaparte est gracié et s’embarque pour New-York. — Acquittement de ses complices. — Son retour en Europe. — Mort de sa mère. — Conflit entre la France et la Suisse. — Départ de M. Louis Bonaparte pour Londres. — Conspirateur et viveur. — La conspiration de Boulogne. — Les conjurés devant la Cour des pairs ; la sentence ; réflexions qu’elle inspire. — M. Louis Bonaparte dans la forteresse de Ham ; la comédie qu’il y joue ; son évasion ; son retour à Londres ; mort de son père ; il prête serment de er constable. — Un seul frère de Napoléon I a survécu. — Une cérémonie funèbre à Saint-Leu-Taverny. — Situation de M. Louis Bonaparte en février 1848.
En écrivant cette histoire, qui se renoue à celle du premier Empire dont j’ai fait le récit, je me suis proposé de mettre à un point de vue qui le montre tout entier l’abîme où descend un Peuple soumis à un homme. er Napoléon I qui, le 30 octobre 1815, avait débarqué à Sainte-H élène, mourut prisonnier des Anglais sur ce rocher de l’Océan indien, le 5 mai 1821. Après la révolution de Juillet, Joseph Bonaparte, l’ancien roi de Naples et d’Espagne, contesta, en sa qualité de frère aîné de l’ex-empereur, à la Chambre des députés le droit de disposer d’une couronne « conférée par la Chambr e de 1815 à Napoléon II, conformément au pacte constitutionnel. » S’inclinant, d’ailleurs, devant la souveraineté du Peuple, il ajoutait : « Si la nation croit devoir faire, dans son intérêt, un autre choix, elle en a le pouvoir et le droit, mais elle seule. » Celui qui devait être Napoléon II et dont la naissance fut si pompeusement fêtée, le 20 mars 1811, portait le nom de duc de Reichstadt, que les alliés lui donnèrent en chargeant son grand-père, l’empereur d’Autriche, de veiller s ur lui. On imagina un système d’énervation qui eut un plein succès. L’enceinte de certains châteaux impériaux était pour lui les bornes du monde. Dans ses rares promenades aux environs de Vienne, il était tenu sous une surveillance sévère. On restreignait à la chronologie ses études historiques. Les lettres qu’on lui adressait, et qui auraient pu l’initier à ce qu’on voulait lui laisser ignorer, étaient supprimées. On ne lui parl ait pas de son père dont il ne reçut jamais la moindre nouvelle. Marie-Louise avait cont racté avec le général autrichien 1 comte Neipper une liaison illicite , et ne s’occupait pas plus de son mari que de son fils. Dans sa réponse à une demande d’audience adressée par le poëte Barthélemy, le comte de Diétrichstein, gouverneur du prince, disait : « La politique de la France et celle de l’Autriche s’opposent à ce qu’un étranger, surtout un Français, soit présenté au prince ; il ne voit, ne lit et n’entend que ce que nous voulons qu’il voie, qu’il lise et qu’il entende. S’il recevait une lettre qui eût trompé notre surveillance, il nous la remettrait sans l’ouvrir. » Cet isolement où on le retenait, cette émasculation de son intelligence, lui produisirent l’ennui de la vie ; émacié, atrophié le duc de Reic hstadt mourut à Schœnnbrun, le 22 juillet 1832, d’un cancer à l’estomac, disaient les uns, de phthisie, prétendaient les autres, — des effets d’un poison lent, affirmaient des bonapartistes. Quoi qu’il en soit de ces diverses allégations, « sur l’héritier présompt if de Napoléon s’accomplissait l’arrêt irrévocable que Dieu, depuis un demi-siècle, semblait avoir prononcé contre l’orgueil des dynasties qui se prétendent immortelles. La mort du duc de Reichstadt ne devait pas
2 fermer la série ... » 3 Deux sénatus-consultes avaient réglé la transmission de la dignité impériale ; au cas où l’Empereur ne laisserait pas d’héritier légitime ou adoptif, elle aurait lieu collatérallement au profit de Joseph Bonaparte et d e ses enfants, et, à leur défaut, de Louis Bonaparte et de sa descendance directe, naturelle et légitime. Joseph n’avait pas de fils ; Louis en avait reconnu trois issus de sa femme Hortense. L’aîné était mort à la Haye, le 5 mars 1807, à l’âg e de cinq ans ; le deuxième nommé Napoléon-Louis naquit en 1805. Le roi de Hollande se refusait assure-t-on, à endosser le troisième, Louis-Napoléon né, à Paris, le 20 mai 18 08 ; il se serait laissé imposer par l’Empereur cette paternité qu’il reniait. Il ne vou lut jamais que le portrait de cet enfant pour lequel sa mère avait une prédilection marquée figurât parmi ceux de tous les autres membres de la famille dans son salon, à Florence où il s’était retiré. Que la filialité de Louis-Napoléon Bonaparte n’ait rien de napoléonien, comme le lui ont reproché à lui-même, plus d’une fois, quelques-uns de ses parents, — et que le père ait protesté, deux 4 fois et par écrit , contre l’illégitimité de cet enfant, l’historien n’a pas à s’en préoccuper : « La filiation se prouvant par l’acte de naissance, » et celui de Louis-Napoléon Bonaparte ayant été dressé et enregistré dûment et légalement, le troisième fils de la reine Hortense est, aux yeux de l’histoire et aux yeux de la loi, rattaché à la souche d’où sortent les Bonapartes par les mêmes liens familiaux que ses deux frères. La reine Hortense, que Louis XVIII, après la restau ration, avait créée duchesse de Saint-Leu, s’occupait, à Arenemberg, de l’éducation de ses deux fils. En février 1831, les Ro magnes s’insurgèrent contre le gouvernement du pape. Les deux frères, affiliés à la société des Carbonari, allèrent prendre part à cett e insurrection dont le but étaitde soustraire Rome à la domination du pouvoir temporel . Les Autrichiens battirent les insurgés. Le corps dont faisaient partie Napoléon-L ouis et Louis-Napoléon opéra sa retraite sur Forli où une inflammation de poitrine emporta brusquement le premier. L’autre, qui va devenir le héros de cette histoire, trouva un refuge à Ancône. Sa mère y accourut ; elle obtint de l’ambassade anglaise un p asse-port sous la protection duquel cette femme intrigante et hardie put conduire à Par is le dernier de ses fils. M Louis Bonaparte sollicita du roi l’autorisation d’y séjou rner afin de rétablir sa santé ; la duchesse de Saint-Leu appuya de ses supplications m aternelles cette demande que Louis-Philippe accueillit favorablement. Le jeune c onspirateur ne tarda pas à tramer contre le gouvernement français des menées qui fure nt découvertes. La mère et le fils reçurent l’ordre de quitter Paris et retournèrent à Arenemberg. M. Louis Bonaparte venait d’être naturalisé citoyen de Thurgovie quand il apprit la mort du duc de Reichstadt. Aussitôt, la reine Hortense f it scintiller à ses yeux la couronne impériale dont, par transmission du droit napoléoni en, il devenait l’héritier. Dès ce moment, elle ne cesse d’inculquer dans l’esprit de son fils l’idée que son étoile est d’être Empereur et l’assurance que s’il marche en foi vers la conquête de l’héritage qui lui échoit, il le sera. Elle maximait ainsi quelques-unes de ses leçons : « Les hommes sont partout et toujours les mêmes ; ils révèrent, malgr é eux, le sang d’une famille qui a possédé une grande fortune. Un nom connu est le premier à-compte fourni par le destin à l’homme qu’il veut pousser en avant. — Un prince doit savoir se taire ou parler pour ne rien dire. — Votre oncle a pu établir son autorité en donnant à tous les partis l’espérance particulière qui amusait la badauderie royaliste ou républicaine. —Tous les moyens de régner sont bons pourvu qu’on maintienne l’ordre matériellement. » Elle lui apprenait qu’aux yeux des hommes qui sont crédules on est grand en n’avouant aucune faute et en rejetant, comme le faisait Napoléon, ses torts sur autrui.Elle lui recommandait « si jamais il était le maître de pourvoir à l’organisation du pays,de ne pas souffrir qu’on y parle
quelque part sans son autorisation expresse ; —que ce soit seulement, insistait-elle, sous votre surveillance, car le pouvoir est comme une source dont il ne faut pas remuer le fond. » Admettant dans ses prévisions, quoique le jugean t improbable, le cas où la nation française ne se livrerait pas à l’héritier de l’Empereur «dont il faut, sans se lasser affirmer l’infaillibilité, en soutenant qu’il y ava it un motif national à tous ses actes, » la mère disait à son fils : «Si la France vous échappait définitivement, l’Italie, l’Allemagne, la Russie, l’Angleterre vous présenteraient encore des sources d’avenir ;partout, il se produitCAPRICES D’IMAGINATION DES qui peuvent élever aux nues l’héritier d’un homme illustre. » Dans ce cours demoraleoù abondent les excitations à la pratique des perfidies et du mensonge, au dédain de toute moralité, au mépris de s hommes et des lois, la reine Hortense enseignait à M. Louis Bonaparte la méthode qu’il faut suivre pour tromper une nation au moyen «s phrases ded’un art des princes consistant à faire miroiter de manière à ce que, par un phénomène d’optique, elles fassent voir aux peuples tout ce qui leur plait,et pour s’emparer du pouvoir en mettant, de guet -apens, l’épée sur la » gorge des législateurs et des honnêtes gens ; cette méthode la voici : «Toujours l’œil aux aguets, surveillez les occasions propices. Étudiez les MACHINATIONSdes grands actes politiques de votre oncle. C’est amené de loi n, mais étant données les circonstances analogues, INFAILLIBLEcomme une des manœuvres militaires de sa jeunesse. » Des principes aussi immoraux germant dans une âme a mbitieuse ne pouvaient qu’y engendrer une corruption profonde. Avec une opiniâtreté que secondait l’entêtement de son caractère, M. Louis Bonaparte se mit à poursuivre la réalisation des espérances dont sa mère le berçait. Très-indifférent au choix des m oyens, il ne regardait que le but offert à ses convoitises, et il se croyait sûr de l’attein dre. Si on le contredisait sur ce point, il 5 sortait de sa taciturnité et s’emportait jusqu’à l’éclat. « Alors, disait madame Cornu , sa violence ne connaissait plus de bornes, il devenait un tigre. » Dans ses «rêveries politiques, » t unese trouvait un projet de Constitution établissan République avec un Empereur. Cette chimère étrange exposa le rêveur au sourire de ceux qui la connurent. En 1834, un jeune aventurier, ancien boursier du collége de Limoges, ex-maréchal des logis, sans sou ni maille, cherchait partout des moyens d’existence. Il se nommait Fialin. Tandis qu’on sollicitait pour lui un emploi dans les douanes, il écrivait des entrefilets dans le journalleTempsournauxcollaborait à une correspondance destinée aux j  et légitimistes des départements. La pensée d’exploite r M. Louis Bonaparte lui vint. En conséquence il fonda une revue mensuelle :L’Occident français.le premier et Dans unique numéro de cette revue, M. Fialin qui, en 183 2, légitimiste ardent, s’était battu au château de la Pénissière-de-la-Cour, à côté des con spirateurs vendéens, disait : « La vraie loi des mondes modernes et tout le symbole des nationalités occidentales résident dans l’idée napoléonienne. Le temps est venu d’annoncer par toute la terre cet évangile impérial et de relever le vieux drapeau de l’Empereur. » M. Fialin lia par une particule son nom à celui de Persigny ; puis, reniant tout à fait le nom de son père il s’appelade Persignyet se créa vicomte. Il alla voir, à Londres, l’ex-roi Joseph qui avait inutilement essayé d’établir une a lliance entre les bonapartistes et les républicains et qui n’encouragea pas dans son projet le fondateur del’Occident français. De retour à Paris, M. Fialin obtint de M. Belmontet avec lequel M. Louis Bonaparte 6 s’épanchait , une lettre de recommandation pour le fils de la r eine Hortense. Les deux aventuriers s’accordèrent. Désormais aux gages de M . Louis Bonaparte, M. Fialin reprit la route de Paris. Dès son arrivée, il visita La Fa yette, Armand Carrel et d’autres
républicains en renom afin de donner, en divulguant ses entretiens avec eux, un appui moral au plan concerté avec le prince. « Le nom que porte Louis-Napoléon, disait Armand Carrel, est le plus grand des temps modernes et le seul qui puisse exciter les sympathies du peuple français. Si le Prince oublie les droits de légitimité impériale pour ne se rappeler que la souveraineté du peuple, il peut être appelé à jouer un grand rôle. » M. Fialin se hâta de retourner à Arenemberg où, ave c les paroles de Carrel, il exalta les espérances de M. Louis Bonaparte. Un projet de conspiration fut conçu, et on en prépara l’exécution. M. Fialin se mit en rapport av ec le colonel Vandrey « qui, pendant 7 toute sa vie, livré à ses passions, offrait, plus q u’un autre, prise à la séduction . » Ce e colonel Vaudrey commandait le 4 d’artillerie à Strasbourg. M. Fialin l’embaucha, a idé par une dame Eléonore Grault, veuve Gordon, qui pérégrinait en donnant des concerts publics. M. Louis Bonaparte avait rencontré en Suisse et converti au bonapartisme cette chanteuse qui était spirituelle et belle. « Active, intrigante, de mœurs équivoques et sans argent, madame Gordon offrait l’assemblage de toutes les conditions qui, d’un être doué 8 de raison, font souvent un instrument docile . » On la dépêcha au colonel Vaudrey qui s’en éprit : « Je ne puis appartenir, lui écrivit-e lle, qu’à l’homme qui se dévouerait au succès de l’entreprise. » Le colonel étant gagné à la conspiration, il fut dé cidé que Strasbourg serait le théâtre où elle se produirait ; le commandant Parquin, le l ieutenant Laity et une douzaine d’aventuriers ou de déclassés parmi lesquels figuraient MM. de Quérelles, de Gricourt et de Bruc, s’y associèrent. Le 29 octobre 1836, M. Lo uis Bonaparte arriva secrètement à Strasbourg. Le lendemain, à six heures du matin, le prince « revêtu d’un costume pareil à er celui de Napoléon I , la tête couverte du chapeau historique, » prend, avec son groupe e de complices, le chemin de la caserne que le 4 d’artillerie occupe. MM. de Quérelles et M. de Gricourt marchent en avant et se relayent pour porter l’aigle impériale. On arrive ; le colonel Vaudrey est à la tête de ses soldats que par argent et par promesses de grades il a corrompus. Il fait quelques pas vers M. Louis Bonaparte et le présente à son e régiment : « Soldats du 4 d’artillerie, s’écrie-t-il, une révolution a renversé Louis-Philippe du trône ; voici Napoléon II, empereur des Français ; il vient prendre les rênes du gouvernement. Criez :Vive l’Empereur !Ce cri fut poussé par les soldats. Le Prince » confie au colonel l’aigle que portait M. de Gricourt ; « il promet de l’avancement à tout le monde, » charge M. Fialin d’aller, avec une partie des artilleurs, arrêter le préfet dans son hôtel, se porte, avec le reste du régiment, vers le quartier général et ouvre ses bras au général Voirol qu’il étreint en lui disant : « Reconnaissez en moi Napoléon II. » Le général repousse dédaigneusement le conspirateur et, en ter mes véhéments, il flétrit cette rebellion insensée. Confiant la garde du général au commandant Parquin et à dix ou douze artilleurs, M. Louis Bonaparte se dirige vers la caserne de la Finkmatt. Là, il tente, e par des promesses, de soulever en sa faveur le 49 de ligne. Officiers et soldats rejettent les offres qui leur sont faites ; ils arrêtent les conjurés pendant que le lieutenant-colonel Taillandier met la main au collet du Prince tremblant et le fait écrouer à la citadelle. Fialin s’était réfugié dans un appartement loué par madame Gordon. Elle cherche à relever le fugitif de l’abattement où il est tombé ; elle barricade les portes et brûle les papiers compromettants. Quand le commissaire, suivi de gendarmes, pénètre dans l’appartement, elle se rue sur eux pour laisser à M . Fialin le temps de fuir par une porte donnant sur le rez-de-chaussée. Dès qu’elle apprit les résultats de cette misérable équipée la duchesse de Saint-Leu alla se jeter aux pieds de Louis-Philippe, en le su ppliant de faire grâce à son fils. Le 9 novembre, une chaise de poste amena le Prince à Paris. En arrivant à la préfecture, il sut que le roi le graciait. Il écrivit, aussitôt, une l ettre pour détourner des sept conjurés qui
evaient être jugés à Strasbourg une responsabilité qu’il assumait tout entière. « Le roi, disait-il,a ordonné, dans sa clémenceje fusse conduit à Lorient pour passer en que Amérique.Je suis vivement touché de la générosité du roi.Nous sommes tous — coupables envers le gouvernement d’avoir pris les a rmes contre lui.Mais le plus coupable c’est moi qui, méditant depuis longtemps u ne révolution, suis venu arracher des hommes à une position honorable.C’EST MOI QUI LES AI SÉDUITS. Pour leur ôter tout scrupule, je leur dis que la nouvelle de la mo rt presque subite du roi paraissait c e rta in e .On verra par là combien j’étais coupable. J’étais c oupable envers le gouvernement ; or, le gouvernement a été généreux envers moi.» Cette lettre fut lue aux jurés qui, ne pouvant condamner des rebelles subalt ernes quand le chef de la révolte était amnistié, les acquittèrent. Le 21 novembre, à Lorient, au moment où il montait à bord del’Andromède en partance pour les États-Unis, M. Louis Bonaparte reçut du sous-préfet seize mille francs en or ; cette somme lui était remise de la part du roi. Après avoir donné aux jurés du Bas-Rhin lecture de la lettre du Prince, l’avocat Parquin, défenseur de son frère le commandant, s’ét ait écrié : « Parmi les défauts de Louis-Napoléon,il ne faut pas, du moins, compter l’ingratitude. » La conduite du Prince démentit bientôt la parole de l’avocat. Moins de six mois après son arrivée à New-York où i l menait folle vie, M. Louis-Bonaparte reçut une lettre de la reine Hortense qui, atteinte d’une maladie grave, allait se faire opérer. Il s’embarqua pour l’Europe et demeura auprès de sa mère qui expira entre ses bras le 3 octobre 1837. Elle l’avait vu, avec d ouleur, se ruiner par ses dissipations que de doux reproches maternels étaient impuissants à réprimer. En 1836, elle écrivait à la duchesse d’Abrantès : « Si Louis devient jamais Empereur, il mangera la France. » Après la mort de sa mère. M. Louis Bonaparte machin a une nouvelle insurrection contre le gouvernement de son bienfaiteur. Dès les premiers mois de 1838, un acquitté de Strasbourg, le lieutenant Laity, publia une brochure dans laquelle on lisait ceci : « Le prince entend proclamer de nouveau ses prétentions au trône de France. » M. Molé, président du conseil des ministres, écrivait à M. de Montebello, notre consul en Suisse : « Louis Bonaparte a assez prouvé assurément qu’il n’était accessible à aucun sentiment de reconnaissance et qu’une plus longue patience du gouvernement français ne ferait que le confirmer dans son aveuglement et l’enhardir à de nouvelles trames... Vous déclarerez au Vorort que si, contre toute attente, la Suisse prenant fait et cause pour celui qui compromet si gravement son repos refusait l’expulsion de Louis Bonaparte, vous avez ordre de demander vos passe-ports. » Le V orort opposa un refus à la demande du gouvernement français afin de sauvegarder le principe et non par sympathie pour M. Louis Bonaparte au sujet duquel. l’avoyer Kopp, député de Lucerne, s’exprimait ainsi : « Je refuse d’expulser un citoyen de Thurgovie sur la demande d’un ambassadeur étranger, mais il est hors de doute que Louis Bonap arte a manqué à la France et à la Suisse. Il devait savoir qu’il renonçait à sa quali té de français en se faisant recevoir citoyen de Thurgovie. Lucerne ne saurait féliciter Thurgovie de l’acquisition d’un citoyen qui comprend si mal les devoirs qu’impose le titre de républicain. » Des troupes françaises se dirigeaient vers la frontière et la S uisse armait son contingent. Devant l’imminence d’un conflit dont il redoutait les conséquences pour sa personne plutôt que pour la nation hospitalière dont il était devenu le citoyen, M. Louis Bonaparte gagna furtivement l’Angleterre. « Je ne veux, avait-il éc rit, ni réclamer ni renier mon droit de citoyen suisse. » Le Prétendant loua un hôtel à Londres dans Carlton Gardens. Ses partisans s’y réunissaient ; à ceux qui figurèrent dans l’échauffourée de Strasbourg s’étaient joints le