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HISTOIRES DE BIÈRE

De
144 pages
Les liens mystérieux qui existent entre la femme et la bière, les pouvoirs surnaturels de la Bière de Mars, la magie de la fermentation, l'art et la manière de savourer une bière… Tels sont quelques-uns des thèmes abordés dans ces aventures à la fois sérieuses, pittoresques et galantes du célèbre patron de la bière et des brasseurs, le grand saint Arnould. Etayés par une solide documentation historique et technique, ces récits sont l'occasion de raconter la bière sous ses différents aspects, tout en évoquant la société médiévale et les traditions gastronomiques d'un terroir qui va des Ardennes aux Flandres.
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HISTOIRES

DE BIERE

Douze récits édifiants de la vie du saint patron de la bière} Arnould de Tiegem

Du même

auteur:

La bière maison, déclin et renaissance d'une tradition) in La bière de nos régions, bières d'hier et d'aujourd'hui en France, A. PerrierRobert, Schortgen, Luxembourg, 1998.

Tontons flingueurs
époque. Préface avec J -L. Denat,

et Barbouzes, de Georges Lautner. L'Harmattan 1998.

toute une Co-auteur

I
Douze récits édifiants de la vie du saint patron de la bière, Arnould de Tiegem

L'Harmattan 5-7, rue
75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALLE

Illustrations de Françoise DUBOIS

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-2160-5

qui savait apprécier

A Yunnan) bières brunes et genièvres.

AVANT -PROPOS
S'il était encore besoin d'illustrer l'importance de la bière dans notre civilisation occidentale, il suffirait de considérer l'impressionnante liste des saints qui accordent leur protection à cette boisson et' aux brasseurs. Saints Georges, Michel, Adrien, Amand, Arnould de Metz, Arnould de Tiegem, Florent, Léonard et beaucoup d'autres, dont l'archange Gabriel luimême, bénissent la bière et ses artisans, avec une compétence le plus souvent régionale. Arnould de Tiegem, peut-être le plus célèbre d'entre eux, est le saint patron reconnu dans le nord de la France et la Belgique, terres de prédilection de la bière s'il en fûtl ! Quelle destinée hors du commun valut à cet homme si flatteuse notoriété? Du chevalier à l'évêque Tiegem est un petit village des Flandres belges occidentales, près d'Oudenaarde, à une soixantaine de kilomètres à vol de mouette des dunes de la Mer du Nor<;l.Arnould y voit le jour vers 1040, au sein d'une famille noble de la lignée des comtes de Namur et de Louvain2.
1 Son homonyme Arnould de Met~ (580-640) est vénéré comme le saint patron des brasseurs plus particulièrement dans l'est de la France et de la Belgique. 2 Les sources font varier la date et le lieu de naissance. Certaines le font naître en effet à Pamel, village situé près de Ninove, en Brabant flamand, à une vingtaine de km à l'ouest de Bruxelles.

Son père, le sire Volbrecht, seigneur du lieu, est vassal du comte Henri 1er, qui régnera sur la région de 1031 à 1060. Les temps sont durs: six siècles d'invasions, avec leur cortège de pillages et de dévastations, ont ruiné la civilisation gallo-romaine. En 1033, millénaire de la mort du Christ, une terrible famine s'est abattue sur l'Europe occidentale. Dans cette société désorganisée, l'Eglise est la seule force capable d'enrayer l'anarchie. Tant bien que mal, elle multiplie les établissements monastiques, îlots de civilisation, et tente de canaliser la violence par des trêves et des arbitrages entre seigneurs locaux. Arnould, d'une force physique peu commune, se destine à la carrière des armes, comme l'y encourage son parrain, Arnould d'Oudenaarde. Sacré chevalier par le comte de Flandres, le jeune homme devient l'attraction des tournois dont le cérémonial se met alors en place dans toute l'Europe. En 1066, lors d'une prestigieuse joute organisée à Utrecht en l'honneur de l'empereur d'Allemagne, Arnould fait montre de sa force en culbutant tous ses adversaires et en maniant sans effort un colossal épieu. Pourtant, celui qu'on nomme partout Arnould le Fort (De Sterk)1 interrompt brutalement sa carrière dans les armes et met fin à la vie qu'il menait jusqu'à maintenant à la cour. Il quitte les Flandres et gagne Soissons. Là, il en1 L'abbé Hariulf cri t de 11 77 . mentionne ce surnom 8 dans son manus-

tre comme novice à l'abbaye bénédictine SaintMédard. Il se plie avec patience aux contraintes de sa nouvelle existence, qui sont discipline, étude, silence et austérité. Bientôt des responsabilités lui sont confiées. Il a notamment en charge l'accueil des visiteurs et pèlerins et participe aux multiples activités de la communauté, dont la brasserie. Sa culture, sa sagesse et son intégrité lui valent, en 1072, à l'âge de 32 ans, d'être élu à la tête de l'abbaye. Neuf ans plus tard, la population de Soissons et le clergé obtiennent du pape Grégoire VII qu'il le nomme évêque. Sa fulgurante carrière, ses qualités humaines, sa ferveur religieuse et ses talents d'organisateur le signalent à l'attention du pape. Celui-ci lui confie alors (1083) une délicate mission auprès du redouté comte de Lille, Robert le Frison. Nommé légat pontifical, Arnould retourne donc dans ses Flandres natales pour tenter de mettre fin à l'anarchie qui s'y développe, juguler les luttes fratricides, soulager la misère du peuple et restaurer le pouvoir de l'Eglise. En une année, Arnould s'acquitte de sa tâèhe. Les ennemis se réconcilient et le petit peuple accueille avec soulagement la fin des guerres et pillages qui ravageaient la région. Tout en multipliant les œuvres de charité, Arnould fonde en 1084 l'abbaye Saint-Pierre d'Oudenbourg, entre Bruges et Ostende, en veillant à ce qu'une brasserie y soit rapidement construite, de façon à nourrir les ouvriers et assurer aux
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moines un moyen de subsistance et une source de revenu. C'est dans cette abbaye qu'il meurt, le 15 août 1087. Il sera canonisé quarante ans plus

tard
La

1

.

crosse

et le fourquet

"La piété est il1vel1tÎve, explique le R.P. Hervé Savon; l'âme populaire 11 'aime pas la litote; elle veut que 1'011 souligl1e, que 1'011 explicite; elle aime les couleurs vives et les COl1trastes un peu criards"2. Ainsi en a-t-elle usé avec Arnould. Puisque les textes sont si peu bavards sur l'homme, sa vocation religieuse et même sur les miracles qui firent de lui le protecteur des brasseurs, la tradition populaire s'est empressée de suppléer à leur mutisme. Elle a tissé, au fil des siècles, le portrait d'un saint paré de diverses vertus, mais aussi d'un homme passionné, dont l'engagement religieux va de pair avec l'implication dans le siècle, au service de la charité, de la justice et... d'une boisson, la bière, pour laquelle il est prêt à tous les combats et à tous les sacrifices. Ce portrait est-il conforme à la réalité? La question est déplacée. La poésie, selon Aristote, étant plus vraie que

1 Pour les informations concernant la vie de Saint Arnould, on consultera les articles de P-A. Dubois et A. Marcant, in La Gazette des Amis de la bière du NordPas de Calais, septembre 1998 ; voir aussi la bibliographie en fin de volume. 2 R.P. H. Savon, introduction à la Légende dorée, de Jacques de Voragine, Garnier-Flammarion 1967. 10

l'Histoire, Saint Arnould ne saurait être autrement que la mémoire populaire l'a dépeint. C'est donc en interrogeant longuement la tradition orale, encore détentrice de richesses insoupçonnées, qu'ont été mis à jour les épisodes de la vie de Saint Arnould qui composent le présent recueil et qui ont trait à la bière et ses à-côtés. Chaque génération de conteurs ayant fait d'Arnould son contemporain, les anachronismes sont fréquents. Loin de nuire à ces récits, ils leur apportent une richesse supplémentaire. On peut en dire autant des archaïsmes, dont certains ont été volontairement conservés dans cette version moderne, pour garder aux textes un peu de leur saveur médiévale initiale. On observera enfin comment la tradition a utilisé un des ressorts bien connus de la narration, en flanquant le saint héros d'un fairevaloir, en l'occurrence un moine confident et collaborateur, dont le nom varie selon les sources mais qui a été désigné ici, par commodité, sous un unique prénom. On lira dans ces récits des miracles, des aventures extraordinaires (voire amoureuses), des anecdotes, la passion du bien boire et du bien manger et quantité d'autres choses. On y trouvera de quoi nous éclairer sur les mentalités des siècles passés, quand les hommes, à la fois violents et compatissants, cherchaient dans le merveilleux une compensation aux malheurs du temps. On y verra le terroir du Nord inlassablement vanté et célébré, des Flandres aux Ardennes, et ses traditions épulaires défendues avec vigueur. Quant à la bière, Il

présente de page en page, elle est honorée dans ses vertus et exaltée dans son art. Arnould à son égard est intransigeant. Il traque ses ennemis, pourfend ses contempteurs et dénonce ceux qui trahissent la noble boisson en ne lui accordant pas l'attention et la sollicitude qu'elle exige. Pour la bière Arnould se fait à l'occasion justicier, prédicateur, provocateur. Il est le gardien d'une longue tradition dont on lira l'histoire et les fondements ,au dernier chapitre de cet ouvrage. Enfin, on ne pourra qu'être frappé par les profondes résonances qu'éveillent ces récits dans nos consciences modernes. Bien que venant du fond des siècles, les exhortations et les conseils de Saint Arnould demeurent étrangement d'actualité et le saint patron de la bière est plus que jamais notre contemporain.

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DOUZE RECITS EDIFIANTS DE LA VIE DE SAINT ARNOULD

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