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Hôpital dans le village

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204 pages

Fresque collective, cet ouvrage a pour ambition de témoigner d’une pratique pédopsychiatrique institutionnelle insistant sur une double dimension : L’accueil et le refuge d’une part, l’insertion et les interactions sociales d’autre part. Ouvert en 1977 à Spy, petit village du namurois disposant encore de divers commerces, les Goélands ont toujours tenu à être dans la vie sociale évitant à la fois un isolement rural et la trépidation urbaine. Dans le centre du village, l’hôpital occupe quatre lieux distincts et accueille 12 enfants et 14 adolescents psychotiques, autistes, tous en très grande souffrance psychique et dont le rapport au monde est particulièrement perturbé, insécurisé, instable. Ces expressions extrêmes, insoutenables mêmes parfois dans le cadre familial, rendent indispensables une hospitalisation, souvent de longue durée (3 ans).


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Hôpital dans le village La psychothérapie institutionnelle psychanalytiPue au Centre de psychiatrie infantile « Les Goélands » Sous la direction de Francis Turine
© Champ social éditions 34bis, rue Clérisseau – 30000 Nîmes
Présentation du livre :Fresque collective, cet ouvrage a pour ambition de témoigner d’une pratique pédopsychiatrique institutionnelle insistant sur une double dimension : L’accueil et le refuge d’une part, l’insertion et les interactions sociales d’autre part. Ouvert en 1977 à Spy, petit village du namurois disposant encore de divers commerces, les Goélands ont toujours tenu à être dans la vie sociale évitant à la fois un isolement rural et la trépidation urbaine. Dans le centre du village, l’hôpital occupe quatre lieux distincts et accueille 12 enfants et 14 adolescents psychotiques, autistes, tous en très grande souffrance psychique et dont le rapport au monde est particulièrement perturbé, insécurisé, instable. Ces expressions extrêmes, insoutenables mêmes parfois dans le cadre familial, rendent indispensables une hospitalisation, souvent de longue durée (3 ans). Auteur :Francis Turine, né en 1948, est licencié en psychologie et en criminologie (UC Louvain). En 1973, il débute sa pratique professionnelle, à Bruxelles, au sein d’une des premières maisons pour enfants psychotiques « le taquin » dirigé par Jean-Pierre LEBRUN, psychiatre psychanalyste. Après quelques péripéties institutionnelles, il occupe la fonction de direction dans la jeune institution « les Goélands » fondée notamment par J.-P. LEBRUN. Francis TURINE assume cette responsabilité depuis lors. Il attache une grande importance à valoriser la spécificité de la pédopsychiatrique et plus particulièrement de l’accompagnement thérapeutique des psychotiques et des autistes, à défendre une pédopsychiatrie psycho-dynamique avec référence psychanalytique.
Table des matières
Avant-propos Préface À nos enseignants Partie 1 L’institution, un mouvement, une histoire L’institution, un carré taquin
Rapprochement de discours
Un hôpital dans le village
La clef du déclenchement
Pirlouit et le nouveau Goéland
Partie 2 Mal pris dans le langage
Les mots, le bruit
Sans mot pour le dire Partie 3 Fragments d’une mosaïque La cuisine, « Place de l’Institution » Un délire ne se construit pas à partir de rien et le sujet peut y faire une bonne rencontre Accompagner Valérie dans ses circuits Être dans le caca Quatre kilomètres à pieds… ça use… Amour, à mort, Donatien ne savait qu’en faire! Tous en scène Souvenirs d’une lavandière - technicienne de surface Être une caisse de résonance Franchir un seuil Partie 4 Avec le village et les voisins J’étais sur la route toute la sainte journée et j’ai vu le doute en moi s’immiscer Du rituel et des circuits Aires de repos Un arbre est puni car il aide un enfant à fuguer Les mains de Barbara Mères mortes Le travail c’est la santé,… Pas si sûr! Du don d’ordures aux ateliers « ferrailleur » et « cantonnier » Travailler aux Goélands et habiter le village,… pas toujours un avantage Quand le boulot s’invite à la maison Quand l’autre disparaît Une rencontre… particulière et inattendue
Les villageois racontent
Partie 5 Pas sans les parents
La comédie inhumaine
Geoffrey était un très beau bébé…
Un écho différent
Des parents se rappellent
Le droit au « non »
Partie 6 Pas sans souffrance
La souffrance du côté du soignant Partie 7 La poésie nécessaire La Princesse silencieuse POSTFACE Remerciements à Benoit Félix
Nous pourrions aller jusqu’à défendre que « les Goélands », hôpital pédopsychiatrique, sont non seulement dans le village mais sont aussi et surtout un hôpital avec le village. De façon audacieuse, la suggestion nous a été faite de parler de « village dans l’hôpital » tant est grande l’influence des diverses composantes du village et de son espace diversifié sur nos activités et sur les interactions que nous avons avec les patients. Un lieu de soins avec des zones imprévisibles pouvant présenter des surprises qui demandent à chaque fois une réaction ou une réponse particulière, sans filet. Là, réside un aspect du pari institutionnel qui exige de notre part une prise de risques. Cet espace pluriel au sein du village permet de proposer à ces enfants et adolescents psychotiques et autistes d’une part, l’asile, le refuge à l’abri d’un monde qui les persécute ou les inquiète et d’autre part, l’invitation à rester en lien avec le social, ce monde dont ils ne seront jamais totalement coupés.
« Au-delà de toute confrontation entre un point de vue biologique et un point de vue psychanalytique, l’autisme pose en effet la question de l’origine du sujet ; c’est pourquoi, qu’elle qu’en soit l’origine, l’autisme est en soi une leçon sur l’origine ». (inLa clinique de l’originede François ANSERMET) «Telle est la loi de l’humanisation : La conquête de mon autonomie passe par l’autre. C’est donc ce passage nécessaire par l’autre qu’il faut instituer. Et pour l’instituer, il faut des institutions qui, d’une part, sollicitent, vont chercher le sujet partout où il peut advenir; et qui, d’autre part, prohibent, c’est-à-dire interdisent aussi bien son instrumentalisation par l’autre que l’instrumentalisation de l’autre à son profit » . (inL’individu qui vient... après le libéralismede Dany- Robert DUFOUR) Le centre de psychiatrie infantile « les Goélands » situé à Spy, près de Namur, a été fondé le 24 décembre 1976 et est agréé en tant qu’hôpital pédopsychiatrique (service K) pour une capacité de 25 lits. Il bénéficie également d’une convention particulièredans le cadre de la rééducation fonctionnelle pédopsychiatrique, avec l’Institut National d’Assurances Maladie-Invalidité (Inami). Enfin, à Namur, il dispose du service « l’Impromptu »,é quipe mobile d’intervention psychiatrique (outreaching). Ce service bénéficie de subventions venant du Service Publique Fédéral Santé Publique, du Ministère de la Communauté Française, de la Région Wallonne et de l’Agence wallonne pour l’intégration de la personne handicapée (Awiph).
Avant-propos
Étienne Oldenhove, psychiatre et psychanalyste, a assuré la direction médicale des Goélands de 1980 à 1991. Il est aujourd’hui directeur médical de la communauté thérapeutique pour adultes « le Wolvendael » située à Bruxelles. Lire ce livre, c’est se laisser déporter vers l’enfant dont une part subsiste en chacun de nous, c’est, comme le dit de façon très juste la dédicace « À nos enseignants », se laisser enseigner par ces enfants et adolescents, se laisser enseigner par ces rencontres, par ces événements. Cela nous ramène, entre autres, aux contes de notre enfance et parmi ceux-ci, à celui d’Hansel et Gretel. Ces deux enfants pour retrouver leur chemin, sèment derrière eux des traces. Les titres des chapitres de ce livre et ce qu’ils tentent de dire sont autant de traces de ces rencontres, traces indélébiles qui ont marqué l’un et l’autre, l’enfant et celle ou celui qui est venu à sa rencontre, une trace de ces heurts, heureux ou malheureux. Et puis, il y a les stratagèmes utilisés par Hansel et Gretel face à celle qui les a emprisonnés pour mieux les engloutir, cette espèce de mère dévorante, figure de la grande gueule de l’Autre, de son infinité abyssale. Menace dont ces enfants vont se défendre en lui présentant un os, l’os de la mort, l’os d’un squelette. N’oublions jamais l’importance de cette capacité à tromper l’Autre, qui est une tentative de guérison, souvent bien présente sous différentes formes dans la psychose. Mais il y a une autre dimension aussi dont témoigne bien ce livre, ou plutôt une absence presque totale de toute dimension, celle que l’on rencontre dans l’autisme, celle où il n’y a aucun lieu de recel pour un sujet, celle où il n’y a aucune possibilité de tromper l’Autre, celle où constamment le heurt est frontal, direct, automatique, imparable. Là est la plus grande difficulté, celle dans laquelle ces enfants autistes sont plongés, si pas noyés, celle à laquelle des équipes, comme celle des Goélands, tentent de répondre courageusement, souvent en vain, mais éthiquement !
Dr Étienne OLDENHOVE
Préface
Ce manuscrit est une œuvre polyphonique. De très nombreuses voix s’y entremêlent pour nous donner une idée de cette expérience unique de Psychothérapie Institutionnelle, celle d’un hôpital dans le village, pensé pour le soin des enfants et des adolescents en grande souffrance psychique. En effet, contrairement à l’habitude, le récit pluriel n’est pas écrit par les seuls professionnels: le risque est pris de donner la parole aux parents des enfants accueillis et aux habitants du village pour qu’ils témoignent de la réalité de ce qui se passe, et par leur intermédiaire à tous, à celle des enfants et des adolescents eux-mêmes. Et ils le font, certains avec une grande bienveillance, et d’autres avec un esprit critique, parfois acerbe. Mais ce parti pris donne une qualité d’authenticité à ce travail qui va bien au-delà du récit manifeste, jusqu’au récit latent, celui qui donne la cohérence d’un projet par la profondeur de son arrière-pays. Les multiples voix qui chantent cette polyphonie le font avec les moyens à leur disposition, les uns avec une voix de soliste, et les autres avec leur voix de choriste, certains avec une profonde connaissance de la clinique académique, mais d’autres avec une connaissance incarnée dans la clinique transférentielle. Toutes ces voix sont utiles, toutes sont importantes, et toutes se côtoient sans difficultés pour nous faire entendre les entrelacs de l’harmonie et du contrepoint, à l’image de ce qui se passe quotidiennement dans cette équipe: être avec l’autiste qui ne communique pas comme les autres, être au bord du pare-excitations de l’adolescent psychotique qui s’est égaré dans les frontières du monde, être débordé, voire dépassé, par des émotions d’un ordre originel, partager les angoisses des fugues, petites et grandes, assumer la violence de quelques adolescents dissociés et délirants, en retenir d’autres qui frôlent la mélancolie, accueillir dans sa psyché, et souvent dans son corps, les passages à l’acte en se disant qu’il y aura un temps pour comprendre, autant de petits et grands événements relatés dans ce texte cousu main qui habille chaque enfant et adolescent d’une mise en récit qui participe de la vivance de chacun de ses membres. La psychothérapie institutionnelle est ici montrée dans sa spatialité, car les instances qui la constituent sont sises dans la géographie de la cité, mais unies dans l’histoire de leurs fonctionnalités; les professionnels vont d’un point de ces espaces vivants à un autre, appartenant au premier mais n’y vivant pas en isolat cloisonné, assumant le partage des fonctions, la maison des adolescents par là, et la maison administrative par ici, le magasin des livres là-bas, et le bistrot par après; l’adolescent en colère quitte sans prévenir sa maison pour foncer chez le directeur pour en obtenir une « interprétation ici et maintenant », et éclairé sur les contours de l’institution et remis dans ses règles de fonctionnement par son responsable, il reçoit une indication qui, tel l’oracle de Delphes qui ne cèle ni ne montre, mais indique, lui permet de faire son chemin dans le groupe social auquel il appartient. Pas étonnant que l’espace soit premier dans une institution qui accueille les enfants autistes et psychotiques, car sur ces projections spatiales de leurs images du corps dans le monde, se jouent leurs premiers pas d’un être-sujet. Mais l’espace n’est rien s’il n’est relié par les adultes qui y professent les métiers de psychistes, à des lois temporelles qui en rythment l’organisation et la structuration symbolique. La tablature institutionnelle des soignants vaut pour les conditions de possibilités de l’arrimage de ces enfants dans le processus d’humanisation. Sinon pas moyen de trouver un sens au passage à l’acte, ni de le transformer en « acting » (Oury), car ce sont les
rofessionnels qui, œuvrant dans leurs réunions de travail, vont construire ces ponts de rattachement à autrui, en exprimant tout haut par leurs contre-transferts individuels, la dramaturgie que traverse à grand-peine chaque enfant soigné. Dans le cadre des constellations transférentielles des enfants et adolescents, cette mise en récit, peut aider à des proto-narrations, comme autant de bases de lancement dans le monde de ces êtres si éloignés de notre névrose commune. Dans ce processus, les deux jambes décrites par Tosquelles, la psychanalytique et la politique, sont bien présentes en permanence pour consolider le collectif, machine abstraite d’une pensée groupale toujours menacée de déshérence et d’individualisations entropiques. La formation continue y joue un grand rôle et on sent au fur et à mesure du texte, que chaque professionnel, quel que soit son statut, y va de sa propre recherche intellectuelle et psychoaffective avec les autres de l’intérieur des Goélands, mais aussi de l’extérieur. Ici pas besoin d’insister sur les différents métiers des soignants, sur leurs diplômes, sur leur culture. La simple lecture de leurs témoignage ouvre sur cette invention réactivée par une formation incessante, et que ce soient les poètes qui écrivent ou les femmes de ménage, les psychologues ou les psychanalystes, le médecin ou les coiffeurs du village, ou plusieurs fonctions en une personne, l’expérience relationnelle rapportée ne trompe par un récit en faux self qui dénierait toute authenticité à l’ensemble: Non, c’est précisément ce qui en fait la force, chaque écrivain a son style et il n’est pas question de copier un style plus autorisé ou plus « in ». Les récits sont d’ailleurs touchants par leur apparente absence de réflexions psychopathologiques, telles qu’on peut les retrouver dans les revues spécialisées: histoire du cas, puis analyse psychopathologique. Ici la psychopathologie suinte dans le récit, pas besoin d’en faire un plat, elle est présente partout, elle irradie dans la clinique, elle transcende l’institution. Mais si ce phénomène rare est présent dans cette aventure peu commune, c’est, me semble-t-il, en raison d’une pensée profondément démocratique des rapports humains entre les personnes. On l’oublie trop souvent, si la démocratie ne peut être érigée en modèle direct pour poser les indications de soins, conduire une prise en charge et guérir un patient, rien de ces étapes du processus de soin ne peut être réalisé aussi bien que quand elle imprègne les esprits de ceux qui y concourent, et surdétermine leurs rapports intersubjectifs. Le respect des personnes entre elles, au-delà ou en deçà des statuts, ne peut être décrété, il en va d’une éthique soutenue par la liberté de pensée et la force du désir; un psychanalyste ne peut s’arroger en vertu de sa position le droit d’interpréter, mais en revanche, il en est parfois le facilitateur; un directeur ne peut s’appuyer sur son autorité statutaire pour décider seul en toute connaissance de cause, il réunit les personnes avec lesquelles prendre la bonne décision; un employé chargé du ménage ne peut se prétendre psychothérapeute, mais parfois, seule sa présence et son engagement peuvent parvenir à déclencher un travail psychothérapique chez un enfant. Ainsi, les mécanismes du fonctionnement institutionnels apparaissent pour ce qu’ils doivent être, les témoins d’un fonctionnement démocratique enveloppant, et à mes yeux, ce fond de décor permet la reconnaissance des phénomènes transférentiels et leur utilisation dans la cure en institution. Mais plus avant, l’expérience de l’hôpital dans le village, à la base d’une pensée citoyenne du monde, permet aux enfants, portés par l’implicite partagé par les professionnels engagés dans cette ruralité hospitalière, de recevoir les clés concrètes du rapport avec le principe de réalité. En pédopsychiatrie, cette question de la sortie de la toute puissance