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Hors-Série

De
284 pages
Ce numéro aborde les questions de laïcité, des langues africaines et du français comme langue ivoirienne. Les questions de la citoyenneté et de l'unité de l'Afrique en quête de démocratie sont abordées sans faux fuyant ainsi que celle des droits de l'homme en Afrique.
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LA PALABRE n°3 2016
HORS-SÉRIE
LA PAL20ABRE N°3 16
HORS SERIEL’Harmattan
LA PALABRE N°3 2016
HORS SERIEL’Harmattan
© L'Harmattan, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN :978-2-343-10334-1 EAN :9782343103341
TOLÉRANCE ET RELIGION. Dominique Assalé AKA-BWASSi, Maître de Conférences à l’UFR-SHS de l’Université de Cocody et à l’UCAO-UUA
 Dans la perspective d’une phénoménologie de l’expérience religieuse, la question de la tolérance religieuse n’est plus de l’ordre de la revendication du droit à la liberté religieuse. Elle est intrinsèquement liée, comme dans les discours apologétiques respectifs de chaque révélation monothéiste, à la question phénoménologique particulière de la vérité religieuse. C’est d’ailleurs en termes de vérité religieuse que cette question fut l’une des plus âprement débattues au concile Vatican II. Par concept, la lumière de la vérité révélée échappe à la liberté d’adhésion ou de non adhésion des individus. A tous, elle s’impose comme question de connaissance ou d’erreur, en un mot, comme question de salut. N’a-t-on pas dit dans d’autres contextes quela vérité n’a pas pour mission de consoler et qu’il 1 OXL VXI¿W GH FRQVWDWHU? Dans le rapport du Cardinal F. König relatif à l’élaboration du texte de la déclaration sur la Liberté religieuse à Vatican II, ce postulat apparaît explicitement et sans équivoque aucune comme point de vue des conservateurs les plus radicaux: «Des hommes qui sont dans l’erreur ne peuvent, disent-ils, être sujets de 2 droit mais seulement objets de tolérance» .
 /H WROpUDEOH HVW LFL SDU Gp¿QLWLRQ VDQV GURLW LO V¶LQVFULW seulement dans une certaine compatibilité avec la vérité
 1 René Schaerer,L’homme antique, Payot, Pais 1958, p.167.  2 Concile Vatican II, Documents conciliaires 3, Ed. Du Centurion, Paris 1966, p.324.
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religieuse sans être pour autant en accord parfait avec elle. Il appartient même au noème de la vérité mais dans une sphère de représentations où se déploient tous les degrés d’adéquation de la vérité religieuse allant de la certitude absolue au compatible, puis du compatible au tolérable, étant entendu que tout tolérable implique un seuil de tolérance qu’on ne peut franchir sans tomber dans le déni de vérité.
 $YDQW VRQ DFFHVVLRQ DX VRXYHUDLQ SRQWL¿FDW OH FDUGLQDO Ratzinger, dit-on, déclarait en tant que préfet de la congrégation de la foi:une religion dans laquelle la morale s’adapte aux mœurs de la société est complètement inutile. Or pour l’humanité moderne la religion catholique est tout, sauf inutile. Donc… C’est donc dans sa fonction normative que la vérité religieuse jette radicalement l’épochès sur l’intolérable, tant au niveau des vérités d’enseignement GRJPDWLTXH TX¶DX QLYHDX GHV FRQYLFWLRQV PRUDOHV D¿Q GH laisser émerger ce qui rend nécessaire de croire ou de ne pas croire pour être sauvé.
 Cependant, à ce niveau, la question qui touche au fond du problème resurgit inévitablement. Que devient l’exigence normative de la vérité religieuse si dogmatique soit-elle, et peut-être parce que dogmatique, lorsqu’elle se trouve confrontée dans la résonance de la modernité au problème du droit à la différence religieuse?
 A cette question apparaît encore une autre tendance dans le rapport König, celle des conservateurs dits modérés. Voulant amnistier le totalitarisme constantinien de l’État catholique dans l’histoire, ils ne pouvaient le faire sans réduire volontairement la portée juridique de la question.
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Pour eux, «le droit à la liberté religieuse ne peut être plus qu’un simple droit civique fondé dans une loi positive. Il n’est donc ni un droit fondé dans la dignité humaine, ni un 3 droit naturel» .
 De toute évidence, dans le contexte de Vatican II - un contexte placé résolument au départ par J. XXIII sous le signe des droits de l’homme - une telle réponse était irrecevable. Non seulement en amnistiant le totalitarisme de l’État catholique elle amnistiait tous les totalitarismes historiques, mais elle refusait jusqu’aux martyrs de l’Église catholique elle-même à sa naissance, leur droit naturel à confesser leur foi contre l’obligation du culte à l’empereur, 4 notamment au IIIe siècle FH TXL pWDLW FRQWUDLUH DX[ doctrines deLibertas praestantissimumde Léon XIII en 1888 etPacem in terrisde J. XXIII en 1963. «Chacun a le droit, annonce J. XXIII, d’honorer Dieu suivant la juste règle de la conscience et de professer sa religion dans 5 la vie privée et publique» . Il faut donc en convenir. Le droit à la différence religieuse est un droit naturel. Mais la conséquence, c’est que sans soumettre la notion de vérité religieuse à une analyse rigoureusement intentionnelle, une simple opinion apologétique la condamne inexorablement à une antinomie de la conscience religieuse dans ses fondements juridiques. Ou bien la vérité religieuse est de type apologétique et la tolérance religieuse s’avère une VLPSOH FRQFHVVLRQ GH IDLW VDQV GURLW RX ELHQ OH GURLW j OD différence religieuse renvoie comme tout droit naturel à
 3 Vatican II, E. Centurion, Paris 1966, p.324.  4 En 250.  5 J. XXIII, Encycl. Pacem in terris, 15.
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la dignité de l’homme en tant que créé à l’image de Dieu et dans ce cas, la vérité religieuse perd dans le meilleur 6 des casGH VD FHUWLWXGH SURVpO\WLTXH DX SUR¿W G¶XQ FHUWDLQ relativisme eschatologique dont la consigne est de laisser croître l’ivraie et le bon grain en attendant l’heure de la moisson.
 Pour sortir de cette antinomie, une certaine manière d’interroger l’histoire des religions la manière proprement intentionnelle me paraît s’imposer. Quelles sont par exemple dans la tradition abrahamique, les intentionnalités respectives des trois révélations du monothéisme judaïque, chrétien et islamique? Ou encore dans la communauté VSLULWXHOOH XQLYHUVHOOH TXHOOH HVW O¶LQWHQWLRQQDOLWp VSpFL¿TXH du bouddhisme, de l’hindouisme, du judaïsme, du christianisme, de l’islamisme? Cette interrogation intentionnelle repose sur deux postulats: d’une part, selon Hans Urs von Balthasar, toute existence humaine est parole 7 de Dieu , ce qui veut dire a fortiori que toute existence religieuse est déjà révélation divine. D’autre part, l’analyse intentionnelle elle-même n’est pas une simple analyse comparée des communautés initiatiques et culturelles. Elle se place au cœur de l’expérience religieuse universelle comme une intentionnalité d’espérance dans laquelle se UpDOLVH FRQFUqWHPHQW OD SOpQL¿FDWLRQ Erfüllung) de cette double visée dans l’herméneutique de Gadamer: toute opposition entre «je» et «tu» suppose la communauté du nous. Il s’agit donc d’une grammaire pure des existences différentielles et communautaires qu’il faut savoir appliquer
 6 A l’instar de la prise de conscience critique dans l’Église catholique romaine.  7 Hans Urs Von Balthasar,La foi du Christ, Cerf, Paris 1994, p. 153.
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à l’expérience particulière des confessions religieuses au niveau différentiel comme au niveau communautaire. D’où mes trois niveaux d’analyse intentionnels: niveau phylo-intentionnel des communautés confessionnelles GLIIpUHQWLHOOHV  QLYHDX DUFKLLQWHQWLRQQHO GH OD FRPPXQDXWp VSLULWXHOOH XQLYHUVHOOH  HQ¿Q QLYHDX WUDQVFHQGDQWDO GH la vérité religieuse comme adéquation transcendantale de l’aspiration anagogique de l’âme humaine à l’union transformante avec Dieu.
I. Du niveau phylo-intentionnel des communautés.
 C’est un niveau à la fois antagoniste et charismatique, intégriste et prophétique. Dans une sociologie de l’histoire, cette double portée antagoniste de la phylo-intentionnalité est repérable au départ comme une donnée objective. Pour 5D\PRQG $URQ HQ WDQW TXH FRQÀLW DUPp HQWUH GHX[ XQLWpV politiques indépendantes et sous des formes multiples mais toujours reconnaissables dans toutes les civilisations, les guerres naissent de la poursuite d’unepolitique tribale 8 ou nationale. Cela laisse sous-entendre pour respecter l’équilibre de la nature des choses, que la paix, elle, en tant qu’instinct de survie de l’espèce, procède toujours de l’entente entre ethnies et instances de la communauté internationale, pour autant que par-delà les infrastructures tribale ou nationale il y a toujours et dans toutes les civilisations la superstructure communautaire de l’ethnie par-delà la tribu, celle de la communauté internationale par-delà les nations, qui conditionnent et motivent l’entente entre Tribu A et Tribu B, Nation A, Nation B.
 8 Raymond Aron,Mémoires, Julliard, Paris 1993, p. 300.
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