Ils ont rêvé d

Ils ont rêvé d'un autre monde

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Livres
397 pages

Description

Ils sont tisserands, chaudronniers, fabricants de chandelles, vanniers, horlogers, machinistes, bûcherons, savonniers… : à partir de 1841
des centaines d’artisans et d’ouvriers s’embarquent pour le Brésil avec femmes et enfants, laissant tout derrière eux. Las de la répression permanente qui pèse en France sur les classes populaires, et nourris des théories de Charles Fourier, ils rêvent de fonder outre-Atlantique une société idéale et harmonieuse, en pionniers d’un nouvel âge d’or.
Que deviendra l’élan utopique, le rêve communautaire de ces familles ? Résistera-t-il à l’attente interminable qui précède le départ, à l’éprouvante traversée de l’Atlantique, aux difficultés financières, à la réalité de la vie en exil, aux heurts des ambitions individuelles ? C’est l’histoire, pleine de bruit et de fureur, que raconte ce livre.
Avec un vrai talent d’enquêteur, Laurent Vidal y tisse les traces et les indices glanés dans les archives en une épopée migratoire empreinte de suspense et de poésie.
Photomontage d’après des photos : © F. Blanc. / Ministère des Affaires étrangères, La Courneuve. Série P1. Amérique. A046116 ; © Marc Ferrez / Adoc-Photos ; © Paul Almasy / akg-images.
© Flammarion, 2014.
Les cartes des pages 89 et 222 ont été conçues par Laurent Vidal et réalisées par Pascal Brunello (http://ctig.univ-lr.fr)

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Date de parution 27 août 2014
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EAN13 9782081349926
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Ils ont rêvé d’un autre monde
DU MÊME AUTEUR
e Les Européens et la mer auXVIIIsiècle : les Ibériques de l’Atlantique au Pacifique, Paris, Éditions Ophrys, 1997 (en collaboration avec avec Guy Martinière). e De Nova Lisboa à Brasília, l’invention d’une capitale (XIXe XXsiècles), Paris, Éditions de l’IHEAL, 2002. Mazagão, la ville qui traversa l’Atlantique : du Maroc à l’Amazonie (17691783), Paris, Aubier, « Collection historique », 2005. Les Larmes de Rio. Le dernier jour d’une capitale (20 avril 1960), Paris, Aubier, « Collection historique », 2009.
DIRECTION DOUVRAGES COLLECTIFS
Les Villes françaises du Nouveau Monde : des premiers fondateurs e e aux ingénieurs du roi (XVIXVIIIsiècles), Paris, Somogy Éditions d’Art, 1999 (en collaboration avec Émilie d’Orgeix). À la redécouverte des Amériques : les voyageurs européens au siècle des indépendances, Toulouse, Presses universitaires de Toulousele Mirail, 2002 (en collaboration avec Michel Bertrand). e e La Ville au Brésil(XVIIIXXsiècles). Naissances, renaissances, Paris, Les Indes Savantes, 2008. e e Les Français au Brésil,XIXXXsiècles, Paris, Les Indes Savantes, 2011 (en collaboration avec Tania de Luca). La Migration européenne aux Amériques. Pour un dialogue entre his toire et littérature, Rennes, PUR, « Enquêtes et Documents », o n 43, 2012 (en collaboration avec Didier Poton et Micéala Symington). Du Brésil à l’Atlantique. Essais pour une histoire des échanges culturels internationaux. Mélanges offerts à Guy Martinière, Rennes, PUR, o « Enquêtes et Documents », n 48, 2014 (en collaboration avec Didier Poton). Capitales rêvées, capitales abandonnées. Considérations sur la mobilité e e des capitales dans les Amériques (XIXXXsiècles), Rennes, PUR, « Amériques », 2014.
Laurent Vidal
Ils ont rêvé d’un autre monde
Flammarion
Les cartes des pages 89 et 222 ont été conçues par Laurent Vidal et réalisées par Pascal Brunello (http://ctig.univlr.fr)
© Flammarion, 2014. ISBN : 9782081269934
Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit. René Char,La bibliothèque est en feu, 1957
Il y a foule ce jourlà dans la salle du trône : des hommes, des femmes, quelques enfants aussi, tenant sagement la main d’un plus grand. Ce ne sont ni des ministres ni de hauts dignitaires, encore moins des diplomates  malgré leur air exotique. Ils n’appartiennent ni à la noblesse ni à la grande bourgeoisie. Ce sont des artisans, des ouvriers. Sous la chaleur écrasante de ce jour d’été, parés de leurs blouses et de leurs tabliers, équipés de leurs outils de travail, ils ont traversé à pied la grandplace du palais, sous le regard étonné des occupants traditionnels du lieu : gardes, riches négociants, vendeurs ambulants ou encore lavandières de la fontaine de maître Valentin. Ces visiteurs du palais à l’allure insolite sont des étrangers ; ils viennent tout juste d’arriver de France dans la capitale brésilienne, Rio de Janeiro ; nous sommes le samedi 18 décembre 1841.
De l’extérieur, les dimensions du palais ne sont guère imposantes. D’ailleurs l’Empereur n’y réside plus, préférant celui de SaintChristophe, audelà de la ville
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neuve. Il ne se rend ici qu’en d’exceptionnelles occa sions, comme pour son couronnement (quelques mois plus tôt) ou pour de rares audiences. La salle du trône est située dans un angle supérieur du palais : on y accède, depuis le patio, par l’escalier noble. De hautes et larges fenêtres offrent une vue sur la baie et sur la grandplace. Installé sur une estrade revêtue de velours rouge, le trône est rehaussé d’un cou ronnement qui supporte un dais de velours vert, doublé de tulle blanc et ourlé de franges dorées. L’Empereur, qui entre maintenant dans la salle, s’appelle dom Pedro II : il est tout juste âgé de 15 ans. Accompagné de son ministre de l’Empire, il prend place sur le trône. Sans prononcer un mot, avec la solennité qui sied à cet instant, il parcourt du regard cette étrange assemblée.
Soudain, s’extrayant de la foule, un homme aux che veux roux arborant une petite barbe et des lunettes rondes, s’avance près de l’Empereur et s’adresse à lui en français :
Sire, Il y a un an, à pareil jour, je vins solliciter de Votre Majesté une hospitalité généreuse pour des enfants de la vieille Europe avides de paix et de bonheur. Grâces à la bien veillance de Votre Majesté, grâces aux sages résolutions prises par son gouvernement, nous voyons les prémices de cette grande entreprise. Le Brésil ne sera donc pas en arrière des nations les plus éclairées du globe qui, en ce moment, prenant Fourier pour guide, cherchent à résoudre le grand problème de l’organisation du travail et