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Immigration actrice du développement

208 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 164
EAN13 : 9782296264434
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ACTRICE

IMMIGRATION DE DÉVELOPPEMENT

IMMIGRATION ACTRICE DE DÉVELOPPEMENT

Colloque organisé par la FASTI (Fédération des Associations de solidarité avec les travailleurs immigrés) les 3 et 4 mars 1990 à Paris

FASTI 4, square Vitruve 75020 Paris

L'HARMATTAN 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 .Paris

avec l'aide du Ministère de la Coopération et du Développement du Ministère des Affaires étrangères du Fonds d'Action sociale du Comité Catholique contre la Faim et pour le développement avec la collaboration de Acteurs ici et là-bas A.D.R.I. C.A.I.F. C.C.F.O. CEDETIM CIMADE C.R.I.D. Frères des Hommes G.R.D.R. sous le parrainage de Jean CHESNEAUX tvtonseigneur HERBULOT André JACQUES Maître LECLERC Danièle LOCHAK Gilles PERRAULT Madeleine REBERIOUX Jean ZIEGLER auxquels la FASTI adresse ses remerciements.

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1266-1

Deux remarques préliminaires
- Le Colloque « Immigration, Actrice de Développement» s'est déroulé début mars 90. Ses actes sont publiés fin 91. Pourquoi ce retard? Parce qu'au cours de l'année 1990, en France, 100 000 demandeurs d'asile ont été déboutés, privés de leurs papiers. Files d'attente aux permanences, centaines de démarches, création de comités, manifestations, grèves de la faim... La FASTI a été accaparée. Excusez-nous! - Les interventions publiées n'ont pas fait l'objet d'une réécriture de la part de leurs auteurs. A quelques corrections près, elles ont été retranscrites à partir d'enregistrements et de notes prises. Elles gardent la forme orale spontanée qu'elles ont eue au Colloque.

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SOMMAIRE
Ouverture du Colloque par J.-P. Perrin-Martin, président de la FASTI. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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I. CONFÉRENCES-DÉBATS
Interventions du samedi 3 mars 1) Cadre économique et politique

-

« L'Ordre du monde» contre lequel on se bat Intervention de J. Ziegler.................... Division internationale du travail et développement. Les leçons du passé Intervention d'A. Lipietz..................... Un modèle de développement en question Intervention de J. Chesneaux................

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32 52 61

-

- le rôle des collectivités locales Intervention d'E. Butzbach................... 2) Éclairages historiques Expériences sur le terrain « Immigration, actrice de développement lité ou nouveau cheval de Troie Intervention d'O. Tera....................... Interdépendance immigration-développement Intervention de R. Padrun................... Ce que je fais dans la région de Gidimaka Mauritanie Intervention d'!. Thioye..................... Intervention de Th. Diallo................... en », réa-

67 76

-

85 89 7

- Un projet au Sénégal

- Le migrant, acteur économique agissant sur deux espaces. Typologie. Un exemple: les Portugais en France Intervention d'A. Cordeiro - Sous-développement et immigration. Les Antillais Intervention de C. Valentin-Marie et d'A. Bory 3) Dimension culturelle

92 102

- Sociétés interculturelles. Conflits et dynamiques Intervention de Ph. Plas..................... Interventions du dimanche 4 mars après-midi 4) Perspectives juridiques

113

-

Esquisse

d'un

statut

de l'agent

de développement

Intervention d'A. Ba........................ - Double citoyenneté. Agents de développement Intervention de J. Costa-Lascoux.............
II. ATELIERS COMPTES RENDUS

121 133

-

Atelier Atelier Atelier Atelier Atelier

A B C E F

Associations de villages Structures d'ici et de là-bas L'agent de développement. Le Retour Projets et Société en France...

137 161 173 183 203

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OUVERTURE DU COLLOQUE
par J.P. PERRIN-MARTIN président de la F ASTI

Pour ouvrir ce Colloque, je voudrais d'abord saluer les Camarades immigrés, qui appartiennent à ce que vous appelez des «Associations de Villages». C'est de votre expérience qu'est venue l'idée de cette rencontre, c'est votre expérience qui va nous interpeller durant ces deux journées. Vous résidez en France (souvent dans des Foyers), vous y travaillez, vous y faites votre place, vous y revendiquez vos droits. Ce n'est pas une mince affaire! Vous prétendez, en même temps, contribuer au développement de vos Pays d'origine, de vos Villages; en envoyant de l'argent, en concevant des projets, en entreprenant des travaux, des constructions, en sauvegardant et développant la langue, la culture... Vous n'acceptez plus d'être écartelés entre pays d'origine et pays d'accueil. Fidèles aux deux, vous reliez ici et là-bas. Au dernier Congrès de l'Isle-sur-Serein, quelques-uns d'entre vous ont interpellé la FAST!, pour qu'elle prenne en compte votre combat. A côté de la lutte plus que jamais nécessaire, pour l'égalité des droits, à côté de la nouvelle citoyenneté revendiquée pour tous ceux qui habitent l'Europe, quelles que soient leurs origines, à côté des multiples actions sociales en faveur de l'alphabétisation, de l'école, du logement, de la rencontre des cultures, vous avez demandé qu'une place soit faite par la FAST! à cette expérience que vous vivez. La réponse est déjà là, c'est ce Colloque et le grand nombre d'ASTI, venues de toute la France pour y participer. Nous les saluons toutes avec joie. 9

L'initiative de ce Colloque en a cependant surpris quelques-uns. Qu'est-ce que c'est que cette fantaisie? ce rêve qui transformerait l'immigration, ses ruptures, ses départs, ses racines coupées, en une source de bienfaits?.. Où sont-ils donc ceux qui tentent cette expérience? Combien sont-ils? Ils sont ici. Vous allez pouvoir les rencontrer. Ils sont peu nombreux, c'est sûr! et leurs tentatives sont petites, fragiles en comparaison des forces économiques qui dessinent l'avenir du monde. Sont-ils représentatitfs de l'immigration ? Arithmétiquement parlant, non! Les problèmes massifs sont ailleurs. Mais leur entreprise est riche de signification. L'étoile polaire ne paye pas de mine en comparaison du soleil, mais, toute minuscule qu'elle soit, elle fournit une direction intéressante. Les Associations de Villages nous rappellent d'abord que l'immigration est affaire Internationale. Les ténors du nationalisme s'entêtent à enfermer la pensée dans un territoire à défendre, une culture bien délimitée, et à tout mesurer selon les intérêts de la race qui naît et vit dans ces limites, depuis des générations. Leur influence est grande. Ils atrophient même les discours gouvernementaux actuels, devenus soudain hostiles aux « inhébergeables », qui franchiraient le seuil de notre intolérance... Les Associations de Villages passent pardessus les murs. Qui veut parler intelligemment de l'immigration ouvre son propos aux dimensions internationales. Le contexte qui nous convient passe par-dessus la Méditerranée, un ensemble qui lie Europe et Pays du Tiersmonde, l'Afrique en particulier, en raison du passé historique et des échanges actuels. Il devient alors impossible de rétrécir le discours à une misère des uns et aux possibilités d'accueil des autres. Si peu nombreuses qu'elles soient, les Associations de Villages ont aussi le mérite de faire converger deux mouvements, qui se battent sur un même front sans guère se coordonner jusqu'ici. Lors du Sommet des Sept Pays, parmi les plus pauvres - les 15 et 16 juillet derniers - pour défier le sommet des sept plus riches, à côté des nombreuses D.N.G. mobilisées contre la dette, combien y avait-il d'Associations de 10

l'immigration? Combien d'Immigrés? C'est pourtant l'étranglement de leurs pays qui était à l'ordre du jour. Nous nous réjouissons aujourd'hui de saluer ici, à côté des ASTI et autres Associations de l'Immigration, de nombreuses a.N.G. qui, depuis longtemps, œuvrent au développement des pays du Tiers-monde. Nous remercions particulièrement celles qui nous ont aidés à préparer ce Colloque: l'A.D.R.I., le C.C.F.D., le CEDETIM, la CIMADE, le C.R.I.D., Frères des Hommes, le G.R.D.R. Dans l'ensemble de l'immigration, les Camarades des Associations de Villages sont minoritaires. Mais très nombreux sont les immigrés qui gardent, au fond de leur esprit, le souci de la « Terre d'Origine ». Le chemin que défriche la petite minorité sera, peut-être demain, emprunté par beaucoup... C'est là qu'interviennent d'autres contradicteurs. Ce chemin n'est-il pas une impasse? Que pèsent les petites réalisations à côté des grands choix économiques et politiques, des décisions du FMI, des Multinationales? Les « Agents de Développement », malgré toute leur bonne volonté, ne risquent-ils pas de travailler pour rien. Peut-être même risquent-ils d'être utilisés par des forces contraires, qui se serviraient de leur bonne volonté, pour avancer de nouveaux projets d'exploitation - A ces questions-là, les optimistes répondent que « le peuple qui s'éveille, peut devenir une force considérable », et les pessimistes que les puissants de ce monde sont passés maîtres dans l'art de récupérer et de maintenir leur domination. «Vous êtes trop petits pour leur tenir tête. » Le Colloque de ce jour n'a pas envie de partir d'un a priori optimiste ou pessimiste. Il a l'ambition d'écouter les Associations de Villages et de leur fournir des outils de réflexion, capables de mesurer leurs actions et leurs contextes, afin précisément d'éviter les illusions et les récupérations. Et cela m'amène à présenter d'autres « acteurs» de ce Colloque, des « savants », au meilleur sens du terme, des intellectuels qui mettent leur attention et leur réflexion au service des peuples et de leurs luttes pour la Justice. Le travail de notre colloque s'organisera selon le schéma suivant: Aujourd'hui samedi, éclairage économique et politique. 11

Demain matin, travail en cinq ateliers autour des expériences concrètes des associations de villages. Demain après-midi, perspectives juridiques et conclusions. Nous commençons donc le cadrage économique et politique de notre sujet par les interventions de Jean Ziegler et Alain Lipietz. Nous savons la bataille que mène en ce moment Jean Ziegler contre le blanchiment des narcodollars avec son livre « La Suisse lave plus blanc », et les menaces dont il est l'objet. Nous l'assurons de notre soutien et le remercions beaucoup d'être venu. Je lui laisse la parole.

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CONFÉRENCES-DÉBATS

Interventions du samedi 3 mars

1. CADRE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE

« L'ORDRE DU MONDE » CONTRE LEQUEL ON SE BAT

Intervention de J. ZIEGLER Professeur à la faculté de sociologie de Genève
Je remercie d'abord J.-P. Perrin-Martin et la FAST! pour l'invitation qui m'a été faite ainsi que de votre présence. En présence des amis de la CIMADE, je ne peux pas commencer un exposé sans rappeler les deux morts qui sont tombés: Jean-François Fourel de la CIMADE qui vient de mourir au Nicaragua, et Mor Fall mort au Sénégal pour la démocratie. Je voudrais qu'on se souvienne de ces deux amis de beaucoup d'entre nous dans ce colloque. Le colloque débutera par la conférence d'A. Lipietz, Professeur économiste très connu. Auparavant j'ai quelques remarques d'introduction très schématiques à faire. Dans les objectifs de la FASTI, le principe de ce colloque est de jeter des passerelles entre ceux qui se battent pour un réel développement dans les pays du Sud et ceux qui se battent pour une réelle insertion des migrants dans les pays du Nord. Première remarque préliminaire, les migrants: Je crois qu'il faut le dire très clairement: Ce ne sont pas des étrangers dans une société industrielle puissante qui seraient tout juste tolérés et qui n'auraient rien à dire sur la politique que mène cette société puissante dans leur pays d'origine. Les travailleurs immigrés plus que quiconque ont le droit de critiquer leur société d'accueil, non seulement par rapport aux conditions intolérables de l'accueil et de l'insertion, mais surtout à la stratégie qu'utilisent ces 17

pays d'accueil dans leur politique de dépendance et d'exploitation de leurs sociétés d'origine. Quelques chiffres, d'après les dernières statistiques du Bureau National du Travail, pour les 12 pays de la C.E.E. : * France: * RFA: * Espagne: 3,6 millions de non-nationaux dont 1,5 M viennent des Il pays de la C.E.E. 2 M environ de Maghrébins et d'Africains 4,6 millions de non-nationaux dont 1,3 M de la C.E.E. 3 M non Européens, surtout des Turcs 335 000 de non-nationaux dont 150 000 Maghrébins

Quand on regarde les statistiques des principaux pays industrialisés d'Europe, aucun doute. L'apport fourni, au travail quotidien, à la création de richesses, à leur accumulation par l'intelligence, par le travail physique, par la productivité des immigrés non originaires d'Europe, cet apport est énorme, et fonde la légitimité des immigrés non européens des pays industrialisés pour critiquer la politique menée par le centre, par les sociétés marchandes industrielles, face aux pays d'origine de ces immigres. Deuxième remarque préliminaire qui n'a aucun lien avec la première: L'Europe de l'Est. Nous assistons depuis quelques mois, à un renversement de situation, à une liquidation d'un certain nombre de régimes autoritaires corrompus et policiers par l'insurrection populaire dans tout l'immense glacis soviétique, dans toute l'immense Europe de l'Est, et la conclusion que tire la grande presse de nos pays respectifs (France, Allemagne et Suisse) : « C'est une victoire du capitalisme. Les peuples de l'Est, les travailleurs de l'Est, en se soulevant et en liquidant ces dictatures, optent pour le capitalisme, une formidable ratification spontanée, apparemment, par les peuples eux-mêmes, d'un mode de production déterminé, de sa théorie de légitimité, de ses principes d'organisation déterminés. » Or c'est un mensonge pur et simple. Nous n'assistons nullement à la ratification, à la légitimité par l'insurrection populaire d'un mode de production déterminé qui est le capitalisme, et que je vais m'apprêter prudemment (sous l'œil vigilant du président) à critiquer, car 18

l'ordre du monde que le capitalisme a instauré est meurtrier. Ce qui se passe en Europe de l'Est, j'en suis heureux, c'est un processus de décolonisation classique. Dans la foulée de la victoire sur l'empire Nazi, au fur et à mesure qu'elle s'installe sur des terres étrangères, l'armée rouge a instauré des régimes coloniaux, en Hongrie, Roumanie, Bulgarie, en Pologne, pas en Yougoslavie car il y a une autre libération, en Tchécoslovaquie et en R.D.A., souvent avec l'aide de personnes remarquables, c'est-à-dire avec des combattants anti-fascistes communistes du pays même; par exemple Dimitrov en Bulgarie est quelqu'un qui reste pour moi admirable dans sa trajectoire, dans son courage et dans son don personnel. Ça ne change rien sur deux faits, que les premiers dirigeants de ces pays soient sortis eux-mêmes de la résistance. D'une part, politiquement, tous les régimes communistes sauf la Yougoslavie et l'Albanie ont été mis en place en Europe de l'Est par une armée étrangère coloniale, et d'autre part tous ces régimes non seulement sont coloniaux, mais aussi minoritaires et de ce fait, ils ne pouvaient se maintenir que par les troupes d'occupation étrangères et par l'appareil policier répressif interne. L'intervention de l'U.R.S.S. en novembre 56, en Hongrie, à Prague en août 68, prouve bien le caractère colonial de ces régimes, très rapidement corrompus puisqu'il n'y a pas de contrôle populaire. En juin 87, le chef de la métropole coloniale, c'est-àdire Gorbatchev, à Berlin dans son discours a dit: « la théorie de la souveraineté limitée (théorie Bréjnevienne) est terminée », ce qui en clair veut dire: Plus jamais les troupes Soviétiques ne sortiront de leurs casernes pour défendre, contre le peuple occupé, le régime colonial minoritaire d'occupation. A partir de ce moment, commence la formidable vague d'insurrection populaire qui prend des formes différentes suivant les pays. Ça me semble une évidence que ce n'est pas le socialisme qui a été liquidé ni le communisme. Ces régimes comme celui de Nicolas Ceaucescu ont à faire avec le communisme comme moi avec le Crédit Suisse, c'est-à-dire ce sont deux mondes totalement différents. 19

Nous assistons à un très heureux processus de décolonisation en Europe Orientale, et nous n'assistons pas, je le répète, à l'option collectivement exprimée de peuples très anciens de ce continent, longtemps opprimés, contre le socialisme et en faveur du mode de production capitaliste, son idéologie et son organisation de la planète. Dans les objectifs exprimés par la FASTI, jeter des passerelles entre une réinsertion d'immigrants dans les pays du Nord et un réel développement des pays du Sud, dans ce sens je vais essayer de dessiner cet ordre du monde que le capitalisme monopolistique, multinational impose à notre planète, pour que nous sachions contre qui on se bat et on lutte. Nous sommes 5 milliards d'êtres humains, dont 3,8 vivent dans 122 pays du Tiers-monde, c'est-à-dire les 2/3 de la planète. La totalité des pays membres des Nations Unies étant de 171. La majorité des États se situent dans l'hémisphère Sud. Les surfaces émergées de la terre, sans la glace permanente, est de 136,3 millions de kilomètres carrés, seuls 15 millions (11 0/0) sont cultivés et ne posent pas de problème d'agriculture, or à part une toute petite exception (la région du Plata 1), ces 15 millions de km carrés sont tous dans les pays du Nord. Il y a déjà un extraordinaire décalage dans la distribution des populations du monde sur la surface de la terre, les 3,8 milliards d'hommes appartenant aux 122 pays du Tiers-monde vivent sur des terres qui leur sont défavorables. Démographiquement, les 2/3 de la population du monde qui vivent à la périphérie du monde industrialisé se trouvent dans la même situation défavorable. Quelques chiffres démographiques: 135 personnes naissent par minute 220 000 par jour 80 millions par an De ces 135 personnes qui naissent par minute, 117 naissent dans les 122 pays du Tiers-monde. La croissance démographique est donc plus intense dans l'hémisphère
1. La Plata: Estuaire d'Amérique du Sud formé par la confluence des Rio Parema et Uruguay; tributaire de l'Atlantique, il sépare l'Argentine et l'Uruguay. 20