Iniquités et Attentats commis sous le préfet de police Dubois - Dénonciation au Roi et à l

Iniquités et Attentats commis sous le préfet de police Dubois - Dénonciation au Roi et à l'opinion publique

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Français
132 pages

Description

Si, dans tous les temps, la justification d’un homme d’honneur doit être simple et irrécusable, elle sera telle surtout lorsque, changeant enfin de position, il deviendra lui-même accusateur. Il rejette alors sur ses juges, sur ses persécuteurs la honte, l’ignominie dont vainement on avait tenté de le couvrir ; mais il manque de termes pour qualifier ces magistrats qui livrent leur conscience aux caprices de l’homme puissant, ou qui transforment en un repaire, où ils aiguisent les poignards de la haine, le sanctuaire de la justice, qui devrait être comme ces lieux saints où jadis il suffisait de pénétrer pour trouver un asile inviolable.

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Date de parution 16 septembre 2016
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EAN13 9782346096862
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Langue Français

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P.-J. Lauze de Péret

Iniquités et Attentats commis sous le préfet de police Dubois

Dénonciation au Roi et à l'opinion publique

DÉNONCIATION AU ROI, ET A L’OPINION PUBLIQUE,

D’iniquités et d’attentats commis sous le Préfet de police DU BOIS

Si, dans tous les temps, la justification d’un homme d’honneur doit être simple et irrécusable, elle sera telle surtout lorsque, changeant enfin de position, il deviendra lui-même accusateur. Il rejette alors sur ses juges, sur ses persécuteurs la honte, l’ignominie dont vainement on avait tenté de le couvrir ; mais il manque de termes pour qualifier ces magistrats qui livrent leur conscience aux caprices de l’homme puissant, ou qui transforment en un repaire, où ils aiguisent les poignards de la haine, le sanctuaire de la justice, qui devrait être comme ces lieux saints où jadis il suffisait de pénétrer pour trouver un asile inviolable.

Ce que l’on oppose à l’équité ne subsiste qu’un jour. Le temps seul manque à l’homme qu’on veut opprimer : s’il vivait assez, il verrait ses oppresseurs changer d’attitude. Ce moment est venu pour moi. Cependant je ne jouis qu’imparfaitement du renouvellement des choses, et j’éprouve encore des effets de la politique d’un règne imprévu et mal assuré, d’un règne révolutionnaire.

L’oubli du passé, cette maxime parfaitement convenable aux circonstances publiques, n’est plus la même pour celui dont l’honneur paraît compromis, pour celui qui a reçu des outrages réparables de leur nature, et qui n’a pas obtenu cette réparation, pour celui qui a pleinement conservé ses droits à la considération publique, et qui pourtant ne sait pas bien s’il en jouit incontestablement. Je ne demande que ce qui est nécessaire à tout honnête homme. Je ne cherche point de vengeance ; je ne réclame point de dommages ; je ne prétends pas que l’on soit puni pour les crimes commis à mon égard. Je ne veux que mon entière justification. Il ne restera point d’incertitude. Il n’en doit pas même rester dans l’esprit de ceux qui ne me liront pas : j’écris sous les yeux de la plupart des hommes qui connurent cette affaire, et plusieurs d’entre eux sont en place ; il faut de nécessité que mes allégations soient exactes, que mes preuves soient évidentes. Devant le roi, devant le public, j’accuse hautement mes persécuteurs. Habitués à tout immoler aux passions qu’ils servaient, ils ont cru m’ôter l’honneur ; mais il est difficile de l’ôter à celui qui, loin d’y avoir renoncé lui-même, pourrait tirer quelque gloire des circonstances qui ont fait prendre contre lui ces étranges résolutions. Dans ma défense, j’avais lieu d’accuser, et j’accusai mes accusateurs et mes juges ; je ne pouvais tout dire, et cependant je démontrai l’injustice des uns, la perversité des autres, et ce sont eux surtout qui restèrent compromis : mais il fallait que je succombasse, du moins en apparence. Ma justification formelle et décisive n’éclaira qu’une faible partie du public. Le grand nombre qui, en général, s’occupe peu de là vérité, n’a pas le loisir de la chercher dans les affaires particulières. On s’arrête au fait, on prend le résultat pour une preuve, et le jugement, quel qu’il soit, décide la question. Ainsi, bien que l’iniquité de mes juges fût incontestable, elle n’était pas assez publiquement, assez généralement reconnue.

Au dernier moment, le seul que je pusse saisir, je fis imprimer un mémoire ; l’évidence même du contenu le rendit inutile, car il plaçait la Cour de cassation dans une alternative dont je montrerai toute la difficulté, et cette Cour même fit voir qu’elle la sentait fort bien. A d’autres égards, ce mémoire était insuffisant peut-être. Les fonctions publiques, et même la puissance de ceux contre qui j’avais à me défendre, la force des circonstances enfin exigeaient des ménagemens et plusieurs réticences. La Commission sénatoriale de la liberté de la presse était formée, c’est-à-dire que la liberté de la presse n’existait pas. Cette commission la représentait, comme les statues élevées sur les tombeaux rappellent des hommes qu’on ne verra plus.

En 1808, je prouvai bien que, pour me perdre, on violait, de la manière la plus révoltante, et la justice et la loi positive ; mais il était si facile à ceux qui me poursuivaient, de multiplier les imputations, de les produire au moment opportun, d’arrêter une partie de mes réponses, de susciter des obstacles, et de faire passer au dernier moment de nouveaux nuages devant la clarté même ; tout cela, dis-je, leur était si facile, que peut-être, à l’exception de quelques amis incapables de se tromper à mon égard, n’y eut-il d’entièrement convaincus de la vérité, que ceux mêmes qui me condamnèrent. L’absurde jugement rendu contre moi, fut conforme à la déplorable modération de ces temps-là. Sans autres violences, on expulsait ainsi les hommes dont on ne pouvait espérer assez de soumission. La liste des proscrits n’était point, comme à Rome, affichée dans la place publique ; on la divisait avec une sorte de circonspection ; on la distribuait aux gouverneurs des châteaux forts, et à de certains présidens de cours de justice.

Le jugement rendu contre moi fut une véritable prévarication ; dans l’espoir d’un long avenir favorable à l’injustice, on n’y a pas mis assez d’art, assez de prudence, et cette pitoyable intrigue a été maladroitement conduite, parce que l’iniquité n’avait pas besoin alors d’un voile fort épais.

Il n’était pas besoin non plus, pour être inscrit au nombre des hommes qu’il fallait écarter, pour être désigné aux serviteurs d’un Prince exigeant et ombrageux, il n’était pas besoin d’avoir des prétentions qui lui déplussent, et une gloire qui l’offensât, d’avoir fait des choses éclatantes, ou d’avoir rempli des postes éminens. Ses ministres, toujours vigilans à son exemple, n’ignoraient rien, et ne pardonnaient à personne ; il suffisait a leurs yeux d’avoir, dès le principe, désapprouvé la tyrannie. Ils étaient fidèles à cette maxime : Celui qui ne nous rend pas hommage, nous insulte, et il faut réduire à l’impuissance d’agir tout homme qui ne veut point travailler pour nous.

Il est indispensable qu’en premier lieu je me fasse connaître, et que j’explique ainsi toute cette animosité qui a franchi, en me poursuivant, les bornes ordinaires que la perversité même croit devoir s’imposer. Fils de Claude-Romain Lauze de Peret1, gentilhomme languedocien, je fus destiné à la carrière militaire. J’entrai en qualité de cadet dans le régiment des chasseurs royaux de Provence. Bientôt après je reçus un brevet de sous-lieutenant pour le régiment de Beauce, où j’obtins le grade de capitaine en 1792. Dès long-temps la révolution avait éclaté. Mon père fut membre de la représentation nationale2. Dans ces temps agités, où il fallait moins de force pour suivre le devoir, que de discernement ou de bonheur pour le connaître, et où chaque heure nouvelle semblait exiger le sacrifice de tous les souvenirs, mon père voulut être, autant qu’il se pouvait, fidèle à son Roi. Au milieu des factions et de l’impétuosité des événemens, son âme ardente, mais droite, ne partagea pas le délire de ceux qui prétendaient immoler au salut de la France, le Français qui pouvait le. plus contribuer à son bonheur. Aucun intérêt personnel, aucune prudence, alors, ne conseillait à mon père cette noble résistance à l’impulsion dominante. Tandis que la fatalité laissait à peine à Louis XVI un dernier espoir, l’un de ses juges infortunés, en respectant sa vie, prévoyait-il qu’un jour son propre fils, aux pieds du successeur de ce monarque, attendrait de sa justice paternelle un bien plus nécessaire que la vie, l’intégrité de l’honneur ?

Bientôt les vingt-deux succombèrent. Alors les députés Hentz et Francastel me destituèrent comme noble et fils d’un conspirateur3.