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J'avance, obstiné

De
300 pages

Des parents qui se séparent, un divorce qui dure plus de dix ans, et le frère et la sœur se retrouvent pris en otage. D’abord éliminés et placés en pension puis dans des familles d’accueil. Après le jugement du divorce, ils sont chaque année envoyés ensemble un an chez le père, puis chez la mère où ils sont accueillis avec réticence et considérés comme des boulets dont on se débarrasse dès que leur présence contrarie les projets des parents. À chaque changement annuel de parents ils doivent subir une réelle inquisition pour continuer d’alimenter la controverse entre les avocats. Par la suite, ils seront séparés, le fils chez le père, la fille chez la mère, et ne se reverront qu’à de rares occasions. Les voilà pourvus des meilleurs atouts affectifs et scolaires pour bien débuter dans la vie...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-21695-1

 

© Edilivre, 2017

Introduction

Cette année j’ai 75 ans, ça fait longtemps que j’ai envie de raconter comment j’ai vécu, et je pense que si je n’agis pas maintenant, je ne le ferai jamais. La procrastination n’est pas une solution, surtout que la petite musique « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… », car après ce sera évidemment trop tard… J’espère cependant ne pas sombrer dans le perfectionnisme de Joseph Grand qui dans « La Peste », est mort sans avoir réussi à dépasser la première phrase de son « œuvre ».

Henri est décédé l’année dernière, plus qu’un ami, il faisait parte de notre petite équipe de pétanqueurs sur la Place des Lices à Saint Tropez. Un rugbyman, très sportif, avec un humour communicatif ; des douleurs thoraciques, des métastases, des chimios, la totale. Il réapparait plusieurs mois après, en rémission, ses cheveux avaient repoussés (je l’appelais Casque d’Or), puis rechute brutale et décès. Nous avons organisé une compétition et un repas pour honorer sa mémoire, mais c’est fini. Comme quoi la mort frappe sans prévenir.

Pour répondre à des fables que ma mère brodait à sa convenance, je souhaite préciser qu’il n’y a aucun lien de parenté entre mon père Jean-René Rivet et Paul Rivet fondateur du musée de l’homme à Paris, ni avec le général Louis Rivet chef du Service du Renseignement Français pendant la guerre 39 45, ni avec le général Chef d’Escadron Etienne Rivet durant la guerre de 39 45, ni avec le général de brigade Rivet durant la guerre de Crimée et que nous ne sommes pour rien dans l’implantation d’une ville en Algérie qui s’appelait Rivet, ni avec les Rues Rivet à Lyon et Saint Etienne.

Ce récit n’est en aucun cas un règlement de compte personnel avec mes parents. Ils ont fait ce qu’ils ont pu, c’est-à-dire pas grand-chose, mais je suis quand même très remonté à leur égard, même si j’admets qu’ils étaient très mal préparés à avoir des enfants.

Ce qui n’a pas empêché mon père de nous écrire ceci post-mortem, alors que de son vivant il signait ses lettres « papa tiroir-caisse » :

Je vous ai porté beaucoup d’affection, beaucoup plus que vous ne pensez, malheureusement, je n’ai jamais jugé devoir extérioriser cette affection, ayant toujours éprouvé une grande réserve, beaucoup de pudeur devrais-je écrire devant les manifestations affectives excessives, ce qui me paraissait un déballage de sentiments, comme au soldes. [… ] Il n’y a, croyez-moi nulle rancœur ni amertume dans ma remarque. Je vous aime bien tous, vos épouses et vos enfants, et c’est à dessein que j’emploie le féminin pour la deuxième catégorie.

Quant à maman, elle était suffisamment égoïste et personnelle pour ne jamais avoir eu la tentation de remettre son attitude en question, et si à certains moments elle a eu des sursauts d’instinct maternel, c’était surtout quand ça pouvait lui servir d’argument dans son conflit de divorcée. De toute façon mes parents ont toujours réécrit l’histoire à leur avantage.

J’ai écrit ces souvenirs pour être en paix, sans besoin de justification. Je n’ai rien à prouver, je suis à l’abri du besoin et j’ai des vrais amis, pas des like ou des ni followers factices comme il en pullule sur les réseaux soi-disant sociaux. Je n’arrive d’ailleurs pas à comprendre qu’on puisse trouver intéressant de diffuser une photo de son assiette avant son repas… autant photographier la cuvette des WC pour informer des résultats ce qu’on a mangé.

Malgré tout, j’ai heureusement la chance de pouvoir affirmer que si ma vie était à refaire je la referais exactement de la même façon, sauf en ce qui concerne mon enfance, mais là je n’ai eu aucun choix.

Je voudrais particulièrement remercier ma sœur Framboise avec laquelle je suis indissolublement lié par notre enfance et mon demi-frère Frédéric qui n’a jamais profité de sa position privilégiée pour nous enfoncer davantage auprès des parents Notre père lui a d’ailleurs infligé la même dose de mépris qu’a nous.

En tout cas tout ce que j’écris a vraiment eu lieu.

Concernant mon père Jean-René.

Il est né le 4 décembre 1908 à Saint Etienne, fils de Pierre Auguste Rivet, décédé en 1933 et de Fleurie, décédée à 25 ans « dans son lit en lisant un livre ». Il a une sœur plus âgée, Marie-Antoinette, née le 29 septembre 1899. Le peu que je sais est qu’il a été orphelin à 25 ans et que c’est sa sœur qui a subvenu à ses besoins pour qu’il puisse continuer ses études.

La seule trace de son enfance que j’ai pu retrouver est dans une lettre qu’il a écrite à sa sœur ou il parle d’une maison à Sail-sous-Couzan où ils habitaient quand il était enfant semble-t-il :

Certes comme je te l’ai déjà écrit, c’est avec un serrement de cœur que je verrais la maison où nous avons vécu, maman, toi et moi des vacances heureuses est baignées de tendresse, passer en des mains étrangères.

J’ai retrouvé une lettre de lui de 1982 dans laquelle il retrace pour sa sœur les années de galère 1932 et 1933 qui ont été très difficiles pour lui. Laissons le parler :

Il ne faut pas oublier que lorsque j’ai été libéré du service militaire, c’était je crois en juin ou juillet 1932, je n’avais ni travail, ni logis ni aucun secours de dépannage en vue. Je me suis trouvé à ce moment-là brusquement remis dans la vie civile, alors que je devais, étant d’une classe qui avait à effectuer dix-huit mois de service militaire, continuer à servir pendant encore six mois et toucher pendant cette période ma solde de sous-lieutenant. Cette période devait aussi me permette de résoudre le problème de ma réinsertion dans la vie civile. Pour des raisons d’économie, l’armée sans me prévenir ni me consulter m’a « libéré » brusquement à la fin d’une année de service. Tu m’as généreusement accepté à la maison à Saint-Etienne pour me dépanner et je t’en suis très reconnaissant. Je suis resté plusieurs semaines peut-être jusqu’à deux ou trois mois, à vivre à tes frais. C’est alors que notre cousin Étienne est intervenu et m’a fait comprendre qu’il fallait que je me débrouille seul. Il m’accusait de vivre à tes dépens, ce qui était assez exact, mais le moyen de faire autrement alors que sévissait la crise et que les gens perdaient leur emploi ou leur travail. Il n’a pas évoqué la question de savoir comment je ferais sans travail ni ressources pour manger et dormir après que j’aurai quitté la maison et ne m’a proposé aucune solution.

C’est alors que je suis allé à Sail assez découragé, et envisageant de demander à Marius qui avait repris l’affaire des monuments funéraires de son père de m’accepter, pour la nourriture et le logement, comme ouvrier avec lui. Je pouvais polir la pierre sinon la tailler et faire quantité d’autres travaux pour l’aider. Mais à Sail – sans d’ailleurs que j’ai demandé quoi que ce soit-on m’a expliqué que le travail avait beaucoup diminué et qu’ils avaient du mal à avoir du travail pour deux (Marius et son oncle Jules). Je n’ai donc rien demandé et tante Maria comprenant ma situation et voyant que je n’avais ni travail ni argent ni logis, m’a donné 1000 Fr pour me dépanner. C’était peut-être un chameau comme tu me l’as écrit, mais c’était un chameau généreux et le seul membre de la famille qui m’ait donnée une aide financière dans ces moments difficiles.

Alors je suis parti à Lyon essayer de trouver un peu d’aide chez les Blin et surtout dans l’espoir de trouver un travail, même temporaire ou sporadique et voir si il avait quelques moyens de continuer mes études à l’université, ce que je ne pouvais faire ni à Saint-Etienne, ni à Sail. Chez les Blin tante Reine a commencé par m’annoncer catégoriquement qu’ils ne pouvaient pas déplacer de l’argent pour m’en avancer ; que tout au plus il pourrait accepter momentanément de me loger chez eux (ça ne leur coûtait rien puisqu’ils avaient des chambres libres dans leur villa).et qu’il me permettrait de manger le soir avec eux.

Ce qu’a été la vie chez eux, je le ressens encore douloureusement. J’avais droit le soir à « une bonne soupe » comme disait tante Reine ; à savoir un bouillon clair avec quelques bouts de carottes et de poireaux et force tranche de pain donnant à l’ensemble sa consistance. Parfois un résidu de charcuterie, entame de pâté de campagne ou chute de jambon. Pour m’empêcher d’étudier la nuit, tante Reine avait remplacé l’ampoule électrique de l’alcôve ou je couchais par une ampoule hors d’usage « il ne faut pas lire la nuit » disait-elle, l’électricité coute cher. À midi il me fallait déjeuner (??) en ville car Blin ne rentrait pas, prenant son déjeuner à l’hôpital et tante Reine ne faisant pas de cuisine à midi. Combien de repas ais-je fait d’une boîte de sardines et d’un morceau de pain acheté au poids parce que c’était moins cher ? Il m’est même arrivé de faire quatre repas de midi avec une boite de pilchards qui contenait tout juste quatre pilchards et un gros pain d’un kilo. J’ai eu faim à cette époque j’ai frénétiquement cherché du travail. Tout d’abord je suis allé à la mairie du IVe, rue Jean Macé je crois, pour m’inscrire au chômage. Comme je n’avais pas de certificat de cessation de travail… et pour cause ! L’employé m’a refusé la carte de chômeur. J’ai essayé la soupe populaire à midi, mais j’étais mal vu et du personnel qui servait et des clochards car je détonnais et je « scandalisais » dans ce milieu de miséreux ; j’ai dû y renoncer. J’ai alors été engagé à la commission par l’agence de la compagnie Electrolux pour placer des aspirateurs en faisant du porte-à-porte. Au bout de quatre jours je n’avais placé aucun aspirateur et donc n’avait reçu aucunecommission, et comme les déplacements à pied – le tram était un luxe pour moi – m’augmentaient l’appétit, j’ai abandonné. Alors j’ai rencontré dans un bistrot plus ou moins honnête de la Guillotière, plutôt moins que plus d’ailleurs, un petit groupe qui trafiquait d’un peu de tout, en particulier de timbres-poste qu’ils décoloraient à l’eau de javel pour en faire des variétés rares. C’est bien par hasard que je n’ai pas continué sur cette pente dangereuse et suis sorti d’un milieu qui vivait en marge de la légalité.

Enfin un poste de travail libre au Collège de Mongré (c’était chez les jésuites) je m’y suis présenté. Il s’agissait d’enseigner Physique et Chimie en Première et en Seconde. J’ai été gentiment éconduit avec cette bonne parole qui qui m’est depuis restée sur le cœur : que je paraissais beaucoup plus jeune que mon âge, si jeune que beaucoup de mes élèves sembleraient plus âgés que moi. Le directeur des études a quand même eu le geste de me faire payer le déplacement.

Comme les 1000 Fr de tante Maria et quelque minimes rentrées provenant de travaux sporadiques accrochés ici et là s’épuisaient, j’ai accepté un emploi de surveillant au Collège Saint Joseph à Dijon. On nous avait logés mes collègues d’infortune et moi, dans des chambres vétustes d’un bâtiment en bois où il était interdit de faire du feu alors que la température extérieure variait de -5 à -10°. J’ai attrapé une angine dont deux collègues, surveillants comme moi, un dessinateur industriel sans emploi et un aide-ingénieur qui n’avait pas trouvé de travail en sortant de l’école, m’ont à demi remis grâce à force vin chaud ; le vin était pris dans la réserve des religieux ! Les bons chrétiens qui m’employaient –c’était les Frères des Écoles Chrétiennes – ne me permettait comme tout soin que de me rendre deux fois par jour à l’infirmerie, pour un quart d’heure, où l’on me donnait une tasse de tisane et un cachet d’aspirine. À la suite de cette angine et avant même qu’elle soit guérie, on m’a fait comprendre que je ne rendais pas les services qu’on attendait de moi et on m’a prié de rendre la clé de ma chambre et de déguerpir. C’est ce que j’ai fait sans avoir reçu aucune rétribution pour les huit à dix jours passés dans l’établissement ; trop heureux qu’on ne m’ait pas demandé le prix de ma pension pour ces quelques jours. Bien entendu mon déplacement de Lyon à Dijon et retour n’a pas été payé.

Je suis donc retourné à Saint-Etienne où tu as bien voulu m’héberger à nouveau pour quelques jours. Cela m’a permis, après avoir envoyé de nombreuses lettres tous azimuts de recevoir une offre de me présenter d’urgence à Toulouse où un emploi pourrait m’être confié pour les cinq derniers mois de l’année scolaire. C’était à l’École Sainte-Barbe et j’y cumulais les fonctions de maître d’internat, surveillant, répétiteur, correcteur de devoirs, conseiller pédagogique… pour cela j’étais logé et nourri mais ne recevais aucune rémunération. Au moins je mangeais à ma faim ! À la fin des cinq mois de bons et loyaux services, l’abbé Trehorel qui dirigeait l’école consentit sur mes pressantes instances à me remettre un peu d’argent, 200 Fr si mes souvenirs sont exacts. Bien entendu toutes les leçons et explications que j’avais données aux élèves qui s’étageaient de la Septième à la classe de Philosophie avaient été gratuites. J’ai eu à Sainte-Barbe une satisfaction, oh purement morale, qui m’aconfirmé dans mon désir de continuer dans l’enseignement. Un de mes élèves, il devait s’appeler Guy et était externe, a préféré, pendant tout un mois durant lequel ses parents devaient s’absenter de Toulouse, devenir interne à Sainte-Barbe avec moi plutôt que d’aller chez ses grands-parents qui habitaient aussi Toulouse.

Instruit par l’expérience j’avais mis à profit mes cinq mois à Toulouse pour me ménager un nouvel emploi… plus rémunérateur ! en écrivant ici et là. Les prêtres Maristes de Toulon m’ont ainsi offert pour la rentrée à venir d’octobre un emploi de professeur de Chimie et Physique en Seconde et en Troisième. Mais il y avait les trois mois de vacances pendant lesquelles il fallait bien que je trouve quelque part le gîte et le couvert puisque l’école Sainte-Barbe fermait et que les bons abbés se retiraient dans leur communauté en souciant de ce feraient leur répétiteur pendant ces trois mois comme de leur première culotte. Les bons pères Maristes de Toulon mis au courant de ma situation ont arrangé avec des familles de leurs élèves qui passaient l’été dans le Haut Var pour que je donne des leçons à ses élèves ce qui me procurait les subsides me permettant de prendre pension dans une modeste auberge de village. C’était à Varages. L’hôtelière Madame Bertrand était une très brave personne qui m’a tout de suite adopté dans sa famille : elle avait deux enfants de douze et quinze ans avec lesquels je m’entendais fort bien et j’ai vécu heureux chez les Bertrand, enfin délivré du souci du logement du travail et de la nourriture.

J’étais parfaitement bien chez les Maristes Toulon où je suis resté trois ans, jusqu’à ce que j’entre à l’OMM à Paris. Entre-temps alors que j’étais à Toulouse, j’avais manqué, par défaut d’argent – je n’avais pas de quoi payer le billet de chemin de fer Toulouse-Paris et retour ainsi que deux jours de séjour à Paris – un concours d’ingénieur météorologique du cadre colonial. J’ai su par la suite que ce concours avait dû être annulé faute de candidats !!! Ça ne fait rien puisque je suis entré trois ans plus tard dans le cadre des météorologistes de la métropole et Dieu merci, j’y ai fait une carrière aussi bonne sinon meilleure que celle que j’aurais pu faire aux colonies. J’ai en effet terminé ma carrière comme ingénieur général de l’État (équivalent à général de brigade) et secrétaire général adjoint d’une organisation intergouvernementale, ce qui correspond à ministre plénipotentiaire, et on m’a donné de surcroît la légion d’honneur, ce que j’avais peut-être omis de te dire jusqu’ici. Après les péripéties que j’avais éprouvées, tu comprendras que je considère d’un œil assez désabusé, sans arriver à les prendre au sérieux, ces titres et distinctions dont on fait grand cas dans les sous-préfectures.

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En 1939 il est Capitaine dans l’armée de l’Air admis à l’honorariat à la limite d’âge – Services de guerre.

À partir de cette période, son histoire rejoint la mienne.

Il deviendra par la suite Ingénieur de la Météorologie, puis Ingénieur en Chef, puis Ingénieur Général, détaché au Ministère des Affaires Étrangères.

De 1937 à 1939, Chef de Délégation, puis de 1946 à-1952, Chef adjoint au délégué du gouvernement français à des conférences internationales de météorologie, aéronautique, télécommunications, puis de 1952 à 1972 Secrétaire Général Adjoint de l’Organisation Météorologique Mondiale à Genève.

Durant toute la période où il était Secrétaire Général Adjoint, mon père a vécu dans la hantise ne pas être réélu et de perdre son job ; il a donc toujours gardé en location un studio minuscule à la Rue Duvivier à Paris, au cas où… Je me rappelle qu’il envoyait l’argent du loyer dans des enveloppes et que Tatie regardait bien si on ne voyait pas les billets par transparence. D’autre part il a toujours été très frustré parce que c’était le Secrétaire Général, Mr D*, qui s’attribuait le mérite du travail que lui avait fait. Il a eu d’autre part la mauvaise idée d’investir une partie importante de ses économies dans du IOS (Bernie Cornfield), précurseur de Maddox.

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Quand il a pris sa retraite, il a continué à travailler en tant que délégué représentant l’association des retraités des Nations Unies pour protéger la valeur des points de leur retraite, alignée sur le cours du dollar qui ne cessait de baisser. À la fin de sa carrière il recevra la Légion d’honneur lors d’une cérémonie organisée pour lui à l’Hôtel-Vieux Bois.

Le 21 avril1984, Jean-René Rivet décède à l’Hôpital Cantonal de Genève. Je me rappelle que j’avais préparé et fait imprimer les faire-part de décès sur la demande de Tatie mais qu’elle les a tous entièrement fait refaire à sa convenance.

Et sa sœur Marie-Antoinette.

Elle est née le 29 septembre 1899 à Saint-Etienne. Le 3 janvier 1928 Marie Antoinette Rivet enseigne au Cours Ponthus, école Catholique de Filles, 11 Rue Michel Rondet à Saint-Etienne jusqu’en 1938. Plus tard, Marie-Antoinette, 1m63, porte des lunettes, habitera au 34 rue Marengo à Saint-Etienne.

En juillet 1932, elle recueille Jean-René (alors dans la panade) chez elle à St-Etienne pour quelques mois. C’est un studio selon ma mère qui l’a vu : « glauque avec une seule pièce une fenêtre et un lavabo ». Jean-René dit que le cousin Etienne lui a dit de partir, s’en suit une galère de 18 mois. En 1933 Jean-René et Marie-Antoinette paient les frais de partage de la succession de leurs parents.

Elle tombe malade en 1937, invalidité en 1938 et début de retraite vieillesse en 1939. Mon père aidera régulièrement sa sœur depuis cette période.

Le 17 janvier 1975 il lui achètera un appartement de 3 pièces, 77 m2, 4 rue Camélinat à Saint-Etienne. Après son décès, cet appartement sera vendu le 16 avril 1989 pour la somme de FF 198.000.- dont hériteront les 3 neveux, Alain, Françoise et Frédéric. Pour être précis et vu le comportement du notaire, qui était parti avec sa collaboratrice et la caisse de l’Étude, ils devront par la suite restituer une bonne partie de cet héritage, dans lequel était aussi inclus une maison à Sail-sous-Couzan qui était louée, et il ne restera qu’environ FF 10.000.- à chacun

Par la suite des années plus tard, quand elle a dû être hospitalisée, il s’est occupée d’elle et lui a versé une rente de façon régulière et nous sommes allés là-bas plusieurs fois. Papa m’a demandé une fois de le conduire à Saint Etienne pour voir sa sœur qui était dans une maison de retraite avec un grand parc. Je me rappelle que j’avais à l’époque ma BMW rouge avecencore les pneus à clous d’hiver. J’ai fait très attention de conduire avec doigté, mais j’étais très intimidé d’avoir ce passager à côté de moi, avec son feutre vissé sur la tête dans la voiture et qui n’a pas desserré les dents pendant tout le parcours. Je ne me rappelle pas avoir vu sa sœur, car ils avaient « à parler » et je ne sais ce que j’ai fait de ma journée,.ni où nous avons mangé à midi. Au retour papa m’a donné 50 francs pour le déplacement et m’a fait le plein avec un jerrycan d’essence détaxée qu’il avait dans sa cave.

Sa sœur était aussi quelqu’un de particulier, c’était même une forte personnalité. Elle avait fait de l’alphabétisation dans les bidonvilles et s’était occupée de plusieurs œuvres à la paroisse ; elle était d’ailleurs du dernier bien avec les curés. Elle avait un gros problème avec ses yeux et elle était en train de devenir aveugle, du coup, pour s’endurcir elle s’était exercée à se déplacer dans son appartement les yeux fermés, jusqu’au jour où elle est tombée dans l’escalier. On a eu beau lui dire que ce n’était pas très raisonnable, mais selon elle c’était comme ça qu’il fallait faire. Elle avait aussi toute une collection de cailloux qu’elle avait ramassés pendant des temps et stockée dans son appartement.

Décès le 24 avril 1988 de Marie Antoinette Rivet, chez les sœurs de la Charité à Saint-Etienne.

Concernant ma mère Louise Hélène.

Extrait de sa biographie faite par elle-même (on n’est jamais si bien servi…) :

1918 – le 9 avril 1918 Toulon (Var) naissance de Louise Rosella Hélène, où mon père était en poste à l’Hôpital de Toulon depuis quelques semaines, d’où il m’apportait le lait de mes biberons après qu’on le lui ait confié pour analyses, ce qui m’a permis de devenir un ravissant bébé. Baptisée le 11 Novembre 1918 Toulon, 11 heures, date de la signature de l’Armistice de la guerre de 14-18.

1920 – Après un séjour Marseille avec ma mère (mon père devait faire une période dans l’armée (Marine) où il devait je crois des mois de service), nous sommes allés Saint Laurent-d’Aigouze (Gard), 30 Km de Nîmes et autant de Montpellier. À Marseille j’allais à l’école Communale et j’étais très malheureuse car les filles se fichaient de moi cause de mes bas de coton noir, je n’osais le dire à ma mère. Seul le tablier de satinette noire était obligatoire, mais pas les bas. Ma mère était triste et moi la risée de la classe et je ne garde pas un bon souvenir de cette ville !

1925 – J’avais un berger allemand (Jicky), qui me renversait d’un coup de queue et venait me lécher ensuite pour se faire pardonner. J’étais très heureuse dans le jardin de cette maison où je pataugeais dans le petit lavoir. Je me souviens d’arbres de Noël que l’on mettait dans le cache-pot de cuivre (actuellement chez Framboise à Armond). Je ne devais pas être très vieille, car je me souviens de n’avoir pas pu atteindre une glace de poupée (petite, de l’arbre de Noël) déposés sur la petite étagère, côté gauche, du bonheur du jour Louis XVI de Mérotte (un temps chez Alain à Troinex). Mérotte est le surnom de ma mère Jeanne Auvet, anciennement Martin.

L’autre souvenir d’enfance est mon père que je revois versant sur Jicky un seau d’eau froide, afin de lui faire lâcher la patte d’un petit chien qu’il avait attrapée par dessous la grille du jardin (donnait sur la rue, gauche de la façade de la pharmacie). Le petit chien hurlait, naturellement, et moi j’étais saisie de terreur à l’idée de voir Jicky réussissant arracher la patte du chien. Le pauvre chien est resté boiteux, après des soins intensifs

À côté de la pharmacie il y avait un grand magasin de chaussures, dont le propriétaire avait une fille de mon âge, Laure. La merveille est que, lorsque je suis allée chez eux, le père de Laure m’a dit « Tends ton tablier » et, ouvrant un tiroir dans son magasin, me l’a rempli de paires de chaussures de poupée !! Bien sûr, mon tablier n’était pas grand., mais quel souvenir.

Mes grands-parents habitaient l’appartement du premier à ce moment-là. Ma grand-mère réussissait à me faire manger (c’était mon problème) en me racontant des histoires et m’emmenait me promener à la « Ville d’Hiver » jardin public. J’ai refusé d’avancer un jour car des chenilles processionnaires me barraient le chemin et je n’aurais jamais voulu les enjamber (nous sommes rentrées en taxi après avoir rebroussé chemin).

À Saint Laurent, la vie fut toute autre. J’allais aussi l’école Communale où je travaillais très bien et fus rapidement la première. Les autres, filles de viticulteurs ou de journaliers, m’enviaient mes culottes blanches. Elles portaient des culottes « en couleur » home-made et moi des Petit-Bateau. Elles se vengeaient un peu en me disant que « chez moi, ça sentait la pharmacie ».

Tous les soirs, mon père recevait dans une grande corbeille de roseau, dans de la paille, avec un morceau de jute cousu à la ficelle tout autour, l’approvisionnement de la pharmacie, produits commandés la veille (par camion, la commande et le colis) et il m’autorisait à l’aider ranger tous les produits. Je connaissais aussi beaucoup de noms de spécialités, et leur application, et était intéressée par ses explications.

Il avait appris à ma mère le métier de préparateur en pharmacie et elle travaillait « au comptoir » au moins tous les après-midi. Une petite bonne Lily Carion (après Jaja(?)) s’occupait de la maison et cuisinait sous les ordres de ma mère.

Ce fut une heureuse période de ma vie : je courais toute la soirée avec tous les garçons et filles de l’école. Nous jouions dans les caves coopératives en marchant en équilibre sur la séparation des cuves de vin, où nous aurions pu tomber dans le vin en fermentation. C’est miracle que cette catastrophe ne se soit pas produite : aucune de nous ne savait nager, et c’étaient de très grandes cuves.

1928 – Ma mère a eu une phlébite. À Arcachon : couchée trois semaines, je me souviens que je lui tenais compagnie l’après-midi, avant ou après ma promenade avec ma grand-mère, que j’appelais Marraine, ce qu’elle était, car elle n’aurait pas supporté que je l’appelle grand-mère. Bon papa était lui très heureux que je le nomme ainsi. Il était déjà à la retraite quand ils sont venus à Arcachon, ayant vendu leur maison de Jouques(?) Var.

1928 – Félix Martin, remarié après veuvage avec une amie « Tante Fine » (Delphine) que nous avons un peu connu, Tatie (jacqueline Goujat) et moi (Hélène Auvet). Elle est venue quelques fois lorsque j’étais pensionnaire à la pension Sainte Jeanne d’Arc à Montrouge, à l’âge de 5 ans, pendant que mon père faisait un remplacement dans une pharmacie àVallières (Creuse), département dont ma mère avait présumé que je ne supporterais pas le rude hiver (je crois y être restée entre 6 et 8 mois). Maman Fine nous avait acheté à Tatie et moi, la même robe de lainage Jacquard, petits damiers disposée en larges bandes transversales (seyant !).

1929 – Je n’ai pas pu passer le certificat d’études faute de dispense : je n’avais que onze ans. Le curé m’a donné quelques leçons de latin et l’année suivante on « m’enfermait » : pensionnaire au Lycée de Nîmes en 6ème. Excellent prof de latin, mais l’internat déplorable comme discipline et nourriture.

1930 – Aussi m’a-t-on transférée aux Chartreuses, rue MoquinTandon à Montpellier. Discipline rigoureuse, messe tous les matins à 8 heures, répétitions de chants grégoriens pendant les récréations. Sorties dans les familles à Pâques et Noël, c’est tout. Grande tristesse générale, beaucoup de spleen. J’étais peu habituée à vivre loin de mes parents. J’ai eu le cafard…

Lorsque nous avons quitté Arcachon pour aller Marseille, toujours en remplacement avant l’achat d’une première pharmacie à Arcachon, ils ont acheté une maison à Varages, où ils sont demeurés jusqu’à leur mort (ils ont été transportés successivement à l’Hôpital de Pierrefeu-du-Var). Ma mère avait pris chez elle mon grand-père un certain temps pour le faire soigner (rhumatismes et emphysème) sans succès. Il « se languissait » de Rosella et a voulu aller la retrouver à Varages.

Ce que maman occulte dans ses souvenirs, mais ce dont elle nous a parlé plusieurs fois, c’est que quand sa mère l’a amenée chez les Chartreuses, elle lui avait dit qu’elle « reviendrait la chercher ce soir », mais qu’elle n’est revenue que plusieurs mois après et maman s’est sentie abandonnée et en a été très affectée.

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Le 31 octobre 1940 elle se marie avec Jean-René Rivet à la mairie de Caluire. Jean-René ne voulait pas aller l’église

À partir de cette période, son histoire rejoint la mienne.

À partir de 1946 ils mènent chacun leur vie, bien qu’ensemble, et leur divorce est prononcé en 1950. En 1952 maman rencontre Pierre E*, Ambassadeur du D* à Bruxelles et devient sa compagne. Maman vivra des années avec Pierre qui l’emmènera vivre à Rome où nous la retrouverons en 1956.