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Jeunes en cité

De
282 pages
Les transformations qui affectent nos sociétés ont de lourdes conséquences sur les ouvriers des banlieues, souvent immigrés, et plus encore sur leurs enfants: évoluant dans une société hostile, ceux-ci développent de multiples stratégies face à un avenir incertain. A travers une étude ethnographique, réalisée dans une cité HLM d'une ancienne "banlieue rouge", ce livre montre que le discours commun sur ces jeunes ne résiste pas à la pluralité des enjeux sociaux, ni à la complexité des situations. Il atteste aussi qu'une page de l'histoire ouvrière se tourne définitivement.
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Jeunes en cité
Diversité des trajectoires ou destin commun ?

Collection Débats Jeunesses dirigée par Bernard Roudet Institut national de la Jeunesse et de l’Éducation populaire
La collection Débats Jeunesses a été créée en appui à AGORA Débats Jeunesse, revue de l’INJEP éditée par L’Harmattan. Le comité de rédaction de la revue constitue le comité éditorial de la collection. Le secrétariat de rédaction est assuré par Apolline de Lassus.
Jean-Pierre AUGUSTIN, Jean-Claude GILLET, L’animation professionnelle. Histoire, acteurs, enjeux. Manuel BOUCHER, Alain VULBEAU (sous la direction de), Émergences culturelles et jeunesse populaire.Turbulences ou médiations ? Olivier DOUARD (sous la direction de), Dire son métier. Les écrits des animateurs. Olivier DOUARD, Gisèle FICHE (sous la direction de), Les jeunes et leur rapport au droit. Olivier GALLAND, Bernard ROUDET (sous la direction de), Les valeurs des jeunes. Tendances en France depuis 20 ans. Geneviève JACQUINOT (sous la direction de), Groupe de Recherche sur la Relation Enfants Médias, Les jeunes et les médias. Perspectives de la recherche dans le monde. Yannick LEMEL, Bernard ROUDET (coordonné par), Filles et garçons jusqu’à l’adolescence. Socialisations différentielles. Pierre MAYOL, Les enfants de la liberté. Études sur l’autonomie sociale et culturelle des jeunes en France. Geneviève POUJOL (sous la direction de), Éducation populaire : le tournant des années soixante-dix. François PURSEIGLE, Les sillons de l’engagement. Jeunes agriculteurs et action collective. Patrick RAYOU, La Cité des lycéens. Bernard ROUDET (sous la direction de), Des jeunes et des associations. Maxime TRAVERT L’envers du stade. Le football, la cité et l’école. Alain VULBEAU Les inscriptions de la jeunesse. © L’Harmattan, 2005 ISBN : 2-7475-7977-8

Éric Marlière

Jeunes en cité
Diversité des trajectoires ou destin commun ?
Préface de Jean-Claude Combessie

L’Harmattan 5-7, rue de L’École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L’Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L’Harmattan Italie Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Remerciements Mes premiers remerciements sont adressés à Jean-Claude Combessie qui a dirigé avec une attention irréprochable ma thèse de doctorat dont ce livre est issu. Je remercie aussi Jean-Yves Trépos, président du jury de ma thèse, Francis Bailleau, Gérard Mauger et Alain Vulbeau pour les critiques et remarques constructives qui m’ont permis d’améliorer cet ouvrage. Mes remerciements vont également à Tariq Ragi et à l’INJEP, ainsi qu’à Laurent Mucchielli pour leurs conseils et soutiens. Un grand merci aussi à Bessie Leconte pour sa relecture finale.

PRÉFACE

Jean-Claude COMBESSIE
Professeur de sociologie à l’université de Paris VIII

avoir suivi l’élaboration de la recherche dont procède ce livre, je voudrais à son propos évoquer ce qu’un ouvrage peut devoir à ce qui semble l’avoir facilité ou lui faire obstacle – et contre quoi il a fallu, dans l’un et l’autre cas, s’armer. Avoir vécu dans la cité, y vivre encore en faisant sa recherche, bel atout que cette connaissance intime, cette expérience partagée, mais qu’il faut surmonter. On parle de distanciation ou d’objectivation nécessaires : c’est bien peu dire tant que l’on ne parle pas de ce qui fut « vécu » et dont on veut faire un objet (de recherche), et moins encore tant que l’on ne pose pas d’abord ce vécu comme un objet construit : certes par soi, mais par d’autres aussi. L’objet « cité de banlieue » construit et vécu comme stigmate et stéréotype cristallisant la « peur de l’autre » devient dès lors un des premiers obstacles. L’histoire longue et multiple des migrations ouvrières qui ont peuplé la cité, l’histoire familiale et personnelle en son sein, l’histoire enfin de ses nouveaux « jeunes » – les potes, les copains – lui opposent d’abord la diversité et l’entrecroisement des trajectoires des entrants, des sortants : les flux successifs d’arrivée de ceux « venus d’ailleurs » dont la dernière grande vague a introduit ces immigrés d’origine maghrébine, ouvriers aujourd’hui pour la plupart chômeurs, dont procèdent beaucoup de ces « jeunes des cités », à côté d’autres portés, comme Éric Marlière lui-même, par l’histoire d’une autre migration ; les départs de « ceux qui s’en sortent » par le haut d’une promotion
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sociale mais ne sont pas complètement devenus des absents et les départs des « déclassés » ou de ceux dont on porte le deuil. De l’histoire à l’anthropologie réflexive du point d’observation choisi par la suite, il semblerait que l’on passe du lointain au proche si l’entrecroisement de ce que l’on a pu nommer « la triangulation des méthodes » ne prolongeait pas la première. C’est sur fond de ces mouvements de population qu’Éric Marlière oppose au stéréotype construit la manière dont les destinées des garçons, ces « jeunes de banlieue », composent et diversifient les solidarités de groupe, à la fois réglées et mouvantes. À travers l’expérience partagée des années d’enfance, de la résidence et de l’école, les différences et les communautés d’origine se réinterprètent dans l’élaboration de codes de conduite communs et de manières d’être ensemble. Éric Marlière en souligne la composante principalement arabo-maghrébine et la place qu’y tiennent ceux dont aucune scolarité réussie n’autorise l’éloignement prochain. Mais il témoigne aussi de la dimension collective du cadre qu’elle offre à un même groupe d’âge par la diversification et la personnalisation des rôles qu’elle autorise. Il insiste autant sur le sentiment partagé d’une solidarité de destin que sur celui des différenciations qui composent les groupes. Une des forces de l’ouvrage est d’ancrer ses analyses sur la part visible des comportements qui plus que d’autres alimentent les stéréotypes : le regroupement de ces jeunes dans « l’espace public » de la cité. Au regard de ceux qui ne font pas la différence, il oppose alors le sien. En même temps qu’il décompose et recompose l’histoire sociale de cet espace à partir des trajectoires de ceux qui l’investissent à leur manière, collective et individuelle, il analyse, sans au demeurant se mettre en scène lui-même, ce qu’il lui doit de souvenirs enchantés (seule une communauté de culture peut animer l’analyse de ses joutes verbales, de leur intensité et de leurs enjeux), de sentiment de destin partagé et d’apprentissage de la distance, de cette ténacité « guerrière » aussi qui a été requise pour surmonter les obstacles culturels opposés à la trajectoire qui a produit ce livre. Par là même, Éric Marlière pose et articule la question des appartenances, mobilisations et résistances et celle des luttes « de classe » ; il ne peut reconnaître celle d’une classe ouvrière qui ne se survit guère que dans les mémoires ; il prend acte de la métamorphose des comportements – la montée du consumérisme des jeunes notamment –, de la distance prise avec les formations politiques et de la place nouvelle du religieux dans les structurations identitaires. Mais la question est posée non seulement des ressentiments individuels, mais 6

PRÉFACE



JEAN-CLAUDE COMBESSIE

aussi du travail collectif de définition des iniquités sociales opéré par ces laissés pour compte de l’histoire qui se voient perçus comme des « ennemis de l’intérieur ». Comme est aussi posé le constat d’« un sentiment d’appartenance conjoncturel et fluctuant » qui évoque plutôt la fragmentation de « ces nous à géométrie variable ».

7

TABLE DES MATIÈRES

Préface, par Jean-Claude Combessie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
INTRODUCTION

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

Un champ de recherche en chantier depuis les années 80 . . . . . . . . . . 16 Une notion à déconstruire : les « jeunes de cité » . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 Petite synthèse historique : Des métallurgistes de l’entre-deux-guerres aux « jeunes de cités » . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
PREMIÈRE PARTIE

DES RAPPORTS SOCIAUX FRAGMENTÉS . . . . . . . . . . . . . . 31
CHAPITRE I

– Les Espacenords . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

Le parcours scolaire et l’insertion professionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . 34 Un groupe de plus en plus éclaté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38 Zoom : Les Vétérans ou les anciens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
CHAPITRE II

– Les Musulmans pratiquants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

Une pratique assidue de l’islam . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59 Entre les besoins de la vie religieuse et les nécessités du quotidien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67 Les «Salafistes» et la société française . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
CHAPITRE III

– Les Invisibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81

Des « jeunes de cité » loin des cités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82 Des jeunes situés entre deux mondes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 Une identité à construire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
CHAPITRE IV

– Les Marocainsuds . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

Les études, les jobs et la cité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97 Frimer, « gratter » et draguer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101 Le temps des mutations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107

JEUNES EN CITÉ. DIVERSITÉ DES TRAJECTOIRES OU DESTIN COMMUN

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CHAPITRE V

– Les Algériencours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

Les héritiers de la délinquance locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114 Le trafic de cannabis, entre rêve et réalité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120 La cité, les activités ludiques et l’avenir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
CHAPITRE VI

– Les Jeunacteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135

L’échec scolaire et une position locale de dominés . . . . . . . . . . . . . . . 136 Des enfants d’ouvriers qui s’affirment par de nouveaux comportements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
DEUXIÈME PARTIE

UNE CULTURE SYMBOLIQUE COMMUNE . . . . . . . . . . . . . 149
CHAPITRE VII

– Le « cadre primaire » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151

L’espace de proximité, support de pratiques religieuses . . . . . . . . . . . 152 Des valeurs maghrébino-musulmanes dans l’espace public . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164 Les femmes et la culture maghrébino-musulmane . . . . . . . . . . . . . . . 173 La présence de l’islam populaire et rural . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
CHAPITRE VIII

– Des comportements sociaux communs . . . . . . . . 191

La présentation de soi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191 L’importance de la « vanne » et du « charriage » . . . . . . . . . . . . . . . . . 205 Jouer un rôle pour s’affirmer et se faire respecter . . . . . . . . . . . . . . . . 213
CHAPITRE IX

– Des pratiques de groupe : le sport, les sorties et les « galères » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221
Le football, de la grande passion à l’indifférence . . . . . . . . . . . . . . . . 221 Faire du sport : un devoir de présentation de soi . . . . . . . . . . . . . . . . . 229 Le groupe comme moyen d’exister . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 232

CHAPITRE X

– Les institutions vues par les jeunes . . . . . . . . . . . . . 237

Le rapport avec les institutions d’encadrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238 Les jeunes et le « social » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255
CONCLUSION

– Une nouvelle approche des pratiques de sociabilité parmi les jeunes des cités . . . . . . 265 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271

BIBLIOGRAPHIE

10

INTRODUCTION

LLÉE du 74 » : cette inscription blanche sur une plaque bleue à l’entrée d’une résidence neuve de trois étages à peine témoigne de l’existence d’une des plus anciennes cité HLM de la banlieue parisienne. Cette plaque commémorative atteste en quelque sorte, aux yeux des habitants, un passé industriel aujourd’hui disparu. Elle représente pour les anciens locataires de la cité du 74 les « temps révolus » : ceux des « bleus de travail », des « gamelles » et des vélos, mais aussi des cheminées noires et du vacarme des usines et des ouvriers. Ainsi, une histoire ouvrière s’est déroulée en plusieurs actes ici depuis la période de l’entre-deux-guerres, l’épopée parfois tragique d’hommes et de femmes appartenant au monde de la « banlieue rouge ». Depuis une vingtaine d’années, la « banlieue » au sens large et le terme de cité notamment sont fréquemment placés dans l’Hexagone sous le feu des projecteurs médiatiques. Ils sont devenus une priorité pour les politiques, les architectes, les journalistes, mais aussi pour les sociologues. À l’époque antique, le terme de cité correspond à une unité politique constituée sur une aire géographique précise dont les habitants disposent de prérogatives qui en font des citoyens1. Actuellement, ce sens est de plus en plus recouvert par l’application du terme à des groupes d’immeubles et, comme le montre le sociologue M. Péraldi, la « cité » évoque davantage aujourd’hui la vie publique des quartiers
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Je fais allusion aux cités grecques et médiévales.

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sensibles qui font « problèmes de société2 » : le mot « cité » dans le langage politico-médiatique fonctionne désormais, comme celui de banlieue, sans adjectif. Car, depuis les célèbres et malheureux événements survenus dans la banlieue de Lyon en 1981, « cité » résonne dans les esprits comme une sorte de « désastre urbain », évoque les émeutes de la veille, les « problèmes sociaux », les vols et la délinquance : de « cité antique », de « cité ouvrière » en des temps plus proches, nous sommes passés à « cité à problèmes »… Et, comme le souligne Patrick Champagne, le terme « cité », comme celui de « banlieue », devient la nouvelle cible des « constructions médiatico-politiques3 » évoquant les « ghettos », les « zones de non-droit » ou encore les « enclaves partielles4 ». Peut-on traiter ainsi les habitants des « cités de banlieue » comme un groupe homogène sous prétexte qu’ils habitent le même lieu, qu’ils appartiennent plutôt aux classes populaires et qu’ils ont, pour certains, des « origines » qualifiées d’étrangères ? On tend à ranger les populations diversifiées de ces « cités » sous les vocables d’habitants de « ghettos », de groupes paupérisés, à l’image des sous-prolétaires ou d’une underclass5 en phase critique de sous-emploi pour laquelle se conjuguent désaffiliation, relégation et exclusion dans des habitats vétustes6. Cette difficulté à nommer, à définir une population ouvrière qui n’est plus tout à fait ouvrière, pose un certain nombre de questions concernant les habitants de ces cités7. Dans un registre autre (mais proche), les comportements de la « population des cités », notamment ceux des jeunes relégués dans des positions sociales de chômeurs et d’exclus, sont rangés sous les vocables de « violence », de
PÉRALDI, La Vie publique des cités, in L. MOZÈRE, M. PÉRALDI, H. REY, Intelligence des banlieues, la Tour d’Aigues, L’Aube, 1999, p. 31. 3 P. CHAMPAGNE, «La construction médiatique des “malaises sociaux”», Actes de la recherche en sciences sociales, n° 105, décembre, 1991, p. 65. 4 J.-F. LAÉ, «Crise des banlieues: le béton n’est pas en cause», Regards sur l’actualité, juillet 1991. 5 P. BOURDIEU, L. WACQUANT, «Sur les ruses de la raison impérialiste», Actes de la recherche en sciences sociales, n° 121-122, 1998; W. J. WILSON, Les Oubliés de l’Amérique, Paris, Desclée de Brouwer, 1994. Et les articles parus dans la Revue française de sociologie: N. HERPIN, «L’urban underclass chez les sociologues américains: exclusion sociale et pauvreté», n° 34, 1993, p. 421-439; D. FASSIN, «Exclusion, underclass, marginalidad. Figures contemporaines de la pauvreté urbaine en France, aux États-Unis et en Amérique latine», n° 37, 1996, p. 37-75. 6 J.-C. LAGRÉE, «Exclusion sociale ou formation d’une underclass», in F. BOUCHAYER, Trajectoires sociales et inégalités, Ramonville-Saint-Agne, Érès, 1994, p. 298-312. 7 F. DUBET, M. WIEVIORKA, «Comment nommer les “classes populaires”», in ouvrage collectif, En marge de la ville, au cœur de la société: ces quartiers dont on parle, La Tour d’Aigues, L’Aube, 1997, p. 39-65.
2 M.

12

INTRODUCTION

« rage » ou de « galère8 ». Certes, la peur des banlieues n’est pas nouvelle en soi, comme le rappelle le politologue H. Rey lorsqu’il parle de la peur des faubourgs populaires parisiens au XIXe siècle ou de la crainte des « banlieues rouges » qui émergent dans l’entre-deuxguerres9 ; mais le « monde des cités » dans ses formes de traitement médiatique, politique et idéologique, apparaît comme la nouvelle forme historique des « classes dangereuses10 ». Cette construction sociale, institutionnalisée par les élus et les experts, stigmatise de manière insidieuse un certain nombre de personnes vivant en cité HLM à travers leur type d’habitat, leur origine ethnique et sociale, et leurs comportements perçus comme « incivils » : elle crée une représentation « crisologique11 » de l’habitant de la banlieue et surtout des jeunes, notamment de ceux issus de l’immigration. Ces enfants de cité, fils d’immigrés et d’ouvriers, sont alors associés à tous les maux de la société française – délinquance, violence, proxénétisme, « tournantes », « homophobie », « judéophobie » –, mais aussi à « l’islamisme fanatique » qui s’opposerait aux « valeurs républicaines », valeurs fondatrices d’une identité à la française12. L’islam, religion de l’autre, de l’immigré, s’adjoint ainsi naturellement à la jeune population des cités issue de l’immigration et fait figure de danger social dans une société en pleine mutation. Les vocables de « banlieue » et de « cité » sont ainsi perçus par bon nombre d’intellectuels pourfendeurs du multiculturalisme comme la persistance d’un clivage irréductible à « l’intégration à la française », comme une hostilité même à la démocratie voire une « malveillance » à l’égard de la société en général. Cette brève énumération des problèmes nous amène précisément à notre thème central de recherche, à savoir les transformations culturelles chez les enfants d’immigrés et d’ouvriers d’une petite cité HLM de la proche banlieue de Paris. Des enquêtes récentes en sociologie ont montré les trajectoires plurielles et diverses que connaissent les jeunes dits « de cité13 », surtout lorsque les plus ambitieux d’entre eux connaissent des échecs en raison de la discrimination raciale qu’ils subissent, de leur « instrumentalisation » par les politiques
Galère: jeunes en survie, Paris, Fayard, 1987. H. REY, La Peur des banlieues, Paris, Presses de Sciences po, 1996, p. 10-11. 10 L. CHEVALLIER, Classes laborieuses et classes dangereuses, à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle, Paris, LGF, 1978. 11 A. COLLOVALD, Violence et Délinquance dans la presse. Politisation d’un traitement et technicisation de son traitement, Saint-Denis, DIV, 2000, p. 9. 12 J. CESARI, Faut-il avoir peur de l’islam?, Paris, Presses de Sciences po, 1997. 13 M. KOKOREFF, La Force des quartiers, de la délinquance à l’engagement politique, Paris, Payot, 2003.
9 8 F. DUBET, La

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ou de leur incapacité à se doter de capital social même pour les plus motivés14. Mais le dénominateur commun de ces travaux avec ma recherche, c’est le constat que les transformations économiques et sociales survenues dans les deux dernières décennies du XXe siècle ont remis en cause les « destinées ouvrières » de ces populations venues en France pour travailler à l’usine. Le monde ouvrier local, l’univers de la « banlieue rouge » auquel les jeunes de la cité du 74 étaient destinés n’existe plus : le quartier des G. n’est plus, à la veille de l’an 2000, un quartier ouvrier comme il le fut voici vingt ans. Face à ces métamorphoses politiques, économiques et sociales, face à « la fin d’un monde ouvrier et du système social qui l’accompagnait15 », comment s’illustrent les transformations pour ces enfants d’ouvriers et d’immigrés qui ne peuvent plus devenir ouvriers ? La question nous oblige, en quelque sorte, à repenser le passé de cette cité à travers la « culture ouvrière », mais encore à appréhender les changements, les ruptures et les continuités de l’histoire locale tout en s’interrogeant sur la nature des pratiques de sociabilité de ces jeunes par-delà les notions d’« identité16 », d’« anomie », de « galère17 » ou encore de « violence18 », des termes qui s’opposeraient à la notion de civilisation au sens où l’entend N. Elias19 ou l’historien R. Muchembled lorsqu’il fait le constat de la disparition d’une « société policée20 ». Ce livre se propose donc de retracer une recherche ethnographique restituant le plus méticuleusement possible les modes de vie mais aussi les perceptions et les espoirs de ces jeunes. L’objectif ici est de changer de perspective d’approche en grossissant le « zoom » sur les sociabilités des jeunes adultes afin d’analyser au plus près leurs modes de vie au jour le jour. Dans le souci d’approfondir notre connaissance des rapports sociaux qui peuvent exister entre ces jeunes, sans vouloir non plus nécessairement réaliser un travail à contre-courant des positions « idéoO. MASCLET, La Gauche et les Cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, Paris, La Dispute, 2003. 15 F. DUBET, D. LAPEYRONNIE, Les Quartiers d’exil, Paris, Le Seuil, 1992, p. 49. 16 C. DUBAR, La Crise des identités. L’interprétation d’une mutation, Paris, PUF, 2000. 17 F. DUBET, La Galère: jeunes en survie, op. cit. 18 S. BODY-GENDROT, N. LE GUÉNNEC, Mission sur les violences urbaines, Paris, La Documentation française, 1998. C. BACHMANN, N. LE GUÉNNEC, Autopsie d’une émeute. Histoire d’un quartier nord de Melun, Paris, Albin Michel, 1997. M. WIEVIORKA, Violence en France, Paris, Le Seuil, 1999. 19 N. ELIAS, La Civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973. 20 R. MUCHEMBLED, La Société policée. Politique et politesse en France du XVIe siècle au XXe siècle, Paris, Le Seuil, 1998.
14

14

INTRODUCTION

logiques » actuelles – démarche qui serait plus proche de celle d’un militant que de celle d’un chercheur en sciences sociales –, nous tâcherons de proposer un regard nouveau sur les transformations que connaît le « monde des cités ». À travers l’appréhension des relations sociales qui composent les expériences des jeunes du 74, il s’agit de montrer comment les « jeunes de cité de banlieue » s’adaptent aux transformations économiques et sociales, mutations qui remettent radicalement en cause leurs destinées sociales. Pour reprendre le questionnement des sociologues concernant l’incapacité des chercheurs et des experts à nommer les classes sociales et plus précisément les « classes populaires » en raison des transformations profondes de notre société21, que pouvons-nous dire de ces évolutions à propos des « jeunes de cité », dernière génération de fils d’ouvriers ? Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première nous fait entrer de plain-pied dans le travail ethnographique. Elle a pour objectif d’analyser les grandes variétés de trajectoires et de parcours biographiques qui existent parmi ces jeunes, ce qui conduit à proposer une typologie locale des jeunes du 74 en termes de groupes. Ces groupes se manifestent dans l’espace résidentiel et mettent en relief des variables telles que l’âge, les pratiques de sociabilité, la nature des parcours scolaires ou des trajectoires d’activités diverses comme l’illustrent les pluralités de carrières qui peuvent être celles de la délinquance, des études longues, une expérience dans le monde du travail social ou encore dans le commerce. La deuxième partie montre en quoi les pratiques de sociabilité de ces jeunes se révèlent être un syncrétisme de la culture maghrébinoouvrière du père, de l’islam, des traditions ruralo-maghrébines, des modes de vie acquis dans la société d’accueil : ces jeunes véhiculent une sorte de culture commune dont les contours définissent une « variante » urbaine des cultures arabo-musulmanes en France. La construction de ce travail oscille entre les divisions sociospatiales et les pratiques culturelles communes – ce qui met en évidence la complexité de la nature des rapports sociaux. Mais tout d’abord, nous ferons un bref retour, qui nous apparaît essentiel, sur des questions méthodologiques, en abordant des notions discutables et discutées comme celles de jeunesse, d’immigration, de « bande » ou encore de « jeunes de cité », appellation médiatique devenue label très séducteur (et réducteur) dans le discours commun.
21 F.

DUBET, M. WIEVIORKA, «Comment nommer les “classes populaires”», op. cit. Plus récemment P. BOUFFARTIGUE (dir.), Le Retour des classes sociales. Inégalités, dominations, conflits, Paris, La Dispute, 2004.

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Un champ de recherche en chantier depuis les années 80 Une méthodologie adaptée à une position particulière Ce livre est issu d’un travail de thèse qui comprend l’approche ethnographique présentée dans cet ouvrage ainsi qu’une étude sociohistorique que nous ne développerons pas ici22. La recherche ethnographique consiste en une étude des rapports sociaux d’une population de jeunes gens, de sexe masculin et d’âge proche du mien qui habitent et investissent l’espace résidentiel d’une cité HLM dans la banlieue parisienne : des rapports sociaux localisés dans l’espace résidentiel habité et fréquenté par ces jeunes23. J’ai habité moi-même jusqu’à très récemment la cité étudiée. Cette « proximité » physique avec le terrain suscite la question de ma distance avec cet objet, mais aussi plus précisément de la nature des rapports que je peux entretenir avec les jeunes de la cité étudiée. Tout d’abord, ma position de « camarade » mais aussi de locataire depuis plus de vingt-sept ans me permet de connaître, de façon précise, les réseaux locaux de sociabilité : ce « savoir implicite » m’autorise à déterminer, de manière consciente mais encore inconsciente, les « statuts » locaux des acteurs étudiés que sont ici les jeunes. La construction des deux immeubles (aujourd’hui démolis) qui forment la cité du 74 remonte au milieu des années 20. Parmi les premières familles installées dans cette cité figure celle de mon arrière-grand-père paternel, arrivé en 1931. Originaire du nord de la France, cet arrière-grand-père, âgé alors de 37 ans, emménage au 74 avec sa femme et ses cinq enfants. Son parcours est fait de mobilité résidentielle dans toute l’Île-de-France, jusqu’à son installation définitive au 74 qu’il occupera jusqu’à son décès en 1968. Mon grand-père, né en 1923 dans la région du Nord, est l’aîné de cette famille de cinq enfants. Il poursuit des études jusqu’en deuxième année de CAP, mais quitte l’école à 14 ans pour entrer à l’usine comme apprenti ; la nécessité de gagner de l’argent rapidement l’a contraint à abandonner ses études. Toutefois, il n’abandonne pas définitivement l’institution scolaire grâce aux cours du soir qu’il fréquente assidûment. Entré comme apprenti à l’usine Chausson, il entame une carrière que l’on pourrait qualifier d’ascensionnelle : il gravit rapidement les échelons de l’usine en finissant « ingénieur
22 É. MARLIÈRE, Les Recompositions culturelles chez les jeunes issus de l’immigration, thèse 23

de sociologie, université Paris VIII, octobre 2003. Nous reviendrons plus tard sur la nature de ces rapports sociaux.

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maison » avant sa retraite en 1979. Il quittera le 74 en 1983 en raison de ses problèmes de santé pour occuper un logement plus récent et surtout plus confortable. Mon père, le plus jeune de ses fils, ne connaît pas le succès scolaire de son frère aîné qui poursuivra des études techniques après avoir obtenu un CAP avec mention bien à 16 ans. Il reste au 74 après son mariage en 1971 avec une fille étrangère au monde ouvrier (ses parents sont employés dans la fonction publique) et exerce le métier d’imprimeur offset chez Paul Dupont. Mais son licenciement pour fermeture de l’usine remet en question sa position d’ouvrier qualifié : entre périodes de chômage et petits boulots, il est confronté à la précarité. L’histoire familiale est donc celle d’une ancienne famille ouvrière établie sur quatre générations si l’on inclut la mienne – puisque je vivais encore au 74 au moment de l’enquête – dans une des plus anciennes cités HLM de la banlieue parisienne. À travers mon « lignage patrilinéaire24 », la connaissance de ce terrain fait référence à une histoire longue de soixante-dix ans environ. Par cette biographie familiale, mais aussi par ma forme d’implication personnelle avec l’objet, les « interférences » renvoient inévitablement à l’écueil de la « sociologie spontanée25 ». De plus, ma position de sociologue est délicate, puisque je suis un jeune qui étudie d’autres jeunes. Elle a en outre évolué avec le temps. Tout d’abord, mon « statut » de jeune du quartier fut acquis dans la « vieille cour » du 74 en jouant avec les enfants de mon âge. Puis ce « statut » a évolué lorsque, comme pour les mêmes jeunes du 74 devenus adolescents, le sport et l’école occupèrent une place centrale dans mes activités. Aujourd’hui, je me trouve être à la fois un « grand frère » pour les plus jeunes, un copain pour les jeunes approchant actuellement la trentaine et le « petit jeune » que l’on a vu grandir, pour les anciens qui approchent la quarantaine. Ces différents « statuts », liés à l’âge et à mes activités d’une manière générale, posent quelques problèmes quant à mon approche des rapports de sociabilité des jeunes ici : je suis plus proche des jeunes de mon âge que de ceux de la classe d’âge suivante et je connais donc mieux les itinéraires des jeunes qui ont 30 ans aujourd’hui. Mon « statut » varie également en fonction de l’image que les jeunes du 74 ont de moi. Si l’on superpose les différentes images que
Du côté de ma mère, l’origine sociale est tout autre. Appartenant à la classe moyenne pavillonnaire de la banlieue sud (Orsay), elle est restée en marge de l’histoire ouvrière locale. 25 P. BOURDIEU, J.-C. CHAMBORÉDON, J.-C. PASSERON, «Préalables épistémologiques», in Le Métier de sociologue, Paris, Mouton, 4e édition, 1983, p. 21.
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je véhicule dans la cité du 74, on pourrait ainsi établir à la fois, dans ce statut qui est le mien aujourd’hui, une position de grand frère et d’historien voire d’« intellectuel » en raison de mon parcours scolaire. Mais cette image pour le moins éclectique peut devenir également celle du sportif et plus particulièrement de footballeur en certaines occasions. J’ajouterai, non sans humour ni gêne, l’image acquise, par mes rapports de sociabilité juvéniles passés, de « charrieur » local : une partie de ma biographie et de mes activités est connue, comme je connais une partie de celles des jeunes dont je parle. Toutefois, par mon parcours scolaire et mes réseaux de sociabilité extérieurs à la cité, j’ai acquis une distance avec ces jeunes même si j’en suis encore proche, n’ayant jamais véritablement coupé les liens avec les réseaux locaux de sociabilité. Cette position, très ambiguë au final, me permet à la fois d’être partout mais aussi nulle part ; elle me donne ainsi l’occasion de pouvoir être absent comme présent dans l’espace résidentiel sans que cela pose de véritables problèmes26 : ce statut me facilite ainsi la fréquentation des différents groupes de jeunes qui investissent l’espace résidentiel. D’une manière générale, cette connaissance des réseaux sociaux et des enjeux locaux s’avère être un atout considérable pour appréhender les phénomènes sociaux intrinsèques à cette cité, même si cette connaissance reste « spontanée ». Ainsi, ce livre expose mon travail d’enquête ethnographique constitué d’entretiens directifs avec grille d’entretiens, mais aussi de notes systématiques prises lors d’observations participantes ou d’analyses de conversations en situation. Ma position particulière et privilégiée m’a obligé à enquêter, à questionner, à observer et à collecter un maximum d’informations afin de partir d’une réalité construite sur de l’observation empirique plutôt que de commencer sur une théorie préconçue au préalable par des hypothèses et des intuitions. Cette démarche s’inspire des méthodes empruntées à la seconde École de Chicago et regroupe sous le terme anglo-saxon de « grounded theory » un vaste ensemble d’enquêtes de terrain27.

26 Ce qui est d’une importance capitale quand on connaît la méfiance générale qui surplombe

les rapports sociaux dans cette cité. Pour en savoir plus: J. CORBIN, A. STRAUSS, Basics of qualitative research: grounded theory, procedures and technics, New York, CA Sage, 1990; A. STRAUSS, La Trame de la négociation, sociologie qualitative et interactionnisme, textes réunis et présentés par I. Baszanger, Paris, L’Harmattan, 1992.
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Jeunesse, immigration, bandes : des notions à préciser • La jeunesse Concernant la jeunesse, il est bien difficile actuellement de poser une définition consensuelle qui puisse satisfaire l’ensemble des chercheurs et des experts. La jeunesse est avant tout un passage : elle constitue une transition entre l’enfance et l’âge adulte. Même si l’aspect biologique donne un indice physique en termes de cycle de vie d’une personne, le rapport social est sans aucun doute un autre déterminant important des âges de la vie. En effet, l’âge en tant que tel est un construit social complexe dont la durée et les attributs sont significatifs à la fois des stratégies individuelles mais surtout des modèles culturels d’établissement social. Les âges de la vie varient selon les sociétés, les groupes sociaux et les enjeux : « La définition des âges de la vie n’est pas seulement la conséquence d’une imprécision de sens ; elle correspond à une réalité sociale qui fait de la jeunesse, encore plus aujourd’hui, du moins dans certaines couches sociales, l’âge de l’attente, de la dépendance et de l’incertitude.28 » Le sociologue Gérard Mauger se risque à cet exercice périlleux qu’est l’essai d’une définition de la jeunesse pour les sociétés industrielles : « On peut considérer que la jeunesse est l’âge de la vie où s’opère le double passage de l’école à la vie professionnelle et de la famille d’origine à la famille de procréation, la séquence des trajectoires biographiques définie par l’insertion sur le marché du travail et sur le marché matrimonial.29 » Le prolongement de la scolarité mais aussi le développement de la précarité dans le monde du travail allongent inévitablement le cycle social de la jeunesse : « Le report de l’âge moyen d’entrée dans la vie professionnelle dû à la fois à la prolongation de la scolarité et au développement des formes précaires d’emploi au début de la vie active contribue à différer le moment du mariage car la norme reste de s’établir professionnellement avant de former une union stable.30 »
28 O. GALLAND, Sociologie de la jeunesse. L’entrée dans la vie, Paris, Armand Colin, 1991, p. 11. 29 G. MAUGER, L’Âge des classements. Sociologie de la jeunesse, Paris, CSU, 1998, p. 43. 30 O. GALLAND, Sociologie de la jeunesse. L’entrée dans la vie, op. cit., p. 146.

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Ce cycle ne possède pas de frontière étanche, même lorsque l’on aborde le thème de l’âge, hormis l’approche institutionnelle qui impose généralement une sorte d’« âge limite » (entre 18 et 25 ans, ou, de manière plus large, entre 18 et 29 ans) correspondant au traitement politique de la jeunesse dans l’espace public pour des raisons de cohésion sociale, comme le précise le sociologue A. Vulbeau : « Et c’est dans cette perspective de cohésion sociale que la jeunesse est autant abandonnée que surveillée, autant socialisante que socialisée, c’est cette difficulté, tamisée ou surexposée par les médias, qui passe dans l’espace public.31 » Si l’utilisation de la notion de cycle provisoire est pour définir la jeunesse un invariant, son traitement par les institutions ne prend guère en compte l’hétérogénéité sociale de sa construction ; les fragmentations dans l’espace public et les récentes transformations sociales connues par la société industrielle en attestent. Et c’est à travers une rhétorique admise comme allant de soi que la jeunesse reste un groupe unifié, homogène, en conflit avec les générations précédentes et embarquée dans une sorte de « communauté de destin » que P. Bourdieu nomme générations : générations qui sont appelées à entrer en conflit avec les précédentes32. La jeunesse reflète, bien au contraire, les contradictions et la complexité de notre société. Dans la catégorie « fourre-tout » de jeunesse, on trouve aussi bien les jeunes de « classes » dites supérieures que les « jeunes des cités » étudiés dans ce travail. Or la structure sociale intrinsèque à notre société, avec ses groupes sociaux, ses différents « milieux » qui l’agitent, existe aussi chez les jeunes qui ne peuvent constituer un groupe social. Catégorie constituée par les politiques publiques, la jeunesse réunit un nombre important de groupes qui n’ont aucun dénominateur commun excepté biologique (des individus « jeunes ») : « L’ensemble générationnel en soi ne peut pas être caractérisé comme un groupe concret.33 » Mon étude empirique sur les jeunes d’une ancienne cité ouvrière s’interroge ainsi également sur la notion même de jeunesse. Car, si conclure sur les propriétés de la jeunesse reste un débat sans fin en raison de la difficulté à en préciser l’intérêt scientifique34 ou à définir les
31 A. VULBEAU, La Jeunesse comme ressource. Expérimentations et expérience dans l’espace public, Ramonville-Saint-Agne, Érès, 2001. 32 P. BOURDIEU, «La “jeunesse” n’est qu’un mot», in Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984, p. 151. 33 K. MANNHEIM, Le Problème des générations, Paris, Nathan, 1990, p. 42. 34 G. MAUGER, Les Jeunes en France, état des recherches, Paris, La Documentation française, 1994, p. 5.

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contours sociologiques d’une jeunesse en proie aux débats sociaux passionnés et polémiques y compris chez les chercheurs35, la question s’est posée pour mon travail sans que je parvienne à une définition satisfaisante. Ici, par exemple, j’exclus de l’enquête les adolescents du 74 qui ont entre 13 à 16 ans ; ces derniers restent selon moi, dans notre contexte empirique, sous la tutelle de leurs parents et de leurs frères plus âgés. En revanche, j’y mets les jeunes ayant passé la majorité juridique, qui disposent d’une certaine autonomie concernant leurs pratiques culturelles. Mais le cycle biologique qui qualifie la jeunesse n’est pas toujours en adéquation avec le rythme social, comme en témoignent les plus âgés qui approchent la quarantaine et conservent des pratiques spatiales héritées de leurs périodes juvéniles des années 80. • La question de l’immigration Sans entrer dans des débats théoriques et rhétoriques sur la définition de l’immigration, dont l’imprécision favorise malheureusement un certain nombre d’amalgames et de confusions36, quelques clarifications s’imposent afin de saisir les itinéraires de ces jeunes et de leurs parents. Mis à part une infime poignée de jeunes du 74 dont les parents sont nés en France, la plupart ont des parents nés à l’étranger ; ces parents que j’appelle les primo-migrants sont des immigrés aux sens sociologique et démographique du terme37. Ils sont nés à l’étranger mais vivent en France depuis plus de trente ans pour certains. Les cinq communautés d’origine les plus représentées sur le sol français viennent du Portugal, d’Algérie, d’Italie, du Maroc et d’Espagne ; ces pays d’origine représentent environ 60 % des nationalités des immigrés. Au 74, les immigrés d’origine marocaine sont largement en tête, devant les Algériens et les Tunisiens, suivis de près par les Espagnols et les Portugais. Bien que je n’aie pas d’information complète sur le statut de ces primo-migrants aujourd’hui, il est certain que les immigrés originaires d’Afrique du Nord n’ont pas fait de demande d’acquisition de la nationalité française : la grande majorité
35 C. PUGEAULT-CICCHELLI, V. CICCHELLI, T. RAGI, «Appréhender la jeunesse. Du problème social à la question sociologique », in C. PUGEAULT-CICCHELLI, V. CICCHELLI, T. RAGI, Ce que nous savons des jeunes, Paris, PUF, 2004, p. 9-26. 36 P. DEWITTE, « L’immigration, sujet de rhétorique et objet de polémiques », in P. DEWITTE (dir.), Immigration et Intégration. L’état des savoirs, Paris, La Découverte, 1999, p. 5-12. 37 Les Immigrés en France. Contours et caractères, rapport INSEE, 1997, p. 12.

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des primo-migrants au 74 sont restés des immigrés étrangers. En 1990, 69 % des immigrés sont étrangers en France ; l’estimation quant à l’importance des immigrés non français de la cité étudiée doit être de l’ordre de 80 % à 90 %. Ce qui nous intéresse plus précisément ici, ce sont donc les enfants de ces primo-migrants. En 1990, 4,7 millions d’enfants d’immigrés vivent en France : les trois quarts sont nés en France et ne sont donc plus, par définition, des immigrés38. La grande majorité des jeunes étudiés dans la cité HLM est constituée d’enfants d’immigrés, nés en France ; ils ont opté, sans exception, pour la double nationalité, ce qui en fait donc des Français. Seuls les aînés de familles marocaines qui ont plus de 30 ans sont nés parfois dans le pays d’origine. Mais ces jeunes ont fait les démarches nécessaires pour l’obtention de la nationalité française dès leur majorité. Mon travail porte donc sur les jeunes d’une cité HLM dont la plupart sont des enfants d’immigrés originaires d’Afrique du Nord ayant acquis la nationalité française soit par le droit du sol, soit par des démarches administratives ; les jeunes du 74 sont des citoyens français à part entière même si les institutions les appellent communément « jeunes issus de l’immigration ». • La notion de groupe, plutôt que celle de bande Au 74, j’ai été conduit à distinguer sept groupes différents, rassemblant chacun des jeunes qui ont des caractéristiques communes en matière d’âge, de niveau scolaire, de systèmes de valeur et de pratiques de sociabilité. Toutefois, pour rendre compte des différentes trajectoires sociales au sein de cette petite cité HLM, le terme de « groupe » est-il le plus approprié ? Beaucoup de sociologues travaillant sur les banlieues ont utilisé le terme de « bande » pour qualifier les pratiques spatiales des jeunes de milieux populaires. Or ce terme évoque, outre sa connotation très péjorative, des pratiques très spécifiques qui ne concernent pas tous les jeunes des cités et encore moins les jeunes du 74. La notion de bande ajoute à la conscience d’appartenance l’existence d’une « ségrégation réciproque », pour paraphraser le célèbre ouvrage de P. Robert et P. Lascoumes : « La bande est loin d’être une antichambre, de jouer un rôle de facilitation à un moment et à une époque difficile, la bande se constitue
38 Les Immigrés en France, op. cit., p. 46. Pour plus de précisions, lire V. DE RUDDER, «Quelques problèmes épistémologiques liés aux définitions de populations immigrantes et de leur descendance», in F. AUBERT (dir.), Jeunes issus de l’immigration: de l’école à l’emploi, Paris, CIEMI/L’Harmattan, 1997, p. 17-44.

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en pseudo-société refuge à fondement symbolique et magique, donc régressif ou du moins stagnant.39 » La bande apparaît donc comme un ensemble de jeunes replié sur lui-même, un groupe étanche à tous ceux qui n’en font pas partie et dont les contraintes sont non négligeables. Pour l’anthropologue Maryse Esterle-Hedibel, la bande est un élément structurant qui met à l’écart les jeunes qui y adhèrent du reste de la société : « Je caractériserais la bande par une structuration de jeunes en groupe hors de l’intervention d’adultes, par une cohésion du groupe face à l’extérieur, par la délimitation d’un territoire d’action, par un ensemble de valeurs repérables, liées à l’histoire du groupe et à l’origine de ses membres, et par des normes de conduite, antinomiques avec le reste de la société, entraînant le cas échéant des actes de délinquance plus ou moins importants et des conflits avec l’extérieur.40 » Au regard de ces définitions, la « bande » ne décrit pas véritablement les pratiques de sociabilité des jeunes de la cité du 74. Même si ces jeunes ou moins jeunes se réunissent à plusieurs en bas des cages d’escalier, au café ou pour aller au cinéma, cette notion est beaucoup trop réductrice pour définir leurs pratiques de sociabilité et pour caractériser, d’une manière générale, leurs comportements sociaux : « L’enquête montre qu’il est plus fréquent de rencontrer des bandes de copains, groupes de pairs, modes de socialisation privilégiée des jeunes de milieu populaire qui se mettent en place au hasard des relations de voisinage, que de vraies bandes (conformes au stéréotype, aux descriptions journalistiques ou demi-savantes).41 » À mon sens, le terme de « groupe » est ainsi plus adéquat que celui de bande pour appréhender les modes de sociabilité des jeunes du 74. De cette notion, essentielle en sociologie, je retiendrai la définition du sociologue américain J. H. Fichter : « Un groupe est une unité sociale identifiable comme telle, à la fois par ses membres et par ceux du dehors, où chaque individu a une position, un statut bien défini, avec des rôles bien précis avec des relations réciproques et des interactions que régissent des normes de conduite et des valeurs communes. Tout groupe se caractérise par des objectifs et
39 P. ROBERT, P. LASCOUMES, Les Bandes d’adolescents. Une théorie de la ségrégation, Paris, Les Éditions ouvrières, 1974, p. 296. 40 M. ESTERLE-HEDIBEL, La Bande, le Risque et l’Accident, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 55. 41 G. MAUGER, «Les usages politiques du monde des bandes», in L’Engagement politique: déclin ou mutation, colloque, Sénat, Palais du Luxembourg, Paris, CEVIPOF/FNSP, 1993.

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des buts sociaux, conscients ou inconscients, avec une permanence relative, c’est-à-dire, une durée mesurable dans le temps.42 » Plus neutre, moins réducteur, le terme de groupe facilite l’appréhension de la pratique spatiale des plus âgés (mariés, salariés) comme des plus jeunes (qui se réunissent régulièrement dans l’espace local). La notion de groupe permet aussi de tenir compte de l’ascendance commune (lien du sang), de la proximité territoriale (temps et espace communs), des caractéristiques corporelles et biologiques (ethnie, âge, sexe) et des intérêts communs (adhésion collective dans la poursuite d’un objectif). Les sept groupes de jeunes « identifiés » au 74 se sont constitués dans la plupart des cas par proximité géographique : ces jeunes sont voisins (certains frères évoluent parfois dans le même groupe) et poursuivent des études, pratiquent ensemble des activités sportives ou s’initient ensemble à la petite délinquance. Ces activités dessinent les trajectoires et creusent des distances entre les jeunes qui n’ont plus les mêmes occupations. Ainsi, le rôle des « effets sociaux », pour le dire ainsi, que sont l’âge, le parcours scolaire, le capital corporel, le capital rhétorique et les centres d’intérêt est déterminant pour expliquer la formation et l’existence de ces groupes au moment de mon travail d’observation. Une notion à déconstruire : les « jeunes de cité » Éclairer cette notion, thème indispensable puisque central dans cet ouvrage, nous paraît obligatoire. En effet, les travaux portant sur le thème des « jeunes de banlieue » dans la recherche sociologique sont plutôt récents ; les premiers travaux ont moins de 20 ans. Les premières « manifestations » de jeunes dits de cité remontent à l’émeute des jeunes dans le quartier des Minguettes en 1981. Suite à cet événement, les « jeunes de banlieue » ou « jeunes de cité » se retrouvent progressivement au carrefour des enjeux politiques et sociaux dans un contexte de crise et d’inégalité sociale. L’expression « jeune de cité » renvoie à une définition de jeunes habitant de vastes et grands ensembles dont les dénominateurs communs sont de vivre dans des logements sociaux situés au cœur des banlieues populaires. Néanmoins, rien ne nous indique que l’appartenance à un même type d’habitation, le logement social ici, soit susceptible de créer, en quelque sorte, des personnes dotées de comportements identiques et
42 J. H. FICHTER, La

Sociologie, notions de base, Paris, PUF, 1960, p. 80-81.

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d’une pensée similaire, même si certains sociologues comme F. Dubet parlent d’« expériences communes » : « Ils vivent dans plusieurs mondes à la fois, dans des “communautés” et dans une culture de masse, dans l’exclusion économique et dans la société de consommation, dans le racisme et dans la participation politique.43 » Cette expérience qui structure les modes de vie des « jeunes de cité » se solde par l’« exclusion », la « rage » ou la « galère44 » en raison des délitements des banlieues ouvrières produisant « anomie » et « désorganisation sociale45 ». Mais ce schéma pourrait également s’appliquer à l’ensemble des jeunes des « classes populaires » où la marginalité juvénile est liée à un sentiment de clivage entre les riches et les pauvres qui les distinguerait des fractions des classes moyennes voire des classes supérieures ouvrières46. Mais cette grille de lecture pertinente pour décrire ici les positions sociales des « jeunes de cité » les plus en difficulté ne trouve plus d’écho véritable concernant les jeunes qui vivent dans des logements sociaux mais qui ont un véritable emploi ou qui ont effectué des études supérieures. D’autres sociologues ont montré de manière approfondie que les exclusions sociales dont sont victimes les « jeunes issus de l’immigration » – et donc en l’occurrence les « jeunes de cité » – peuvent déboucher sur des conséquences plus ou moins graves. Par exemple, les plus démunis en matière de capital scolaire sont conduits à adopter la « culture de rue », ce qui les exclut encore davantage de la société47. C’est dans cet ordre d’idées que les sociologues S. Beaud et M. Pialoux se proposent de donner une définition plus précise du « jeune de cité » : « Nous entendons ici par “jeunes de cité” les jeunes résidant dans les quartiers d’habitat social, enfants d’immigrés pour la plupart, qui se trouvaient en situation d’échec scolaire, orientés en SEGPA ou en lycée professionnel (et, pour les garçons, souvent dans celui qui avait la plus mauvaise réputation dans la région), où ils ont préparé un CAP ou un BEP et, pour une minorité d’entre eux, poursuivi des études jusqu’en bac professionnel. On les reconnaît de loin à leur apparence
de l’expérience, Paris, Le Seuil, 1994, p. 18. Galère : jeunes en survie, op. cit. 45 F. DUBET, D. LAPEYRONNIE, Les Quartiers d’exil, op. cit. 46 J.-C LAGRÉE, P. LEW-FAI, La Galère. Marginalisations juvéniles et collectivités locales, Paris, CNRS, 1985. 47 G. MAUGER, Le Monde des bandes et ses transformations, Une enquête ethnographique dans une cité HLM, Saint-Denis, DIV/Mission de recherche Droit et Justice, mars 2004.
44 F. DUBET, La 43 F. DUBET, Sociologie

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physique (casquette, blouson de marque, démarche), à leur façon de “parler banlieue” et de se déplacer en groupe (“on marche ensemble”, comme ils disent).48 » Ce parti pris, en connaissance de l’hétérogénéité des situations sociales et scolaires qui peut exister parmi les jeunes vivant en cité HLM, s’avère judicieux dans la mesure où les « jeunes de cité » qui ont réussi même dans leurs études rencontrent des discriminations plus importantes dans le monde du travail surtout en période de crise49. C’est pourquoi le soulèvement des jeunes du quartier étudié par les deux sociologues contre les forces de police trouve un sens dans les formes d’injustice que ces derniers ont subi depuis le début des années 9050. Ces formes d’exclusion peuvent se retrouver dans d’autres contextes et sous d’autres formes, comme le montre l’étude ethnographique d’un grand ensemble proche de Paris dans une municipalité communiste51. Et ces manifestations sporadiques de violence, souvent liées à cette situation d’exclusion sociale, propulsent irrémédiablement ces jeunes sous les feux de la rampe médiatique où ils apparaissent comme des rebelles, des violents et des délinquants52. Le dessein de ce livre est de prendre en considération l’ensemble des jeunes qui vivent dans la cité du 74. Cet ouvrage n’exclut pas plus les jeunes en situation d’échec scolaire occupant des halls d’entrée et des cages d’escalier aux comportements qualifiés de « déviants » que les « jeunes de cité » ayant réussi à l’école et dans le monde du travail. L’exemple de la cité observée montre que, si un nombre non négligeable de jeunes rencontrent des difficultés, la grande hétérogénéité des trajectoires individuelles et des parcours scolaires infirme, de manière catégorique, les représentations médiatico-politiques qui les caractérisent53. En adoptant une posture « scientifique » qui nous épargnerait l’oscillation théorique permanente entre le relativisme culturel et le misérabilisme social qui altère souvent le raisonnement
48 S. BEAUD, M. PIALOUX, Violences urbaines, violence sociale. Genèse des nouvelles classes

dangereuses, Paris, Fayard, 2003, p. 163-164. S. BEAUD, M. PIALOUX, ibid. 50 Comme le précisent S. BEAUD et M. PIALOUX eux-mêmes en début d’ouvrage: «Car il faut bien avoir à l’esprit que, derrière les mots chômage de masse ou précarité, il y a des expériences sociales très concrètes – sentiment de relégation scolaire, sociale et résidentielle, racisme – qui ont laissé des traces profondes inscrites dans les manières d’être et d’agir, par exemple dans les façons de parler ou dans les hexis corporels», ibid., p. 25. 51 O. MASCLET, La Gauche et les Cités, op. cit. 52 L. MUCCHIELLI, Violences et Insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français, Paris, La Découverte, 2e édition, 2002. 53 C’est le parti pris également de M. KOKOREFF dans La Force des quartiers, op. cit.
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