Journal du voyage du cavalier Bernin en France

Journal du voyage du cavalier Bernin en France

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Français
275 pages

Description

SUR la fin du mois de mai 1665, le Roi étant à Saint-Germain-en-Laye, l’on eut nouvelle à la cour que le cavalier Bernin était arrivé en France, et il se répandit un bruit que S.M. lui avait fait donner à Rome, avant qu’il partît, 3,000 pistoles, mais qu’elle lui avait envoyé des gens pour avoir soin de le servir et le traiter depuis Marseille, avec ordre par où il passerait de le complimenter et de le loger.

M’étant trouvé un jour à la messe du Roi auprès de M.

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Date de parution 02 août 2016
Nombre de lectures 5
EAN13 9782346089536
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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PORTRAIT DE BERNIN. e (D’après une gravure du XVII siècle.
Paul Fréart de Chantelou
Journal du voyage du cavalier Bernin en France
NOTICE
LORSQU’EN janvier 1664 Colbert fut nommé à la surintendance des bâtiments du roi, le premier objet de ses préoccupations fut l’agrandiss ement et l’achèvement du Louvre, dont Louis XIV voulait faire la plus magnifiPue des résidences. Sous Mazarin, Louis Le Vau, premier architecte du roi, avait construit la façade du côté de la Seine ; et, pour la façade principale, celle Pui regarde Saint-Germain-l’Auxerrois, il avait fourni des plans Pue l’on commençait à exécuter. Mais à peine arrivé au pouvoir, Colbert arrêta les travaux Pui s’élevaient déjà à PuelPues pieds de terre. uis, comprenant la responsabilité Pui pesait sur lui, et avant de s’engager dans une entreprise où l’on devait dépenser des millions, voulant, avec sa prudence et sa sagacité habituelles, s’éclairer autant Pue possible sur un projet Pui ne lui plaisait guère, i l prit la résolution toute nouvelle d’adresser un appel au public. Après avoir soumis l e plan de Le Vau à tous les 1 architectes de aris, « il les invita, dit Charles errault dans sesMémoires à en venir voir le modèle de menuiserie dans une salle où il était exposé aux yeux de tout le monde, et en même temps il invita ces mêmes architectes à faire des dessins de cette façade ; promettant de faire exécuter celui Pui aurait le mieux rencontré et Pue le roi trouverait le plus à son goût. resPue tous les architectes blâmè rent le projet de M. Le Vau, et en firent la critiPue dans des mémoires Pu’ils donnère nt. lusieurs même apportèrent des dessins de leur invention, Pui furent aussi exposés dans la même salle où était le projet de M. Le Vau. Mon frère (Claude errault) fit un dessin à peu près semblable à celui Pu’il donna depuis et Pui a été exécuté. M. Colbert, à Pui je le montrai, en fut charmé ». Le résultat de cette tentative ne pouvait satisfaire Colbert. Si elle lui démontrait à Puel point les plans du premier architecte du roi étaien t défectueux, elle ne lui en fournissait aucun Pui lui semblât digne de le remplacer. Il se décida à recourir aux architectes italiens. Des copies des dessins de Le Vau, accompagnées des indications nécessaires, furent envoyées à Rome pour être soumises aux personnes les plus compétentes en leur demandant non-seulement leur avis, mais de nouveaux projets. On avait d’abord pensé 2 à charger oussin de cette mission délicate ; mais son état maladif la lui aurait probablement rendue fort difficile, et on la confia à un certain abbé Elpidio Benedetti, agent de Colbert à Rome. ierre de Cortone, Rinaldi et un gentilhomme amateur, 3 Landiani , furent consultés et firent, à ce Pu’il paraît, de s plans extravagants. Un 4 Puatrième, Borromini, demanda, dit-on, à être payé d’avance , ou du moins Pue le roi lui écrivît. Enfin l’abbé présenta au cavalier Bernin le plan de Le Vau, Pui, dit-on, lui avait promis 4,000 pistoles, s’il parvenait à le faire approuver par l’homme regardé à juste titre comme l’artiste le plus éminent de l’Italie. Giovanni-Lorenzo Bernino ou Bernini, architecte, sc ulpteur et même peintre, né à Naples le 7 décembre 1598, était alors à l’apogée d e sa gloire. Favori des papes Grégoire XV, Urbain VIII, Innocent X et Alexandre VII, il avait rempli Rome de bustes, de statues en marbre et en bronze, et de monuments don t deux, la fontaine de la place Navone et surtout la colonnade de Saint-ierre, suf firaient à immortaliser son nom. Aucun artiste ne l’égalait en talent ni en réputation ; aussi, PuoiPu’il eût écrit à Colbert, le 4 mai 1664, pour le remercier d’avoir songé à lui, se montra-t-il blessé Puand il apprit Pu’on s’était aussi adressé à d’autres. Néanmoins il se mit à l’œuvre, et, le 24 juin, il lui annonçait l’envoi de ses dessins et d’un mémoire explicatif. Bien Pue très-certainement supérieur à ceux de ses concurrents, son plan fut assez mal accueilli à aris, et les critiPues arrivèrent à Rome plus tôt Pue l’accusé de réception, Pui se fit attendre jusPu’en octobre. Colbert les a vait fait parvenir, dès le mois d’août, à
Benedetti Pu’il chargeait de les communiPuer à Bern in ; mais l’abbé ne voulut pas agir sans l’appui du cardinal Chigi alors absent. L’entr evue eut lieu au retour du prélat, en octobre, et elle dut être passablement orageuse ; c ar, PuelPues semaines plus tard, le Cavalier se plaignait encore amèrement au duc de CréPui, l’ambassadeur du roi près du pape, « Pu’on lui eût fait plus d’observations et trouvé plus de défauts Pu’il ne fallait de pierres pour bâtir le Louvre ». On lui demandait d’ autres plans. Il refusa nettement, en disant « Pue les architectes de France ne manPueraient jamais de blâmer tout ce Pu’il ferait, et auraient intérêt à ne pas mettre en œuvre le dessin d’un Italien ». ourtant les instances du cardinal et de l’ambassadeur triomphèrent de sa résolution, et, au mois de janvier 1665, de nouveaux dessins furent expédiés à aris. On en fut plus content Pue des premiers ; mais il était difficile de s’entendr e de loin, et, pour sortir d’embarras, on songea à faire venir le Cavalier. Il y avait alors à la cour un prélat italien, le cardinal Antonio Barberini, Pue l’on désignait habituellement sous le nom de cardinal Antoine. Établi chez nous depuis longtemps, il y 5 était devenu évêPue de oitiers (1652) et (1653) grand aumônier de France . Ce fut lui Pui, le premier, suggéra l’idée d’appeler le Cavalier à aris. Il fut vivement appuyé par le marPuis de Bellefonds, premier maître d’hôtel du Roi. On les écouta, et, le 11 avril 1665, 6 Louis XIV écrivit à Bernin une lettre des plus flatteuses, Pu’il lui envoya par un exprès . Il lui mandait Pu’il avait chargé le duc de CréPui, son ambassadeur extraordinaire à Rome, « de lui faire savoir plus particulièrement le suje t Pui lui faisait désirer de le voir et de l’entretenir des beaux dessins Pu’il avait envoyés pour le bâtiment du Louvre ». D’autres lettres furent adressées en même temps au pape et au cardinal Chigi pour obtenir Pu’on 7 permît au Cavalier de Puitter Rome, ce Pu’on n’osa pas refuser . « C’est une chose Pui n’est pas croyable, dit Charles errault, Pue les honneurs Pue l’on fit au cavalier Bernin. Quand M. de CréPui alla prendre congé du pape,colla solita pompa,il alla ensuite chez le cavalier Bernin,colla medesima pompa,le prier de venir en France, et Puand il partit de Rome, toute la ville fut dans une grande alarme, à ce Pue l’on dit, pour la crainte Pue l’on avait Pue le roi ne le retînt en France pour toujours. Dans toutes les villes par où il passa, les officiers eu rent ordre de la part du Roi de le complimenter et de lui porter les présents de la ville... Des officiers, envoyés de la cour, lui apprêtaient à manger sur sa route, et Puand il approcha de aris, on envoya au-8 devant de lui M. de Chambray , seigneur de Chantelou, maître d’hôtel de S.M., po ur le recevoir, lui tenir compagnie et l’accompagner part out où il irait. M. de Chantelou fut choisi parce Pu’il savait très-bien l’italien, Pu’il avait été en Italie où il avait fait amitié avec 9 le cavalier Bernin et Pu’il avait pour lui une estime au delà de ce Pui se peut imaginer . » Le roi ne pouvait mieux choisir. aul Fréart, sieur de Chantelou, était cet amateur plein de goût et de délicatesse, Pui, par sa longue et tendre amitié pour oussin, a rendu son 10 nom inséparable de celui de notre grand peintre . Il avait été, en 1640 et 1643, envoyé en Italie par son cousin Sublet de Noyers, surintendant des bâtiments du roi, et possédait une collection de tableaux où les toiles de son ami tenaient le premier rang. L’aménité de son caractère, son tact, sa loyauté, sa modestie Pu i contrastait si fort avec la vanité de l’Italien, ses connaissances artistiPues le faisaient plus apte Pue personne à servir à la fois de guide, de compagnie et d’interprète à Bernin Pui ne savait pas un mot de français. Il gagna bien vite la confiance et l’affection du C avalier, lui donna d’utiles et sages conseils, modéra souvent les vivacités de son caractère, et en même temps le défendit, autant Pu’il put, contre les menées et les intrigues Pui s’agitaient autour d’eux. Depuis le 2 juin 1665, où il alla à sa rencontre à Juvisy, jusPu’au 20 octobre, où il lui fit ses adieux à Villejuif, Chantelou passa toutes ses journées avec Bernin. Il avait noté soigneusement les particularités les plus intéressantes de sa vie à aris, ses travaux, les
nombreuses visites Pu’il avait reçues et rendues, s es théories artistiPues, et les 11 anecdotes Pu’il aimait tant à conter. QuelPues anné es plus tard , à la sollicitation de son frère aîné, Jean, Pui n’avait jamais connu le Cavalier et Pui, depuis longtemps, vivait retiré dans sa province du Maine, il rédigea ses no tes en forme de journal. Ce journal resta manuscrit, et son existence fut, pour la prem ière fois, révélée au public par les Mémoires de Charles errault (1759), Pui en ayant e u communication après la mort de l’auteur en donna, en PuelPues pages, un résumé fai t avec sa malignité habituelle. Au dernier siècle, il figurait dans la collection de C otte, et en 1811, Castellan s’en servait 12 pour son articleBerninla dans Biographie universellede Michaud ; mais, depuis cette époPue, l’on ne savait ce Pu’il était devenu. Il y a environ dix-huit mois, en m’occupant de clas ser divers manuscrits précieux renfermés soigneusement dans une des armoires de la bibliothèPue de l’Institut, je e rencontrai un volume in-4°, revêtu d’une reliure en veau brun, de la fin du XVII siècle. Au dos on lisait ce titre :Voyage du cavalier Bernin en France,Pui n’était point répété à l’intérieur. Bien Pue le manuscrit ne portât point d’autre indication et commençât par une courte lettre d’envoi :A monsieur mon très-cher frère,il m’a suffi — comme cela suffira, j’espère, au lecteur — d’en lire les premiers feuillets, pour me convaincre Pue j’avais eu la bonne fortune de mettre la main sur ce journal de Chantelou dont on déplorait la perte. Dans un examen rapide, je retrouvai les passages utilisés par Ch. errault, et enfin les mentions souvent répétées de « mon neveu Fréart, mo n frère de Chambret », ne me permirent plus — si j’avais pu en avoir — de conserver le moindre doute sur le nom de l’auteur. Quant au « très-cher frère », c’est le frère aîné de Chantelou, Jean Fréart, Pui n’était jamais allé à Rome et habitait loin de aris. Ce manuscrit n’est point malheureusement l’original, mais une copie contemporaine Pui offre tous les caractères désirables d’authenti cité. IL est composé de cinP cent Puatre-vingt-sept pages, dont les dix-huit dernière s contiennent des lettres échangées entre Chantelou et le Cavalier depuis le départ de celui-ci, et dont l’une annonce en une ligne la mort de oussin. A la suite de ces lettres et de pages blanches, on trouve un feuillet où sont dessinées deux petites figures linéaires avec renvoi aux pages 596 et 673 de l’original,plus loin, avec PuelPues variantes et sans nom d’auteur, le sonnet sur et, Daphné, de Fontenelle, inspiré peut-être par le gro upe de Bernin dont il est Puestion dans le journal. Le copiste a si fidèlement reprodu it le manuscrit Pui lui avait été confié Pue, sur le feuillet suivant, il a transcrit une anecdote relative au fils du Cavalier, puis une devise, et enfin, au verso, cette adresse inachevée Pui pourrait se rapporter à un envoi du manuscrit de Chantelou : « A monsieur de Saint-aul, marchand à Rouen, pour faire tenir... » Le volume est terminé par un numéro duJournal des savants(24 février 1681), contenant unÉloge de M. le cavalier Bernin par M. l’abbé De la Chambre, de l’Académie françoise. La copie est fautive en plusieurs endroits. Il y a entre les lignes PuelPues corrections, et en marge PuelPues annotations la plupart du temp s insignifiantes. Nous indiPuerons celles Pui nous paraîtraient en valoir la peine. Si on en jugeait d’après les courtes pages Pue lui a consacrées Charles errault, on se formerait une idée très-incomplète de l’intérêt Pue peut offrir ceJournal, écrit dans le e style à la fois courant et familier des gens de cour au XVII siècle, et où respirent partout la douceur, la droiture et la sincérité. Sans doute on y rencontrera, comme on devait s’y attendre, de nombreux renseignements sur les sourdes menées et les causes diverses Pui aboutirent à l’abandon des projets Pue Bernin a vait mis plus de Puatre mois à composer, corriger, modifier suivant des critiPues et des exigences sans cesse renaissantes ; mais il s’y trouve encore bien d’autres choses dont je vais toucher deux
mots. Bernin mena à aris une vie fort laborieuse et asse z retirée. Après les plans du Louvre, le travail auPuel il se livra avec le plus d’assiduité fut le buste de Louis XIV Pu’il ne termina Pue peu de temps avant son départ. Ce bu ste, aujourd’hui au musée de Versailles, attira dans son atelier la cour et la ville, et Chantelou nous fait assister à cette longue procession de princes et princesses, de grands seigneurs et de grandes dames, me de bourgeois et de gens de lettres parmi lesPuels o n voit apparaître, menant M de Longueville par la main, le grand Corneille Pue l’o n présente au Cavalier « comme le héros de la poésie ». Mais en dehors de cette foule , souvent très-importune, il n’y eut guère à aris d’artiste un peu renommé avec lePuel il n’entra en relation, depuis Varin, Nanteuil, Bourdon, Stella, Mignard, Mansart et Lebrun jusPu’à Benoît, l’habile faiseur de portraits en cire ; et dans leurs conversations, fidèlement rapportées, il y a bien des faits curieux pour l’histoire de l’art. J’en dirai autant de ses visites à Saint-Denis, aux monuments de aris, etc., à l’Académie de peinture où il alla dessiner le modèle avec les élèves auxPuels il ne ménagea pas les conseils, aux Gobelins, et surtout aux collections de tableaux et de dessins, soit du roi soit d’amate urs comme Chantelou, La Vrillière, Renard et le fameux Jabach, chez Pui il fit une lon gue séance dont il sortit « ayant les yeux las des belles choses Pu’il avait vues ». Dans ces visites, comme dans ses causeries avec le nonce, le légat et d’autres compatriotes, et surtout avec Chantelou Pui montrai t souvent un goût plus pur Pue le sien, le Cavalier, « beau parleur, ayant l’esprit v if et brillant et un grand talent pour se faire valoir », semait les bons mots et les historiettes où revenaient les noms de Raphaël, de Michel-Ange, de oussin, des Carraches, de Véronèse, du Guide, etc. Rien n’est plus curieux Pue de l’entendre donner son avis sur les t ableaux et les dessins Pu’on faisait passer sous ses yeux, discuter leur valeur ou eur authenticité, et sans oublier de se citer lui et ses ouvrages, exposant ses théories et formu lant des jugements auxPuels ses talents, sa grande expérience, sa longue fréPuentation des chefs-d’œuvre de l’antiPuité et de la Renaissance donnent un attrait singulier. C’est le côté tout à fait neuf duJournal et Pue je prends la liberté de recommander particul ièrement aux lecteurs. Il y aurait là sans doute matière à une étude sur l’influence arti stiPue Pue son séjour peut avoir exercée en France à cette époPue, mais je la laisse à de plus habiles Pue moi. Bien Pu’il eût souvent des moments de tristesse et de découragement, Bernin prolongea son séjour en France plus longtemps Pu’il ne l’avait résolu, et ce fut seulement au mois d’octobre Pu’il repartit pour l’Italie. Le 5 de ce mois, Louis XIV vint voir son buste Pui était terminé, et en le lui présentant le Caval ier fut pris d’un tel accès d’attendrissement Pue les sanglots lui coupèrent la parole. Le 17, le Roi posa avec une grande solennité la première pierre du nouveau bâti ment du Louvre, et dans cette cérémonie tous les honneurs furent pour l’artiste à Pui le surlendemain le trésorier des Bâtiments et Charles errault portèrent les présents du monarPue ; et enfin le 20 il Puittait aris accompagné de Chantelou Pui, la larme à l’œil, se sépara de lui à Villejuif. Voici en Puels termes laGazette de Franceannonça ce départ : « Le 20 octobre, le chevalier Bernin, après avoir pris congé du Roi et laissé un dessin de ce Pui est à faire, pour l’accomplissement des bâtiments du Louvre, partit de cette ville pour retourner à Rome ; S.M. lui ayant fait donner, outre dix mille écus Pu’il a touchés avant Pue venir en France, onze mille écus en trois mille louis d’or effectifs, avec un brevet de pension de deux mille écus ; à son fils d eux autres mille écus aussi avec un brevet de pension de Puatre cents écus ; deux mille écus à celui Pui doit venir faire exécuter ses dessins, et pareille somme Pui fut distribuée à ses domestiPues, et donné des ordres pour le faire reconduire et traiter à ses frais, jusPue dans sa maison, comme
lorsPu’il y est venu de Rome en cette ville, et durant le temps Pu’il y a séjourné. » On s’étonnera peut-être de cette énumération, si dé taillée et en termes si secs, des faveurs dont on avait comblé le Cavalier, mais elle était motivée par sa conduite inexplicable. LorsPu’il fit ses adieux au Roi et à Colbert, il ne trouva pas un mot de remerciement à leur adresser pour la manière dont o n avait si largement payé ses services. Le prince et son ministre s’en plaignirent à Chantelou, Pui ne put Pue protester de la profonde reconnaissance de l’artiste, sans toutefois parvenir à les persuader ; et de méchants propos commencèrent à courir. Le maréchal de Gramont « Pui n’aimait pas les présomptueux » raconta au souper du Roi Pue Bernin avait fait de grandes libéralités, Pu’il avait donné une pièce de trente sols à une vieille servante du palais Mazarin (où il avait logé longtemps) et Pue cette femme l’ayant je tée à terre, il l’avait soigneusement ramassée. Il l’accusait en outre d’avoir gardé pour lui l’argent destiné à ses domestiPues. Le Roi, fort intrigué, Puestionna encore Chantelou, Pui affirma « n’avoir rien vu de tout cela », mais ne sut alléguer le moindre fait à la d écharge de son ami ; et, d’après son silence, il est peut-être permis de croire Pue de tant de milliers de louis Pu’il avait reçus, Bernin ne put se décider à distraire même la pièce de monnaie dont s’égayait le vieux courtisan. Faut-il donc s’étonner Pu’à sa mort, arr ivée Puinze ans plus tard, le 28 novembre 1680, il ait laissé à ses enfants une fortune montant à Puatre cent mille écus romains ? J’aurais encore bien d’autres choses à dire, mais il est temps de céder la parole à M. de Chantelou. LUD.L.
1se et premier commis desMémoires de Charles Perrault, de l’Académie françai bâtiments du roi, contenant beaucoup de particularités et d’anecdotes intéressantes du ministère de M. Colbert.Avignon, 1759, in-12. C’est la première édition.
2Voyez dans lesMémoires de Perrault,p. 62, la longue lettre Pue Colbert l’avait chargé d’écrire et Pui ne fut pas envoyée. oussin mourut le 19 novembre 1665.
3dans son Jal, Dictionnaire critique, à l’articleBernin,Candiani ; mais on sait l’appelle Pu’il a commis plus d’une faute de lecture dans la transcription des documents manuscrits, très-curieux d’ailleurs, dent il a fait usage.
4avait tort de se méfier de la générosité du roi, car Colbert ne tarda pas à envoyer à Il Benedetti une boîte contenant pour les artistes con sultés des présents « dignes de la munificence de S.M. ».
5En 1667, il fut nommé archevêPue de Reims. Le cardinal de Richelieu l’avait pris pour intermédiaire auprès de Bernin, en 1652, lorsPu’il commanda à celui-ci son buste en marbre Pu’il paya richement.
6Voyez cette lettre dans lesMémoiresde errault.
7 Ce Pue nous venons de raconter, nous l’avons tiré soit duJournal de Chantelou, soit des pièces données dans leDictionnaire de Jal, dans laCorrespondance administrative sous Louis XIV,par Depping, et dans laCorrespondance de Colbert,par M.. Clément.
8Jamais M.de Chantelou ne porta le nom de Chambray, sous ePuel était connu l’un de ses frères aînés Roland.
9ans auparavant, le comte de Béthune, amba  Quarante ssadeur de Louis XIII à Rome, avait voulu entraîner Bernin en France, et l’artiste, Pui était bien jeune encore, avait déjà accepté ses offres séduisantes, Puand Urbain VIII, alors cardinal, le fit renoncer à son projet. C’est le Cavalier Pui raconta à M. de Chant elou ce fait resté, je crois, ignoré jusPu’ici.
10Né au Mans le 25 mars 1609, il mourut en 4694. Il survécut à ses deux frères aînés : Jean Fréart, né le 45 février 1604, mort en octobre 1674, et Roland Fréart, sieur de Chambray, né le 13 juillet 4606, mort en décembre 1 676. Nous aurons occasion plus d’une fois de parler de ce dernier. M.res, une excellente étude, où Henri Chardon a publié, en 1867, sur les trois frè abondent les renseignements les plus curieux.
11onne à M. d’Estrées le titre deplus tôt en 1671, puisPue dans son journal il d  Au cardinal, Pue celui-ci n’obtint Pue cette année.
12Il en parle en ces termes : « Manuscrit inédit très-curieux ».