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Kimbanguisme et identité noire

De
373 pages
Le Kimbanguisme, un mouvement religieux né de la réaction à la situation coloniale, est devenu une grande Eglise institutionnalisée depuis 1959. Cette religion, fondée dès 1921 par Simon Kimbangu est devenue un espace libéré, où les successeurs de Kimbangu ont non seulement mis en place des éléments de recomposition identitaire noire, mais aussi donné au Kimbanguisme une envergure mondiale. Au-delà du mot Kimbanguisme, se cache un message panafricaniste ou adressé aux Noirs, qui engage les fidèles dans un processus de critique de leur identification ethnique et dans une action religieuse.
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KIMBANGUISME & IDENTITÉ NOIRE
© L'Harmattan, 2013. [Version revue, corrigée et augmentée]. ISBN:
AURÉLIEN MOKOKO GAMPIOTKIMBANGUISME & IDENTITE NOIRE COLLECTION : Théologie et vie politique de la terre Dirigée par Dominique KOUNKOU L'Harmattan L'HarmattanHongrie L'HarmattanItalia 5-7, rue de l'École-Hargita u.3Via Bava, 37 polytechnique 1026Budapest 10214Torino 75005 ParisHONGRIE ITALIE FRANCE
À ma sœur, Ya Jeanne et à mon père Antoine Mokoko.
PREFACE DE PIERRE-JEAN SIMON
PRÉFACE Je ne connaissais guère le Kimbanguisme lorsque pour la première fois Aurélien Mokoko Gampiot m’a fait part de son projet de travailler sur ce sujet, en maîtrise, une étude qu'il a poursuivie avec constance en DEA et jusqu’à cette thèse. J’avais lu, bien sûr, ce qu’en a écrit Balandier dansSociologie actuelle de l’Afrique noire,une de nos grandes références quand les gens de ma génération étions étudiants, cela fait un certain temps, en sociologie et anthropologie. Mais je n’avais pas spécialement approfondi la question, n’étant pas africaniste, ni sociologue des religions — même si, bien entendu, ce grand phénomène social que sont les religions ne peut laisser aucun sociologue indifférent et s’il m’est arrivé de m’intéresser d’assez près à des religions venues d’Extrême-Orient. Cela pour dire, en manière d’introduction, que si j’ai pour ma part contribué à l'initier à la sociologie, il a été, lui, mon initiateur au Kimbanguisme. Pour ce qui est maintenant de l’essentiel, le caractère à l’évidence le plus marquant de cette étude est d’être une ethnographie de l’intérieur, fondée sur une expérience personnelle vécue et l’observation interne, pleinement participante, comme l'auteur l’expose très bien notamment se mettant lui-même en scène — mais, il faut le souligner, sans du tout cette complaisance que l’on trouve parfois aujourd’hui, par un effet de mode, dans des écrits d’anthropologues, où le chercheur se croit tenu d’exprimer longuement sa précieuse subjectivité — avec beaucoup de retenue au contraire, de pudeur peut-on dire, et seulement pour le situer à sa juste place par rapport à son objet d’étude : à savoir le Kimbanguisme auquel il appartient lui-même par tradition familiale et est en situation de proximité et de familiarité. Il peut dire, à cet égard, non seulement Africanus sum,reprendre l’expression que Roger Bastide pour revendiquait non sans une certaine fierté pour lui-même et qu'il rappelle, maisKimbanguistus sum.On sait les avantages de l’enquête interne sur son propre groupe, son propre milieu, surtout quand il s’agit des phénomènes religieux. Là plus que partout ailleurs sans 9
doute la compréhension suppose, nécessite la participation : comme déjà l’avait dit Durkheim (parangon encore pour certains, on se demande bien pourquoi, de l’objectivisme obtus), le sociologue ou ethnologue qui n’entrerait pas dans le système de croyances et de pratiques des fidèles, qui n’apporterait pas à l’étude de la religion une sorte de sentiment religieux, ressemblerait à un aveugle qui parlerait de couleurs. Mais on connaît aussi les pièges, et l'auteur en a été très conscient, de la position d’observateur impliqué dans son objet d’étude. C’est une illusion, bien sûr, et qui a parfois fait quelque dégât en sociologie, que celui qui est de l’intérieur connaîtrait forcément mieux sa propre société, son propre groupe, sa propre communauté qu’un observateur extérieur. Une culture n’est pas véritablement connue du seul fait d’être vécue. Il ne suffit évidemment pas d’être soi-même Africain ou Kimbanguiste ou quoi que ce soit d’autre, pour se connaître soi-même et ses congénères, compatriotes ou coreligionnaires. Il faut avoir accompli la démarche de prise de distance par rapport à son tout proche objet, pris la bonne mesure entre l’engagement et la distanciation, comme dit Norbert Elias, avoir exercé continûment, ce qui est toujours très difficile, la fameuse vigilance épistémologique. C’est, me semble-t-il, ce qu'il a généralement fait et bien fait — pas seulement eu égard aux croyances et pratiques des fidèles mais aussi aux conflits qui agitent aujourd’hui l’Église kimbanguiste. Moyennant quoi la connaissance interne qu'il a du Kimbanguisme a été pour lui un atout considérable. Dans cette perspective, grâce à sa connaissance des langues vernaculaires et aussi, mieux encore sans doute, à sa situation de Kimbanguiste, au fait qu'il soit lui-même de manière irrécusable un fidèle de cette religion, il a pu nous en donner une bonne description, aujourd’hui, avec des entretiens menés dans la langue même de ses interlocuteurs. Et qu'il a pu recueillir, ce qui est l’un des grands apports de son étude, les nombreux chants inspirés qui sont, à coup sûr, des documents précieux pour une meilleure connaissance du Kimbanguisme. Et l’on mesure bien, je crois, que seul quelqu’un qui était dans sa position pouvait obtenir une aussi riche moisson. Comme on mesure le très important travail de traduction qu'il a effectué (même si, bien entendu, je ne suis pas personnellement à même de
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