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L'actualité de la philosophie

De
102 pages

Les trois essais qui composent ce recueil, L'actualité de la philosophie, L'idée d'histoire de la nature et les Thèses sur le langage du philosophe, datent du début des années trente. Contemporains du premier grand livre d'Adorno, la thèse sur Kierkegaard, ils constituent le point de départ de toute cette philosophie.

Témoignage essentiel sur la situation de la philosophie en Allemagne à la veille du nazisme, ces textes montrent Adorno aux prises avec Husserl, Heidegger, Lukács et Benjamin, à un moment crucial où la philosophie, minée par la crise de l'idéalisme, se voit confrontée à la menace de sa propre liquidation par les progrès des sciences.

Le contre-programme que formule Adorno, qui repose sur une nouvelle pensée de l'histoire et une méthode d'interprétation de la réalité profondément originale, déterminera tous ses travaux ultérieurs et constituera le cadre de référence de toute théorie critique à venir. Outre sa valeur de document, le présent ouvrage contribue à une réflexion critique exigeante sur la société contemporaine et la place du philosophe.

Theodor W. Adorno (1903-1969) fut, avec W. Benjamin, Horkheimer et Marcuse, l'un des représentants les plus marquants de l'« école de Francfort ». L'originalité de sa conception de la « théorie critique » de la société tient à la place essentielle qu'y occupe l'art, et en particulier la musique. Lecteur critique de toute la tradition philosophique, Adorno fut également le témoin des horreurs qui ont ensanglanté le XXe siècle. Sa « dialectique négative » lui permit de déployer une critique radicale de l'époque, sans pour autant opposer au désastre présent la nostalgie d'un âge d'or irrémédiablement perdu ou le fantasme illusoire de lendemains qui chantent.

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1 L’idée d’histoire de la nature
Peutêtre convientil de faire remarquer au préalable que mon propos ne constitue pas une « conférence » au sens propre du terme, ni une communication de résultats, ni un développement systématique et concluant, mais se situe au contraire au niveau de l’essai, n’est rien d’autre qu’un effort pour reprendre la problématique de ce qu’il est 2 convenu d’appeler la « discussion de Francfort » et la prolonger . Je suis conscient de tout le mal que l’on dit de cette discussion, mais également du fait que le problème central n’en est pas moins correctement posé et que ce serait faire fausse route que de repartir toujours de zéro. Je me permets de faire quelques remarques terminologiques. S’il est question d’histoire de la nature, il ne s’agit pas, en l’occur rence, de cette conception de l’histoire de la nature telle qu’elle est visée au sens traditionnel, préscientifique du terme, c’estàdire qu’il ne s’agit tout simplement pas d’une histoire naturelle au sens où la nature serait l’objet des sciences naturelles. Le concept de nature qui est employé ici n’a absolument rien à voir avec celui qui est utilisé par les sciences mathématiques de la nature. Je ne peux pas développer au préalable ce que nature et histoire sont censées vouloir dire dans ce qui suit. Je ne pense pourtant pas trop en révéler en disant que l’in tention propre de mon propos est d’abolir l’antithèse habituelle entre nature et histoire ; si bien que partout où j’opère avec les concepts de nature et d’histoire, ce ne sont pas des déterminations d’essence ayant valeur de premiers principes qui sont désignées par là ; je me propose au contraire de pousser ces deux concepts jusqu’au point où ils s’abolissent dans leur pure désintégration. Pour élucider le concept
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de nature que j’aimerais dissoudre, il suffit de dire qu’il s’agit là d’un concept dont la traduction la plus pertinente serait le concept du mythique – si je voulais le traduire dans le langage conceptuel habituel de la philosophie. Ce concept est lui aussi très vague et sa détermination précise ne saurait se dégager de définitions préliminaires, mais seulement au cours de l’analyse. Est visé par ce terme ce qui est là depuis toujours, ce qui, en tant qu’être donné par avance et agencé à la manière d’un destin, supporte l’histoire humaine, apparaît en elle, ce qui, en elle, est substantiel. C’est le champ délimité par ces expressions que je vise ici quand j’emploie le terme de «nature ». La question qui se pose est celle du rapport entre cette nature et ce que nous entendons par « histoire » ; « histoire », c’estàdire ce mode de comportement des hommes transmis par la tradition, qui se caractérise avant tout par le fait qu’en lui apparaît du nouveau qualitativement parlant : l’histoire est un mouvement qui ne se déroule pas dans une pure et simple identité, une pure et simple reproduction de ce qui a toujours déjà été là, mais au sein duquel, au contraire, du nouveau se produit, un mouvement qui acquiert son vrai caractère par ce qui apparaît en lui sous forme de nouveauté. Je voudrais développer ce que j’appelle l’idée d’histoire de la nature sur la base d’une analyse ou, plus exactement, d’une vue d’ensemble portant sur le questionnement ontologique tel qu’il se présente au sein de la discussion actuelle. Cela veut dire partir de «ce qui a le caractère du naturel ». Car, telle qu’elle est posée aujourd’hui, la question de l’ontologie ne recouvre rien d’autre que ce que j’ai visé en parlant de nature. J’aborderai ensuite le problème par un autre biais et essaierai de développer le concept d’histoire de la nature à partir de la problématique de la philosophie de l’histoire ; au cours de ce deuxième mouvement, ce concept va déjà se concrétiser consi dérablement et gagner en contenu. Après avoir mené à leur terme, de manière indicative, ces deux problématiques, j’essayerai d’articuler le concept d’histoire de la nature luimême et de vous exposer les moments à travers lesquels cette histoire de la nature apparaît dans son caractère propre.
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