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L'Afrique, berceau de l'écriture. Volume 1

De
430 pages
Ce livre collectif en 2 volumes est un cri d'alarme de l'Afrique pour éveiller ses dirigeants et le monde à la nécessité de sauver les manuscrits en péril de l'Afrique et de les tirer de l'oubli et de l'abandon. Ce premier volume a trait à l'évolution historique de l'Afrique du point de vue scripturaire, et à l'examen des collections existantes de manuscrits anciens portant sur l'astronomie, le droit, la médecine, l'architecture, la philosophie, la grammaire, etc.
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Conception de la couverture par Sati Penda Armah
Caractères par Natalia KanemL’AFRIQUE, BERCEAU DE
L’ECRITURE
Et ses manuscrits en péril
DAKAR
AIDE TRANSPARENCE et RESEAU AFRICAIN D’ECHANGES
D’INFORMATION ET ÉDUCATION POUR LA PRÉSERVATION DU
LIVRE MANUSCRIT
en collaboration avec les associations de bibliothécaires,
les bibliothèques publiques et privées et les chercheurs africains
2014Ce livre a été publié pour la première fois en trois volumes, en langues
française (volumes 1 et 2) et anglaise (volume 3).
Les contenus des volumes 1 et 2 ont été réalisés grâce au généreux
soutien fnancier de la Fondation Ford. Aide Transparence lui exprime
sa profonde gratitude à cet égard.
Publié par L’Harmattan et Aide Transparence (15 Cité SAGEF, ZAC
Mbao, Dakar, Sénégal) - BP 5409, Dakar-Fann, Sénégal
www.africanmanuscripts.org
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reproduite ou transmise sous aucune forme ou moyen électronique ou
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Mise en page effectuée par Sati Penda Armah
Distribué par L’HarmattanAide TrAnspArence
AssociATion pour lA sAuvegArde eT lA vAlorisATion des
mAnuscriTs eT lA défense de lA culTure islAmique
L’AFRIQUE, BERCEAU DE
L’ECRITURE
Et ses manuscrits en péril
Sous la direction de
Jacques Habib Sy
Volume 1
Des origines de l’écriture aux manuscrits anciens
(Egypte pharaonique, Sahara, Sénégal, Ghana, Niger)
© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99884-1
EAN : 9782296998841 Sommaire
volume i
première pArTie
Origines africaines de l’écriture
Chapitre 1
Introduction générale
L’Afrique et l’écriture :
un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés
Jacques Habib Sy 29
Cheminement des graphies préhistoriques africaines
L’écriture négro-égyptienne aux origines de l’invention de l’écriture
L’islam et l’avènement de l’écriture arabe en Afrique
Présentation de l’ouvrage
Chapitre 2
L’Afrique, berceau de l’écriture
Téophile Obenga 80
Résumé
Importance de l’écriture dans l’histoire humaine
Papyrus et papier : supports universels de l’écriture
Histoire de la route du papier de l’Asie en Occident
Invention de l’écriture en Afrique et sa difusion en Occident
Manuscrits africains anciens : protection, conservation et exploitation
ConclusionChapitre 3
L’Afrique noire : naissance et évolution de l’écriture
Aboubacry Moussa Lam 93
Résumé
L’Afrique et le berceau de l’écriture
L ’histoire de l’écriture : de l’Egypte ancienne à la période contemporaine
Conclusion
deuxième pArTie
Livres manuscrits ouest-africains
Chapitre 4
e eLe livre manuscrit arabe en Afrique occidentale (VIII – XX
siècle)
Henri Sène 138
Résumé
Le Soudan occidental : un espace économique
Le contexte intellectuel et culturel du Soudan occidental
Livres, manuscrits et papier : production et difusion
Conclusion
Chapitre 5
Repères historiques de l’écriture manuscrite ouest-africaine
Mohamed-Saïd Ould Hamody 175
Résumé
Localisation géographique des collections de manuscrits
Les richesses nationales
Contenus, état des lieux et perspectives
Etat des lieux et perspectives
L’état des manuscrits
Perspectives
GLOSSAIREChapitre 6
Savoirs endogènes, quête de sens et écritures ouest-africaines
Mamadou Cissé 202
Résumé
Ecriture et antiquité soudano-sahélienne
Contacts et apports
L’ajami
Le mythe de l’oralité exclusive
Défs de l’ajami en Afrique de l’Ouest
Les manuscrits anciens
Les manuscrits comme traces et sources
Conclusion
Chapitre 7
Le fonds Gilbert Vieillard et les manuscrits de l’IFAN Cheikh
Anta Diop
Souleymane Gaye et Maïmouna Kane 228
Résumé
Présentation du Laboratoire d’islamologie de l’IFAN Cheikh Anta
Diop
Tèmes et pays couverts
Gilbert Vieillard
Analyse bibliographique du fonds Vieillard
Conservation des collections
Analyse synthétique des manuscrits
Chapitre 8
Les manuscrits anciens du Ghana
Seyni Moumouni 268
Résumé
Historique de la collection des manuscrits du Ghana
Etude codicologique de la collection
Les conditions de conservation des manuscrits avant 2003
Conclusion Chapitre 9
L’ ajami, à l’épreuve, au Niger
Moulaye Hassane 284
Résumé
Aperçu historique
Création et difusion des manuscrits
Echantillons de manuscrits et analyse synthétique de leur contenu.
Les manuscrits : une source inépuisable de connaissances
Chapitre 10
Aspects de l’esclavage au Niger
Dioulde Laya 338
Résumé
Points de repère
Routes et sites anciens
Les mines
Intégration, développement, prospérité
Rapports sociaux
Place de l’esclavage
Témoignages écrits
Héritages
Etude à l’initiative de Timidria
Conclusion
Annexes
388
Auteurs ayant contribué à cet ouvrage
Acronymes
Addis Abeba Declaration on Te African Manuscript Book Charters
International Conference on the Preservation of Ancient Manuscripts
in Africa
Final resolution on the preservation of heritage archives in Africa
Final report
index
423Ce livre est dédié aux peuples africains
qui ont inventé l’écriture
et inscrit des pages immortelles de la pensée et de l’invention
au registre du patrimoine manuscrit de l’humanité
xRemerciements
Jacques Habib Sy
Cet ouvrage collectif est une trace, un jalon parmi d’autres, dans la
redécouverte du passé africain et de sa réécriture. Il était, en effet,
devenu impératif de rétablir les faits historiques dans leur simplicité
et leur vérité éclatantes. L’objectif central de cette entreprise, qui suit
celle de l’Unesco dans son Histoire générale de l’Afrique en plusieurs
volumes, est plus précisément de déconstruire la fable d’une Afrique
«sans écriture » et, par conséquent, d’Africains « sans histoire »,
plongés dans la préhistoire depuis les origines les plus lointaines de
l’humanité.
Les vestiges du rôle non seulement pionnier, mais encore d’impulsion
des Africains dans l’élévation spirituelle et matérielle de l’humanité,
à travers l’invention de l’écriture et sa matérialisation, dans une
constellation de contenus et de supports médiatiques et cognitifs, sont
exposés dans cet ouvrage sous leurs aspects les plus divers.
Plusieurs auteurs, tous guidés par la volonté de contribuer au mouvement
de réinvention de la « nouvelle histoire » africaine et de préservation
des manuscrits anciens, témoins directs de l’aventure scripturaire,
intellectuelle et scientifque du foyer ancestral de l’humanité, ont
proposé une nouvelle chronologie de l’histoire de l’écriture, décrit
l’état désastreux des collections existantes de manuscrits anciens et
exposé l’importance capitale des contenus extraordinaires de vitalité
que recèlent les gisements archivistiques pluri-centenaires abandonnés
à l’activité destructrice du temps, des rongeurs, des hommes et des
circonstances souvent extrêmes de conservation.
Cet ouvrage témoigne, par ailleurs, de l’état de détresse extrême dans
lequel sont conservés les manuscrits africains.
xiAu Sénégal, au moment de notre passage en 2010, les fonds manuscrits
ecollectés au XIX siècle par les colons français et leurs chercheurs
de service, alors en fonction à l’Institut français d’Afrique noire,
sont conservés de façon inadéquate. La photothèque, avec des pièces
d’une très grande valeur, est dans un état de dénuement préoccupant,
cependant que la section des «notes et études documentaires » est
laissée à l’abandon dans un sous-sol des plus insalubres. Certaines
pièces archéologiques avec des signes graphiques qui datent du
néolithique sont jetées pêle-mêle dans un ancien hangar en décrépitude.
e eLa collection de manuscrits ajami rassemblée entre les XIX et XX
siècles a été pillée au fl du temps, en raison du laxisme avec lequel elle
a été gérée.
Au Kenya, et notamment dans la région de Mombassa, les collections
de manuscrits anciens en ajami, sont, pour la plupart, entre des
mains inexpertes, dans des malles en bois ou en fer, sans protection
particulière. A Lamu, en particulier, en fn 2009, les pièces les plus
intéressantes avaient disparu des étagères de la bibliothèque du musée
principal ou des abris provisoires où elles avaient été entassées. Il n’y
ereste plus que quelques exemplaires d’un Coran du XIX siècle et des
pièces manuscrites éparses, malheureusement attaquées par l’humidité
et les infections microbiennes. Dans l’arrière-pays proche de la côte de
l’Océan Indien, des archives anciennes écrites par des Africains depuis
ele XVII siècle sont restées aux mains des descendants d’anciens cadis,
d’imams et d’enseignants. Ces vieux ouvrages subissent l’outrage du
temps et de facteurs humains et environnementaux quand ils ne sont pas
simplement achetés pour des miettes par des collectionneurs publics
et privés d’Oman et du Moyen-Orient, à la recherche de livres rares
d’origine arabe dont la trace a été perdue depuis fort longtemps.
Au sous-sol des Archives nationales de Nairobi, l’état de délabrement
e edes documents anciens des XVIII et XIX siècles, au moment de notre
passage en 2010, était tout simplement hallucinant : les manuscrits
étaient dans une température ambiante contraire aux normes reconnues
et débordaient d’étagères vieillottes, ou étaient abandonnés à même le
sol et donc inaptes à leur utilisation par les chercheurs et les étudiants,
sans compter le grand public. Les pièces d’archives les plus importantes
ont été emportées par les colons anglais et transférées dans les musées
et bibliothèques de l’ancienne puissance coloniale.
xiiLes archives anciennes du Nord Nigéria bien que mieux traitées,
notamment à l’université d’Ibadan, à Arewa House (Kaduna) et dans
une moindre mesure à Jos (où sont conservés des traités d’astronomie
écrits par des Africains, il y a plusieurs siècles), nécessitent encore des
efforts considérables de conservation, au-delà des budgets inadéquats
alloués aux universités locales. Il est vrai que le musée de Lagos
a récemment entrepris, sans succès, de réhabiliter les pièces d’art et
quelques manuscrits dont l’existence avait été malmenée par des
décennies de laisser-aller gouvernemental. La négligence coupable des
gouvernements successifs du Nigéria, concernant la gestion archivistique
de ce pays, pourtant doté de richesses considérables et de ressources
humaines de très grande qualité, donne à penser que les élites africaines
sont encore prisonnières d’une aliénation culturelle d’une telle intensité,
qu’elle les condamne à l’auto-fagellation et à la destruction matérielle
des derniers vestiges d’un passé pourtant glorieux.
En Mauritanie, l’Institut mauritanien pour la recherche scientifque
e e(IMRS) garde à grand peine des manuscrits des XVIII et XIX siècles
encore mal catalogués et conservés, malgré les efforts méritoires
d’experts étrangers et nationaux pour les protéger de la dépréciation et
d’une mauvaise gestion ainsi que du pillage caractérisé. Des dizaines
de manuscrits sont ainsi soustraits de leur fonds d’origine et peut-être
perdus à jamais. La récente expérience de coopération croisée entre
l’Italie et les villes historiques où sont conservés les plus importants
gisements de trésors manuscrits, est prometteuse en ce sens qu’elle
démocratise le savoir-faire de conservation exogène, et le met à la
disposition de l’IMRS et de mini-bibliothèques artisanales perdues dans
les océans sablonneux des anciennes pistes du savoir et du commerce
transsaharien.
A Tombouctou, épicentre du gisement écrit ancien le plus considérable
d’Afrique, et témoin de la place éminente occupée par ce foyer
intellectuel central de la zone soudano-saharienne, les défs de la
conservation des livres manuscrits anciens ont été récemment aggravés
par l’occupation militaire de hordes intégristes et pseudo-nationalistes
qui n’ont pas hésité à profaner des tombes de saints personnages
appartenant à une lignée d’illustres penseurs et d’hommes de foi, et
même, paraîtrait-il, à voler d’anciens manuscrits pour se procurer
l’argent liquide nécessaire à l’achat d’armes légères et au paiement
xiiide bandes de mercenaires sans foi ni loi. Les manuscrits conservés à
l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba
(IHERIAB) et dans plusieurs dizaines de bibliothèques anciennes
réhabilitées grâce à l’action philanthropique bilatérale et multilatérale,
et aux efforts gouvernementaux n’ont jamais encouru d’aussi graves
edangers depuis l’occupation marocaine de cette ville à la fn du XVI
siècle.
Avant cette séquence malheureuse de son histoire, Tombouctou a
été prise d’assaut, au cours des décennies passées, par une foultitude
d’organisations et d’intérêts privés, à travers une ruée fulgurante vers
l’« or brun », chacun voulant sa part de copies ou d’originaux de trésors
manuscrits dont certains sont restés, pendant des siècles, introuvables
et inaccessibles aux collectionneurs occasionnels et aux chasseurs de
pièces rares. La législation et les mécanismes de traçage des manuscrits
et œuvres culturelles volés restent encore dérisoires et ineffcaces face
aux moyens fnanciers considérables mis en jeu par les contrebandiers
ou le pillage culturel couvert d’un manteau de respectabilité étatique
qui ne s’embarrasse d’aucune morale. C’est ainsi que sont gardés dans
les musées et les bibliothèques des anciennes puissances colonisatrices,
des ouvrages et des objets culturels, des monuments, des sculptures,
des vestiges écrits antiques volés à l’Afrique et aux Africains. Les
Africains doivent impérativement se mobiliser pour le rapatriement
1de ce patrimoine dans leur terre d’enfantement . Après les révélations
1. A titre d’illustration on peut citer les nombreux cas de vols des biens culturels
africains par des colons européens qui ont commis les pires atrocités, assimilées
aujourd’hui à des crimes contre l’humanité mais restés impunis et non suivis
d’effets pratiques opérationnels et visibles dans les musées et bibliothèques
européens. Et surtout, aucun acte de repentance ou de demande d’absolution
sincère face à ces crimes d’une cruauté inimaginable, n’a encore été enregistré.
Hassan Musa, recense ici quelques-uns des cas les plus épiques qui aient été
documentés :
Michel Leiris, dans L’Afrique fantôme, raconte comment, avec Marcel Griaule, ils
se sont introduits, contre la volonté des villageois, dans la case rituelle du Kono (un
masque sacrifciel) et comment ils ont volé des objets du culte sous le regard des
villageois ébahis : « Griaule et moi demandons que les hommes aillent chercher le
Kono. Tout le monde refusant, nous y allons nous-mêmes, emballons l’objet saint dans
la bâche et sortons comme des voleurs, cependant que le chef affolé s’enfuit.[...] Nous
traversons le village, devenu complètement désert et, dans un silence de mort, nous
arrivons aux véhicules.[...] Les 10 francs sont donnés au chef et nous partons en hâte,
au milieu de l’ébahissement général et parés d’une auréole de démons ou de salauds
particulièrement puissants et osés. »
xivfort troublantes de l’intellectuel et artiste soudanais Hassan Musa,
montrant le célèbre Marcel Griaule, dont toute la réputation a été bâtie
sur le dos des Dogons, volant les reliques sacrées de ses grâcieux hôtes
dogons qui l’ont pourtant initié à leurs rites sacrés et leur philosophie.
De même, n’eut été la pugnacité du gouvernement de Nelson Mandela,
les Sud-Africains n’auraient jamais pu faire rapatrier, avec les honneurs
dus à son rang, les restes d’une de leurs princesses, empalée pendant
des siècles et exposée derrière une vitrine muséale, après avoir subi les
pires outrages de son vivant.
En Ethiopie, l’Empereur Hailé Sélassié, en raison de l’attention qu’il
eprêtait à l’importance des parchemins anciens dont certains datent du IV
siècle, avait réussi à protéger une grande partie des collections anciennes
dans une bibliothèque nationale et à l’Institut d’études éthiopiennes.
Mais cela n’a pas empêché le vol de pièces rares manuscrites et de
biens culturels par des institutions et des aventuriers occidentaux, à telle
enseigne qu’aujourd’hui, le patrimoine écrit éthiopien est dispersé dans
les musées et bibliothèques européens (français, italiens et allemands,
principalement) et nord-américains. Il n’est pas jusqu’aux grafftis très
anciens de l’Abyssinie qui n’aient été subtilisés frauduleusement, soit
par le clergé européen ou les missions diplomatiques et certaines des
congrégations religieuses étrangères. Il est heureux que le nouveau
Chef de l’Etat éthiopien, le Premier ministre Dessalegn ait décidé de
poursuivre l’œuvre de récupération du patrimoine culturel soustrait à
cette nation africaine, la seule qui n’ait jamais connu la colonisation
sur une longue période, et dont les plus anciens vestiges écrits en gé’éz,
econnus de la communauté scientifque, datent du IV siècle de notre ère,
c’est-à-dire, onze siècles avant la découverte de la machine à imprimer
de Gutenberg et la généralisation de l’écriture en Europe.
Hassan Musa évoque également les circonstances dans lesquelles, en septembre 1931,
Leiris et les membres de la Mission Dakar Djibouti tels Eric Lutten et Maracel Griaule
se sont livrés à des actes de pillage et de vol inqualifables. Musa rappelle également
l’horreur des hommes et des femmes africains empaillés et exposés jusque récemment
dans les musées européens, et ce, pendant des siècles, sans que l’opinion publique ne
s’en soit émue.
Cf. Musa Hassan, « Les fantômes d’Afrique dans les musées d’Europe »,
Africultures, n°70, 6 novembre 2008,
< http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=204 >.
xvL’ancienne Egypte est généralement perçue comme un pays
extraafricain, tant est éclatante la portée de sa contribution à la culture
universelle, aux arts, aux sciences, à la pensée et à l’invention des
premiers fondements de l’innovation dans tous les domaines. Les
papyrus anciens en sa possession restent encore cloisonnés par rapport
au reste de l’Afrique noire qui est pourtant la terre nourricière de sa
culture et de ses traditions scripturaires, étincelantes de génie. Les
batailles épiques menées par Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, et,
avant eux, par une longue lignée d’intellectuels et de savants d’origine
africaine, ont permis de faire basculer le mur épais qui séparait les
Africains, des siècles durant, de leur passé littéraire, scripturaire et
artistique. Le plus dur reste peut-être à faire : intégrer complètement les
faits historiques africains – scripturaires et littéraires, en particulier –
dans la conscience historique de la majorité des Africains, dans les
programmes universitaires et scolaires, et dans le vécu quotidien des
populations.
En dehors de l’Egypte pharaonique classique, les plus anciennes
pièces littéraires rares d’Afrique sont ainsi menacées par le double
péril du délitement géographique et de la conspiration internationale
qui continuent de perpétuer l’idée que l’Afrique n’aurait pas inventé
l’écriture et qu’elle serait exclusivement la terre d’élection de l’oralité.
Le drame dans cet enchevêtrement de circonstances, c’est que la
très grande majorité des Africains, et, encore plus tragiquement des
intellectuels, sont maintenus dans l’ignorance totale des faits majeurs
ainsi décrits. Les gouvernements africains sont en très grande partie
responsables de cette situation alarmante et sont même coupables, dans
certains cas, d’avoir contribué au pillage des trésors manuscrits du
continent. L’ancien Président de la République du Sénégal, Abdoulaye
Wade, n’a pas hésité à théoriser l’indigence des Africains face aux défs
de la conservation des archives anciennes, son argument étant que les
manuscrits pourraient être mieux conservés pendant des siècles encore
par les Occidentaux. Il ne s’est évidemment guère préoccupé du fait
que, ce faisant, les Africains seraient sevrés pour des siècles encore de
la nourriture culturelle et de la sève nourricière de leur passé, passé
sans lequel leur avenir est condamné à être confné dans les marges de
l’histoire et du mouvement universel de renouveau et de progrès de la
pensée et de l’innovation scientifque et culturelle.
xviL’organisation non gouvernementale (ONG) Aide Transparence,
en coopération avec la SAVAMA-DCI et les bibliothèques privées
d’autres parties du continent africain, les chercheurs et une large
palette d’experts et de preneurs de décision venus d’horizons divers,
tient à remercier très sincèrement la Fondation Ford pour son appui
fnancier, appui sans lequel, il aurait été diffcile de tenir, dans des
conditions de confort opérationnel et de liberté intellectuelle totale, la
conférence internationale sur la Préservation des manuscrits anciens, à
Addis Abéba, du 17 au 19 décembre 2010, avec la participation de 15
pays d’Afrique et de la diaspora négro-africaine. Nos remerciements
vont, en particulier, à Luis Ubeñas, président de la Fondation Ford
qui s’est investi sans compter pour faire de la réhabilitation des
manuscrits anciens de Tombouctou, en particulier, une réalité palpable
que de tragiques évènements décrits dans l’introduction générale
de cet ouvrage viennent perturber, temporairement, il faut l’espérer.
Adhiambo Odaga, ancienne représentante de la Fondation Ford en
Afrique de l’Ouest, et, surtout, avant elle, Nathalia Kanem, ancienne
vice-présidente de la Fondation Ford ont posé les jalons administratifs
et opérationnels qui ont rendu possible le transfert de fonds importants
au proft des bibliothèques privées et des familles qui conservaient, dans
des conditions lamentables, jusque récemment, les trésors écrits légués
par leurs ancêtres depuis des siècles. Il convient de signaler qu’à part
la Fondation Ford, plusieurs institutions bilatérales et multilatérales
de fnancement du développement culturel, plus particulièrement
l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture
(Unesco), ont également prêté main forte aux Maliens et aux Africains
pour s’acquitter au mieux de la responsabilité historique d’allonger de
plusieurs siècles la préservation de leur patrimoine écrit, patrimoine le
plus ancien de l’humanité dont les vestiges sont gravement menacés
par la négligence et le mal-développement, à l’exception, peut-être, de
l’Egypte et de l’Afrique du Sud.
Les encouragements du regretté professeur Sékéné Mody Cissokho ne
m’ont jamais fait défaut chaque fois que je me suis rendu dans
l’arrièrepays malien en passant par Bamako où il avait construit une vaste école
d’enseignement secondaire baptisée Cheikh Anta Diop, son mentor du
temps où il enseignait à l’université de Dakar. A travers ses écrits et
ses cours que j’ai suivis au tout début des années 1970, il a été une
source vivifante d’informations de première main sur Tombouctou et
xviiles civilisations de la boucle du Niger. Les professeurs Bakari Kamian,
Ali Mazrui et Djibril Tamsir Niane n’ont pas hésité à m’encourager, et,
pour certains, à me prodiguer leurs conseils avisés, contribuant par
làmême, au fourmillement historique et idéel qui parcourt cet ouvrage.
Mes remerciements vont également aux nombreux contributeurs au
succès de la conférence d’Addis Abéba parmi lesquels le professeur
Ayele Bekerie de l’université de Mekelle en Ethiopie qui a grandement
contribué à l’implication des plus hautes autorités éthiopiennes dans
la tenue de la conférence en Ethiopie, l’ambassadeur Mohamed Saïd
Ould Hamody de la Mauritanie, président du panel de la conférence
citée sur les enjeux stratégiques de la préservation et de l’utilisation
des manuscrits anciens africains, pour son entregens et son immense
érudition, Papa Toumané NDiaye, spécialiste de programmes, direction
de la Culture et de la communication, Islamic, Educational, Scientifc and
Cultural Organization (ISESCO), rapporteur général de la conférence
et dont l’appui besogneux a été d’un grand concours, professeur
Boubacar Barry qui a dirigé avec brio le panel de la conférence d’Addis
Abéba sur l’analyse de contenu et la portée historique des manuscrits
anciens africains, professeur Aboubacry Moussa Lam du département
d’Histoire de l’université Cheikh Anta Diop pour sa participation et ses
encouragements en matière d’édition, professeur Mahmoud Hamman,
ancien directeur d’Arewa House, Kaduna, dont les encouragements ne
rnous ont jamais fait défaut, D Kabiru Chafe, directeur d’Arewa House,
qui a presidé le panel sur la radioscopie des collections de manuscrits
anciens africains, Mamitu, directrice du Musée national d’Addis Abéba
qui a joué un rôle clé dans l’organisation de l’exposition régionale
sur les manuscrits anciens africains, Demeka Berhane, anciennement
paléographe à l’Institut d’études éthiopiennes, Atakilt Assafe, ancien
directeur des Archives et de la bibliothèque nationale d’Ethiopie auquel
a succédé Ahmed Aden qui s’est, lui aussi, dépensé sans compter.
Mes remerciements vont également à Rita et Richard Pankhurst dont le
travail immense en matière d’études éthiopiennes et de bibliographies
anciennes a joué un rôle signifcatif dans le développement des études
éthiopiennes et du fonds de la bibliothèque de l’université d’Addis
Abéba.
xviiiAu Mali, je tiens à remercier l’ONG SAVAMA-DCI dont le président,
Abdel Kader Haïdara, nous a permis d’accéder à une partie des fonds
manuscrits de la SAVAMA-DCI et de Mamma Haïdara qu’il dirige avec
esprit de suite, et, à diverses personnes-ressources, au cours de mes
prestations de terrain en tant que conseiller technique de la
SAVAMADCI. Une mention particulière est due à mon vieil ami de barricades
estudiantines soixante-huidardes, Cheikh Cissokho, ancien ministre
de la Culture, durant mes pérégrinations fréquentes à Tombouctou,
rau D Mohamed Gallah Dicko, ancien directeur de l’Institut Ahmed
Baba de Tombouctou qui a toujours encouragé la coopération inclusive
entre les parties prenantes publiques et privées de la conservation du
patrimoine archivistique du Mali, et à tous les experts du ministère
de l’Enseignement supérieur du Mali, en particulier, à M. Diakité et
meM Siby Ginette Bellegarde, ministre de l’Enseignement supérieur
et de la recherche scientifque qui m’ont vivement encouragé, sans
la langue de bois caractéristique des preneurs de décision, dans
notre quête incessante de solutions pratiques pour développer la
conservation des archives anciennes africaines. Une mention spéciale
doit être faite de la discussion importante que mes collègues Mohamed
Saïd Ould Hamody, Papa Toumani Ndiaye et moi-même avons eue
avec le professeur Mahmoud Zouber, premier directeur du Centre
Ahmed Baba de Tombouctou et chercheur émérite, qui a grandement
contribué à l’expansion du portefeuille d’acquisitions livresques et
documentaires de ce pivot régional des archives anciennes africaines.
Je remercie également l’hospitalité et les marques d’attention d’Abdel
Kader Haïdara, directeur de la bibliothèque commémorative Mamma
Haïdara de Tombouctou, d’Es Sayouti, imam de la Grande mosquée de
Jinguiraber de Tombouctou, léguée à la postérité par le grand Kankan
Moussa, d’Ismaël Diadié Haïdara, directeur de la bibliothèque Fondo
Kati de Tombouctou, de Sidi Mokhtar, directeur de la bibliothèque Al
Wangari de Tombouctou, de l’imam Sidi Yahya de la mosquée historique
Sidi Yahya de Tombouctou, de Hadj ould Salem, érudit de Tombouctou,
de Mohamed Dédéou dit Hammou, érudit émérite de Tombouctou, de
l’équipe dévouée de chercheurs et de techniciens de grand mérite qui
ront tenu fermement avec le D Mohamed Gallah Dicko le gouvernail de
l’IHERIAB, et d’une longue liste d’amis et d’informateurs qu’il serait
fastidieux de tous énumérer ici, et qui poursuivent un travail admirable
de conservation, dans l’un des avant-postes les plus considérables du
complexe archivistique ouest-africain.
xixLes encouragements et les informations circonstanciées à caratère
stratégique de notre doyen Amadou Makhtar Mbow, ancien directeur
général de l’Unesco, nous ont été d’un grand concours et une
source renouvelée d’optimisme, venant d’un artisan inlassable de la
communication égalitaire entre peuples et civilisations du monde et la
promotion de l’histoire africaine. C’est sous sa responsabilité que le
Centre d’études et de documentation (CEDRAB) du Mali, le Celtho de
Niamey, la réhabilitation des archives africaines et le projet d’Histoire
générale de l’Afrique ont pu être opérationnalisés dans des conditions
optimales de succès. Qu’il en soit remercié, car sans son œuvre pionnière
et politiquement courageuse, les auteurs de cet ouvrage n’auraient
pu avantageusement tirer parti de la moisson intellectuelle et
sociohistorique qui a servi de terreau à cette entreprise.
Je voudrais associer à cet hommage Cheikh Anta Diop et le professeur
Théophile Obenga qui ont été une source constante d’inspiration
pour nous. Le professeur Obenga a accepté, malgré un calendrier
congestionné par des urgences stratégiques et scientifques de tous
ordres, de prononcer le discours inaugural de la conférence d’Addis
Abéba et de participer au panel sur les défs stratégiques auxquels sont
confrontés les Africains dans la gestion de leur patrimoine archivistique.
Bien que regrettablement absent des assises d’Addis Abéba, Cheikh Anta
Diop a instruit ses débats puisqu’il a été l’un des pionniers émérites de la
restauration de la conscience historique africaine, notamment à travers
ses travaux sur la linguistique, l’histoire et l’apparition de l’écriture
en Afrique noire, en une période où la plupart des Africains peinaient
encore à croire que l’ancienne civilisation pharaonique classique est
partie intégrante de la culture et de la civilisation africaines. Durant mes
années de collaboration étroite avec ce savant d’une humilité qui force
le respect, j’ai beaucoup appris à ses côtés, grâce à une fréquentation
assidue de ses innombrables réunions scientifques ou politiques, et, de
discussions passionnantes en tête-à-tête. Cheikh Anta Diop a inspiré de
bout en bout ce projet d’ouvrage sur les manuscrits anciens africains et
l’invention de l’écriture par les Africains. Nous tenons, à titre posthume,
à lui rendre hommage et à le remercier pour le travail prométhéen qu’il
a accompli, dans des conditions d’adversité intellectuelle et politique
extrêmes.
xxJe tiens particulièrement à remercier les correcteurs de cet ouvrage
qu’ont été mon vieil ami, le Professeur Dialo B. Diop du Centre
hospitalier universitaire de Fann, et le Professeur Falilou Ndiaye de
l’Université Cheikh Anta Diop, ainsi que Sati Penda Armah, virtuose
de la mise en page, qui ont laissé leur empreinte sur chacune des pages
de ce livre.
Je dois une dette de reconnaissance à Son Excellence, Monsieur Gilma
Wolde Giorgis, Président de la république démocratique fédérale
d’Ethiopie, qui nous a fait l’insigne honneur de présider la cérémonie de
clôture de la conférence, malgré les efforts physiques impressionnants
qu’il a dû consentir à cet égard, Son Excellence, Hailemariam
Dessalegn, alors Premier ministre et ministre des Affaires étrangères
de la république démocratique fédérale d’Ethiopie, Son Excellence, M.
Amin Abdelkader, ministre de la Culture et du tourisme d’Ethiopie et
l’ambassadeur Abdelkader, chef de la mission diplomatique éthiopienne
au Sénégal, qui ont tous généreusement contribué au succès de la
conférence et de l’exposition sur « L’Afrique, berceau de l’écriture », au
Centre international de conférences des Nations unies d’Addis Abéba.
Qu’ils trouvent ici l’expression de ma déférence et de ma gratitude
renouvelée.
A ma compagne de toujours, Yassine Fall, j’exprime toute ma gratitude
pour ses encouragements, son intrépidité intellectuelle et sa générosité,
et à mes enfants, Nafssatou, Biram Sobel, Sandjiri Ndjan Gana, Samori
Sombel et Sophie Nzinga je leur suis redevable de leur soutien affectueux
et de leur patience devant mes voyages répétés et mes pérégrinations
solitaires à travers la galaxie cognitive des manuscrits de nos ancêtres.
xxi31
20
24 17 6
2
21
2219 73025
283
1210 2723
13 5 811
426
16
149
29
18
1
15
Carte des principaux sites de manuscrits anciens dans des bibliothèques,
familles et institutions religieuses en Afrique, selon les estimations disponibles
1(détaillés ci-après)
xxii1. Afrique du Sud : Cape Town University et communautés musulmanes
du Cap.
2. Algérie : Musée, Alger ; Rodoussi Qadour bin Mourad Tourki ; Fondation
Ghardaia - Médersas : Tlemcen ; Alger - Zawiyyas, Temacine ; Wargla ;
Adjadja ; al Hamel - Grande mosquée : Alger - Imprimerie Tha Alibi–
Annexes, Bibliothèque nationale : Frantz Fanon ; Bejaia (Ibn Khaldoun) ;
Tiaret (Jacques Berque) ; Adrar ; Annaba ; Constantine ; Tlemcen ; Lmuhub
Ulahbib ; Bejaia.
3. Burkina Faso : manuscrits de Dori, Djibo, Bobo-Dioulasso.
4. Cameroun : Bibliothèque royale de Foumban ; Bibliothèque nationale,
Yaoundé. Manuscrits Bagam, London School of Oriental Studies.
5. Côte d’Ivoire : manuscrits anciens du Nord de la Côte d’Ivoire ;
manuscrits de Bruly Bouabré (IFAN, université Cheikh Anta Diop, Dakar).
6. Egypte : Daar al Kutub ; Nag Hammady ; Bibliothèque nationale ;
bibliothèque d’Alexandrie ; Deir Al-Moharraq, près d’Assiout ; musée copte
du Caire et couvent Père Fidoul ; Zeidane, Caire ; Center for Documentation
of Cultural and Natural Heritage ; American University.
7. Erythrée : très peu d’informations et d’études de terrain récentes sont
disponibles ; voir Bibliothèque nationale de Paris, Aix-en-Provence, Oxford
et Rome.
8. Ethiopie : National Archives and Library of Ethiopia ; Institute of
Ethiopian Studies ; Ethiopian Orthodox Tewahdo Church Patriarchate
Library; Authority for Research and Conservation of Culture Heritage ;
Musée national ; liste des inventaires de manuscrits (<www.menestrel.fr/
spip.php?rubrique823&lang=en>); pour la facilitation d’accès aux manuscrits
en arabe ou ajami contacter Islamic Supreme Council, Addis Ababa). La
récente découverte de la collection de manuscrits appartenant à l’Ethiopian
Orthodox Tewahedo Church et gardée au monastère d’Abba Gärima près
d’Adwa a complètement bouleversé les données historiques concernant
l’apparition de l’écriture en Afrique. En effet, la technique de datation au
eCarbone 14 appliquée à ces manuscrits les fait remonter au IV siècle de
notre ère, ce qui semble suggérer que l’écriture gé’éz remonte à une période
encore plus ancienne dite « préhistorique ». Une révision en profondeur des
livres de l’histoire universelle s’impose à cet égard. De petites collections
de manuscrits en Amharic, Tigrinya, Tigre et d’autres langues des familles
sémitiques, couchitiques et nilotiques sont signalées ainsi que des manuscrits
e edatant de l’Etat chrétien de Nubie (VI -XII siècle).
xxiii9. Gabon : des manuscrits ont probablement été laissés par les résistants
à la guerre coloniale qui ont été exilés au Gabon comme Almamy Samori
Touré, empereur du Wassoulou et Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la
Confrérie mouride.
e10. Gambie : plusieurs collections de manuscrits de qualité datant des XVIII
eet XIX siècles ont été signalés dans ce pays qui faisait partie du royaume du
Gabou et des principautés du Bour Sine.
11. Ghana : Institut d’études africaines de l’université d’Accra ; T amala ;
Kumasi ; Boigutantigo.
12. Guinée : d’anciennes fouilles ont été opérées en pays Toma qui a fourni
une écriture authentiquement africaine et au Fouta Djallon, centre d’impulsion
d’un vaste mouvement religieux et politique qui s’est étendu à travers tout le
Sahel africain. Manuscrits de Kankan.
e13. Guinée-Bissau : des manuscrits anciens (XIX siècle) ont été signalés
à Bafata et ailleurs. Les manuscrits restants en papier fligrané semblent peu
nombreux et mériteraient un traitement urgent.
14. Kenya : Bibliothèque nationale de Nairobi ; île de Lamu ; manuscrits
signalés dans tout le Zanzibar et les villages et villes secondaires limitrophes
de Mombassa.
15. Lesotho : alphabet authentiquement africain signalé par des missionnaires
européens.
16. Libéria : Bibliothèque nationale et certaines familles. La guerre civile
qui a déchiré ce pays pendant une longue période a favorisé la disparition ou
la destruction d’anciens manuscrits Vaï. Ce patrimoine est à reconstruire.
17. Libye : Bibliothèque nationale de Tripoli et Syrthe. A la faveur d’une
guerre récente, ce pays a été dévasté avec ses fonds bibliothécaires. Une
nouvelle évaluation est en cours.
18. Madagascar : d’anciens manuscrits royaux existent dans ce pays mais
sont mal connus. Certains manuscrits ont été conservés en France.
19. Mali : Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmad Baba,
Tombouctou ; Mouhamad bin Oumar Al Murji, Mourdja, cercle de Nara;
Ahmad Al Qari, Bamako ; Mouhamad Al Iraqui, Bamako ; Ahmad Baba
Bin Abil Abbas Al Husni, Tombouctou ; mosquée Sankoré, Tombouctou;
Mouhamad Mahmoud bin Cheikh Arouni, Tombouctou ; Binta Gongo ;
Gandame ; Touka Bango ; Imboua ; Kounta ; Sidy Aali ; Koul Ozza ; Koul
Souk, Gao ; Zeynia, Boujbeha ; imam Ben Es-Sayouti ; Al Gadi Mouhamad
xxivBin Cheikh al Aouni ; Ahmad Bin Arafa Atoukni le Tombouctien ; Qadi Ahmad
Baba bin Abil Abbas Al Husni ; Fondo Kati (Mohamad Ka-ati) ; Djingarey
Ber, Tombouctou ; Zeinia, village des Abu Jubeiha ; Mahamad Mahmoud,
village de Ber, Mama Haidara, Tombouctou (voir la carte détaillée des
manuscrits de Tombouctou et environs dans cet ouvrage). Une grande partie
des manuscrits en ajami ou en arabe sont dispersés en France (bibliothèques
nationale, d’Aix-en-Provence, de Richelieu etc.), au Niger, au Sénégal, en
Mauritanie, au Burkina Faso, au Bénin, au Togo, au Ghana, en Sierra Leone,
en Côte d’Ivoire, en République centrafricaine, au Tchad, à l’île Maurice, à
Madagascar, à Lamu, Kenya, en Tanzanie, au Cameroun, en Afrique du Sud,
au Soudan, en Somalie, aux Seychelles (pour plus de détails, voir les différents
chapitres de cet ouvrage, volumes 1 à 3).
20. Maroc : Voir les bibliothèques privées suivantes : Mohamed Ben Jaafar
El Kettani ; Abdel Hay El Kettani ; Thami El Glaoui ; Ibrahim El Glaoui ;
Mohamed Hassan El Hajoui ; Mohamed El Mokri. Cf. aussi la bibliothèque
des archives nationales et la bibliothèque Hassanya de Rabat. Plus loin,
Benebine passe en revue de façon détaillée l’évolution des bibliothèques et
des manuscrits au Maroc et au Maghreb plus largement
21. Mauritanie : manuscrits des villes historiques de Walata; Tichitt;
Wadane; Chinguetti ; Nouackchott ; collections de manuscrits anciens
signalés dans les campements, regroupements familiaux, mosques, médersas
suivants : Ideille, Hay Al Beitara, Hay Al Breij, Al Soukh, Al Safha, Ehl Babé,
Ehl Moulaye Abdallah, tous dans la région du Hodh Echargui ; des collections
sont également signalées dans les bibliothèques traditionnelles de Néma,
Djiguenni, Timbedra, Tamchekket, Oum Lemhar, Sed Al Talhayet, Aghweinit,
Al Marveg, Al Mebrouk, Kiffa, , Al Jedidé, Saguattar, Boulenouar, Assaba
Kankossa, Assaba Guérou, Kaédi, Brakna, Trarza,, Boutilimit, Mederdra,
Atar, Tagant Tidjika, Tiris Zemmour (Zoueiratt; Akjoujt) ; manuscrits des
e eXVIII et XIX siècles de Garag (Rosso).
22. Niger : Institut de recherche en sciences humaines, Département des
manuscrits arabes et ajami, Niamey ; Institut de recherche et d’histoire
des textes ; manuscrits des villes d’Agadez, Difta, Zinder, Maradi, Abalak,
Tahoua, Dosso, Téra.
23. Nigéria : Abdu Samad, Sokoto ; Mouhamad bin Mahjoub Al Murakuchi,
Sokoto ; université Ibadan ; Zaria ; Arewa House, Kaduna ; Jos ; Nasiru Kabara
Library, Kano ; voir aussi la collection détenue par la Melville J. Herskovits
Library of African Studies, Northwestern University, Etats-Unis, qui comprend
entre autres la Umar Falke Collection et la John Paden Collection rattachée
à Kano ; collections de manuscrits de Waziri Junaidu History and Culture
Bureau, Sokoto, des Archives nationales de Kaduna, de l’History Bureau,
xxvKano, de la collection privée de Waziri junaidu, Sokoto, du Center for
TransSaharan Studies, Maiduguri et du Centre for Islamic Studies, Sokoto.
24. République arabe sahraouie démocratique : dans ce pays en guerre,
la plupart des manuscrits anciens sont dispersés dans les zawyas et les enclos
privés de certains imams. Pour des sources récentes, voir les travaux d’Ahmed
Baba Miské.
25. Sénégal : Laboratoire d’islamologie de l’IFAN, université Cheikh
Anta Diop ; Daaray Kamil, Touba ; famille Cheikh Moussa Kamara,
Ganguel (Matam) ; famille Sy, Tivaouane ; Pire ; famille Niassènes ; famille
Limamoulaye, Yoff/Cambérène ; des manuscrits sont dispersés à Saint-Louis,
Rufsque, Thiès, Diourbel ; Madina, Kolda, Sédhiou, Matam, Podor, Ndioum,
Galoya, Cas-Cas, Mbouba, Bakel, Rosso, Linguère, Tambacounda et dans
plusieurs zawyas à travers le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée Bissau et la
Gambie.
26. Sierra Leone : ce pays regorge de manuscrits mais ils ont été dispersés
ou détruits à la faveur d’une longue et brutale guerre civile. Des fouilles en
profondeur paraissent maintenant nécessaires pour sauver les fonds restants
de manuscrits en péril.
27. Somalie : manuscrits de Kismayu. On ne sait pas grand chose des
manuscrits conservés dans ce pays resté longtemps sans Etat et en guerre.
28. Soudan : Bibliothèque nationale de Khartoum ; manuscrits détenus dans
des familles à travers le pays.
29. Tanzanie : Archives nationales de Zanzibar (WNA), Zanzibar Stone
Town. Vaste fonds de manuscrits repertoriés en partie dans cet ouvrage. Voir
aussi les bibliothèques du Sultanat d’Oman qui avait conquis le Zanzibar
e eentre les XVIII et XIX siècles. Swahili Manuscripts Database de la School
of Oriental and African Studies, université de Londres.
30. Tchad : manuscrits d’Abéché (sud-est). En raison d’une longue guerre
civile les manuscrits anciens de ce pays ont été dévastés. Un travail de
conservation et de catalogage doit y être envisagé de toute urgence.
31. Tunisie : Al Manar ; Bibliothèque Atique Al Assali ; Nouri bin Mouhamad
Nouri ; Chazeli As Zawq ; Bibliothèque nationale, Tunis
J. H. S.
xxvi______________
1. Les sources utilisées pour la compilation des informations contenues dans cette
carte proviennent principalement des résultats de recherche présentés par les
éminents auteurs de cet ouvrage et complétés par des recherches sur la toile
mondiale.
Le lecteur voudra bien noter que les bibliothèques et familles détentrices de
emanuscrits anciens africains (de 3500 avant notre ère au XX siècle) ou de statues
et de bas-reliefs avec des signes graphiques localisés en Europe (France, Grande
Bretagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas, Italie, Vatican, Finlande), en Russie, en
Chine, en Amérique du Sud, au Canada, aux Etats-Unis, dans les pays arabes
(Oman, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Quatar), etc. n’ont pas été prises
en compte ici.
Une telle entreprise, se situant hors de notre propos, aurait, en effet, nécessité
des compilations et des recherches menées à partir de sources primaires et
secondaires et s’étalant sur plusieurs siècles. Des efforts substantiels ont été
accomplis en ce domaine par des institutions plurilatérales comme l’Unesco ainsi
que des bibliothèques et institutions universitaires africaines et non africaines.
xxviiPremière
Partie
Origines
africaines de
l’ecriture
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligéschapitre 1
Introduction générale
L’Afrique et l’écriture :
un paradigme à reconstruire, des
manuscrits négligés
Jacques Habib Sy
algré un faisceau de faits historiques attestés à travers les travaux
1 2Md’éminents savants africains et occidentaux , la civilisation
africaine est encore perçue comme le lieu par excellence de l’oralité
et de sociétés qui n’auraient pas connu l’écriture. Cette perception
générale a été instrumentalisée, durant une longue période, à présent
révolue, à travers l’entreprise idéologique et révisionniste consistant à
e1. Anténor Firmin, l’un des précurseurs africains de l’égyptologie, a publié au XIX
siècle, comme le montre T. Obenga (« Hommage à Anténor Firmin, 1850-1911,
égyptologue haïtien », ANKH, no 17, 2008, p. 133-145) une œuvre majeure, De
l’égalité des races humaines : Anthropologie positive, Librairie Cotillon, Paris,
1885 rééditée en 2003 par L’Harmattan. Cf. aussi toute la bibliographie et les
revues livresques proposées par T.Obenga sur le même sujet et par la revue
d’égyptologie ANKH <www.ankhonline.org>.
Cf. aussi Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture, Présence Africaine, Paris,
1954 ainsi que les travaux de Leclant, J.F. Champollion, etc., cités par Diop et T.
Obenga.
2. Ibid., p. 135-136.
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés 29soustraire l’Egypte pharaonique du substrat africain dont elle est partie
3intégrante . Les mêmes réticences ont instruit le débat obsolète sur la
thèse monogénétique de l’apparition de l’homme portée au niveau d’un
4concept opératoire par le regretté Cheikh Anta Diop qui a démontré
que l’Afrique est le berceau de l’humanité.
La chronologie relative à l’histoire de la communication sociale, du
stade de l’apparition de la parole à l’invention de l’écriture, reste encore
méconnue du public non averti. L’histoire générale de la communication
5sociale en relation avec les faits dominants qui établissent la thèse
monogénétique de l’origine de l’humanité reconnaît que l’hominidé a
parlé pour la première fois en Afrique même. Ce processus d’invention
de la parole, et sa traduction en un langage intelligible à de petites
communautés, qui se sont élargies par la suite à l’époque de la
6sédentarisation des peuplements anciens et au gré des migrations, a
probablement traversé toute la période allant de -20000 à environ
-3400, c’est-à-dire durant la longue période « préhistorique » marquée
par l’absence supposée d’écriture et donc de supports suffsamment
robustes pour libérer l’esprit et la pensée.
La périodisation d’un phénomène donné consiste à identifer les
modalités de sa transformation à travers les différentes étapes de son
évolution. Jusqu’ici, les diffcultés auxquelles se sont heurtées les écoles
7de pensée qui se sont penchées sur l’histoire des communications
participent de l’absence de profondeur historique et d’interaction
entre les disciplines générales et particulières (histoire, anthropologie,
communicologie, paléographie, linguistique, etc.), surtout lorsque ces
dernières sont appliquées au contexte africain, puis général, des processus
3. Les conclusions du Colloque international du Caire sous les auspices de l’Unesco
avec la participation des têtes de fle de l’égyptologie contemporaine reconnaissent
fnalement en 1974 que « l’Egypte pharaonique était africaine par la culture, le
caractère, le tempérament, la pensée, le sens, la langue ». Cf. T. Obenga, op. cit.,
p. 135.
4. Op.cit.
5. Cf. Demba Jacques Habib Sy, Capitalist Mode of Communications,
Telecommunications Underdevelopment and Self-Reliance: an Interdisciplinary
Approach to Telecommunications History and Satellite Planning on a Pan-African
Scale, Ph.D. Dissertation, Howard University, 1984, p. 46-92.
6. Cf. Louise-Marie Diop-Maes, Afrique noire, démographie, sol et histoire: une
analyse pluridisciplinaire et critique, Présence Africaine, Khepera, Paris, 1996.
7. Sy, op. cit.
30 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligéset des effets de la communication sociale. Les éléments constitutifs
de tout processus de communication sociale impliquent de prendre en
considération les facteurs suivants : l’environnement social et culturel,
l’agencement historique des faits de communication considérés, les
moyens de communication utilisés, les canaux de communication en
relation avec ces moyens, les rapports de communication entretenus
au sein et en dehors des communautés considérées, les messages dans
leur valeur intrinsèque; c’est-à-dire signifante, et les facteurs qui en
conditionnent le façonnement et l’intelligibilité, les messagers
euxmêmes pris individuellement et collectivement, enfn les processus de
rétroaction (ou feedback) et d’anticipation (ou feedforward) qui sont
l’essence même de l’acte de communication (« être en relation avec »,
du latin communicare).
L’historiographie africaine a longtemps maintenu une barrière rigide
entre la période préhistorique et historique. Les sources principales
de l’investigation historique (les archives écrites, l’archéologie et la
tradition orale renforcées par la linguistique et l’anthropologie) sont
en pleine mutation mais ont réussi pour l’essentiel à s’extirper de la
gangue coloniale et raciste qui en obscurcissait parfois le propos et
la fnalité. L’interdisciplinarité, la nécessité d’aborder l’histoire de
l’Afrique de l’intérieur, celle non moins importante de l’approche
holistique considérant l’histoire des peuples africains en tant que
totalité, et le principe méthodologique selon lequel l’histoire doit être
abordée non pas exclusivement du point de vue de la narration basée
sur la description des batailles et des « héros », mais bien sur « les
fondements mêmes des civilisations, des institutions, des structures,
des techniques, et des pratiques sociales, politiques, culturelles et
8religieuses » . En somme, l’histoire doit être prise en charge par tous les
éléments de cette nouvelle vision historiographique africaine à laquelle
ont grandement contribué Cheikh Anta Diop et T. Obenga. Cette vision
doublée de percées paradigmatiques d’une portée sans précédent a
radicalement transformé l’observation et l’analyse historiques, à telle
enseigne que la problématique de la périodisation des différentes étapes
de la communication sociale devient possible.
8. Joseph Ki-Zerbo (ed.), General History of Africa (abridged edition), volume
I, Methodology And African Prehistory, East African Educational Publishers/
Unesco, Nairobi, 1989, p. 6-9.
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés 31Cheminement des graphies préhistoriques africaines
Durant la période préhistorique, l’apparition progressive de la parole et
des langues à travers lesquelles les homo sapiens sapiens communiquent,
dans une mesure et à une échelle jusque-là inconnues, représentent la
première rupture fondamentale dans le phénomène de socialisation de
l’homme, en Afrique d’abord, et, graduellement, à travers l’Eurasie.
Cette période voit la taille crânienne des hominidés s’affner avec
une complexifcation croissante du cerveau et de ses fonctions. Pour
la première fois, mais probablement sur une très longue période,
l’homme acquiert l’intelligence, et, avec elle, la mémoire qui décuple
ses fonctions analytiques, d’archivage et de stockage, métaphysique et
9de sa relation au temps, à la distance et à la vitesse . D’où l’importance
de l’astronomie durant toute l’antiquité comme l’indiquent les ouvrages
10phares de Mayassis et d’Antoniadi sur les classiques grecs, élèves
studieux des anciens prêtres égyptiens. La relation entre l’observation
astronomique et l’apparition des signes graphiques et de l’écriture a
été établie par Antoniadi dans une mesure rarement égalée dans la
littérature disponible.
11Dès son Afrique dans l’antiquité publié en 1973, Obenga identife
les foyers culturels de l’Afrique antique avec leurs graphismes et
leurs systèmes d’écriture respectifs sur la base d’une périodisation
qui trouve ses fondements dans l’antériorité des systèmes d’écriture
hiéroglyphiques de l’Egypte ancienne et de ses dérivés que sont le
12démotique et le méroïtique , ainsi que toutes les graphies utilisées par
la suite en Afrique même, et dans les principaux foyers de civilisation
9. Op. cit., p. 284-94. Cf. aussi T. Obenga, Pour une nouvelle histoire, Présence
Africaine, Paris, 1980.
10. Cf. Serge Mayassis, Le livre des morts de l’Égypte ancienne est un livre d’initiation
: matériaux pour servir à l’étude de la philosophie égyptienne, Bibliothèque
d’archéologie orientale, Athène 1955. et E. M. Antoniadi, L’astronomie égyptienne
depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fn de l’époque alexandrine ,
GauthiersVilliers, Paris, 1934.
11. Cf. notamment Théophile Obenga, L’Afrique dans l’Antiquité : Egypte
pharaonique, Afrique noire, Présence Africaine, Paris, 1973. Du même auteur,
voir aussi « Africa, Cradle of Writing », ANKH, n° 8-9, 1999-2000, p. 86-95.
Cet article capital a été repris avec de nouveaux arguments par l’auteur dans cet
ouvrage au chapitre 2.
12. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité, p. 17-52.
32 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligésde l’antiquité, y compris, notamment, en son rameau égypto-nubien.
L’auteur conclut ainsi ses observations :
Si l’on prend en considération les civilisations du Nil moyen, de l’ensemble
égypto-nubien, du croissant fertile Nil-Sahara, du Sahara montagnard, du
Soudan occidental (plateau central nigérien ; ruines Lobi), de Nok, au
Nigéria (plateau de Jos), entre 900 avant notre ère et 200 de notre ère,
de Ntereso, au Ghana, des villes fortifées de jadis (San, Zimbabwe), des
pétroglyphes sénégambiens, maliens, nigérians, éthiopiens, sud-africains,
des centres métallurgiques nubiens, des ruines du Soudan méroïtique,
des temples et tombeaux (pyramides) de l’Egypte pharaonique, une seule
conclusion s’impose : dans l’Antiquité négro-africaine, l’Afrique noire était
littéralement couverte, sur la presque totalité de son étendue (l’Afrique noire
s’étendait alors au Sahara, au nord de celui-ci, au bord de la Méditerranée),
d’importants foyers culturels qui n’ont pas manqué de diffuser des éléments
de civilisation tant matériels que spirituels, à travers le continent noir tout
13entier .
Ce sont indubitablement les mêmes traits culturels dérivés du principe
14vitaliste selon lequel le verbe créateur, le nommo dogon se fond dans
le principe même de la création de l’univers, de l’ici-bas et de l’au-delà,
15de l’esprit et de la matière unis en un même jaillissement dialectique ,
que l’on retrouve dans les éléments fondateurs de l’écriture inscrits dans
le sacré et confondus dans l’émergence de Ptah en tant que siège même
de l’invention de l’univers et de « l’engendrement des paroles divines
16circonscrites dans les hiéroglyphes » . Thot inventeur de l’écriture, nous
dit Obenga, apprend aux humains les signes de l’écriture en se servant
de graphèmes « habillant » une langue, la prêtant à l’intelligibilité
du sens, de la spéculation et de l’analyse. Ainsi, « pour les anciens
Egyptiens, l’Ecriture comporte encore une autre dimension : la graphie
d’un étant, le sens de l’être, de l’étant en tant qu’étant se présentant
derrière la graphie même. L’Etre s’ordonne derrière l’Ecriture. Lire un
13. Ibid., p. 51-52.
14. Cf. les travaux de Griaule et Dieterlen sur les Dogons et notamment Dieu d’Eau :
entretiens avec Ogotemmêli. Arthème Fayard, Paris, 1975.
15. Demba Jacques Habib Sy, « T. Obenga : at the Forefront of Egypto-Nubian
and Black African Renaissance in Philosophy », dans Ivan Van Sertima, Egypt
revisited, Journal of African Civilization, 1989, p. 277-285.
16. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité, p. 154.
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés 33texte hiéroglyphique, c’est faire apparaître la présence (souligné par
17l’auteur) de l’être. »
En dehors des témoignages de la prodigieuse activité néolithique
dans le plateau central nigérien (ce même site où furent découvertes
les premières activités artistiques des Africains du néolithique
inscrites dans des grottes ou des abris rocheux), on note l’existence de
pétroglyphes à travers toute l’Afrique, souvent sculptés dans la pierre
même, de forme phallique, appelant les divinités mâles et femelles à
s’accoupler pour produire la végétation, source de vie et d’élévation
18matérielle et spirituelle (voir Fig. 1 montrant les signes gravés sur l’un
des monolithes phalliques de Tundidarou – notons la similitude avec le
wolof tundd i daaru ou « le tumulus de Daaru »).
Photographies : J. Habib Sy (Bibliothèque de l’IFAN Cheikh Anta Diop)
Figure 1 : A gauche, l’un des monolithes phalliques trouvés à
19Tundidarou ; à droite, détails des gravures sur le monolithe
17. Ibid., p. 153.
18. Ibid., p. 18-20. Cf. aussi l’ouvrage collectif de Michel Raimbault et Kléna Sanogo,
Recherches archéologiques au Mali : prospections et inventaire, fouilles et études
analytiques en zone lacustre, Karthala, Paris, 1991, p. 473-510.
19. Saliège , Person , Barry , Person et Fontes ont daté ce monument par la
radioechronologie et le C14 à la première moitié du VII siècle de notre ère (Premières
datations de tumulus pré-islamiques au Mali : site mégalithique de Tundidarou,
34 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligésCes pétroglyphes annoncent déjà, comme le suggère Cheikh Anta
Diop, la « forme transposée, déguisée, d’une métaphysique qui
20évoluera sans interruption vers l’idéalisme » . En dehors des signes
sacrés architecturaux d’Egypte, du Zimbabwe, du pays Yorouba ou
Nok du Nigéria, les courants civilisateurs liés à la métallurgie, la
poterie, l’habitat sous les formes les plus variées, notamment dans le
Croissant fertile (Nil moyen - Egypte, Nil moyen - Sahara central), aux
alentours du lac Tchad, les hommes et femmes néolithiques, soudanais
en particulier, ont laissé des traces indélébiles attestées et datées par
l’archéologie et la paléontologie. Comme le montrent les études de
terrain remarquables d’Henri Lhote, les palettes artistiques riches et
variées inscrites dans les grottes du Tassili et qui ne cessent de nous
émerveiller aujourd’hui encore, sont en partie et suivant les périodes,
21d’inspiration négro-africaine , comme le montrent si éloquemment les
Peuls de l’ère néolithique dessinés et peints avec un réalisme saisissant
dans les fgures 2 et 3.
Ces premières tentatives d’abstraction, d’analyse et de reproduction
fdèle ou idéalisée, réaliste ou métaphysique, de l’environnement
immédiat et de la totalité cosmique dans lesquels évoluent les populations
néolithiques du Sahara sont d’une importance considérable. Car elles
marquent la deuxième rupture fondamentale dans tous les processus de
communication connus jusque-là (langage, parole sacrée, incantations
individuelles ou de groupe, en public ou dans la sphère du sacré et donc
du message caché, codé qui ne se donne au déchiffrement qu’à l’initié).
En effet, pour la première fois, l’humanité pensante réussit la séparation
physique entre le messager et le message dont il est porteur. Elle fxe
sur un médium de type nouveau (la roche sculptée ou peinte), les
préoccupations sociales des élites sociales par rapport au règne animal
(en abondance dans le Sahara néolithique avant la période des grandes
sécheresses et la désertifcation) et par rapport aux cultes religieux, en
tous cas métaphysiques.
C’est ce premier élan de l’homme vers la pensée et la spéculation
scientifque qui marque entre -6000 et -3000, la première utilisation
organisée, et attestée à une échelle jusque-là inconnue, du tracé, de
D-646, 24 Nov. 1980).
20. Ibid., p. 20.
21. Ibid., p. 40-41.
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés 35Photographie : BIFAN
Figure 2 : Reproduction par Lhote d’un
Africain de l’ère néolithique de type
Peul (Cf., Le peuplement du Sahara
néolithique)
Photographies : BIFAN
Figure 3 : Jeunes flles peules, abri de Jabbaren, Sahara central
néolithique (H. Lhote, Peintures préhistoriques du Sahara, Paris,
1957)
36 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligésla ligne, de la courbe et de toutes sortes de fgures géométriques, de
masques ou de symboles en tant que reproduction du réel et/ou médiation
entre le Verbe créateur et la matière, le créé, que ce dernier soit extrait
ou l’expression du règne animal, végétal ou minéral voire humain. Les
ateliers découverts dans les principaux sites culturels préhistoriques
montrent que dans leurs activités, les premiers « dessinateurs » ou
« peintres » du néolithique africain se sont surtout servis de macérés
végétaux ou de poudres rocheuses, d’excréments d’oiseaux ou
22d’essences ligneuses carbonisées destinées à reproduire des nuances
coloriées au détail près et des plans exécutés de main de maître et
encore inconnus de l’Homme. Les processions magico-religieuses et les
masques de cette période montrent des postures, une vision artistique
et des antécédents ontologiques qui se rapprochent en tous points des
registres artistiques et culturels découverts dans la période historique
à travers le continent africain (voir les scènes, les personnages et les
masques reproduits aux fgures 2, 4 et 5).
Les images laissées par l’homme préhistorique à la postérité restent
le premier livre ouvert d’histoire naturelle et d’art, et, sans doute,
les premiers signes qui précèdent l’écriture et rendent dans le détail
les premières pulsions de l’organisation humaine, de son degré
d’ingéniosité technologique, mais aussi, de sa capacité à élever l’esprit
aux abstractions métaphysiques et religieuses.
Exécutés avec brio, ces dessins, ces peintures et ces engravures sur
pierre annoncent, à travers plus d’un million de sites africains dispersés
parmi les hauts plateaux, les falaises et les abris élevés qu’offre parfois
l’environnement saharien, les premières abstractions idéogrammatiques
découvertes en amont de la chronologie scripturaire africaine et
universelle. La dispersion géographique des arts rupestres se déroule
suivant les axes suivants :
- à n’en pas douter, le Sahara représente le site le plus diversifé
avec un nombre inégalé de graphismes et de peintures rupestres du
Tassili N’Ajjer en territoire algérien, au sud marocain, à la Libye
aux massifs du Ténéré (Niger), au Tibesti tchadien et aux monts
sablonneux et rocailleux de Tichitt en Mauritanie ;
22. Ki-Zerbo, op.cit, p. 284-294.
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés 37Photographies : BIFAN
Figure 4 : Ce masque africain a été trouvé par Lhote dans
les abris d’Aouamrhet (Cf. Lhote, Le Peuplement du Sahara
néolithique, op.cit)
Photographies : BIFAN
Figure 5 : Ces scènes tirées des peintures du Sahara
décrites par Lhote pourraient avoir inspiré l’artiste italien
eAmédéo Clemente Modigliani au début du XX siècle
38 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligésGraphique 1 : Chronologie des premiers signes graphiques
sahélo-sahariens
- en Afrique de l’Est, en Tanzanie et dans les hauts plateaux
éthiopiens;
- en Afrique australe, à travers l’Etat d’Orange, la rivière du Vaal, le
Transvaal et les cavernes du Cango.
Du point de vue de la chronologie, on peut admettre avec les auteurs
du volume 1 de l’Histoire générale de l’Afrique publiée par l’Unesco,
les principales périodes suivantes :
Pour s’affranchir de la tyrannie de la communication gestuelle, puis
orale, de personne à personne, de personne à groupe ou de groupe à
groupe, le processus d’osmose entre la parole et sa signifcation écrite,
codifée et pensée au bout de très longues périodes, l’homo sapiens
sapiens est passé par plusieurs ruptures dans son évolution :
- domestication du Verbe, donc de la parole et des langues ;
- invention de l’abstraction graphique à travers les abris se distribuant
du Sahara néolithique au fnistère de Bloemfontein, en Afrique du
Sud, sous la forme de peintures et de graphismes inscrits, peints
ou gravés dans la roche durant de longues périodes qui témoignent
de peuplements très anciens par diverses civilisations soudanaises,
peules puis berbères ;
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés 39Source : T. Obenga, L’Afrique dans
l’antiquité, op.cit.
Figure 6 : Communauté d’origine du
démotique et du méroïtique
- invention de l’écriture hiéroglyphique en Egypte, dans les
basreliefs d’Abydos, avec en toile de fond la notion du Verbe créateur,
de Ptah et son corollaire Thot, Dieu de l’écriture, clés de voûte du
système graphique africain inscrit dès le depart dans le registre du
sacré, donc des cosmogonies et du vitalisme qui en constituent la
substantifque moelle.
De son examen des foyers culturels de l’antiquité africaine, Obenga
tire la double conclusion que les « Indo-Européens » n’atteignent les
franges méditerranéennes du Maghreb qu’environ 1500 ans avant notre
ère, et que la première grande capitale de l’islam médiéval, Kairouan,
23n’émerge pas avant 666 de notre ère . De ce constat, le savant congolais,
23. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité.
40 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligésaborde la problématique du rapport de l’écriture à la chronologie dans le
second chapitre de cet ouvrage. Le lecteur voudra donc bien se reporter
à cette nouvelle suggestion déjà discutée, par ailleurs, dans les colonnes
de la revue ANKH (Paris) et par l’historien et égyptologue sénégalais
Aboubacry Moussa Lam au chapitre 3 de cet ouvrage.
L’écriture négro-égyptienne aux origines de l’invention
de l’écriture
La troisième grande rupture dans le cycle universel de la
communication sociale intervient avec l’invention de l’écriture. A
24la suite d’autres historiens , T. Obenga montre qu’après avoir été le
25berceau de l’humanité, l’Afrique a aussi été le berceau de l’écriture .
La tentative la plus récente du savant congolais (voir le chapitre 2 de cet
ouvrage) réfute la thèse selon laquelle la Mésopotamie (la civilisation
sumérienne située dans les frontières actuelles du sud de l’Iraq) aurait
inventé l’écriture vers 3060 avant notre ère. Sur la base d’une revue
critique des textes anciens (le Livre de Sanchoniathon de la Phénicie,
Platon, Socrate), des travaux de Sir Arthur John Evans, notamment
son Scripta Minoa montrant que les glyphes crétois étaient d’origine
régyptienne, et de la découverte du D Günther Dreyer qui, à travers
des fouilles à Abydos, en Haute Egypte, a mis en évidence des signes
hiéroglyphiques datant de 3400 avant notre ère, T. Obenga établit
fermement l’antériorité de l’écriture égyptienne pharaonique sur toutes
26les autres et propose une chronologie universelle de l’écriture .
Ici encore, l’étudiant sérieux des origines négro-africaines de l’écriture
ne saurait faire l’impasse sur les œuvres monumentales de Cheikh Anta
27 28Diop et T. Obenga établissant la parenté génétique entre l’égyptien
ancien et les langues négro-africaines. Obenga montre, à travers un
sondage sur l’identité des graphèmes égyptiens et nubiens, notamment
edurant la XXVI dynastie, entre 663 et 525 avant notre ère, la radicalité
24. Cheikh Anta Diop, Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues
négro-africaines, IFAN, Dakar, 1977.
25. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité.
26. Ibid., p. 110-115.
27. Diop, Parenté...
28. Obenga, L, p. 18-20.
L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés 41Photographie : BIFAN
Figure 7 : Gravure d’I-n-Itinen, période des
« têtes Rondes », reproduit par Henri Lhote
dans Le peuplement du Sahara neolithique
de la parenté des « deux systèmes graphiques de la vallée du Nil, le
29méroïtique et le démotique » (voir Fig. 7).
Le même exercice est reconduit à partir de la méthode comparative
et inductive appliquée aux lexèmes extraits de l’ancien égyptien, du
copte et du mbosi. L’auteur en tire la conclusion que ces lexèmes
sont « manifestement hérités », particulièrement au vu de l’analyse
des faits historico-linguistiques et des concordances de vocabulaire
qui montrent que les « correspondances et comparaisons (instruction
des formes, règles de correspondances phonétiques, restitution des
formes antérieures communes) donnent à penser, conformément aux
méthodes en usage en linguistique comparée, que l’égyptien et les
langues modernes de l’Afrique noire renvoient à une langue originelle
30commune. Celle-ci a pour nom, faute de mieux : le négro-égyptien » .
S’exprimant sur la signifcation des « Têtes rondes » découvertes près
edu 26 parallèle au Sahara (voir Fig. 7), Henri Lhote n’hésite pas à
qualifer de « Négroïdes » les personnages, les symboles et les tatouages
qui y sont découverts et qui dateraient de 5000 ans « au moins » avant
notre ère. Il suggère que les peintures découvertes dans certains des
sites sahariens « seraient antérieures à l’art pharaonique et même à
29. Ibid., p. 110-115.
30. Ibid., p. 40-41.
42 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés