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L'Ancien rétable d'or de la cathédrale de Sens

De
48 pages

Le maître-autel de la cathédrale de Sens était encore, en 1759, orné d’un splendide rétable, précieux par sa matière et son travail et vénérable par son antiquité. Il était en or ciselé et orné d’émaux, de saphirs, d’améthystes, de cornalines taillées, etc., de nombreuses figures en relief, d’inscriptions et de filigranes. De son travail et de son antiquité nous dirons plus loin ce que nous avons pu apprendre. On donnait communément à ce riche ornement le nom de Table d’or, bien qu’il n’ait jamais été une table d’autel, mais parement, puis rétable.

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Gustave Julliot
L'Ancien rétable d'or de la cathédrale de Sens
L’ANCIEN RÉTABLE D’OR DE LA CATHÉDRALE DE SENS
I
Le maître-autel de la cathédrale de Sens était enco re, en 1759, orné d’un splendide rétable, précieux par sa matière et son travail et vénérable par son antiquité. Il était en or ciselé et orné d’émaux, de saphirs, d’améthystes, d e cornalines taillées, etc., de nombreuses figures en relief, d’inscriptions et de filigranes. De son travail et de son antiquité nous dirons plus loin ce que nous avons p u apprendre. On donnait communément à ce riche ornement le nom deTable d’or, bien qu’il n’ait jamais été une 1 tabled’autel, maisparement,puisrétable. m Sa longueur était de 9 pieds 3 pouces (3 004) et sa hauteur de 3 pieds 6 pouces (1 m m 137). Il était fixé sur un parquet de 5 à 6 pouce s d’épaisseur (0 135 à om 162). On ne le laissait voir que deux fois par an, aux fêtes de saint Etienne, patron de la cathédrale (2 septembre et 26 décembre). Nous ne pouvons parler des sujets représentés sur ce rétable que d’après un article de M. Th. Tarbé,inséré dans sonAlmanach historique de Sens pour 1840,p. 184 à p. 189, et d’après un dessin exécuté par un peintre de Sens, nomméLambinet,en janvier 1759, quelques jours avant que l’orfèvre sénonaisBalducait réduit l’or en lingots. Dans son ouvrage :les Arts au moyen âge,t. V, p. 246, M. du Sommerard a reproduit la notice de M. Tarbé et l’a accompagnée d’une chro molithographie du dessin de Lambinet, imprimée par J. Engelmann, et exécutée par un artiste qui a signéBetbéder. A l’aide de ces deux documents, nous avons essayé d e donner une idée aussi fidèle 2 que possible des sujets figurés et des inscriptions ; mais nous ne pouvons rien dire du style de ce travail tant vanté, que l’abbé le Beuf et, d’après lui, le cardinal de Luynes e attribuaient au IX siècle. Cette attribution ne peut être acceptée sans examen. En effet, si nous nous reportons aux deux endroits où l’abbé le Beuf s’occupe de ce rétable, nous voyons clairement comment son opinion, très vague d ’abord, s’affirme insensiblement sans qu’il en fasse connaître les raisons. En 1727, il lit, à Saint-Benoît-sur-Loire, dans un e manuscrit du X siècle, ces quelques mots inscrits au 6 mai :Bernelinus et Bernuinus habuerunt nomen qui vultum Salvatoris, qui est in e cclesia S. Stephani Sennensis ecclesiæ fecerunt. « Cela, écrit-il à l’abbé Fenel, le 16 juillet 173 3, peut s’entendre de votre table ou d’un crucifix à l’entrée du chœur. » Il hésite, il ne sait évidemment pas ce que l’auteur de la note a voulu désigner parvultus Salvatoris. Dans sonRecueil de divers écrits, t. II, p. publié cinq ans plus tard, il dit : « On vit au e IX siècle et depuis, des lapidaires qui gravaient et polissaient les pierres précieuses : des chanoines tels que Bernelin et Bernuin, de Sens, construire une table d’or ornée de pierreries et d’inscriptions.,. » Il affirme que levultus Salvatoris est le rétable de l’autel, que ce rétable est l’œuvre des deux artistes Bernelin et Bernuin, et que ces deux artistes sont des chanoines de Sens, sans indiquer sur quoi s’appuient les changements de son appréciation. Nous aimerions mieux trouver, dans ce passage, le résumé de son étude des bas-reliefs et de leurs nombreux personnages. Son silence est regrettable. Le dessin en couleur, de Lambinet, malgré tous ses détails, est peu capable de fournir une idée du style et de la date du rétable, et c’es t la seule image dessinée d’après l’original. Estimons-nous très heureux que ce dessin ait été conservé jusqu’à nos jours, que M. du Sommerard l’ait vulgarisé, et que l’un de nos confrères, M. Buvignier, ait bien voulu nous en procurer une photographie, faite sur une gravure, appartenant à M. Félix Chandenier.
D’après ces reproductions et la notice de Th. Tarbé , nous avons tenté une nouvelle interprétation des sculptures et des inscriptions de ce précieux rétable. Il était composé de trois tablettes d’or juxtaposées, repoussées, ciselées et émaillées : celle du milieu parfaitement carrée et les deux autres un peu plus larges que hautes. Ces trois tablettes, divisées par des cloisons qui semb lent avoir été des lames d’argent chargées de pierreries présentaient chacune cinq tableaux de formes diverses. La plaque carrée offrait, comme cadres de ses cinq tableaux : un quadrilobe central posé sur quatre petits médaillons placés dans les q uatre angles. Les deux cadres latéraux étaient partagés en quatre par une croix dont le milieu était orné d’un médaillon 3 circulaire . Avant de décrire chaque sujet, nous ajouterons quel ques mots sur l’intention qui a présidé au groupement des tableaux. Au centre, le Roi des rois ; près de lui, des anges, puis les quatre évangélistes. Dans les deux médaillons circulaires : saint Jean-Baptis te et la sainte Vierge Marie. Aux extrémités, deux scènes du martyre de saint Etienne, partagées chacune en deux parties placées l’une à l’extrémité gauche et l’autre à l’extrémité droite.
II. — LE ROI DES ROIS
La place d’honneur a été naturellement réservée à la Majesté divine, représentée sous la figure d’un vieillard dont la tête est ornée d’u ne longue chevelure et d’une longue barbe. Il était assis sur un trône placé de face, bénissant de la main droite et tenant de la gauche un livre fermé, appuyé sur son genou. Ses vêtements consistaient en une longue tunique et un ample manteau, ses pieds étaient nus et reposaient sur la boule du monde. A ses côtés, deux anges portés par des nuages lui p résentaient chacun une couronne qu’ils soutenaient sans y toucher, leur main étant enveloppée dans un voile. La bénédiction qu’il répandait autour de lui était une triple bénédiction, car le pouce et le petit doigt sont rapprochés par leurs extrémités et les trois autres doigts sont levés. Au-dessus de sa tête, on lisait l’inscription REX REGVM, et a u-dessus des épaules les lettres grecques A etΩ : la première est accompagnée, à gauche, du mot ab régé PPIVM, au-4 dessus du mot SINE, et, à droite, de cet autre abréviation PPIO .
E ANCIENNE TABLE D’OR DE LA CATHÉDRALE DE SENS (X SIÈCLE) AVEC PARQUET D’ENCADREMENT ET e COURONNEMENT DU XVII SIÈCLE
Dans les quatre médaillons circulaires, qui accompa gnaient celui du Roi des Rois, étaient encadrés quatre anges vêtus d’aubes et soutenus par des nuages. Les légendes, qu’on lisait autour de ces figures, formaient deux distiques latins :
1° En haut, à droite :
2° En haut, à gauche :
3° En bas, à droite :
4° En bas, à gauche :
5 QVEM NOTAT ESSE LOCO PICTVRA SVPERFICIALIS .
QVI LOCA CVNCTA REPLET NON ES T TAMEN IPSE 6 LOCALIS .
TRINVS AB AETERNO DEVS VNVS CV NCTA 7 GVBERNO .
8 SOLVS CVNCTA REGO TRINVS ET VN VS EGO .
III. — SAINT JEAN-BAPTISTE ET LA SAINTE VIERGE MARIE
Le grand médaillon de gauche encadrait la représentation de saint Jean-Baptiste, assis sur Un banc à dossier et tourné de trois quarts à d roite. Il y était revêtu d’une grande tunique ornée de perles et d’un manteau. Ses longs cheveux et sa longue barbe lui donnaient une ressemblance avec saint Joseph ; mais la légende, qui l’accompagnait, tranchait la question :
9 FORMAM BAPTISTAE DESIGNAT CIRCVLVS ISTE .
Le grand médaillon de droite représentait la sainte Vierge Marie assise sur un trône. Elle était vêtue d’une robe garnie de perles, d’un manteau et d’un voile que surmonte une riche couronne. De sa main droite, elle tenait une fleur de lys qu’elle élevait à la hauteur de sa tête ; sa main gauche soutenait, devant sa poitrine, un livre, dont la reliure bordée de perles encadrait un cœur. A gauche, on lisait l’ inscription : MnTnp-ΘE8, et à sa 10 droite : MATERDEI . Sur l’estrade du trône, on lit encore : QV’INSPIRAN TE DEO — GENITRIX ET FILIA 11 EIO . Les parties planes, restées libres dans ces deux médaillons, étaient occupées par des groupes de pierres précieuses.
1Sous le nom deTablede l’autel, on doit entendre la pierre sur laquelle le prêtre offre le saint sacrifice, et non pas une décoration plus ou moins moderne de l’autel comme le parement et lerétable. Leparement est un ornement mobile appliqué verticalement devant l’autel et sur ses côtés ; s’il est d’étoffe ou de tapisserie, la couleur change selon les fêtes. Lerétable est un dossier dressé verticalement derrière l’autel. Il peut être en métal, en pierre ou en bois et toujours très orné. Partable d’or il faut entendre ici un rétable d’or.
2Les inscriptions, dans le dessin de Betbéder, n’ont point conservé leur style primitif ; les lettres ont pris les formes des capitales romaines et sont tantôt rangées comme elles sont dans un imprimé, et tantôt, comme on les voit sur la forme emplovée par l’imprimeur, c’est-à-dire symétriques. Nous les donnerons de façon à ce que chacun puisse les lire facilement.
3 La chromolithographie d’Engelmann a figuré des bandes d’argent ornées de ciselures et de pierreries autour de chacun des sujets en ronde bosse.
4deux inscriptions s’appliquent à Dieu : l’une le qualifie de Ces Roi des rois et l’autre, composée des lettres extrêmes de l’alphabet grec, signifiele Commencement et la fin.La devise entourant l’A doit être interprêtée :Principium sine Principio.
5Cette peinture superficielle prouve son existence.
6Celui qui remplit tout l’espace n’est cependant renfermé dans aucun lieu.
7Trinité et Dieu unique, je gouverne tout de toute éternité.
8Seul je gouverne tout ; en trois personnes, je suis un.
9Ce médaillon offre l’image de Jean-Baptiste.
10Ces deux inscriptions, en grec et en latin, ont un même sens :Mère de Dieu.
11Par l’action du Saint-Esprit, fille de Dieu, je deviens sa mère.