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L'au-delà de l'eau

De
102 pages

Pour les enfants comme pour les adultes, l'autre côté de l'eau a toujours été fascinant. Qu'y-a-t-il au-delà de l'océan, de cette rivière, de cette mare, de cette cascade ? Que se cache-t-il derrière ces larmes, cet intérêt pour une fontaine, envers un canal, une source, un lavoir, un robinet qui coule, le retour d'une mer dans le désert ? Curiosité, cupidité, soif de... Pouvoir, amour, humour, désir, volonté de fuir, espoir, nécessité politique, évolution sociale et écologique, conquête, rêve féerique ? Quelle importance a donc cette eau ? Et pour qui ? Ce recueil vous invite à le découvrir par une plongée dans l'espace et dans le temps. En commençant par une histoire primée en 2011 au concours de nouvelles et poésies de la ville de Morestel en Isère, Promeneurs dans la rosée.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-93691-2

 

© Edilivre, 2015

Du même auteur

Du même auteur :

– Dialogue solitaire, recueil de nouvelles, La Plume Éditions, Ain, 2003.

– Murmures de la Terre et de quelques terriens, textes poétiques, La Plume Éditions, Ain, 2003.

– Que d’Eau, roman, Éditions à la Carte, Sierre, Valais, Suisse, 2005.

– Rencontres aux Temps des Hommes, recueil de nouvelles, Éditions à la Carte, Valais, Suisse, 2005.

– Conditionnels futurs, recueil de nouvelles, La Plume Éditions, Ain, 2006.

– Présents et Futurs à l’Imparfait, recueil de nouvelles, Edilivre Aparis, 2008.

– Au (trop) Bon Beur, roman, Edilivre Aparis, 2009.

– Circulation sans guigne ?Recueil de nouvelles, Edilivre Aparis, 2009.

– La Jeune fille et L’Empereur, Théâtre, Edilivre Aparis, 2009.

– Au bord de l’Amer, recueil de nouvelles, Edilivre Aparis, collection Coups de Cœur, 2009.

– Que d’Eau, roman, réédition augmentée, Edilivre Aparis, 2010.

– Rencontres aux Temps des Hommes, recueil de nouvelles, réédition augmentée, Edilivre Aparis, 2010.

– Oh, Eau, H2 O, recueil de nouvelles, Edilivre Aparis, collection Coups de Cœur, 2011.

– Éclats de vies, Vies aux éclats, recueil de nouvelles, Edilivre Aparis, 2012.

– « N’importe couac »,nouvelle dans recueil collectif « Les dix-neuf », Éditions du Bord du Lot, 2014, sous le nom de Thierry Roussat.

– Clown(e) s 2060, roman, Éditions Edilivre Aparis, 2015, sous le nom de Thierry Roussat.

Promeneurs dans la rosée
Premier prix 2011 du concours de nouvelles de la ville de Morestel (38)

Je suis André Voccard, je suis paysan… Comme mon père, mon grand-père, et tous ceux d’avant, d’avant moi, je veux dire. Pas toujours facile, ce métier. Je sais, je sais, vous allez me dire, vous les paysans, vous vous plaignez tout le temps. Non, pas vraiment, c’est vrai, on a la liberté, le grand air, une certaine qualité de vie. Et je n’en changerais pas, pour rien au monde. Mais, bon, quand les vaches sont malades, que le renard s’occupe un peu trop des poules et des oies, que la grêle fauche le blé mieux que je ne saurais le faire, mais pas avec le même profit, on ne rigole pas trop. Enfin, je ne veux pas vous ennuyer avec mes soucis, je me doute bien que vous avez les vôtres. Passez donc en parler à la maison un soir, on boira un coup ensemble. Ma ferme est sur les collines, celles qui dominent le lac. Tous les matins, je me rends aux pâturages avec les bêtes. Quand mon fils Olivier est en congé, il m’accompagne. Sinon, j’y vais seul, avec le chien, Patou, bien sûr. Treize ans qu’on est complices, avec Patou. Un bon chien de garde, un bon compagnon, fidèle, un copain de jeux pour les mômes aussi, quand ils étaient mômes je veux dire… Enfin, bon, juste pour dire que j’aime ça, marcher de bon matin, faire un clin d’œil au soleil, embrasser les nuages, envoyer un geste de bienvenue à la pluie, jeter un regard complice sur le lac, ou sur les montagnes au loin. Ah, c’est que j’habite un beau pays, je comprends que vous soyez jaloux. Tant pis pour vous ! J’ai cinquante ans, et depuis l’âge de deux ans, je fais ce chemin matin et soir, pensez donc ! En toute saison, d’ailleurs, même quand les vaches ne sortent plus, je fais le tour de mes terres, je profite des odeurs du sol, sec ou humide, des arbres, des fleurs, des feuilles… Des fois, je suis seul, pas âme qui vive, pas un chat… Sauf ce lynx, qui ne s’approche jamais trop. D’autres jours, je croise un collègue, Jean ou Francis, dont les terres côtoient les miennes. On prend toujours le temps de discuter, tranquillement, on prend des nouvelles, on se dit qu’on va se revoir un soir à la maison, celle de l’un ou de l’autre. Parfois, je croise des promeneurs… Des qui vont à Compostelle, ils ont toujours envie de discuter, de connaître le coin. D’autres jours, ce sont juste des touristes, ou des gars de la ville voisine, qui veulent faire un tour au grand air. Sympathiques en général, rêveurs souvent, sauvages parfois. Moi, je respecte tout ! Tant qu’ils n’abîment pas les cultures ou qu’ils n’effraient pas les bêtes… J’ai même rencontré un peintre, une fois, avec son chevalet, qui croquait nos paysages. Plutôt bien, d’ailleurs. Il m’a même offert un tableau, de mes champs qui dominent le lac à la lumière du petit matin. C’est la Dorine qui était contente. On l’a accroché dans la salle de séjour. En hiver, le soir, ça nous met de la gaieté et de l’espoir au cœur.

Mais un jour, j’ai croisé des gens que je n’avais pas l’habitude de voir. C’était un matin d’automne, les vaches étaient déjà rentrées à l’étable, il venait de pleuvoir, les feuilles finissaient par couvrir plus le sol que les branches des arbres, il y avait du vent, le soleil était timide à travers le brouillard… Je venais de passer la Combe aux Fées, quand je les ai vus qui s’éloignaient, trois promeneurs, trois drôles de promeneurs, de mon point de vue. Enfin, quoi, comme j’expliquais à Dorine au repas de midi, est-ce que vous allez vous promener dans les champs et les bois au petit matin en costume cravate et en chaussures cirées, vous ? Trois « Men in black », comme dirait mon fils, qui marchaient dans la rosée. Patou, mon chien, a été aussi surpris que moi, il n’a même pas grogné ou aboyé, c’est dire ! Ils sont partis sans me voir, sans même que j’aie pu leur parler. Bah, à vrai dire, pas le genre de promeneurs qui m’intéresse non plus !

Le lendemain, je les avais oubliés. Il pleuvait, ce jour-là, et je me faisais du souci pour mes champs. Avec la pluie, ils étaient gorgés d’eau. Pas mal pour faire pousser du riz, mais pour les vaches ou le blé, c’était plus difficile ! Et le riz, ce n’est pas dans nos habitudes, ici ! Bah, que je me suis dit, la pluie allait durer quelques jours, et ensuite, on aurait droit à la même sécheresse que les années précédentes. Et on en serait tous à regretter cette pluie qui n’aurait pas duré assez longtemps pour remplir les réservoirs et les nappes phréatiques !

J’ai été tout surpris deux jours après, de revoir les trois types au même endroit, et pratiquement à la même heure. Ma foi, des gens très polis, charmants. Ils m’ont demandé si j’étais le propriétaire des champs, ce que je cultivais, ou si j’étais éleveur. Ils étaient tellement curieux et bavards, que je n’ai même pas pu leur demander ce qu’ils faisaient dans la vie ! Il y en a même un qui a essayé de caresser Patou, mais celui-ci ne fait pas ami ami si facilement, il s’est éloigné de la main du type immédiatement, dignement, comme il se doit ! C’est un bon chien, Patou, on ne la lui fait pas !

Du coup, les trois types, je ne pensais plus les revoir. Alors, vous pensez comme j’ai été surpris quand ils ont débarqué chez moi le surlendemain soir, dans une belle voiture aussi noire que leurs costumes. C’est Patou qui m’a prévenu en aboyant, qu’est-ce que vous voulez, il n’aboie pas après le lynx ou le renard, mais il n’aime pas les bagnoles. C’est comme ça !

Bon, les trois costumés, ils m’ont expliqué qu’ils étaient intéressés par mon terrain, celui vers la Combe aux Fées, celui où je les avais croisés. Moi, j’en suis d’abord resté sans voix. Ce terrain, il ne valait pas grand-chose, toujours gorgé d’eau quand il pleuvait, et même quand il ne pleuvait pas, certaines années… Alors, je leur ai demandé ce qu’ils voulaient en faire. Ils m’ont expliqué qu’ils étaient promoteurs, qu’ils voulaient construire un ensemble résidentiel, que la vue sur les montagnes et le lac était magnifique, et que ce terrain serait l’idéal pour des gens qui voudraient habiter au calme, à la campagne, mais pas trop loin de la ville voisine. Et puis, il y avait un chemin communal, qui permettrait d’accéder. D’ailleurs, c’était par là qu’ils étaient venus avec leur voiture, pour le visiter, les jours où je les avais vus.

Alors, là, moi, j’ai commencé à être intéressé. Ce terrain, il ne m’était pas trop utile, et les comptes avaient du mal à s’équilibrer ces dernières années. Un coup de sécheresse, un coup de gelée tardive, un gros coup de grêle, le blé n’avait pas trop marché deux ans de suite. Et un coup de vache folle voilà trois ans, et j’avais dû faire abattre une bonne partie du troupeau. On ne s’en était pas encore remis, Dorine et moi. Alors, hein, un terrain qui n’était pas trop utile, à vendre, pourquoi pas ? J’avais bien un petit pincement au cœur, ce terrain était dans la famille depuis des générations, et puis, j’allais m’y promener tous les matins depuis tout petit, alors, y retrouver des immeubles, mêmes résidentiels… Enfin, en même temps, il me resterait les champs d’à côté. Et avec l’argent, on pourrait peut-être aider notre fils Olivier pour sa maison. Alors, j’ai fait l’intéressé. Après tout, hein, un terrain avec des lotissements, voilà qui allait leur rapporter gros à ces trois messieurs. Bon, voilà qu’ils m’ont fait remarquer une chose, je les revois encore, on aurait dit des professeurs :

– Certes, Monsieur Voccard, certes ! Mais, voyez-vous, si la situation de votre terrain est, reconnaissons-le, exceptionnelle, le fait qu’il soit gorgé d’eau risque, que dis-je, risque, va, je dis bien, va, compliquer la construction ! Il faudra drainer, trouver les endroits les plus adéquats… vous comprendrez certainement que notre prix sera un compromis entre cette situation exceptionnelle et ces difficultés de construction.

Moi, je comprenais bien, et à leur air gêné, je me disais bien que cette eau qui noyait mon champ risquait d’empêcher la vente, mais même si je n’avais pas espéré une telle occasion, je n’avais pas l’intention non plus de donner mon terrain ! Alors, d’accord pour un compromis, mais je vous garantis que j’ai discuté ! On a fini par se mettre d’accord, j’avais l’impression de m’être bien défendu, la bouteille de Côtes-du-Rhône était vide sur la table, et les trois types avaient l’air assez contents aussi. Et voilà qu’ils sortent un contrat de vente de l’attaché-case que portait l’un d’entre eux, en me proposant de signer tout de suite. Oh, je l’aurais presque fait, mais, bon, j’ai l’habitude de toujours prendre l’avis de Dorine, qui était chez sa sœur ce soir-là. Trente-cinq ans que c’est comme ça, on a toujours tout décidé ensemble, je ne vois pas pourquoi ça changerait maintenant, que je leur ai expliqué. Ils m’ont bien eu l’air chagrin, mais ils ont compris que je n’en démordrai pas, alors, ils ont accepté d’attendre un jour. On s’est mis d’accord pour le lendemain soir, ils sont partis très contents d’eux et de moi. Enfin, surtout d’eux, j’avais l’impression. Moi, je n’étais pas mécontent, alors pas de mal, hein !

Quand Dorine est rentrée vers 11h du soir, je lui ai tout raconté. On a tout pesé ensemble, et ma foi, on s’est dit que c’était un coup de chance inespéré. On a fait plein de plans sur la comète tous les deux. On a beaucoup parlé. On s’est endormis tard, parce que… enfin, bon, ça ne vous regarde pas.

Cela fait six mois, maintenant. Quand j’y repense. Alors que je suis en train de marcher dans la Combe aux Fées avec Patou, et que...