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L'école apprend-elle l'égalité des sexes ?. Pour combattre les inégalités à l'école

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Livres
80 pages

Description

L'école est mixte en France. Mais la mixité est loin d'être garante de l'égalité. Des filles plus discrètes en classe et des garçons qui souvent monopolisent la parole. Les premières ont les meilleurs résultats quand les seconds sont à la traîne. Une orientation scolaire qui dirige les filles vers les filières générales les moins prestigieuses et les secteurs les moins rémunérateurs. Quels sont ces mécanismes qui continuent à reproduire les inégalités entre les sexes ? Comment en finir avec les stéréotypes ? Et comment enseigner l'égalité ?

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Date de parution 06 mars 2017
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EAN13 9782410000009
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Collection publiée en partenariat avec leLaboratoire de l’Égalité, sous la direction de Annie Batlle et Catherine Vidal
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© Éditions Belin, 2016
ISBN 978-2-4100-0000-9
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Avant-propos
« Toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes en tout temps et ce qu’on doit leur apprendre dès l’enfance. » Jean-Jaques Rousseau, philosophe, Émile, ou De l’Éducation, 1762
En 1762, Jean-Jacques Rousseau écrit un traité d’éducation portant sur «l’art de former les hommes », dans lequel il raconte la manière dont un élève fictif, nommé Émile, devrait être éduqué pour devenir un homme libre et instruit. Cet ouvrage,Émile, ou De l’Éducation, propose des principes révolutionnaires pour l’époque. Le petit garçon n’est pas un animal sauvage à dresser mais, au contraire, un être plein d’un extraordinaire potentiel. Il faut donc le laisser libre d’explorer le monde par lui-même, d’inventer, de rêver, d’utiliser son intuition jusqu’au jour où (mais rien ne presse) il rencontrera une femme avec qui il fondera une famille. Cette rencontre sera tardive car Émile ne pourra pas croiser sa future épouse sur les bancs de l’école. Pour son bien, cette jeune fille, appelée Sophie (du grecsophia, qui veut dire sagesse) sera éduquée séparément et méthodiquement, pour s’adapter au mieux aux besoins d’Émile car éduquer autrement les femmes ne les rendrait pas heureuses, estime Rousseau. L’écrivain et philosophe genevois s’inscrit dans une longue histoire, au cours de laquelle il y a toujours eu des représentants de groupes sociaux privilégiés pour définir ce qu’ils estimaient bon pour les membres des groupes aux statuts jugés inférieurs. Ainsi a-t-on débattu aux États-Unis jusqu’aux années 1950-1960 pour savoir s’il était nécessaire d’instruire les Noirs et, le cas échéant, ce qu’on pouvait leur apprendre. Ou encore les pays d’Europe ont-ils convenu pendant l’ère industrielle qu’il fallait former les enfants d’ouvriers à un métier honnête, mais qu’ils ne devaient surtout pas rêver plus haut que leur condition : leurs parents étaient ouvriers, les enfants devaient le rester. Tenir aujourd’hui de tels propos vous classe parmi les racistes ou les réactionnaires. On continue pourtant à soutenir que les filles ne sont pas naturellement
portées vers les maths, que les garçons ne sont pas faits pour les métiers de la petite enfance ou encore que l’enseignement est un métier idéal pour les femmes qui tôt ou tard auront besoin de temps pour s’occuper de leurs enfants. L’objectif de cet ouvrage est dans un premier temps de décrire le chemin, long et chaotique vers l’égalité entre les filles et les garçons à l’école. Puis de battre en brèche les idées reçues sur les différences supposées d’aptitudes scolaires entre les sexes. Et de dégager, enfin, les points de vigilance à observer à l’école en matière d’égalité, ainsi que les pistes pour construire une réelle égalité, une éducation pour toutes et tous, porteuses des choix futurs des filles et des garçons, en toute liberté.
CHAPITRE 1
La mixité en mal d’égalité
«On persiste à prendre l’effet de l’habitude pour une indication indiscutable de la nature. » Mary Wollstonecraft, philosophe, Réclamation des droits de la femme, 1792
Toutes les sociétés humaines ont privilégié l’éducation des garçons. Mais depuis les années 1970, la scolarisation des filles s’accroît plus vite que celle des garçons et elles rattrapent leur retard dans le primaire comme au secondaire. Aujourd’hui, dans près des deux-tiers des pays du monde, la mixité filles/garçons est atteinte dans l’enseignement primaire.
ZOOMtiers des adultes dans le monde ne possédant pas les Deux compétences de base en lecture et en écriture sont des femmes.
Source Unesco (Gender and EFA 2000-2015)
Des situations contrastées dans le monde
Dans l’enseignement secondaire, en revanche, moins de la moitié des pays ont atteint la parité (autrement dit, un nombre égal de filles et de garçons). Les trois-quarts d’entre eux se situent en Amérique du Nord, en Europe et en Asie du Sud-Est. Dans les autres pays, en particulier en Afrique sub-saharienne, les filles sont peu scolarisées comparativement aux garçons : la place assignée aux femmes dans ces sociétés, entretenue par l’éducation, les politiques et /ou les religions, les contraint très tôt aux tâches ménagères, au mariage et les prive d’éducation et de liberté. La différence est grande avec la majorité des pays industrialisés, où les filles suivent des scolarités plus longues que celles des garçons, redoublent moins et
obtiennent de meilleurs résultats à la fin de l’enseignement secondaire. En France, en 1 2012, d’après les statistiques du ministère de l’Éducation nationale , la moitié des filles poursuivent des études supérieures, alors qu’un garçon sur cinq sort de la formation initiale sans diplôme (contre un peu plus d’une fille sur dix).
ZOOM À poste et expérience égaux, il y a toujours un différentiel d’environ 10 % entre les salaires des femmes et celui des hommes. C’est ce qu’on appelle la discrimination pure.
En dépit de leurs succès scolaires, les filles connaissent des retours de bâton dans le monde du travail. En France, tous secteurs et qualifications confondus, les 2 hommes gagnent 24 % de plus que les femmes . De tels écarts reflètent en partie, mais en partie seulement, les différences de formation : à niveau d’études équivalent, les hommes s’orientent plus souvent dans des filières de formation scientifiques et techniques (a prioriplus rémunératrices), tandis que les femmes sont plus nombreuses dans les filières littéraires et celles de la santé. Et plus on monte dans la hiérarchie plus les écarts se creusent.