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L'économie chinoise : Une perspective historique – Deuxième édition, révisée et mise à jour

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Description


L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890. Chaque tableau et graphique comporte un lien dynamique (StatLink) vers une page web qui met à la disposition de l’utilisateur les données correspondantes en format Excel®. À l’exception de l’appendice A, cette édition a été révisée et mise à jour et le chapitre 4 est nouveau.

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Date de parution 01 janvier 2007
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EAN13 9789264037656
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Résumé et conclusions
Résumé et conclusions
Cette étude porte avant tout sur la politique économique de la Chine et ses performances au e cours de la seconde moitié du XX siècle, qui a été marquée par des réformes institutionnelles d’envergure et une vive accélération de la trajectoire de croissance. La Chine occupe désormais une place bien plus importante dans l’économie mondiale et devrait être appelée à peser davantage encore. Nous tenterons ici de déterminer les causes et les modalités d’une telle accélération et d’appréhender plus clairement le potentiel futur de la Chine. Nous nous sommes également efforcés de rendre les estimations relatives à la croissance du PIB chinois conformes aux normes internationales.
De l’intérêt d’horizons plus longs
Pour comprendre la Chine contemporaine, il est utile de se placer dans une perspective comparative de long terme. À bien des égards, ce pays est un cas à part. La Chine a toujours été une e entité politique plus grande que toute autre au monde. Au X siècle déjà, c’était la première économie e mondiale en termes de revenu par habitant, place qu’elle a conservée jusqu’au XV siècle. Elle surpassait l’Europe par son niveau technologique et l’intensité avec laquelle elle utilisait ses ressources naturelles ainsi que par sa capacité à administrer l’immense territoire impérial. Au cours des trois siècles suivants, l’Europe a progressivement rattrapé la Chine, tant en termes de revenu réel que sur e e les plans technologique et scientifique. Au XIX siècle et dans la première moitié du XX siècle, l’économie chinoise s’est en fait affaiblie dans un monde où le progrès économique connaissait une accélération prodigieuse.
L’analyse comparative de la performance chinoise peut ouvrir de nouvelles perspectives sur la nature et les causes de la croissance économique. Elle peut aider à comprendre l’évolution intervenue, dans les pays occidentaux comme en Chine. Dans le passé, l’analyse du progrès économique et de ses déterminants était largement teintée d’eurocentrisme, au rebours du bilan historique de la Chine, fortement sinocentrique. Un point de vue plus intégré permet de mettre en lumière l’exceptionnel et le normal, mais aussi de mieux comprendre les raisons de l’essor et du déclin des nations.
L’adoption d’horizons plus longs permet de clarifier les processus causaux. L’analyse de la croissance s’est focalisée sur les deux derniers siècles du développement capitaliste, caractérisés par un progrès technique rapide, des transformations structurelles et l’accroissement du revenu par habitant. On néglige habituellement les périodes antérieures au cours desquelles le revenu par habitant est resté relativement stable, car on présume qu’il n’y a pas eu de progrès technique. Mais la croissance extensive – qui consiste à maintenir le niveau du revenu malgré un fort accroissement démographique – peut aussi nécessiter des évolutions radicales dans l’organisation de la production. Les avancées technologiques doivent être interprétées dans un sens très large : au lieu de les circonscrire aux progrès du machinisme, il faut aussi tenir compte des innovations dans l’administration, l’organisation et les pratiques agricoles.
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ISBN : 9789264037649 © OCDE 2007
L'économie chinoise : Une perspective historique, 960–2030 AD
Une approche de long terme peut également nous permettre de comprendre les politiques et les institutions contemporaines de la Chine. Les échos du passé sont encore importants aujourd’hui.
La Chine a fait œuvre de pionnière en matière de modèle bureaucratique de gestion des affaires e publiques. Au X siècle, elle recrutait déjà des fonctionnaires qualifiés sur la base du mérite. La machine administrative était le principal instrument utilisé pour imposer l’ordre social et politique dans un état unitaire s’étendant sur une immense superficie.
La bureaucratie a eu un impact économique très positif sur l’agriculture, principal secteur d’activité d’où elle pouvait dégager un surplus sous forme de taxes et de prélèvements obligatoires. L’administration chinoise a soutenu l’agriculture par des travaux hydrauliques. Le développement précoce de l’imprimerie lui a permis de vulgariser les techniques les plus efficaces grâce à la diffusion généralisée de manuels agricoles illustrés. Elle a installé des paysans dans de nouvelles régions prometteuses, mis en place un réseau de greniers publics pour lutter contre les famines et favorisé l’innovation en introduisant des semences à maturation précoce, qui ont permis de doubler ou de tripler les récoltes. Elle a également promu l’introduction de nouvelles cultures – le thé sous la dynastie Tang, le coton sous la dynastie Song, le sorgho sous la dynastie Yuan et des cultures du nouveau monde telles que le maïs, la pomme de terre, la patate douce, l’arachide et le tabac sous la dynastie Ming.
Les pratiques agricoles ont permis de remédier à la pénurie des terres grâce à un recours intensif à la main–d’œuvre, à l’irrigation et aux engrais naturels. La terre était cultivée à longueur d’année, sans période de jachère. Les besoins en cultures fourragères et en pâturages étaient minimes. Le bétail se réduisait aux animaux peu exigeants (porcs et volailles). La consommation de bœuf, de lait et de laine était rare. Une pisciculture à petite échelle mais généralisée a permis d’accroître l’offre de protéines.
L’agriculture fonctionnait dans un ordre institutionnel qui assurait une allocation efficace des ressources et permettait de faire face à la pression démographique en augmentant la productivité de la terre. Les propriétaires fonciers étaient pour la plupart des rentiers qui ne s’occupaient pas de gestion. Les décisions concernant la production et la gestion étaient prises par les fermiers et les paysans propriétaires, qui pouvaient acheter et vendre la terre librement et écouler leurs produits sur les marchés locaux.
e e Les performances chinoises entre le IX et le XVIII siècles
e e Entre le VIII et le XIII siècles, le centre de gravité de l’économie chinoise s’est notablement e déplacé. Au VIII siècle, les trois quarts de la population vivaient dans le nord du pays, où la culture du e blé et du millet dominait. À la fin du XIII siècle, les trois quarts des habitants vivaient au sud du fleuve Yangzi Jiang, où ils produisaient du riz. Auparavant marécageuse et peu peuplée, cette région se prêtait parfaitement – avec l’irrigation et les variétés hâtives – au développement massif de la riziculture.
L’amélioration de la productivité de la terre a permis des peuplements plus denses et réduit le coût des transports. Elle a permis aussi d’accroître la proportion de la production agricole pouvant être commercialisée et de libérer des bras pour développer l’artisanat, en particulier pour le filage et le tissage du coton, qui a fourni des vêtements plus sains, plus confortables et plus faciles à laver.
Si chacun reconnaît que les changements intervenus dans les lieux de production et la gamme des produits ont permis d’améliorer le niveau de vie des Chinois, personne n’a jusqu’à présent évalué l’ampleur de cette amélioration. Nous estimons qu’elle a dû être relativement modeste, avec une progression d’un tiers environ du revenu par habitant. La hausse du revenu s’est accompagnée d’une utilisation plus intensive de la main–d’œuvre, de sorte que la productivité du travail n’a vraisemblablement pas augmenté autant que le revenu par habitant.
ISBN : 9789264037649 © OCDE 2007
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Résumé et conclusions
Les progrès économiques de la Chine sous la dynastie Song s’appuyaient essentiellement sur l’exploitation d’une opportunité unique – l’adoption de la culture intensive du riz. Aucun élément convaincant ne permettait de penser que la Chine était sur le point de développer une industrie mécanisée.
e e Entre le XIII et le XVIII siècles et bien que sa population ait quadruplé, la Chine a pu maintenir le revenu par habitant à un niveau plus ou moins stable sur le long terme. Toutefois, la croissance ne e e s’est pas faite sans à–coups. Au XIV et au XVII siècles, la Chine a perdu plus de 30 millions d’habitants, du fait notamment des destructions qui accompagnaient les changements de régime et des épidémies e (peste bubonique et variole). L’accroissement démographique a été particulièrement vif au XVIII siècle, période au cours de laquelle la croissance extensive de la Chine a été la plus impressionnante.
Les différences d’institutions entre l’Europe et la Chine
En dehors de l’agriculture, le système bureaucratique a empêché l’émergence d’une bourgeoisie commerciale et industrielle indépendante comme ce fut le cas en Europe. Les fonctionnaires et la petite noblesse de la Chine impériale s’adonnaient à la recherche de rentes. Leurs privilèges légaux et coutumiers définissaient leur statut social, leur style de vie et leur comportement. Leur groupe social dominait la vie urbaine et ils avaient tendance à tout réglementer. L’activité entrepreneuriale était précaire dans un cadre où la protection juridique de l’activité privée était si mal assurée. Toute activité qui promettait d’être lucrative était « pressurée » par l’administration. Les grandes entreprises se résumaient aux monopoles publics ou aux monopoles agréés par l’État. Les marchands, les banquiers et les négociants ne bénéficiaient ni des chartes municipales ni de la protection juridique accordées aux marchands des villes européennes. Les échanges et les contacts intellectuels avec l’étranger étaient strictement contrôlés. Cet isolement volontaire a constitué aussi un obstacle pour la croissance.
e e Entre le XV et le XVIII siècleS, la Chine a perdu son hégémonie économique au profit de l’Europe occidentale, non pas du fait d’une situation particulièrement défavorable en Chine, mais à cause des circonstances exceptionnelles qui prévalaient en Europe. Pour différentes raisons, l’Europe était mieux placée pour « accoucher » du capitalisme moderne.
La reconnaissance de l’aptitude de l’homme à transformer les forces de la nature par l’étude rationnelle et l’expérience est l’élément le plus fondamental de cette évolution. Avec la Renaissance et le siècle des Lumières, les élites occidentales ont progressivement abandonné les superstitions, la magie et la soumission à l’autorité religieuse. La tradition scientifique occidentale qui sous–tend les e rapports de l’homme moderne au progrès technique et à l’innovation remonte clairement au XVII siècle, où elle a commencé à pénétrer le système éducatif. En Chine, l’enseignement était imprégné par les classiques anciens et l’orthodoxie bureaucratique. Il s’est révélé incapable de jeter les bases fondamentales de la science moderne.
L’Europe reposait sur un système d’États nations qui avaient de grandes affinités. Tournées vers l’extérieur, celles–ci entretenaient des liens commerciaux importants et les échanges intellectuels étaient relativement faciles. Tout cela a stimulé la concurrence et l’innovation.
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